Le mois de novembre est toujours très chargé en terme de concerts dans la capitale et un peu partout en France. Paris a particulièrement été gâtée avec un enchaînement assez épique et ce, la même semaine : Lundi avec The Plot In You, Currents, Soasin et Cane Hill, mardi avec Enter Shikari / Death by Romy et dimanche avec Turnstile. On parvient à peine à reprendre notre souffle !
Pour parfaire cet agenda, ajoutons-y d’autres noms de la scène metalcore et hardcore puisqu’apparemment, on n’en aura pas eu assez !
À dernière tournée mondiale dit invités de marque et affiche XXL. Calva Louise, Graphic Nature et Alpha Wolf ont tous et toutes répondu présents pour rejoindre Stray from the Path une dernière fois.
C’est donc sur ce concert que l’on va concentrer nos efforts pour vous restituer au mieux le chaos total qu’était cette soirée qui promettait déjà d’être dantesque dès l’annonce de la date.
“The end to my end is my control”
Ils le chantaient déjà en 2019 dans “Fortune Teller”, Stray from the Path tire sa révérence, plus populaire que jamais après 24 ans de carrière et 10 ans en tant que formation actuelle. Le groupe a pris la décision de cesser toute activité en tant que membres respectifs de Stray From The Path à l’annonce de leur dernier album Clockworked. Ce choix, qui leur est propre, peut sans doute s’expliquer par l’énergie nécessaire à déployer pour faire vivre et perdurer un groupe de cette envergure, là où chaque membre a des projets divers, des vies de familles. Groupe éminemment engagé et à l’heure où le monde se polarise, que le capitalisme fait toujours rage, que le climat politique se veut toujours plus hostile et face la montée des extrêmes, les propos et l’engagement de Stray from the Path était précieux et se fait aujourd’hui rare dans la scène alternative avec des groupes à la portée internationale.
Ainsi, en pleine conscience de la fin éminente de la formation et en parfaite maîrise de leur propre narration, Stray sillonne le monde pour des adieux mémorables, entre énergie salvatrice, discours engagés et vrai moment de communion pour un ultime combat commun : célébrer la musique dans la paix et la tolérance, parmi les nombreuses valeurs que défend Stray from the Path.
Il fallait se hâter de bonne heure à l’Elysée Montmartre en ce jour particulier. Nous sommes le 13 novembre 2025, soit 10 ans pile après les attentats ayant frappé Paris, le Stade de France et le Bataclan. Cette date se veut alors doublement symbolique : célébrer les musiques extrêmes dans une salle de concert, célébrer la vie, le partage et l’esprit hardcore à quelques pas des commémorations du 13 novembre 2015 sur la place de la République.
Calva Louise
Calva Louise c’est un mélange aussi entraînant que puissant. Sur scène, riffs et screams se mêlent aux codes de l’indie rock, de l’électro ou encore du jazz. La prestance de Jess en live a tout pour nous laisser sans voix. Innovants, Calva Louise ne laissent pas indifférents et leur passage sur scène a su poser une ambiance électrique dès les premières notes.



Graphic Nature

On arrive juste à temps pour Graphic Nature, arrivés sur scène à 19h20 pétantes. La formation Anglaise assène l’Elysée Montmartre de son nu metalcore brutal aux accents électro. Fun fact, le nom du groupe tire son origine de la piste 6 de l’album « Koi No Yokan » de Deftones. Graphic Nature fait partie de ces nouveaux noms de la scène metal UK. Sa place aurait été toute trouvée aux côtés de Malevolence le 28 octobre dernier mais c’est avec Thrown (groupe qui a justement joué avec Malevolence et While She Sleeps à l’Elysée Montmartre) que Graphic Nature s’est produit plus tôt dans l’année, en avril à la Maroquinerie. Le quintet vient défendre les titres de son premier album Who Are You When No One Is Watching ? (2024) et son EP A Mind Waiting to Die (2023). Le public répond bien favorablement à la belle énergie du groupe en formant les premiers circle pits de la soirée et autres two steps. Mention spéciale à Harvey Freeman (chants) qui souligne l’importance de soutenir les groupes émergents par l’achat de merchandising face à une économie du streaming inégale et non favorable aux musiques extrêmes et alternatives. Il mentionnera aussi que le pit est un espace inclusif et y invite les girlies pop à y prendre place ! En somme, Graphic Nature délivre un set maîtrisé et une belle performance en moins de 30 minutes, donnant un bel aperçu qui ne présage que du bon pour la suite !


Alpha Wolf
Un petit changement de plateau plus tard et il nous tarde d’applaudir comme il se doit les excellents Alpha Wolf, venus tout droit d’Australie déjà passés par la capitale à plusieurs reprises et dernièrement avec une affiche musclée en juin 2024 : Fit For A King, Thy Art Is Murder et Dying Fetus, rien que ça !
Alpha Wolf ont tout des plus grands et leur présence sur scène couplée à leur technicité, leur charisme et leur prestance en font un groupe incontournable de la scène metalcore. C’est donc avec hâte qu’on s’empresse de les acclamer.

« Ultra-Violet Violence » ouvre le bal et il promet d’être sanglant ! Aucun temps mort n’est permis et aucun relâchement ne sera toléré, ce soir, c’est bagarre et le public de l’Elysée Montmartre la bien compris. On en oublierait presque qu’il reste encore un groupe de taille qui doit fouler la scène après Alpha Wolf. L’ambiance est telle qu’on a l’impression qu’il s’agit de leur propre concert, ni plus ni moins. Les crowdsurfers et stage divers pleuvent, les pogos éclatent dans les quatre coins de l’Elysée Montmartre. Lochie Keogh (chants) est là pour en découdre et n’hésite pas à exciter les foules. Ça hurle de part et d’autre sur « Creep », « Pretty Boy », « Sub-Zero » ou encore « Mangekyô ». C’est intense, c’est énervé, tout le monde est ravi et passe à excellent moment mais il s’agirait de ne pas voir à s’épuiser trop vite car Stray from the Path is up next !


Alpha Wolf est incontestablement un groupe à voir et ça tombe bien, ils seront présents au Hellfest le 18 juin et le rendez-vous se fera très probablement sur la Warzone. Marquez vos plannings avec ce nom !

Stray from the Path
L’heure et la raison de ce pourquoi la grande majorité d’entre nous s’est pressé un soir de novembre au 72 boulevard de Rochechouart approche et on peine à réaliser qu’il s’agit de la der des der. Stray from the Path s’apprête à donner son dernier concert parisien après avoir enflammé Lille la veille mais c’est sans compter sur l’énergie et l’ambiance imparable que sait offrir Paris. Ce soir, le public fera honneur à un groupe important de la scène qu’on regrette de voir s’éteindre bien que leur impact et leur oeuvre demeurent intactes et perpétuelles.
C’est le générique iconique de la série Les Sopranos « Woke Up This Morning » qui annonce l’arrivée imminente de Stray from the Path. Groupe aux références cinématographiques pointues à l’image du nom de l’album Clockworked en référence à Orange Mécanique de Stanley Kubrick (Drew York a même performé le soir d’Halloween à Prague déguisé en Alex DeLarge ) ou encore les paroles de « Fortune Teller » inspiré de Twin Peaks de David Lynch.
L’ultime entrée sur scène se fera donc sur « Kubrick Stare », autre référence à Kubrick et à The Shining et on ne pouvait pas rêver mieux comme entrée en matière ! L’avoir eu pour la première fois à l’Olympia en première partie de Spiritbox était déjà phénoménale.

« Oh you traumatized ? Just walk it off » Le ton est donné. La seule chose qui va nous traumatiser ce soir c’est de ne plus vivre Stray from the Path en live. On ne sait plus où donner de la tête on a le rythme cardiaque et la cage thoracique qui vibrent aux coups ciselés et assassins de la batterie de Craig Reynold, un des meilleurs batteurs de la scène il faut le souligner.
« III » et « First World Problem Child » s’enchaînent et déchaînent les quelques âmes qui se sont préservés jusque alors. Drew nous challengera à crowdsurf comme jamais et à battre le public Lillois de la veille. Ça sera chose faite car à peu près 50% de la salle y aura goûté. Drew York sera même impressionné par les plus vétérans qui se jetteront en salto arrière dans le pit. 6 titres du dernier album seront joués ce soir, encadrés par les tubes « Needful Things », « Guillotine » et « Fortune Teller ». Le moment tant attendu était bien pendant le titre éponyme de l’album, Clockworked et le fameux « Ecoute, bâtard » du couplet de Flo Salfati de Landvmrks qui ne sera malheureusement pas présent en guest. On a pu se consoler avec le tee-shirt exclusif de cette date parisienne qui arbore fièrement cette lyric iconique sublimée par un coq floqué à son dos.


La fin du concert approche bien trop vite à notre goût, il faut dire que 14 titres en moins d’1h15, ça passe à toute allure. Les esprits et corps de tous et toutes sont encore brûlants, les émotions vives. Comment se faire à l’idée qu’il s’agit du dernier album et du dernier concert de Stray from the Path en France ? Si le succès aurait été au rendez-vous, si le groupe aurait réussi à casser ce plafond de verre qui aurait permis de continuer de vivre de son art en tant que membres de Stray, le groupe aurait-il perdurer ? Est-ce que le message et les valeurs engagées et politiques portées par le groupe sont aussi la cause de cette décision de mettre un terme à l’aventure ? Que leur discours et que l’industrie de la musique et cette course toujours plus effrénée aux chiffres, aux statistiques et au profit ne sont pas compatibles ? Autant de questions laissées sans réponse mais, ce qui compte au final, c’est que Stray from the Path soit aligné avec ses convictions, avec cette décision et que chacun de ses membres sait ce qui est bon pour lui à l’avenir. Monter des tournées et parcourir le monde pour y jouer, produire des albums, être présent sur les réseaux sociaux, se dépasser, être créatif, rien de tout cela n’est de tout repos pour des artistes, quel que soit leur niveau de notoriété mais d’autant plus quand il s’agit de musiques extrêmes et d’un groupe dit « de niche ».
Ce que l’on retient, c’est ces deux décennies où Stray from the Path aura véritablement et durablement marqué de son empreinte et de son impact la scène metal. Ceux qu’on a comparé avec Rage Against the Machine auront su marqué les esprits, s’entourer et tourner avec les plus grands noms de la scène, donnant l’opportunité à beaucoup de les découvrir et de les aimer. On se souvient tous et toutes de son premier concert de Stray from the Path, pour celles et ceux qui ont eu cette chance de les voir. Il y a une certaine beauté dans le geste de partir à l’instant où le succès aurait pu être grand, que la trajectoire du groupe aurait pu prendre un nouvelle direction, mais de se dire qu’il est temps de partir, se retirer, au moment où ils sont plus que jamais appréciés, dans un dernier tour de force mémorable et honorable.
Merci Stray from the Path ! Revenez quand vous voulez, on sera là.
“The end to my end is my control,
The future's in my bones
Firewalk with me »
Le live report de Calva Louise par @_spookyghostie_
Live report par Sarah Laichaoui
Photos par Stéphanie Morgado (@sekhmet_eve)
