Photos : Stéphanie Morgado @sekhmet_eve
Live report : Cyril Roudey et Stéphanie Morgado
Il y a des groupes que l’on suit pendant des années, dont on connaît les albums et les refrains, sans jamais avoir eu l’occasion de les voir sur scène. MYRATH fait partie de ces groupes que j’attendais de découvrir en live depuis longtemps. Le 14 octobre, au Petit Bain, à Paris, cette attente allait enfin prendre fin, dans une salle affichant sold out pour la tournée Wilderness of Mirrors – Second Strike.
Mais ce report ne sera pas écrit à une seule plume. Pour raconter cette soirée, je serai accompagnée de Cyril Roudey, fan de MYRATH qui les voyait pour la vingt-deuxième fois ! Autant dire que nous n’abordons pas ce concert avec le même vécu : d’un côté, l’impatience de découvrir enfin sur scène un groupe que je suis depuis plusieurs années, avec mon regard de photographe et de l’autre, l’expérience d’un habitué qui a déjà partagé de nombreux concerts avec ce groupe, le dernier en date au festival ProgPower d’Atlanta en 2023, un show qu’il qualifie d’exceptionnel.
Avant de retrouver les Franco-Tunisiens, place aux Hongrois de ROSES OF THIEVES, special guests de cette tournée européenne.
ROSES OF THIEVES, une ouverture pleine d’énergie et de bonne humeur
Venus de Budapest, les Hongrois de ROSES OF THIEVES proposent un metal mélodique teinté de folk, où les guitares côtoient des sonorités plus traditionnelles, notamment l’accordéon. Un mélange qui apporte une vraie couleur à leur musique et permet au groupe de se démarquer.
Au centre de la scène, la chanteuse Ivett Dudás attire rapidement les regards. Charismatique et expressive, elle donne le ton d’une prestation pleine d’énergie et de bonne humeur. Les mélodies accrochent, les musiciens se montrent convaincants et l’ensemble fonctionne parfaitement pour lancer la soirée.
Une première partie sympathique, qui remplit sa mission : installer une ambiance conviviale avant l’arrivée de la tête d’affiche. ROSES OF THIEVES est une découverte que l’on retient volontiers.
MYRATH
L’entrée des musiciens, puis celle de Zaher Zorgati, est accueillie par une ferveur qui ne laisse aucun doute : MYRATH était particulièrement attendu dans la capitale. Les cris et les applaudissements fusent, et l’on comprend très vite que le public est venu pour vivre une soirée à la hauteur de ses attentes.

Le concert s’ouvre sur “The Funeral”, premier titre de Wilderness of Mirrors. Dès les premières notes, MYRATH installe une atmosphère cinématographique, portée par un backdrop somptueux, à l’image de l’univers visuel du dernier album. Derrière ses fûts, Morgan Berthet arbore un masque théâtral et mystique qui renforce encore cette dimension presque rituelle. Les instruments prennent peu à peu toute leur ampleur, et le groupe nous entraîne d’emblée au cœur de son nouvel univers.
Puis arrivent “Born to Survive” et “Dance”. Et là, je dois bien l’avouer : enchaîner deux de mes morceaux préférés dès le début du concert, ce n’est vraiment pas le meilleur moyen de rester concentrée derrière mon appareil photo ! Une petite voix intérieure me souffle presque de ranger l’appareil et de profiter du concert.
Cyril : “ C’est aussi ça, MYRATH. Il y a des morceaux qui fonctionnent immédiatement sur scène, même quand on les connaît déjà par cœur. Et quand on en est à son vingt-deuxième concert, on pourrait penser que l’effet s’atténue… mais pas du tout ! “
Bon, pour mon premier concert de MYRATH je confirme : l’effet est plutôt réussi.


La suite s’enchaîne avec “Until the End” sur lequel Zaher est accompagné d’une certaine Alice… et quelle claque, une voix magnifique et puissante qui a su mettre d’accord tout l’audiance par sa présence scénique et sa performance. Puis “The Clown”, deux titres qui illustrent bien les différentes facettes du groupe, entre puissance metal, mélodies orientales et arrangements cinématographiques. MYRATH a fait évoluer son identité au fil des albums, sans perdre cette signature qui le rend reconnaissable dès les premières notes.
Entre deux morceaux, Zaher prend le temps de s’adresser au public. Avec beaucoup d’humilité, il évoque que certains événements de sa vie l’ont marqué et confie qu’il n’est pas toujours simple, mentalement, de continuer à avancer. La musique, explique-t-il, peut nous aider à tenir bon et à trouver la force de poursuivre notre chemin. Un moment sincère, qui fait écho à ce que beaucoup peuvent traverser. Derrière les riffs et les mélodies, il y a aussi des émotions, des fragilités et des histoires personnelles. Et c’est précisément dans ces instants que le concert prend une dimension supplémentaire : on ne vient pas seulement écouter des chansons, on vient aussi partager des émotions.
Cyril : “ C’est un aspect que j’apprécie chez eux. La puissance musicale est là, mais il y a aussi cette dimension humaine. Et quand on suit un groupe depuis longtemps, on sait que ce lien avec le public fait partie de son identité. “
La musique reprend ensuite ses droits avec “Through the Seasons”, avant “Tales of the Sands”, qui nous ramène à l’album du même nom paru en 2011. Quel chemin parcouru depuis ! MYRATH a affiné son mélange de metal progressif et d’influences nord-africaines, tout en donnant une place toujours plus importante aux mélodies et aux arrangements.
“Merciless Times”, “Still the Dawn Will Come” et “Edge of the Night” poursuivent ce voyage à travers la discographie. Les morceaux alternent entre énergie, contrastes et passages plus atmosphériques. La setlist nous offre ainsi un bel équilibre entre les nouveaux titres et les ceux qui ont contribué à faire connaître le groupe.

Cyril : “ La setlist est vraiment intéressante, même si, avec autant de concerts au compteur, on finit forcément par avoir des attentes précises concernant le spectacle. “
Et c’est là que nos regards commencent à diverger un peu. De mon côté, je découvre enfin ces compositions en live et je profite de chaque instant, malgré la difficulté de concilier l’enthousiasme de la fan et les exigences de la photographe. Cyril, lui, observe aussi le concert avec le recul de quelqu’un qui a déjà vu le groupe dans d’autres conditions, notamment lors de ce fameux show d’Atlanta.
Avec “ No Holding Back “, l’énergie repart de plus belle. La guitare de Malek Ben Arbia apporte tout le mordant nécessaire, tandis que Zaher continue d’entretenir le lien avec les premiers rangs. Puis vient “ Breathing Near the Roar “… enfin, pas tout à fait comme prévu ! Zaher annonce l’arrivée sur scène d’Alice pour l’accompagner. Sauf qu’il semble avoir un peu anticipé les choses : Anis Jouini, le bassiste, ne tarde pas à venir le voir, hilare, pour lui signaler qu’il s’est trompé de moment. Un petit instant de flottement qui déclenche visiblement quelques sourires. Comme quoi, même après des années de scène, tout ne se passe pas toujours exactement comme prévu ! Et franchement, ces petites scènes spontanées font aussi partie du charme du live.
Alice nous rejoindra bien pour “ Soul of My Soul “, où sa voix apporte une puissance supplémentaire au morceau. Cela offre justement une respiration plus émotionnelle au milieu d’un concert généreux. MYRATH sait alterner les ambiances sans perdre le fil, et c’est l’une des grandes forces de sa musique.
Vient ensuite “Les Enfants du Soleil”, autre moment fort de Wilderness of Mirrors. Zaher descend dans la fosse et interprète le titre au milieu du public. La distance entre la scène et les spectateurs s’efface, laissant place à un véritable moment de partage. Une belle façon de donner vie à ce morceau, dont les couleurs orientales et la mélodie prennent une dimension particulière en concert.

C’est aussi là que nos regards commencent à diverger un peu. Musicalement, Cyril n’a rien à redire : les musiciens sont au niveau et le son est bon. En revanche, il reste sur sa faim côté scénographie. La scène du Petit Bain paraît un peu étroite pour accueillir le groupe, les lumières ne l’ont pas totalement convaincu et, connaissant l’univers de MYRATH, il aurait volontiers apprécié la présence de danseuses orientale.
De mon côté, je dois reconnaître que je n’ai pas forcément prêté autant attention à ces détails sur le moment. Pour moi, qui découvrais enfin MYRATH sur scène après des années à écouter leurs albums, l’essentiel était ailleurs : retrouver cette musique en live, ressentir son énergie et tenter d’en capturer quelques instants derrière mon objectif.
Deux sensibilités différentes, donc, et c’est aussi ce qui fait l’intérêt de ce regard croisé. Si la scénographie ne nous a pas marqués de la même manière, nous nous retrouvons sur l’essentiel : la qualité des compositions et l’engagement des musiciens.
Le concert se poursuit avec un titre que j’attendais “Endure the Silence”, avant que “Believer” ne vienne conclure la soirée. Dès les premières notes, le public reconnaît l’un des titres incontournables de Legacy. L’énergie monte encore, le public répond toujours présent et MYRATH termine sur un morceau fédérateur, qui résume parfaitement son identité : puissant, mélodique et immédiatement accrocheur.


Alors, cette première rencontre avec MYRATH sur scène était-elle à la hauteur de mes attentes ? Oui, sans hésitation!
Pour Cyril, le bilan est un peu plus nuancé sur la dimension visuelle du spectacle, mais les qualités musicales restent indéniables. Vingt-deux concerts plus tard, MYRATH continue de lui offrir de belles choses, même si toutes les dates ne se ressemblent pas et ne provoquent pas les mêmes émotions. Au final, nous n’aurons pas vécu exactement le même concert. J’y ai trouvé le plaisir d’une première rencontre attendue depuis longtemps ; Cyril y a retrouvé un groupe qu’il connaît intimement, avec ses forces et les aspects qu’il aimerait voir évoluer. Et c’est justement ce qui rend ce report à deux plumes intéressant : confronter nos ressentis sans chercher à les uniformiser. Le 14 octobre, le Petit Bain affichait complet et MYRATH a une nouvelle fois démontré la force de son univers, entre metal, mélodies orientales et émotions. Quant à moi, je peux enfin dire que j’ai vu ce groupe sur scène ! Reste maintenant à savoir combien de temps il faudra attendre avant de les revoirs !
