Par Sarah Laichaoui
Remerciements à Live Nation pour l’invitation
2025 aura été l'année de l’apparition d’un groupe dont personne n’avait entendu parler auparavant. Et pour cause, il s’agit d’un nouveau projet dont les membres sont inconnus où rumeurs et spéculations vont bon train. Un seul EP, 6 titres, moins d’un an d’existence et déjà une tournée en tant que tête d’affiche en Europe baptisée “The Campaign Trail” et en première partie d’Architects, Landvmrks et Bad Omens. Leur première scène à Paris s’est donc tenue le 9 janvier 2026 au petit théâtre du 10ème arrondissement les Étoiles. Communication minimale et concert complet en quelques minutes, on y était et on vous raconte mais avant, il est de bon ton de planter le contexte :
Ce groupe se nomme PRESIDENT et peut se targuer d’avoir réussi en un an ce que peu de groupes metal parviennent à atteindre.
Oui mais comment c’est possible ?
Produire et jouer de la bonne musique ne suffit malheureusement plus, il faut miser sur une stratégie de communication et de contenu hors pair couplée à une identité visuelle, un branding marqué. Sortir du lot, se distinguer, cultiver le mystère, raconter une histoire, laisser plus de place à l’imagination pour le public, suggérer. Ça, PRESIDENT l'a bien compris.
On prend le côté persona anonyme et masqué de Ghost et Sleep Token, on mise sur des visuels, une colorimétrie et une cinématographie cohérente, un costume noir sobre et des teasings calibrées sous forme d’annonces cryptiques à la Bad Omens et on obtient un groupe sorti de nulle part qui décroche sa première scène au Download Festival en Angleterre en Juin 2025.

Si beaucoup qualifie l’ascension de PRESIDENT comme étant des industry plant (un artiste ou tout projet musical préfabriqué en produit marketing par les grosses maisons de disque) une machine bien huilée avec un gros budget marketing et une équipe de professionnels chevronnés derrière, on ne peut nier l’excellente analyse faite par ce groupe pour reprendre les codes qui fonctionnent aujourd’hui dans le metal moderne. On parle même de connexion avec le management de Sleep Token ou bien que PRESIDENT soit le projet parallèle de Vessel, II,III et IV. Ce qui est certain, c’est que l’équipe à l’origine de ce projet est loin d’être débutante en matière de marketing musical.
C’est donc impatiente et très curieuse que je me rends aux Étoiles, partiellement conquise par les premiers singles de l’EP King Of Terrors. Si on se pose la question de la pertinence d’un concert avec uniquement un seul EP, on sait d’ores et déjà qu’il va durer peu de temps.
Une occasion pour le groupe d’aller vite à la rencontre de son public et de tester la réception de l’EP. Pas de première partie ce soir, le meeting de PRESIDENT se fera d’entrée de jeu dès 20h45. Les citoyens (nom de la fanbase du groupe) conviés à cette allocution se sont hâtés pour être au plus près. On a rarement vu la salle aussi remplie. Pas de décision de changement de salle par la production, on cultive l’exclusivité et le fait de se sentir chanceux et privilégié d’être présent ce soir là, malin.
Pour patienter avant l’entrée de PRESIDENT, des titres rock des années 50, comme pour nous plonger dans le contexte sont diffusés. Car c’est sur “Ike for President”, une publicité télévisée de 1952 pour la campagne présidentielle de Dwight D. Eisenhower (aussi utilisée dans le premier teaser de PRESIDENT) que le chanteur, The President, entre et se dresse sur la petite scène des étoiles, puis derrière son pupitre (ou autel ?) floquée d’une croix de Lorraine en néon.
La plèbe acclame à l’unisson “President !”. Immobile, mains gantés de blanc et bras le long du corps, mouvement lent de tête qui balaye de part et d’autre la pièce, le mystérieux président entame “Fearless”.

Le discours de l’homme peut alors débuter. Le son est tout à fait excellent et sa voix, saisissante. Timbre de voix reconnaissable pour certains (Charlie Simpson de Busted / Fightstar), le mystère demeure encore entier et honnêtement, il m’est égal de connaître son identité. La proposition artistique est bien pensée, travaillée et semble bien prendre auprès du public et de la critique. Des petites incohérences demeurent et je me questionne sur le choix d’habiller Heist (guitare), Protest (basse) et Vice (batterie) de vestes noires à brassard et patches plutôt que de costumes noires sobres, type garde rapprochée de The President. Mais, à en croire la signification de leurs pseudonymes, s’agit-il peut-être de comparses à l’opposé du message politique prônée ? Ceux du côté de la résistance ? Cela reste cependant peut raccord avec l’esthétique très années 50 du costume de The President.
Le masque de The President, assez terrifiant de réalisme, contraste avec sa versatilité vocale. Il passe aisément d’un timbre doux mélodique à rauque, éraillé. La reprise de Deftones “Change (In The House of Flies)” est impeccable et on sort enfin du côté trop propre, trop bien produit pour laisser place à plus d’émotion.
PRESIDENT condense dans leur EP un savant mélange d'électro, de metalcore et de riffs abrasifs qui ont fait le succès de Bad Omens et Sleep Token. Recette peut-être trop évidente et attendue sans pour autant en être au bord de l’indigestion, on attend cependant du nouveau son pour juger de l’évolution sonore du groupe. Pas d’interaction avec le public, The President se contentera d’observer son auditoire sur les interludes.

“Destroy Me” et “In the Name of the Fater” clôturent ces 32 minutes (montre en main) de concert alors qu’on commençait seulement à entrer dans le show. Est-ce une volonté intentionnelle de ne donner qu’un aperçu pour cultiver le mystère et inciter à les revoir ? Quoi qu’il en soit, on reste définitivement sur notre faim, bien que le public ait apprécié, la salle est tout de même restée relativement attentive et observatrice. Pas de gros pogos ou de mouvements de foule dans la salle, juste une impression solennelle d’avoir assister au premier concert français d’un groupe en devenir. Tout comme pour Sleep Token en 2019 dans cette même salle, pour les chanceux qui ont pu y être.
Pour confirmer l’essai ou découvrir PRESIDENT en live en France, session de rattrapage au Hellfest le jour de la fête de la musique le 21 juin sur la main stage 2.
Alors, qui vote pour ?
SETLIST
Fearless
Dionysus
Rage
Change (In the House of Flies) - cover Deftones
Conclave
Destroy Me
In the Name of the Father