C’est avec la chanson Nobody Home que j’ai su, en 2009, que la musique de Pink Floyd allait prendre une place importante dans ma vie. Après des centaines d’heures d’écoute, une place raisonnable dans le top 3% des auditeurs de Pink Floyd sur Deezer sur trois années d’affilée, une visite à l’extraordinaire exposition du V&A de Londres en 2017 et même 2 séances au Planétarium de la Villette à l’occasion des 50 ans de Dark Side of the Moon, j’étais toujours à la recherche d’une expérience live intense, qui me ferait vibrer au son de mes morceaux préférés.
J’avais eu l’opportunité exceptionnelle de voir David Gilmour à Chantilly en 2016, et ne m’attendait pas à pouvoir ressentir, de nouveau, cette transe musicale, ce sentiment d’évidence devant le génie de ces compositions qui nous font rêver depuis 1964. Si je puis être tout à fait honnête, j’étais même perplexe à l’idée d’assister à un concert tribute, mon expérience des groupes-hommages ayant rarement été concluantes.
The Australian Pink Floyd Show m’a fait changer d’avis.

The Australian Pink Floyd Show, c’est un projet né en 1988, destiné à rendre hommage à la musique du quatuor britannique. Mais ce n’est pas seulement un hommage. C’est un travail précis de recherche, des collaborations avec des ingénieurs du sons, et des instruments soigneusement sélectionnés, pour se rapprocher au mieux de l’original. Ce désir d’authenticité, combiné à leur admiration perceptible pour Pink Floyd, fait du groupe une référence dans le genre, comme le concert du 18 mars 2026 à l’Adidas Arena me l’a largement démontré.
“So you thought you might like to go to the show…”

C’est avec In the Flesh ?, dans l’ambiance oppressante et dictatoriale de The Wall, que commence le concert. Au centre de la scène baignée de lumière rouge, un écran circulaire projette des images chargées de sens (portrait de Staline, OBEY de Shepard Fairey…). Dès les premières secondes, je suis frappée de la qualité acoustique : j’ai l’impression d’être dans de l’eau musicale, qui m’enveloppe toute entière. La voix de Chris Barnes, chanteur principal, imite à la perfection le parler si spécifique de Roger Waters. En une chanson, TAPFS réussit à me convaincre de son très haut niveau de professionnalisme, et j’attends la suite avec impatience.

Je ne suis pas au bout de mes (agréables) surprises. Le groupe enchaîne, dans une ambiance bleue tout à fait adaptée, avec Shine on You Crazy Diamond (Part I-V). Je manque de pousser un cri quand j’entends les premiers accords au synthé, dirigé d’une main de maître par Matt Riddle. Mon coeur bat si fort que mes mains tremblent alors que je sors mon téléphone pour filmer. L’interprétation est en tout point parfaite : le choeur des voix, le saxophone exceptionnel d’Alex François, les lasers qui diffusent une douce lumière dans la salle… Je manque de laisser échapper une larme quand le visage de Syd Barrett, pour lequel je nourris une (saine) révérence, apparaît sur l’écran à la fin de la chanson. Le “diamant fou” n’a jamais été oublié, et la salle éclate en un tonnerre d’applaudissements.
“Ticking away the moments that make up a dull day…”
Encore en transe, je reçois avec gratitude l’interprétation de Take It Back et de What do you want from me, tous deux issus de The Division Bell, qui soulagent un peu l’émotion de la salle. Mais le groupe revient vite aux grands classiques de Dark Side of the Moon. Avec Time, et l’écran principal se couvre d’un ballet d’horloges. Les voix de Chris Barnes et du bassiste Ricky Howard se mêlent harmonieusement, émulant de manière particulièrement réussie la voix si unique de David Gilmour.
Les lumières se tamisent, et les sublimes premières notes de The Great Gig in the Sky envahissent la salle. J’ai envie de crier “merci” tellement le set est modelé selon mon coeur. Les trois époustouflantes chanteuses Lorelei McBroom, Kelly Lamont et Lara Smiles, dont la présence élève chaque morceau où elles apparaissent jusque là, nous offrent une performance spectaculaire, qui n’a rien à envier à la version originale de l’inoubliable Clare Torry. Le public conquis s’enflamme à chaque aigu parfaitement maîtrisé. C’est un grand moment de live auquel nous assistons.
“We don’t need no education…”

Après un Money où, sur un fond de billets et de jeux d’argent, le saxophone d’Alex François nous offre, une fois encore, une expérience tellurique, le groupe fait la transition vers l’album The Wall, pour le plus grand plaisir de la salle. Un bruit de pales d’hélicoptère, une lumière crue, comme un projecteur, qui s’abat sans ménagement sur des membres du public…

Et Happiest Days of Our Lives, suivi de Another Brick in the Wall, s’enchaînent sous le regard du Professeur. La marionnette gonflable du personnage détesté, immortalisé par l’art de Gerald Scarfe, s’élève désormais sur scène, baguette à la main, conférant une aura menaçante à la salle inondée de lumière rouge. Le public s’en donne à coeur joie, transcendé par la guitare de David Domminney Fowler, en charge des solos les plus emblématiques. Dans une transition scénographique et musicale parfaite, le premier set se termine, ironiquement, sur Goodbye Cruel World, marquant le moment de l’entracte.
“What do you get for pretending the danger's not real?”

J’avais peur que le groupe ignore les morceaux des premiers albums, qui font partie de ma période préférée du groupe, sous l’égide du regretté Syd Barrett. Alors, lorsque les notes de See Emily Play se sont élevées dans les airs, dans une mise en scène rappelant en tous points les premiers concerts du groupe à l’U.F.O. Club (lumières et formes colorées, comme des tâches de peinture sur la lentille d’une caméra), mon coeur de fan s’est senti en paix.
Pour la mise en scène de Sheep, issu du célèbre album Animals, le groupe s’en donne à coeur joie avec une vidéo très orwélienne, pleine de barbelés, de moutons, et de scènes de vidéosurveillance (Big Brother is watching you). La transition vers The Wall nous replonge dans l’ambiance menaçante de l’album avec Empty Spaces et Young Lust. Je reste favorablement impressionnée par la technique vocale de Chris Barnes, dont le phrasé rappelle vraiment celui de Waters. La ressemblance est particulièrement frappante sur sa très belle interprétation de Hey You, et notamment sur le dernier vers : “United we stand, divided we fall”.
“Two lost souls swimming in a fish bowl, year after year…”

Impossible de ne pas revenir sur l’un des albums les plus iconiques de Pink Floyd, ayant récemment fêté sa cinquantième année d’existence : Wish you were here. Le caustique Have a Cigar introduit l’hommage, suivi de la chanson éponyme, atteignant des sommets de perfection. La voix des chanteurs porte l’émotion de l’originale, leurs guitares se mélangeant pour nous serrer le coeur. Je le dis, et le redis : il ne s’agit pas ici d’un pastiche cliché, sans âme ni personnalité. Tout le concert est une lettre d’amour au quatuor britannique, et l’interprétation des morceaux rayonne de l’admiration profonde qu’ils ont pour leurs créations, sans la prétention de les égaler. Sur l’écran principal, les visages des regrettés Syd Barrett (✞ 2006) et Rick Wright (✞ 2008) se succèdent parmi d’autres membres iconiques de l’histoire de Pink Floyd, rappelant la réalité humaine derrière leur musique. Le morceau se termine dans un silence ému.

Le registre change avec Learning to Fly, amenant une légèreté bienvenue dans le set très contemplatif. Ricky Howard nous fait planer sur les ailes de sa voix, et David Fowler se donne à la guitare sur le solo iconique du morceau. Les sourires sont sur les lèvres, la chanson a ramené la bonne humeur dans la salle. Et c’est à ce moment là que le groupe choisit de m’achever, en choisissant d’interpréter mon morceau préféré : On the Turning Away.
“It’s a sin that somehow light is changing to shadow…”

C’est un euphémisme de dire que je pourrais pleurer à ce moment là du spectacle. La tension est à son comble, cela fait presque deux heures que le groupe nous fait vivre une expérience immersive exceptionnelle. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. A la fin de l’un des plus beaux solos de guitare de l’histoire du rock, on nous annonce un caméo exceptionnel, accueilli d’applaudissements nourris : Lee Harris, le co-créateur du groupe Nick Mason’s Saucerful of Secrets (fondé en 2018 par l’ancien batteur de Pink Floyd et destiné à faire connaître les premiers albums du groupe) est présent ce soir. Saluant la foule, il interprète One of These Days, issu de l’album Meddle.

Ayant, durant tout le show, multiplié les références à leur contrée d’origine (dessin de l’Australie en lieu et place du triangle iconique de Dark Side of the Moon, têtes de marteaux croisés de The Wall remplacés par des kangourous, vidéos mettant en scène les icônes australiennes de la pop culture…), le groupe semble vouloir finir en apothéose en amenant sur scène un kangourou rose gonflable de 6m de haut. On nous annonce que le concert touche à sa fin, mais les spectateurs ne semblent pas vouloir revenir à la réalité. Réclamant un encore à corps et à cris, c’est avec plaisir qu’ils voient évidemment le groupe revenir sur scène, pour interpréter un Run Like Hell qui met tout le monde debout, et un Comfortably Numb spectaculaire, dans une salle noyée des lumières d’une boule à facettes et d’un bouquet de lasers.


Je sors du show subjuguée, le coeur plein et les oreilles saturées de bonne musique. En tant que fan de longue date, c’est une expérience que je ne peux que recommander l’expérience à mes confrères et consoeurs pinkfloydiennes. Plus qu’un simple copier-coller sans vie, The Australian Pink Floyd Show redonne un souffle aux morceaux iconiques du groupe légendaire, grâce à leurs interprétations vibrantes et à leurs mises en scènes immersives. C’est avec gratitude que je remercie Gérard Drouot Production et Metalleux de France pour cette opportunité exceptionnelle, qui me laissera un souvenir impérissable.
Texte : Blandine Marcé
Photos : François Capdeville
