Texte : Olivier Carle
Photo : François Capdeville
La première fois que j'avais vu Def Lep' c'était dans ce même Bercy il y a 38 ans pour le Hysteria Tour avec McAuley Schenker Group (en remplacement de Poison) en 1ère partie. Contrairement à beaucoup j'avais nettement préféré la prestation du groupe de Michael à celle de Joe et de ses acolytes... Il faut dire que déjà à l'époque j'étais beaucoup plus fan de l'Allemand que des Anglais, ceci explique sans doute cela ! Ça ne m'a pas empêché de retourner les voir au Zénith en 1996 pour la tournée « Slang » et je les avais trouvés plutôt bons. Puis ce sera 2008 au Arrow Festival en Hollande avec Kiss, Whitesnake, Motörhead, Twisted Sister, Kansas, Journey, Gotthard et Reo Speedwagon, excusez du peu ! Leurs 2 passages au Hellfest (2013 et 2019) m'avaient plutôt déçu car trop axés sur leur carrière US et très ennuyeux sur la longueur... J'appréhendais un peu ce retour en France en 2026 et j'avoue qu'il n'y eut pas de miracle même si le show en lui-même fut superbe visuellement parlant !
Extreme

Mais commençons par Extreme qui ouvre la soirée à 20h00. Ces Américains je les ai découverts sur scène en 1992 à la Grugahalle d'Essen. J'y accompagnais Thunder car je bossais à l'époque pour EMI Germany et j'avoue, sans parti pris aucun, que j'avais nettement préféré le show de mes Anglais en 1ère partie. Le groupe de Danny Bowes, Luke Morley et Harry James venait de sortir l'excellent « Laughing On Judgment Day » tandis que celui de Nuno et Gary faisait la promo du relativement moyen « III Sides To Every Story » (comparé à « Pornograffitti »). Revus au Hellfest en 2014 et plus récemment au Heavy Weekend et au HF en 2024 mais jamais réellement bluffé par leur funk metal souvent brouillon.



A Bercy j'avoue que ce fut une bonne surprise d'autant que le quartet bénéficiait d'une mise en scène quasiment digne d'une tête d'affiche avec plateforme et visuels vraiment réussis. La formation est aux 3/4 d'origine avec bien sûr Nuno Bettencourt aux guitares, Gary Cherone au chant et Pat Badger à la basse. Seul manque à l'appel le batteur d'origine Paul Geary qui a donné une nouvelle orientation à sa carrière et est judicieusement remplacé par le très bon Kevin Figueiredo depuis une vingtaine d'années. Les Américains fêtent leurs 40 ans de carrière et vont nous proposer une dizaine de titres dont près de la moitié issue de « Pornograffity » bien évidemment. On aura droit comme à chaque fois à une très belle version du très attendu « More Than Words » repris en choeur par la foule. On aurait aisément pu se passer de la démo acoustique d'un ennui abyssal de Nuno. Mais le moment le plus émouvant ce sera sans doute l'hommage final à Ozzy avec un medley « I Don't Know/Bark At The Moon/Crazy Train » 1 an après le décès du regretté vocaliste de Black Sabbath...
Def Leppard

A 21h30 c'est au tour de Def Leppard de monter sur scène. La formation britannique existe depuis près de 50 ans et Joe nous rappellera son amitié indéfectible avec le bassiste Rick Savage depuis tout ce temps sachant qu'ils restent les 2 vrais membres originels du quintet. Le batteur Rick Allen est arrivé peu après, suivi de Phil Collen en 1982 et de Vivian Campbell 10 ans plus tard. Cela fait donc 35 ans que la formation actuelle de DL tourne ensemble, un record pour un groupe issu des glorieuses 70's et de la New Wave Of British Heavy Metal ! Le décor est absolument somptueux avec un gigantesque triangle lumineux mobile dans l'esprit de l'aigle de Saxon, des lasers très 80's, une plateforme pour la batterie de Rick et un promontoire pour permettre aux musiciens d'être au plus près du public. Les animations sur le grand écran derrière le groupe seront nettement plus belles et originales que les pauvres motifs générés par l'IA des Guns quelques jours plus tôt. Joe semble dans une très bonne forme physique et il se permettra même une randonnée tout autour de la fosse de Bercy pour le plus grand plaisir des spectateurs qui pourront le voir de près. Je n'en dirai pas autant de sa voix qui peine énormément dans les aiguës, à tel point que j'ai trouvé des similitudes avec celle d'Axl Rose dans ce même lieu, pas bon signe ça ! Phil Collen délivre toujours des soli inspirés et percutants tout comme Vivian Campbell même si j'ai trouvé ce dernier un peu sur la réserve. En tout cas, une fois n'est pas coutume, pas de pectoraux à l'air pour Phil en fin de set, c'est notable ! Le son de la batterie de Rick Allen, adaptée à son handicap, m'a paru souvent un peu trop synthétique et manquant cruellement de puissance, dommage. Quant à Rick Savage il fait toujours le show avec ses tenues relativement kitsch et son teint hâlé quelque peu surprenant quand on sait qu'il habite Sheffield, guère connu pour sa météo ensoleillée à l'année.





La setlist est sans aucun doute le principal problème de ce concert mais je ne suis guère surpris depuis les piètres choix de celles des 2 Hellfest. Pas mal de titres d' « Hysteria » dont les incontournables « Pour Some Sugar On Me » et le titre éponyme joués au rappel. Peu de « Pyromania » puisque seuls « Rock Of Ages » et « Photograph » seront interprétés mais comment pourrait-il en être autrement sans frustrer grandement les fans ? Le second album « High'n'Dry » sera à peine effleuré avec la ballade « Bringin' On The Heartbreak » et le plus dispensable instrumental « Switch 625 », sans doute un hommage subliminal à leur ancien guitariste Steve Clark décédé il y a 35 ans déjà ! Pas même un petit « Let It Go » de derrière les fagots. Et qu'est devenu le tout premier album « On Through The Night » que j'avais acquis à sa sortie en 1980 au WHSmith d'Oxford où j'habitais. Finis les « Rock Brigade » et « Wasted » de cette époque mémorable. « Adrenalize » sera dignement représenté par le très apprécié « Let's Get Rocked » et le très FM « White Lightning » qui rappelle un peu Toto. Cependant quel est l'intérêt de reprendre « Slang » de l'album du même nom même si cela permet de voir Nuno revenir sur scène avec les Anglais pour une jam bien funky. Le choix de « Promises » de l'album de 1999 « Euphoria » peut à la rigueur se comprendre dans la mesure où ce titre sonne typiquement comme le Leppard des débuts avec une prod' plus moderne et un refrain très pop metal. La faute de goût impardonnable selon moi c'est la reprise du « Personal Jesus » de Depeche Mode qui n'apporte absolument rien au set et pourrait être aisément remplacé par un de leurs titres des débuts. Quant au « Rock On » de David Essex, je leur pardonne car j'ai toujours adoré ce titre et il permet à Joe d'aller faire une petite apparition remarquée au milieu des gradins et des admiratrices énamourées...



Bon -au final- on va dire que ce retour de Def Lep' à Bercy fut très spectaculaire mais un peu bancal musicalement parlant avec un Joe qui a quelques difficultés vocales et des choix de setlist pas toujours judicieux...
