11/8/2026

Airbourne - L'éternelle jeunesse

Plus de vingt ans après les débuts d’Airbourne, Joel O’Keeffe n’a manifestement toujours pas appris à ralentir. À l’occasion de la sortie prochaine de l’album éponyme du groupe, nous avons parlé avec lui de cette nouvelle génération qui redonne à Airbourne une impression de fraîcheur, mais aussi de Lemmy et de Motörhead, de la relation si particulière du groupe avec le public français, de Wacken, de Def Leppard, des erreurs commises sur scène… et même de la montagne russe Airbourne idéale. Une conversation aussi spontanée que survitaminée, à l’image de son interlocuteur !

Bonjour. Vous bougez beaucoup en ce moment, je peux te demander où tu te trouves aujourd'hui ?

Joel O'Keeffe : Je suis à Londres. Et toi, tu es où ?

Je suis à Paris, près de Paris.

Ah, Paris ! C'est un endroit magnifique, et c'est un endroit génial pour jouer. On adore ça, putain. Et je ne dis pas ça juste pour te faire plaisir, on adore vraiment, vraiment, vraiment ! Le Zénith où on a joué plus tôt cette année... c'était magique. Tu sais, je n'avais plus de voix avant ce concert, et je ne plaisante pas. J'étais sous corticoïdes pour la voix parce qu'on avait joué la veille et je m'étais complètement détruit les cordes vocales.

Et je me souviens que c'était juste avant l'ouverture des portes. Il devait rester... quoi... cinq minutes avant que les portes s'ouvrent, et tout le monde disait : « Qu'est-ce qu'on va faire ? » Je n'avais plus de voix, je ne pouvais littéralement plus chanter, je pouvais à peine parler. Et ils disaient : « On va devoir annuler le concert. »

Et moi, je répondais : « Écoutez, je ne veux pas annuler le concert. » Mais ils me répondaient : « Tu ne peux pas chanter, et crois-nous, nous non plus on ne veut pas annuler le concert. » Le promoteur, tout le monde, tu vois. Et on s'est dit : « Bon, ouvrons simplement les portes et espérons que ces corticoïdes pour la voix finissent par faire effet. » Et moi, j'étais mort de trouille.

Imagine un peu. Mets-toi à ma place : tu es en coulisses, tu n'as plus rien. Tu es le chanteur... et tu n'as plus rien. Et là, il y a les Français. On avait attendu ce moment pendant tellement longtemps. C'était le premier concert qui avait été mis en vente, et on y était.

Et je me disais : « Qu'est-ce qu'on va faire ? Qu'est-ce qu'on va faire ? » Et dans ma tête : « Putain... je vais débouler sur scène... et je n'aurai plus rien.    »Et je cours sur scène, je suis derrière les Marshall, on lance l'intro.

Ils vont le savoir. Et je cours sur scène, je suis derrière les Marshall, on lance l'intro. Et je me dis : « Ouais, je peux jouer de la guitare... mais je ne peux pas chanter, putain. » Je cours vers le micro. La première note, c'est... cette note super aiguë. [Il chante]

Et je me dis : « Ça va être catastrophique. Ça va être catastrophique. » Puis l'intro démarre, je commence à monter en pression

J'ai vu tous les Français. Je pouvais entendre ce bruit arriver comme un mur. C'était comme s'ils respiraient tous d'un seul coup. Leurs voix sont entrées en moi. Je me suis avancé jusqu'au micro et j'ai balancé cette note. Les yeux fermés.

Et je l'ai entendue sortir. Et je me suis dit : « C'était moi... ou c'était eux ? »

Et je me suis dit : « Je crois... je crois... je crois que j'y suis. Je crois que j'ai quelque chose. J'ai quelque chose. J'ai quelque chose. »

Et ensuite... ensuite, il a juste fallu que je me mette dans une bulle et que je joue ce concert. Et... et les Français m'ont littéralement porté, sorti de nulle part. C'était quelque chose de vraiment magnifique, quelque chose que tout le monde a contribué à créer avec cette foule.

Alors je sais que ce n'était pas la première question que tu voulais me poser, mais... c'était quelque chose que seuls les Français savent faire. Ce que vous faites pour notre groupe... personnellement, ça a été l'un des moments les plus incroyables de toute ma vie.

Alors... merci beaucoup !

Vous jouez très souvent en France, alors j'imagine que vous nous aimez bien.

Oui. Enfin... vous devez bien nous aimer aussi, parce que vous continuez à venir. Et vous êtes de plus en plus nombreux à venir. Donc... c'est vraiment quelque chose de spécial, la relation qu'on a avec vous.

On va parler un peu de l'album maintenant.

Oui, bien sûr. Parlons-en.

Il porte simplement le nom Airbourne.

Oui.

Assez souvent, les groupes sortent un album éponyme au tout début de leur carrière. Pourquoi avez-vous choisi de ne pas lui donner un autre titre ? Est-ce que c'est une sorte de manifeste de ce que vous êtes ?

Eh bien, voilà ce qui s'est passé. On a arrêté la tracklist. On a eu du mal à la définir, tu vois. Et ça nous a pris un moment pour mettre les morceaux dans le bon ordre et tout organiser, parce qu'on l'a vraiment pensé comme une face A et une face B, comme un vinyle. Je sais que maintenant tout est sur les plateformes de streaming, mais nous, on a réfléchi à cette tracklist comme à une face A et une face B.

Et on s'est dit : « Bon... comment est-ce qu'on appelle cet album ? »

Et puis on s'est dit : « Oh, et puis merde. Ça fait sept ans qu'on est dessus. »

Genre : « Comment est-ce qu'on va appeler ce truc ? »

On ne pouvait pas simplement lui donner le titre d'une chanson.

Entre nous, on l'appelait toujours le "Gutsy album". [Gutsy est le nom d'un des morceaux, mais cela signifie aussi "qui a des tripes, qui en a dans le ventre"]

On disait : « C'est le gutsy album. C'est le gutsy album d'Airbourne. »

Tu vois, chaque morceau est... putain... c'est notre gros album, notre album qui a des tripes, avec tout ce qu'on fait de mieux dedans.

Et puis on s'est dit : « Est-ce qu'on l'appelle carrément The Gutsy Album ? »

Et là, quelqu'un a dit : « Metallica a bien le Black Album. »

Puis on s'est dit : « Attends... mais eux, ils ne l'ont jamais appelé le Black Album. »

Alors on a demandé : « Ils l'ont appelé comment ? »

Et on nous a répondu : « En fait, il s'appelle juste Metallica. »

Et moi, j'ai fait : « Quoi ? Il s'appelle Metallica ? Mais depuis quand ? »

Ils m'ont dit : « Oui, c'est juste que le nom est très discret sur la pochette. »

Et moi : « Ah... putain. »

Nous, ça faisait des années qu'on appelait celui-là le "utsy album", comme tout le monde appelle celui de Metallica le Black Album.

Alors on s'est dit : « Bon, autant l'appeler Airbourne, alors. »

Parce que, tu sais... le logo est un peu dans le même esprit.

Enfin... on joue de la musique différente, mais on s'est dit : « Ouais, peut-être que ce sera simplement l'album Airbourne. »

On ne voulait pas attirer toute l'attention sur une seule chanson. Sinon, les gens auraient peut-être tendance à ignorer les autres.

Alors on s'est dit : « C'est notre gutsy album, Airbourne. »

Voilà comment c'est arrivé.

En tout cas, l'album est excellent.

Merci.

Ça a été vraiment difficile pour moi de choisir mes morceaux préférés. Bien sûr, il y a Alive After Death, qui m'a tout de suite marquée dès la première écoute, et c'est justement un single que vous avez choisi. Pourquoi celui-là en particulier ?

Cette chanson représente énormément pour nous. Enfin... elles comptent toutes énormément pour nous.

Mais tu vois, cette chanson est née... il y a des couplets où, dans ma tête, je remettais Lemmy "en morceau", en quelque sorte. Et ensuite, on est entrés en studio et on a écrit le reste du titre directement autour du micro.

Mais tu sais... je l'ai déjà dit sur scène : c'est vous qui gardez Lemmy en vie. C'est nous qui gardons Lemmy en vie.

À la fin de chaque concert, il disait toujours :

« We are Motörhead... and don't you forget us. »

Et moi, à chaque fois, je me disais : « Mais comment est-ce que quelqu'un pourrait un jour t'oublier ? »

Personne n'oubliera jamais Lemmy.

Tu regardes autour de toi : il y a des battle jackets avec des logos Motörhead partout. Putain... où que tu ailles... tu traverses le camping du Hellfest, Motörhead résonne de tous les côtés, il y a une immense statue de Lemmy...

Comment est-ce que quelqu'un pourrait t'oublier ?

Alors Alive After Death, c'est un peu comme si c'était lui qui nous parlait. À nous, dans le groupe, et aux fans. Parce qu'au fond, nous sommes tous des fans de Motörhead. On est tous ensemble.

C'est lui qui nous dit :

« C'est vous qui me gardez en vie. Vous me gardez en vie, ici. »

Voilà d'où vient cette chanson.

C'est aussi pour ça qu'on a voulu en faire le premier single.

Et puis on voulait faire un clip... un clip comme on en faisait à l'époque. Un vrai gros clip rock'n'roll en live, avec un public.

Et quel meilleur endroit que le Zénith ?

On avait le single, et on s'est dit : « Tu sais quoi ? On y va. On le joue. On commence à le jouer en concert avant même sa sortie. On le joue, c'est tout. »

Les Français chantent super bien. Ils vont le chanter.

Alors on s'est dit : « Voyons si on arrive à capturer quelque chose. »

Puis on a reçu les images du clip. Et là, on s'est regardés en disant : « Voilà. C'est ça. C'est celui-là qu'il faut sortir. C'est génial. »

C'est exactement ce qu'on voulait faire. Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu un vrai clip live comme ça. Un clip dans l'esprit de Thunderstruck, ou de Unskinny Bop de Poison, ou ce genre de vidéos.

On adore les clips live. Oui, ça demande un peu d'organisation, mais quand tu réussis à en faire un, ça vaut vraiment le coup.

Airbourne au Motocultor 2026 - Photo : François Capdeville

Parmi mes morceaux préférés, il y a aussi Kid in a Candy Shop. J'aime particulièrement les paroles de cette chanson, et j'adore le fait qu'il y ait toujours un côté amusant et léger dans votre musique. Est-ce que c'est simplement parce que vous êtes comme ça dans la vie, des gens qui aiment s'amuser et partager de bons moments avec le public ?

Oui, absolument.

Je suppose que... écoute... je ne sais pas vraiment ce qu'est le développement personnel ou ce genre de trucs, mais le rock'n'roll te garde jeune.

Tu prends peut-être de l'âge, mais ton cerveau, lui, ne change pas vraiment.

Et le truc avec le rock'n'roll, c'est que c'est fun.

Regarde le monde dans lequel on vit. Il y a combien de guerres en ce moment ?

Il y a un paquet de merdes dans tous les sens sur cette planète. Ce n'est pas franchement drôle.

Et la beauté du rock'n'roll, c'est que quand tu vas voir un groupe de rock... n'importe quel groupe de rock... c'est la plus belle échappatoire au reste du monde.

À partir du moment où tu entres dans cette salle, dans ce festival, où que ce soit... Une fois que les portes se referment... C'est la putain de fête foraine du rock'n'roll.

Il y a tellement de plaisir.

Tu ne peux pas retrouver ça sur Netflix. Tu ne peux pas retrouver ça... dans la vie de tous les jours.

Parce que dès que tu ressors... Les e-mails. Les SMS. Ton patron.

Ou alors tu te dis : « Merde, mon loyer est en retard... » Ou n'importe quelle autre putain de connerie.

Mais pendant ces deux heures, ou le temps que dure le concert... C'est une évasion totale.

Et tout ce qu'on est là pour faire... C'est vous aider à vous évader. À nous évader tous ensemble.

Et ça fonctionne !

Ça fonctionne vraiment.

Il y a aussi d'autres morceaux sur l'album qui donnent déjà l'impression d'être des "instant classics", comme Rock'n'Roll Ya, Last Man Standing ou Hell's Got No Vacancy... plusieurs morceaux donnent cette impression. Quand vous écrivez une chanson, est-ce que vous sentez parfois qu'elle a quelque chose de vraiment spécial ? Est-ce que vous arrivez à reconnaître, dès l'écriture, ce côté marquant ?

Oui... parfois. Quand ça arrive... Tu le sens. Tu as les poils qui se dressent sur les bras... ou dans la nuque. Là, tu sais que c'est la bonne.

Après, on réécrit énormément de choses pendant le processus. On ajuste des petits détails, on peaufine, on bricole jusqu'à ce que tout soit juste.

Et quand tu arrives au moment où tu te dis : « Oui... c'est ça. » Alors tu sais que c'est le meilleur de ce que tu pouvais faire. Tu y as mis tout ce que tu avais.

Et malgré ça, tu continues à te demander : « Est-ce que ça pourrait être encore mieux ? Est-ce que... » Est-ce que ça rocke ? Est-ce que ça sonne bien ? Est-ce que ça te donne cette sensation que tu tiens quelque chose ?  Puis, à un moment, il faut arrêter.

Parce que c'est très difficile d'écouter sa propre musique. Alors parfois, il faut juste dire : « Bon... allons la faire écouter aux roadies et voyons ce qu'ils en pensent. »

On teste. Et soit ils disent : « Putain ouais, les gars ! Celle-là, elle déchire ! » Soit ils te regardent et disent : « Les gars... c'est quoi, cette merde ? » [Rires]

Et là tu réponds : « Ouais... d'accord... on va retourner la réécrire. Celle-là était un peu pourrie. »

Il n'y a pas de formule magique. Il faut juste... C'est comme la pêche. Tu mets ton appât sur l'hameçon. Tu en mets autant que possible. Tu lances la ligne dans l'océan... Et tu vois si tu attrapes un poisson.

Parfois oui. Parfois non.

Quand vous avez commencé, il y a une vingtaine d'années, tout le monde vous voyait comme les petits nouveaux, "the next big thing", comme on dit. Aujourd'hui, beaucoup d'années ont passé, mais vous donnez toujours cette impression d'être nouvellement débarqués, alors qu'en même temps vous êtes devenu un groupe important, un groupe installé. Comment est-ce que vous vivez ça ? Est-ce que vous réalisez que vous faites ça depuis si longtemps ? Ou est-ce que tout ça te paraît encore nouveau ?

Eh bien... oui, c'est vrai que ça donne cette impression.

Et je crois que la seule raison, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui découvrent le groupe. En particulier, il y a énormément de jeunes qui viennent maintenant à nos concerts... Ou peut-être que c'est simplement parce que ceux qui nous suivent depuis le début ont vieilli en même temps que nous.

Mais aujourd'hui, il y a toute une nouvelle génération de jeunes fans qui découvre vraiment le rock'n'roll et le heavy metal. Et ce sont eux qui continuent de nous rendre "nouveaux". Qui nous redonnent cette fraîcheur.

Nous, on a pris un peu d'âge, alors maintenant je suis obligé d'aller à la putain de salle de sport. Je suis obligé d'aller courir, parce qu'il va falloir tenir quatre-vingt-dix minutes sur scène. Je n'ai plus vingt ans. Putain, c'est de plus en plus difficile ! [Rires]

Mais il faut qu'on reste jeunes, qu'on reste frais. À chaque fois que je monte sur scène, je dois affronter le Joel de vingt ans. Ce petit con avait une énergie de dingue ! Il faut que je sois à sa hauteur. Et lui, il ne jouait que quarante-cinq minutes ! Moi, je lui dis : « Va te faire foutre, mon pote ! Moi, maintenant, je vais tenir quatre-vingt-dix minutes ! »

Alors oui... s'ils n'y avait pas les fans, on ne serait plus ce groupe nouveau et frais. C'est vraiment grâce à eux. C'est eux qui nous donnent envie de continuer à faire ça.

Et pour être honnête... on aime le rock'n'roll. On l'aime... vraiment, vraiment, vraiment. Et on adore en faire.

Alors j'imagine que ça aide aussi.

Vous allez encore jouer énormément cet été, avec beaucoup de festivals, et des festivals très différents les uns des autres. Est-ce que vous adaptez votre façon de jouer selon le type de festival ?

Pas vraiment. On se dit simplement que certains festivals ressemblent un peu à un pique-nique en famille. D'autres sont extrêmement éclectiques. Tu regardes l'affiche et tu te dis que Taylor Swift pourrait presque en faire partie... et puis, au milieu de tout ça, il y a nous.

Et là, on se demande : « Comment est-ce que ça va marcher ? » Tu vois ce que je veux dire ? On est comme une énorme paire de couilles velues suspendue au milieu de tous ces artistes pop. [Rires]

Mais on arrive sur scène et on se dit : « Tu sais quoi ? Rock'n'roll. » On ne change pas la setlist.

On se dit simplement : « Donnons-leur tout ce qu'on a. »

Et tu sais quoi ? Les gens accrochent.

Et puis il y a des festivals comme le World Festival d'Ambert et d'autres dans ce genre. Là, c'est différent. Il y a tous les styles de musique. C'est ouvert à tout.

Nous, on est un groupe de rock'n'roll très extrême. Donc si tu veux inclure du rock, ce sera forcément une version très extrême. Si tu nous engages pour venir jouer... Eh bien, on ne va pas adoucir les choses. De toute façon, on ne saurait même pas comment faire.

C'est un peu comme si tu demandais à un maçon de te faire un soin dentaire !

Tu as engagé le maçon... Alors le maçon va faire du maçon.

Nous, c'est pareil. On va te rentrer dedans aussi fort qu'on le peut. C'est ce qu'on fait.

Et il y a aussi beaucoup de festivals où vous avez déjà joué plusieurs fois. Vous avez joué au Graspop, au Hellfest, à Wacken... Quand vous organisez une tournée, avec les déplacements et tout le reste, est-ce qu'il y a certains festivals auxquels vous essayez toujours de dire oui parce que vous adorez y jouer ?

Oh oui ! Le Hellfest. Le Wacken. Ces deux-là.

Rock am Ring. Rock im Park. Il y en a quelques-uns comme le Graspop... Oui, bien sûr. Par exemple Wacken... On y joue depuis tellement longtemps maintenant. J'adore ce festival.

Eh bien ça nous fait un point commun !

[Rires] Je crois que la première fois, c'était en 2008, pendant la tournée de Runnin' Wild. Et on dit toujours oui. Toujours.

Parce que ce sont des festivals tellement importants... Mais surtout parce qu'on s'y amuse énormément.

Ce sont les plus grands rassemblements de hard rock et de heavy metal de toute la planète. Et je pense sincèrement que la communauté hard rock et heavy metal est le plus beau groupe de personnes qui existe sur cette Terre. Vraiment.

Où ailleurs peux-tu voir un circle pit de mille personnes... et dès qu'une personne tombe... Tout le monde s'arrête. Tout le monde la relève.

Le gars se relève en faisant : « Yeah! » Et tout le monde repart dans le circle pit. Tu ne vois ça nulle part ailleurs.

Et nous, on le voit depuis la scène. Franchement... Ça réchauffe le cœur. Surtout quand tu vois seize circle pits en même temps à Wacken ou au Hellfest ![Rires] Ils tournent tous en même temps. Et d'un coup tu les vois s'arrêter... « Ah, quelqu'un est tombé ! »

Tu continues à jouer. Puis tu vois que le gars est relevé. « Ah, ils l'ont récupéré. »

Et toi, tu continues à rocker. Parce que quand tu es sur scène et que tu vois quelqu'un se blesser... Là, tu dois arrêter le concert. « Hé ! Stop ! On a quelqu'un à terre ! Un gars ! Une fille ! Arrêtez tout ! »

Mais eux... Ils sauvent des vies. À chaque fois. Ce sont de véritables sauveteurs.

Photo : François Capdeville

Et à l'inverse, est-ce qu'il existe des festivals où vous ne joueriez jamais, même si on vous invitait ?

Je ne sais pas... Enfin... il y en a bien eu quelques-uns...

Je me souviens d'un festival en Russie... Là, je crois que les règles de sécurité au travail avaient complètement disparu.

Je ne sais pas si tu as déjà vu ces énormes ventilateurs qu'il y a parfois sur scène. Celui-là faisait la taille d'une turbine de Boeing 747. Il était gigantesque. Il soufflait de l'air sur la scène. Et il n'y avait aucune grille devant. Tu sais, normalement il y a une protection. Là... Rien. C'était un monstre d'environ deux mètres sur deux, qui tournait comme un hachoir à viande. Une énorme putain de lame qui tournait. Et nous, on courait partout sur scène en jouant.

Puis d'un coup : « Putain de merde... c'est quoi ce truc ?! »

Tu rentres là-dedans... Tu finis découpé en tout petits morceaux.

On se regardait tous en se disant : « Ouais... là, c'est quand même un peu limite... »

Ça s'appelait le Kubana Fest. C'était... assez sauvage. Mais bon... S'ils nous demandaient d'y rejouer... On irait !

On irait rocker.

Si tu veux qu'on joue du rock quelque part... On viendra !

S'il existe un endroit qui a besoin de rock'n'roll... On ne dira jamais non ! On sera là. [Rires]

Donc vous joueriez même sur le Titanic ?

Oui ! Absolument ! On serait le groupe qui joue à la fin.

Tu sais... Celui avec les violons... Sauf que nous, on ferait vraiment tanguer le bateau ! [Rires]

Si tu pouvais remonter le temps et assister à l'un des tout premiers concerts d'Airbourne en simple spectateur... Qu'est-ce que tu penserais de ce groupe ?

Qu'est-ce que j'en penserais ? Je crois que je regarderais ça en me disant : « Putain... le chanteur, il est sous drogue ou quoi ?

C'est un sacré petit nerveux !

Je ne sais pas...Je me dirais surtout : « Putain, il y a une sacrée dose de rock'n'roll là-dedans. »

Je pense que je boirais beaucoup. Je descendrais pas mal de bières. Je serais complètement bourré.

Et puis... Si je pouvais vraiment remonter le temps, je crois que j'essaierais surtout d'observer ce que je faisais à cette époque. Peut-être que je retrouverais des choses que je faisais alors et que je ne fais plus aujourd'hui.

Et j'aimerais aussi aller parler aux fans. Je leur demanderais : « Alors ? Vous en avez pensé quoi de ce groupe ? Vous les avez aimés ? » « Vous les trouvez comment ? Vous pensez qu'ils sont nuls ? Qu'est-ce que vous en pensez ? »

Et puis il y en aurait sûrement un qui dirait :« Ouais... ils ressemblent à AC/DC ! » [Rires]

Et moi je répondrais : « Oui... c'est vrai » !

Puis je lui demanderais : « Tu crois qu'ils iront loin ? »

Et il répondrait : « Non... » [Rires]

Et je pense que ce serait assez drôle à voir. Qui sait...

Tu vois, je pourrais peut-être aller boire un verre avec le chanteur. Il a l'air d'être un gars sympa, tu vois. Ça pourrait être intéressant. [Rires]

Tu penses qu'il y aurait quelque chose qui pourrait vraiment te surprendre ? Peut-être quelque chose que tu as complètement oublié ?

Eh bien, je viens justement de me souvenir d'un truc. Comme maintenant on joue dans des salles plus grandes... Mais à l'époque, je descendais de scène, je traversais le public, je courais dans la foule, je montais sur le bar et je faisais un solo. Ensuite, je sautais derrière le bar, je continuais mon solo d'une seule main et je me servais une bière. Parce qu'à l'époque, je travaillais dans un pub. Je servais la bière, puis je la ramenais sur scène et je la descendais.

Je ne fais plus ça maintenant, parce que le bar est beaucoup trop loin. Il est à genre... putain... 300 mètres ! [Rire]

Ouais, ça pourrait prendre un peu de temps...

Mais peut-être que je devrais recommencer à faire ça, parce que c'était marrant.

Et en plus, ça me rapportait une bière gratuite ! [Rires]

Donc je vais peut-être devoir refaire ça...

Oui, peut-être que tu pourrais trouver un moyen d'avoir un câble, comme Paul Stanley, mais qui t'amène au bar ?

Ah, comme Paul Stanley ! Quand il vole au-dessus du public. Oui, je pourrais faire ça. Ça pourrait être marrant. C'est une bonne idée. Une très bonne idée. Je vais y réfléchir. Merci !

Cette idée est maintenant protégée par un copyright ! [Rires]

Oui, d'accord. Alors on fera en sorte que tu touches ta part. Ne t'inquiète pas !

Pour revenir à l'album... Si, imaginons, dans dix ans, vous ne jouiez plus qu'une seule chanson de cet album en concert... Ce serait laquelle ?

Oh putain... waouh. C'est difficile ! Ce serait probablement... À ce stade, je dirais soit Gutsy, soit Alive After Death.

Je pense. Ce serait l'une des deux. Probablement Alive After Death. Mais je n'arrive pas à nous imaginer ne plus jouer Gutsy.

C'est juste... Elle est vraiment amusante à jouer. Et puis j'aime la manière dont le morceau commence, et tout le reste.

Mais c'est une question difficile. Je suppose qu'il faudra me redemander dans dix ans et on verra ! [Rires]

Est-ce qu'il vous arrive de vous lasser de certaines chansons ?

Non, non. Je veux dire...

On joue toujours Too much, too young, too fast, et ce morceau est sorti... Putain... Il est sorti en 2008.

Non, c'est toujours amusant à jouer. Tu sais, on a toujours essayé de garder nos morceaux assez simples, parce que c'est ça le rock'n'roll. Plus c'est simple, plus c'est amusant.

Et non, quand on voit les gens les chanter... Ça les rend nouveaux à chaque fois.

Parce que maintenant, on voit beaucoup de personnes qu'on a déjà croisées. On se dit : « Ah, regarde, cette fille est encore là. Ce gars aussi. Je me souviens de toi au dernier concert. »

Mais à chaque fois que tu joues un morceau en live... Il redevient complètement nouveau. Parce que c'est une salle différente. Ce sont des personnes différentes. C'est un moment différent.

Et puis... Je fais beaucoup d'erreurs en live. Je dois être honnête. Je peux vraiment me planter sur certaines choses.

Et je me dis : « Putain... je viens de rater ça ? » Je joue ce morceau depuis presque vingt ans. « Mais qu'est-ce que je fous ? »

C'est un truc simple. Et pourtant je me plante. Et voilà... C'est comme ça.

Je veux dire, Keith Richards a dit quelque chose comme ça dans une interview. Et je ne l'ai jamais oublié, parce que ça m'aide à accepter ce fait. Il disait : « J'essaie encore de comprendre comment jouer Jumpin' Jack Flash. »

Et les gens lui ont répondu : « Comment ça ? »

Et il a dit : « Ben... je le fais, mais j'essaie encore de comprendre comment le jouer ! »

Et moi je me dis : « Mec... ça fait cinquante ans que tu essaies de comprendre ! »

Et c'est là que je me suis dit : « Ouais... en fait, ça a du sens. » Toujours essayer de comprendre comment le jouer.

Est-ce qu'il y a un groupe en particulier que tu aimerais entendre reprendre l'une de vos chansons ?

Oh oui. Je pense que si Saxon faisait une reprise de Alive After Death, ce serait vraiment cool. Parce que j'aime vraiment leur façon de faire.

Il y a I've Got to (Rock to Stay Alive). Et ils en ont fait une version avec Lemmy et Angry Anderson. J'oublie le nom de l'autre chanteur qui était là-dessus... je suis vraiment désolé ! Mais c'est sur YouTube. C'est vraiment une super version de cette chanson. Et il y avait des images du Wacken là-dessus, je crois. Enfin, il me semble.

Oh oui, Saxon, évidemment. Ce serait le truc le plus génial du monde. Je les adore.

Ce serait intéressant !

Ou, tu vois, Def Leppard qui ferait Here She Comes, ce serait plutôt cool aussi.

J'imagine très bien, je viens justement de voir Def Leppard il y a quelques jours.

Ah, ils sont incroyables. Ils sont putain de bons en ce moment. Ils sont vraiment au sommet de leur forme à nouveau. Ils sont tellement bons en live. Ils sont juste géniaux.

C'était génial.

Ouais, il chante tellement bien... Enfin, ils jouent tous tellement bien. Mais Joe [Elliott] chante tellement bien en live. On les a vus en Suède, ou en Suisse, ou quelque part par là ! [Rires] Et j'étais sur le côté de la scène, avec mes in-ears. [Le courant se coupe soudain derrière lui] Je pense qu'Universal Music a oublié de payer sa facture d'électricité ! [Rires]

Donc, j'avais mes in-ears et il m'a dit : « Tu veux un système sans fil ? » Tu sais, parce qu'il avait son propre boîtier. Alors j'ai récupéré le mix de Joe et j'ai pu l'écouter chanter. La voix brute. Tout un concert de Def Leppard. Putain, c'était incroyable. Incroyable. J'ai vraiment appris certaines choses simplement en l'écoutant chanter pendant tout un concert, et en observant comment il fait. Et tu sais, c'est juste... Waouh ! C'est un putain de professionnel. Et ils sont tous incroyables. Je les adore.

Oui, c'est impressionnant. Parce que pour une chanteur, quand on vieillit, parfois, les notes aiguës deviennent beaucoup plus difficiles à atteindre. Lui, il les atteint.

Ouais, il les atteint, putain.

Et c'est vrai, plus tu vieillis, plus ce genre de truc devient difficile.

Tu sais, justement, on vient de voir... On a joué avec Iron Maiden hier, à Knebworth. Et Bruce [Dickinson] atteint lui aussi toutes les putain de notes. Enfin, c'est juste...

Ces gars-là, tu sais, ils ont la soixantaine et tout.

Et moi, je suis là à me dire : « Putain de merde. » Genre... « Je vais vraiment devoir faire ça quand j'en serai là ? Merde ! » [Rires]

Je vais vraiment devoir bosser là-dessus.

Alors oui, c'est vraiment génial d'avoir encore tous ces groupes avec nous, qui font ça et qui jouent aussi bien. Tu sais, ils placent la barre toujours plus haut à chaque fois qu'ils repartent en tournée.

Si tu pouvais emprunter... je ne sais pas... la voix de quelqu'un, ou le manière de jouer de quelqu'un, je ne sais pas, quelque chose à un membre de n'importe quel groupe, qu'est-ce que tu emprunterais, ne serait-ce que pour un concert, ou pendant cinq minutes.

Waouh, d'accord ! C'est vraiment une question intéressante !

Je pense que ce qui serait amusant, ce serait de chanter tout un concert comme Lemmy. Ce serait génial. Tout le concert. Ce serait tellement amusant.

Et ensuite, simplement jouer un set de Motörhead. Putain, allez, on pourrait faire ça en entier. Faire un set d'Airbourne avec la voix de Motörhead, puis enchaîner avec un set de Motörhead. Ce serait vraiment très amusant.

[La lumière se rallume] Oh, ils ont payé leur facture ! [Rires] C'est grâce à toutes les précommandes de l'album, au passage, donc, GG ! [Rires]

Ah, c'est bien alors, ça veut dire aussi que tu ne vas pas finir enfermé dans le bâtiment ou un truc du genre.

Non, non, ça va ! Heureusement parce qu'on a pas mal de shows à venir !

Et enfin, si un parc d'attractions devait créer une montagne russe Airbourne, quels sont les éléments que tu voudrais absolument y trouver ?

Tu savais qu'un de nos titres servaut de bande-on pour un coaster à Six Flags [Magic Mountain] ? Le titre Live It Up. ça a duré un petit moment. Ils passaient la chanson en boucle, encore et encore, sans interruption, tout autour du coaster.

Oui, c'était sur Full Throttle si je ne dis pas de bêtises... J'adore ce coaster !

Tu as sans doute raison, mais je ne m'en souviens plus de son nom ! Mais on y est allés et on a fait la montagne russe. Et à l'époque, on buvait beaucoup... C'était très difficile de savoir où on se trouvait ! [Rires] En Amérique, les cinquante États, c'est un peu pareil, tu vois. Sauf que le Texas, c'est quand même très différent de New York. Mais c'était quelque part au milieu. Je ne m'en souviens plus.

A priori plutôt en Californie si c'est bien ce coaster !

Je crois que oui, tu pourras vérifier en cherchant ça sur Google [Rires]

Mais pour ce qui est des éléments de la montagne russe... Moi, je veux un moment comme dans Indiana Jones et le Temple maudit, tu vois. Le truc où il est dans le petit wagonnet de la mine, et ça sort des rails, puis ça retombe.

Je veux créer la première montagne russe qui sort des rails et retombe.

Alors voyons voir... Qui osera monter là-dedans ? Personne, probablement...

À Universal Orlando, ils ont justement quelque chose dans ce genre avec l'attraction Donkey Kong. Mais c'est faux, évidemment. Il y a un autre rail en dessous.

Ah ouais, c'est comme ça qu'ils ont truqué le truc ! C'est bien.

Mais un vrai saut, je ne suis pas sûr. Moi, je ne monterais pas là-dessus. Et toi ?

On pourrait l'appeler : « Are You Gonna Be Alive After Death? » Rires]

Oh, parfait !

On verra bien ce qui se passe. Il n'y aurait certainement pas foule de volontaires !

En tout cas, bonne question ! On ne m'avait encore jamais demandé ça de toute ma vie. C'est vraiment une super question !

[La conversation se prolonge un peu et Joel me pose plein de questions sur mes montagnes russes préférées ou la plus effrayante que j'ai essayé, le sujet semble beaucoup lui plaire ! ]

Il me reste à te remercier et à te dire à bientôt sur les prochaines dates en France...

Oui, on a toujours hâte de retrouver le public français, merci à toi !

Photo : François Capdeville

Orsola G.

Retrouvez ici notre chronique de l'album !

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