(Texte et photos : François Capdeville]
Les Afghan Whigs célèbrent quatre décennies d’un rock alternatif qui a toujours oscillé entre tension électrique, mélodies catchy et une voix soul, celle de Greg Dulli. Une soirée placée sous le signe de Soft Control, leur dixième album paru le 21 août 2026, précédée par un Ed Harcourt particulièrement habité.
Ed Harcourt



Seul derrière son clavier ou debout face au public, Ed Harcourt impose d’emblée sa présence. Massif, le front plissé et moustache fournie, le regard brûlant, il dégage quelque chose de brut. Un artiste habité qui passe de la fragilité à l’intensité, sans jamais donner l’impression de jouer un rôle. Le voilà en train de quitter la scène pour aller au contact du public, avec une spontanéité réjouissante. La tension monte jusqu’à une fin vibrante au piano, portée notamment par « Until Tomorrow Then », dernier titre de son set. Une prestation généreuse, qui rappelle combien Harcourt sait faire tenir tout un monde dans une chanson.
Afghan Whigs

Puis vient le temps des Afghan Whigs. Formé à Cincinnati en 1986 autour de Greg Dulli, le groupe a marqué les années 1990 en faisant dévier le rock alternatif de ses trajectoires grunge habituelles. À la rugosité des guitares, il associe les grooves du rhythm and blues, les arrangements soul et des textes qui explorent les tourments humains. Congregation, Gentlemen et Black Love constituent les jalons majeurs de cette identité singulière. Des titres comme « Gentlemen », « Debonair » et « What Jail Is Like » en sont devenus des emblèmes.
Au Trabendo, l’heure n’est pas à la démonstration tapageuse, mais au recueillement. Des affichettes invitent les spectateurs à garder leur téléphone dans la poche. Le groupe déroule un répertoire dense, où les mélodies accrocheuses s’installent durablement, tandis que les morceaux plus lents laissent respirer les arrangements. Lorsque le piano prend le dessus, sous des guirlandes lumineuses qui plongent la scène dans une pénombre chaleureuse, l’atmosphère se fait presque cinématographique.



« Parked Outside » ouvre les hostilités, « Gentlemen » rappelle la force du répertoire et « Demon in Profile » illustre la capacité du groupe à conjuguer tension et élégance. Le nouveau Soft Control trouve naturellement sa place dans cette traversée de quarante ans.
Reste un léger regret : malgré la richesse des compositions et la présence vocale de Greg Dulli, l’ensemble demeure assez statique. Une réserve qui n’enlève rien à l'enthousiasme du public. Assurément un des meilleurs concerts 2026 de votre fidèle serviteur.
