30/3/2026

Feuerschwanz : bienvenue au Knightclub du Metal

Report : Stéphanie Morgado (@sekhmet_eve) et Hugo Arthur Pavard (@mano_castel)
Photos : François Capdeville (@francois.capdeville)

Le folk metal médiéval était à l’honneur le dimanche 22 mars du côté de l’Élysée Montmartre. Dans le cadre de leur tournée européenne Knightclub Tour, les Allemands de Feuerschwanz faisaient escale dans la capitale pour une date très attendue, accompagnés de Miracle Of Sound.

Avec une tournée mondiale de 18 dates lancée le 12 mars en Allemagne et appelée à s’étendre jusqu’à São Paulo fin avril, cette halte parisienne avait tout d’un rendez-vous immanquable pour les amateurs de metal festif et d’univers fantasy. Porté par le succès de ses derniers albums Memento Mori et Fegefeuer, tous deux classés numéro 1 en Allemagne, ainsi que par son dernier opus Knightclub, sorti en août 2025, Feuerschwanz s’impose aujourd’hui comme une véritable étoile montante du folk metal européen.

Et pour moi, cette date avait quelque chose de particulier. Il s’agissait seulement de leur deuxième passage sur Paris. Après avoir manqué leur venue au Trabendo — une petite frustration — impossible cette fois de passer à côté. Session de rattrapage obligatoire.

Aux abords de la salle, l’ambiance est déjà bien installée : t-shirts à l’effigie du groupe, sourires, impatience palpable… Le public, venu autant pour headbanger que pour faire la fête, trépigne d’impatience. Car avec le Knightclub Tour — littéralement le “club des chevaliers” — la promesse est claire : soirée placée sous le signe de la bonne humeur, de la danse et d’une énergie fédératrice.

Mais soyons honnêtes : pour raconter une telle soirée épique, il fallait un véritable initié. Mon cher ami Hugo Arthur Pavard, fan incontournable du groupe, était le chevalier de la situation. Je lui laisse la plume.

MIRACLE OF SOUND

Pour ouvrir la soirée, c’est une unique première partie qui nous fait l’honneur de sa présence, Miracle Of Sound, le fameux projet musical de l’irlandais Gavin Dunne. Déjà bien connu sur YouToube depuis de nombreuses années, ce n’est que depuis 2025 que Gavin a décidé d’en faire un groupe et de faire une première tournée avec un passage à Paris en mai de la même année, non sans avoir déjà fait un featuring avec Feuerschwanz pour le concert des vingt ans du groupe à Essen en décembre 2024 et surtout non sans avoir signé chez la grande famille de Napalm Records.

Le groupe présent sur scène met à l’honneur de jeunes et talentueux musiciens recrutés l’année passée, deux guitaristes, un bassiste, un batteur, une claviériste et Gavin. Mention spéciale pour la claviériste qui est aussi bien chanteuse et même parfois danseuse !

C’est une courte setlist, mais néanmoins efficace, les classiques que sont Skål et Beneath the Black Flag sont à l’honneur, et même Gráinne Mhaol, un morceau avec des paroles en langue irlandaise. Gavin quitte même la scène à un moment pour laisser son groupe interpréter un morceau entier avec la claviériste au chant.

Le set se ferme avec le mythique et monumental Valhalla Calling, revisité en version rock/metal et dont le refrain épique est chanté à plein poumon par toute la salle.

Le groupe en est encore à ses débuts sur scène mais il est déjà tout à fait convaincant, on attend vivement un album cette fois avec cette jeune formation et des morceaux inédits, Miracle Of Sound mérite largement de s’élargir encore au-delà de YouTube dans cette nouvelle voie. Pour celles et ceux qui ont la chance d’y aller, ils seront de passage au Motocultor au mois d’août, ne manquez pas leur premier passage en festival en France !

FEUERSCHWANZ

Et maintenant passons aux choses sérieuses, c’est l’un des groupes allemands les plus dynamiques de ces dernières années qui s’apprête à marquer pour la première fois l’Élysée-Montmartre de son passage, sur une scène déjà bien plus adaptée que celle de leur premier passage en France au Trabendo en 2024. Feuerschwanz, c’est une longue carrière très intense dans leur pays d’outre-Rhin et une ouverture seulement très récente à l’international, c’est aussi deux des trois derniers albums numéro 1 en Allemagne et le dernier numéro 2, rien que ça !

Feuerschwanz, ce sont six musiciens dont une violoniste, Johanna, deux chanteurs, Hauptmann et Ben, et deux danseuses vêtues comme des valkyries qui se font appeler les schildmaids, Yennefer et Deila. Tous entrent sur scène sous les acclamations pour nous servir leur morceau d’ouverture : Drunken Dragon, du dernier album, Knighclub. Voilà, on nous balance dès le début ce qu’est l’âme de Feuerschwanz, un dragon bourré, du fun, de la fantasy, de l’epicness et du festif pour notre plus grand bonheur. La salle est déjà en ébullition et les schildmaids mettent l’ambiance avec des claquettes irlandaises, c’est vrai que la Saint-Patrick c’était la semaine dernière !

La suite se compose notamment d’anciens morceaux des albums Memento Mori et Feugefeur, déjà bien ancrés dans les setlists du groupe, SGFRD Dragonslayer, Memento Mori, Untot im Drachenboot, Bastard von Asgard, toutes les paroles sont en allemand mais on entend quand même la salle scander les refrains. Dire qu’ils étaient si peu connus avant dans notre belle France, les voilà qui ont rapidement déjà conquis une bonne base de fans de chez nous, et moi le premier, oui surtout moi en fait ! Le groupe s’approprie la scène et le public dans le creux de la main, les deux chanteurs Hauptmann et Ben forment un duo charismatique unique et les schilmaids dansent de chaque côté de la scène armées de haches et de boucliers. C’est tout de suite très efficace oui, mais en fait on n’a vraiment encore rien vu.

Vient aussi le moment du morceau de l’album éponyme, celui présenté pendant la phase de sélection allemande pour l’Eurovision pendant laquelle le groupe n’a pas été retenu (heureusement ou malheureusement, je ne sais pas trop...), Knightclub. Là franchement on ne peut que saluer la puissance de ce que je considère est un véritable hymne moderne du folk metal. Knightclub dégage une énergie que j’ai rarement vue chez d’autres artistes, à la fois entraînant, énergique, joyeux, à s’en faire vider les poumons comme jamais, c’est une déferlante qui fait trembler les murs de l’Élysée-Montmartre. Qui aurait cru qu’un morceau de metal puisse être aussi dansant et à la fois aussi rythmé ?

Parmi les morceaux de l’album Knightclub, il y a une chanson d’amour, Name der Rose, inspirée du fameux film mettant en scène Sean Connery. C’est un morceau poétique et émotionnel, avec quelques teintes de liturgie catholique à la manière de Powerwolf. Certaines paroles du refrain sont en latin : « Halleluja, In Nomine Patris, Domine Nobis », elles sont chantées par Ben sur une tonalité qui n’est pas sans rappeler celle d’Attila Dorne de Powerwolf, pendant ce temps, les schildmaids vêtues comme des nonnes diffusent de la vapeur sur scène avec des encensoirs, sous une lumière tamisée. J’insiste sur le fait que l’ambiance de ce morceau est vraiment particulière, si belle et pourtant bien moins joyeuse que le reste du set, avec un refrain qui commence par « Ich liebte dich bis zum Tode » (je t’ai aimé jusqu’à la mort), on ne peut que me comprendre.

Pour le morceau Ultima Nocte, le groupe nous invite pour la première fois à participer au show, la salle est divisée en deux équipes et il faut simplement jouer à qui criera le plus fort pendant les couplets entre l’équipe des « OUH » et l’équipe des « AH ». Vient ensuite Schubstanz, probablement le morceau le plus bourrin de la soirée, avec un bon wall of death comme on aime, puis sur Kampfzwerg, on est invité à sauter sur place bras dessus - bras dessous avec nos congénères.

Testament est un autre morceau de l’album Knightclub, une introduction rapide et puissante à coups de cornemuse et de double-pédale, mais surtout un refrain hymnesque qui frappe tout de suite. Berzerkermode, c’est le morceau fitness viking du groupe, les schilmaids font de belles animations avec des marteaux de GN comme si c’était de la bonne grosse fonte.

Et voilà Sam the Brave, un hommage sublime à Tolkien et à Sam Gamegie le brave, et aussi à Peter Jackson et Howard Shore ! On a droit avant le refrain final à une ligne de violon de Johanna qui reprend quelques petites notes du fameux thème Concerning Hobbits de la splendide saga cinématographique du Seigneur des Anneaux.

La suite est une belle innovation scénique totalement inattendue et franchement très appréciée. Ben, Hauptmann et Johanna se déplacent vers le fond de la salle au niveau de la console pour nous présenter un joyeux medley acoustique de leurs morceaux plus anciens. Déjà c’est super gentil pour les gens du fond qui voient mal la scène et pour ceux au bar qui peuvent les voir en contrebas ! Il s’agit de morceaux qu’ils n’ont plus joués depuis longtemps, ceux de l’époque où Feuerschwanz était encore un petit groupe de folk rock parodique qui se produisait pendant les marchés et les fêtes médiévales devant quelques dizaines de personnes, un très bel hommage au passé modeste du groupe. Ces morceaux sont même mêlés à leurs morceaux plus récents revisités en version acoustique pour l’occasion, cela donne donc Metfest, Hurra Hurra die Pest ist da, Name der Rose et un magistral Das niemals endende Gelage pour clôturer.

Le medley est suivi par le fameux sollo de batterie de Rollo, sur l’air du fameux remix They’re taking the hobbits to Isengard, pour ne pas du tout nous déplaire ! Quoi de mieux pour faire chanter un public de nerds venus voir un groupe de folk metal comme eux ? On prend bien notre pied, et on verra quand même assez rarement un public chanter sur un solo de batterie, je peux vous l’assurer. C’est ensuite Hans qui nous fait l’honneur de s’avancer plus proche de nous pour nous offrir une belle démonstration de son talent dans un magnifique solo, je puis aussi dire que l’on verra rarement un solo comme celui-là dans un concert de folk metal.

Et là, c’est probablement mon moment préféré du concert, les schildmaids surgissent de la brume dans l’obscurité en soufflant dans des carnyx celtes. Mais c’est beaucoup trop stylé là, c’est trop ! Et il s’agit en fait d’une introduction conçue pour faire revenir sur scène un ancien morceau qui ne méritait que de se montrer à nouveau au grand jour : Metnotstand im Märchenland, littéralement « pénurie d’hydromel au pays des merveilles », encore en plein dans l’esprit médiéval loufoque de Feuerschwanz. Cette fois on nous balance des ballons géants sur le public, des gros ballons gonflables que l’on ne peut saisir qu’en écartant les bras, ils rebondissent un peu partout dans la salle, et même contre la scène, les schildmaids les repoussent dans le public à coups de marteau. C’est ça le Feuerschwanz qu’on aime, ce show ne cesse de monter en crescendo ! (J’avoue avoir eu pendant un temps la chanson 99 Luftballons de Nena dans la tête en voyant les ballons... Mais passons).

Ensuite, un de mes morceaux préférés du groupe, Die Hörner hoch, une chanson à boire (oui encore une) pendant laquelle les schilmaids jettent chacune un t-shirt du merchandising du groupe dans le public, félicitations aux heureux élus ! Il est suivi par l’une des reprises les plus déjantées du metal : Dragostea din tei, oui ! Reprise du morceau des moldaves d’O-Zone ! C’est alors que Yennefer vogue en canot pneumatique sur la foule pour aller chercher une bière au bar et l’apporter à l’ingénieur du son, ça c’est gentil ! La foule est plutôt chaotique mais elle y arrive plutôt bien et vogue ensuite vers la scène en ramassant au passage une hache gonflable dans le public pour la brandir. Vous vouliez du Feuerschwanz ce soir ? Là je me demande comment on peut faire mieux !

Puis l’Élysée-Montmartre se plonge dans le noir, ça y est, le moment des traditionnels rappels est arrivé, les derniers morceaux pour clore un concert déjà extraordinaire. C’est Valhalla qui vient ouvrir ces rappels, un morceau martial en anglais au rythme lourd pour mieux nous faire comprendre que cette fois c’est la guerre et que nous sommes une armée. Puis un dernier morceau en Terre du Milieu, Rohirrim, dont le refrain a été inspiré par le discours du roi Théoden, moins lourd et avec plus d’envolées lyriques que le précédent. C’est l’occasion d’une dernière animation avec le public dans laquelle Ben enjambe la barrière pour se mettre au milieu de la salle et faire tourner un circle-pit autours de lui tandis que les schilmaids dansent armées de lances.

Et enfin le concert se conclut sur Das Elfte Gebot, une puissante mélodie émotionnelle pendant une danse endiablée des deux schilmaids, Yennefer en noir et Deila en blanc, comme un ange et un démon dans un duel mythologique.

Pour un deuxième passage à Paris, c’est plus que réussi, c’est une consécration, ils ont intérêt à repasser tous les ans après ça, je ne vois pas pourquoi seuls nos amis d’outre-Rhin devraient en profiter. C’est l’un des meilleurs concerts que j’ai fait à Paris. Pour ceux qui y seront, allez les voir au Hellfest le jeudi soir à 00h30, sinon venez à Essen le 19 décembre pour un show exceptionnel avec Brothers Of Metal et Melissa Bonny.

Au terme de cette soirée, une chose est certaine : entre riffs accrocheurs, univers déjanté, second degré assumé et véritable communion avec le public, Feuerschwanz confirme son statut grandissant sur la scène metal européenne.

Dans un Élysée Montmartre transformée en véritable dancefloor médiéval, l’ambiance n’est jamais retombée. Ça chante, ça danse, ça rit… et surtout, ça partage. Le public parisien a répondu présent avec une ferveur impressionnante, prouvant que le groupe peut désormais compter sur une fanbase solide en France.

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