Il y a des groupes comme ça qui ne perdent rien de la magie de leur début, de l’étincelle qui fait l’essence même de leur musique, de la proximité et du lien établi avec le public malgré le succès.

Il se renforce même, se transforme, s’élève et conquis toujours un peu plus. Dans le cas de Turnstile, c’est un raz-de-marré dont il est question. 2025 sonne le retour du quintet hardcore de Baltimore. La formation s’agrémente de la venue de Meg Mills à la guitare et délivre l’un des meilleurs albums de l’année. « NEVER ENOUGH» (lien chronique) est sur toutes les lèvres et dans toutes les têtes. L’album se hisse aux sommets des charts, permettant au plus grand nombre de connaître et de saisir l’ampleur de la tempête Turnstile. De cet excellent opus en résulte 5 nominations aux Grammy Awards.
Turnstile est un groupe de live, taillé pour la scène et l’expérience en est d’autant plus forte. Il faut le vivre pour en mesurer l’envergure et cet arrêt au Zénith de Paris annonce d’ores et déjà un été au beau fixe avec 2 dates en festivals. Rock en Seine & Le Cabaret Vert aux côtés de Deftones. On vous avait prévenu, it’s still Turnstile Summer !

Mais avant de vibrer avec Turnstile, deux beaux noms ont ouvert comme il se doit la soirée. Les Anglais de High Vis et les Californiens de The Garden. Tous deux connaissent une certaine notoriété et une curiosité grandissante. Deux sets d’une intensité bien distincte, du post punk anglais à vif au flamboyant et grandiloquent clown core, rock expérimental, ska punk et autres fusions de genres. La musique de frères Shears de The Garden ne laisse pas indifférent et déroute, tout comme leur présence scénique, véritables bêtes de scène : le batteur troque son kit de batterie contre des roulades au sol et quelques parties râpées.
The Garden juste avant Turnstile c’est audacieux, haut en couleurs et ça marque les esprits.
L’heure tourne, il se fait tard, presque 21h40 (toujours plus) mais l’attente en vaudra le détour puisque c’est enfin le moment pour Turnstile d’investir le Zénith.
Un groupe de punk hardcore dans une salle telle que le Zénith, ce n’est pas rien. Comment passer d’un Olympia mémorable en juin 2024 ou le cadre était parfait et conjugue proximité et chaos avec une salle complète de près de 7000 personnes ? Sans montrer de grands doutes, on peut affirmer que Turnstile réussit le périlleux exercice d’embarquer et faire battre les 7000 cœurs du Zénith à l’unisson, lié dans un seul et même pit grandeur nature.

Il en va s’en dire que cela reste du hardcore et, de ce fait, les titres sont courts en s’enchaînent à folle allure. De l’ouverture tout en douceur sur « NEVER ENOUGH » vite suivi par T.LC (TURNSTILE LOVE CONNEXION).. L’atmosphère se voit déjà plongée dans une chaleur et une frénésie palpable. Ce qui rend l’expérience d’autant plus immersive, c’est cette caméra embarquée à même la fosse. Pour celles et ceux comme nous places en gradins, on a tout de même la sensation de faire partie de ce joyeux bordel et d’admirer tous ces kids toute génération confondue, s’adonner à tout ce qui fait d’un pit hardcore une réussite. À l’image d’un film des années 90 filmé au caméscope, on voit le point de vue du cameraman qui se donnera même la peine de crowdsurfer, nous offrant ainsi une vue imprenable et surréaliste de la fosse dans tous ces états. On a aussi le droit à une vue rare qu’on a pas l’habitude de voir : celle du batteur Daniel Fang, de dos, face au Zénith. Brendan Yates (chants) est un leader né tout en laissant de la place aux musiciens qui se distinguent par leur jeu, leur mouvement et déplacement sur scène dans une belle complicité partagée. Laissant la place à chacun de s’exprimer, de sortir du lot sans s’effacer dans l’ombre de Brendan.

La déferlante Turnstile ne laisse quiconque indifférent et n’oublie personne sur son passage. Pour les néophytes présents ce soir, on ne peut que les envier de mesurer le phénomène Turnstile en live pour la première fois. Pour les adeptes, le bonheur de retrouver le quintet et de goûter une nouvelle fois à l’énergie unique et imparable née de l’alchimie contagieuse du groupe était nécessaire. Comme une urgence, vivre la seconde présente et ne pas se soucier de ce qui surgit après. Voilà ce dont il était question ce soir. Vivre, lâcher prise, se laisser porter. Chacun a la sensation de prendre pleinement part à ce qui s’apparente être au-delà d’un concert : véritable communion des corps et des esprits, besoin viscéral de ressentir quelque chose d’authentique, une émotion réelle et vive. C’est ce qui fait le hardcore et Turnstile ne la jamais oublié.


Turnstile c’est la communauté, le partage, la mixité, l’unité, c’est un tout et en concert, le ressenti est décuplé. La magie se propage dans le public des gradins qui parvient à transposer l’énergie de la fosse à même les allées. Le parterre du Zénith étant plein à craquer, impossible de s’y fier un chemin et de rejoindre la fête. Alors, on se retrouve à two-steps avec son voisin de gauche, à s’époumoner sur “SOLE” avec son voisin de droite. Quasi pas une seule âme assise !
Une majorité du dernier opus « NEVER ENOUGH » est joué, mention spéciale à « LIGHT DESIGN » et sa scène plongée dans le noir avec une petite lumière, comme le film visuel qui illustre l’album. À cela s'ajoutent les 7 colonnes de couleurs primaires, signature visuelle de cette nouvelle ère, comme une déclaration, une affirmation. Un choc visuel qu’on lie automatiquement à l’imagerie de “NEVER ENOUGH”

On ressort du Zénith de Paris avec le sentiment d’avoir participé collectivement à quelque chose d’à la fois grand mais profondément intime dans le lien et le ressenti pour tout un chacun.
Texte : Sarah Lachlaoui
Photos : François Capdeville
