Texte : BlandusMarcius
Photos : Jérôme Meyer @jRAWmeyer
C’est une tradition maintenant chez Metalleux de France de lutter contre la grisaille de l’hiver avec une bonne rasade de metal païen. Après le Paganfest en 2025, nous voilà de retour à l’Élysée Montmartre à l’occasion de l’Heidenfest 2026, qui accueillait cette année The Dread Crew of Oddwood, Trollfest, Heidevolk, Finntroll et Korpiklaani. Pirates, flamants roses, chants épiques et pit déchaîné, MDF vous raconte une soirée mémorable.
THE DREAD CREW OF ODDWOOD

The Dread Crew of Oddwood ouvre le bal avec une ambiance immersive et piratesque. Costumes historiques, instruments acoustiques et brises-lames en décor de fond, le groupe de heavy mahogany (“ébène lourd”) venu d’Outre-Atlantique nous plonge dès les premières secondes dans son univers, où la tradition des chants de marins se teinte de modernité. Dead Man’s Medley en est l’illustration parfaite, la mélodie de Llevan Polka se mêlant à l’accordéon, au bouzouki et à la flûte irlandaise.
La voix du chanteur, le bien nommé Wolfbeard O'Brady, frappe par sa richesse et sa couleur, mais c’est le charisme et la cohésion générale du groupe qui séduit le public. Les musiciens jouent ensemble, dansent ensemble, rient ensemble; l’ambiance est à la bonne humeur et à la légèreté. J’adore les groupes qui ne se prennent pas au sérieux, et The Dread Crew sait parfaitement comment impliquer le public dans la dynamique globale. À chaque proposition, la salle répond présente : sur Giant Fucking Demon Crab, une grande partie pit imite la marche d’un banc de crabes (de gauche à droite), en pressant les doigts comme des pinces. Sur Trollwhack, c’est une armée de trolls qui envahit la fosse. Sans incitation, la foule se met à ramer. Les énergies correspondent et s’échangent dans un flux intact de joie métallique.
Je me remémore les propos d’Alice, une de mes plus chères amies : “The Dead Crew of Oddwood, c’est vraiment le groupe que j’écoute quand je me sens à plat et que j’ai besoin d’énergie”. Il n’y avait pas meilleure manière de commencer la soirée. On gardera en mémoire la performance spectaculaire de Stark Cordwain, jouant un morceau de flûte par le nez, et la présence appréciée de Dagna(sty) Silesia à la contrebasse - seule femme musicienne de la soirée (more women on stage !).

TROLLFEST
Je pensais que les “loufoqueries” de The Dread Crew seraient le plus haut degré d’auto-dérision de la soirée, mais je me trompais lourdement. Je n’avais jamais encore vu Trollfest en live, et on m’avait prévenue : “Ca peut surprendre”. Je ne m’attendais cependant pas à voir apparaître sur scène une armée de métalleux barbus, vêtus de costumes rose pailletés et de chapeaux à têtes de flamants roses.

Le groupe norvégien démarre la session avec Dance like a pink flamingo, et je découvre une musique énergique et funky. Ne vous y trompez pas : Trollfest est bien un groupe de metal, et son chanteur, Trollmannen, est tout à fait capable de balancer des screams. Mais le rythme se prête à la danse, et presque à la transe. Une fille à côté de moi bouge de toute force de son corps, ses tresses fouettant vigoureusement l’air; la fosse se déchaîne et saute spontanément, pieds joints et bras levés. Ce n’est plus un concert, c’est carrément une séance de cardio.

L’énergie ne se perd jamais, entretenue par le groupe qui nous fait monter, descendre, sauter, faire la chenille à travers toute la salle, courir, crier, chanter. Je finis le concert presque sonnée, comme bousculée au milieu de tous ces êtres humains en sueur. Le set terminé, je vais vite recharger mon verre (sans alcool, s’il vous plaît, c’est le Dry January), avant de me replacer bien au milieu de la fosse pour Heidevolk.
HEIDEVOLK

J’avais eu le plaisir de découvrir le groupe l’an dernier au Paganfest, et d’avoir été impressionnée par leur technique et leur maîtrise vocale. Le second round confirme mes impressions : Heidevolk est un groupe qu’il faut absolument voir en live. Contrastant fortement avec l’ambiance délurée de Trollfest, leur musique a tout du chant épique. On peut presque y entendre le fer des lances frapper les boucliers, les bois des bateaux fendre les mers, et les lèvres invoquer les dieux pour la victoire.
La grande sobriété de la mise en scène ne nuit aucunement au groupe, bien au contraire. Le focus se fait sur les voix graves et parfaitement accordées de Jacco de Wijs et de Daniël Den Dorstighe, qui me donnent des frissons sur Wallhalla wacht (“Le Valhalla attend”). Le set est grandiose, solennel et puissant; dans la fosse, les pogos sont d’une violence inouïe. Wolf in my heart réjouit l’assistance qui clame le refrain en choeur, et lève plus tard son verre sur Drinking with the Gods. Le groupe néerlandais démontre, une fois encore, qu’il mérite entièrement sa place dans le fest, et dans le paysage plus global du folk metal.

FINNTROLL

La transition opérée par Heidevolk me prépare parfaitement à la session très attendue de Finntroll, que je viens voir pour la première fois. La présence du groupe finlandais au festival est historique : participants de la formation originelle du Heidenfest de 2008, c’est également leur première tournée avec Korpiklaani.
Une intro à la Tim Burton m’attire près de la scène, dont le décor reflète une ambiance plus sombre, presque inquiétante. Des musiciens portant oreilles pointues et maquillage prennent place, tandis qu’un chanteur torse nu, à la longue chevelure, s’installe devant son micro orné d’une tête de bélier sculpté. Il s’agit de Mathias Dahlsveen, alias Kistelach, qui remplace pour la tournée Mathias « Vreth » Lillmåns, tombé malade.
Les premières notes donnent immédiatement le ton : un mélange savant de folk metal et de black metal, au nom savant de blackened folk. J’apprécie énormément le changement de rythme, l’instrumentation plus violente, la voix death, les jeux de lumière et de fumée qui participent à l’atmosphère ténébreuse voulue par le groupe. Le public semble également y trouver son compte : des dizaines de slammeurs émergent de la pénombre pour rejoindre le devant de la fosse, saluant au passage le chanteur venu au contact de la foule.

Toute l’énergie dépensée pendant les trois premières heures commence à me manquer, et je m’apprête à m’éloigner prendre l’air, quand les accords de Trollhammaren retentissent. Impossible de manquer cette chanson mythique, qui unit toute la salle dans un même cri et relance les pogos dans le pit. Requinquée, je reste alerte jusqu’à la fin du set, et suis particulièrement impressionnée par l’interprétation de Skogsdotter, racontant la légende d’une “fille de la forêt” séduisant les voyageurs imprudents. Verdict de la soirée : Finntroll rejoint mon palmarès de groupes charismatiques, à forte présence scénique, qui assurent une expérience plaisante en live.
KORPIKLAANI

Le décor change, prenant des tons bruns, beaucoup plus naturels, comme si une forêt de branchages avait envahi le fond de la scène. C’est l’écrin du dernier groupe, les mythiques Korpiklaani, dont la renommée n’est plus à faire. Je songe avec nostalgie à mes années lycée, à Beer Beer ou à Vodka qui tournaient en boucle sur mon baladeur MP3. Il me tarde de découvrir le groupe en live.
Les costumes sont, une fois encore, au rendez-vous, et le chanteur, une crinière de dreads sur la tête, démarre le set avec Hunting Song, issu de leur deuxième album Voice of Wilderness (20 ans déjà !). Malgré la fatigue, la salle répond favorablement à l’énergie du groupe, qui envoie ses classiques comme des uppercuts (Wooden Pints, A Man with a plan, Happy Little Boozer…). Dans la fosse, une chenille improvisée se forme, preuve qu’en dépit de l’heure tardive, il est toujours temps de s’amuser. J’apprécie la variété de la setlist, qui donne un aperçu assez complet des 30 ans de carrière du groupe finnois, tout en faisant la part belle à leur dernier album, Rankarumpu, dont la cover sert de décor à la scène.

Impossible de ne pas terminer le concert sur le légendaire Vodka, réclamé à corps et à cris par la foule (qu’on ne vienne pas me dire que les Français n’ont pas une histoire avec l’alcool). Force est de constater que Korpiklaani, en dépit de live inégaux par le passé, a repris du poil de la bête, et sait tenir son public.
Nous quittons la fournaise qu’est devenue l’Élysée Montmartre pour rejoindre la fraîcheur, désormais plaisante, du mois de janvier. Nous sommes en sueur et éreintés (un marathon de 5 heures de metal, il faut le tenir !), mais les oreilles pleines de bonne musique, et la tête pleine de souvenirs. Le Heidenfest me rappelle pourquoi le folk, pagan et viking metal trouvent leur place parmi mes genres préférés. Leur capacité à puiser dans les contes et les légendes, de s’inspirer du passé pour créer une ambiance immersive, tout en offrant des moments de lâcher prise, en font un metal précieux, qui crée joie et communauté.

SETLISTS
The Dread Crew of Oddwood
Dead Man's Medley
Side Quest
Leather Ship
Giant Fucking Demon Crab
Give Me Your Beer
Trollwhack
The Dread Crew of Oddwood
Lawful Evil
Trollfest
Dance Like a Pink Flamingo
Flamongous
Happy Heroes
Twenty Miles an Hour
Kaptein Kaos
Trinkentroll
Piña Colada
Renkespill
All Drinks on Me
Kjettaren mot strømmen
Heidevolk
Ontwaakt
Ostara
Walhalla wacht
Yngwaz' zonen
A Wolf in My Heart (t-shirt !)
Oeros
Drinking with the Gods (Valhalla)
Vulgaris magistralis (Normaal cover)
Nehalennia
Finntroll
Midvinterdraken
Människopesten
Solsagan
Fiskarens fiende
Blodsvept
Nedgång
Svartberg
Mask
Trollhammaren (qui met tout le monde d’accord)
Nattfödd
Skogsdotter
Jaktens tid
Ormfolk
Korpiklaani
Hunting Song
Wooden Pints
A Man With a Plan
Happy Little Boozer
Aita
Tuli kokko
Leväluhta
Päät pois tai hirteen
Ruumiinmultaa
Gotta Go Home(Boney M. cover)
Viima
Metsämies
Saunaan
Vodka
