31/5/2026

Flea à nu, entre jazz, soul et humanité

Texte et Photos par François Capdeville

Les 28 et 29 mai 2026, l’Alhambra à Paris affichait complet pour accueillir un musicien que l’on croyait connaître par cœur. Pourtant, ce soir-là, ce n’était pas le Flea volcanique des Red Hot Chili Peppers qui montait sur scène. Pas de funk-rock explosif. Pas de course folle d’un bout à l’autre des planches. Juste Michael Balzary, bassiste parmi les plus influents de ces quarante dernières années, venu présenter Honora, son premier véritable album solo, un disque nourri de jazz, de soul et d’humanité.

L’ambiance est intime. Imagine de John Lennon en fond sonore, en attendant l’arrivée des artistes. Flea apparaît en costume bleu, torse nu, chaîne autour du cou. Il s’installe lentement sur un tabouret, face au public et basse en main. Derrière lui, un casting de rêve : Anna Butterss, à la contrebasse, Josh Johnson au saxophone (et producteur de l’album), Jeff Parker à la guitare, Deantoni Parks à la batterie, Nathaniel Walcott aux claviers. Des fines de lame de la musique, mais capables de rester en retrait, en toute humilité, au nom de la musicalité.  

On démarre en délicatesse avec Good Night Darius Honora. Un voyage s’amorce aux racines jazz de Flea, lui qui était d’abord trompettiste avant que la basse ne lui ouvre les portes de l’histoire du rock.

Les lumières se saturent et la silhouette familière de Thom Yorke apparaît. La salle retient son souffle. Les deux anciens complices d’Atoms For Peace se retrouvent pour interpréter « Traffic Lights ». La voix fragile et flottante du chanteur de Radiohead se pose sur les rythmiques organiques du groupe.

Plus tard, « Free As I Want To Be » déploie son riff hypnotique. C’est marrant j’ai pensé à certaines envolées psychédéliques de Slift, un excellent groupe de rock psyché intense toulousain. Le morceau tourne, grandit, s’étire.

Autre moment fort : « Thinkin Bout You », sublime reprise de Frank Ocean. Flea y alterne basse et trompette avec élégance. Aucun démonstratif. Aucun ego. Juste quelques notes parfaitement placées. Une leçon de musicalité.

Avec « Maggot Brain », hommage à Funkadelic, le bassiste invite le public à célébrer notre mère la Terre. Le morceau prend des allures de prière cosmique.

Et voilà que Thom Yorke revient pour « Got To Give It Up » de Marvin Gaye. Ce qui n’était qu’une reprise devient une immense fête disco-jazz. Les mains frappent en cadence. Les corps dansent, une mélopée de près de dix minutes,  

Le rappel est à l’image de la soirée : simple et profond. Flea présente une chanson construite sur quelques notes. Une chanson qui célèbre la mort avec son humour croustillant habituel, car elle nous rappelle que nous ne sommes que de passage. Et que, finalement, le plus important est de s’aimer tant qu’il est temps. Trois phrases repris en boucle par la salle sur une mélodie enfantine.

J’ai vu de très grands concerts en 2026. Aucun ne m’a autant touché que celui-ci. Et ce n’est probablement pas Brad Pitt, aperçu discrètement dans le public de cette petite salle parisienne, qui me contredira.

Quelle classe, ce Flea.

Quelle humanité.

Quel sens de la musicalité.  

Une leçon pour les musiciens et pour tous les humains/es de cette planète.

No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.