Le 29 janvier 2026, rendez-vous était pris pour retrouver les Deftones à Paris pour une date unique très attendue, puisqu'elle marquait l’ouverture de leur tournée européenne. Le rendez-vous était d'autant plus attendu par le public français, car le dernier passage à Paris remontait à 2017 à l’occasion de la sortie de Gore. Evidemment, l’Adidas Arena a fait salle comble pour l’occasion.

Dès l’entrée en salle, un fait frappe : la jeunesse du public. Beaucoup de visages de vingtenaires, attirés par un groupe pourtant né au milieu des années 1990. Une preuve supplémentaire que Deftones a su traverser le temps sans se fossiliser, et que son langage émotionnel – fait de rage contenue, de mélancolie diffuse et de sensualité trouble – continue de résonner bien au-delà de sa génération d’origine. Des copains plus jeunes croisés au concert de Landmvrks deux jours plus tard m’expliqueront que Tik Tok a contribué à faire découvrir les Deftones, dans un contexte de retour Emo.
Alors pourquoi Deftones est un groupe incontournable dans le Rock et Metal des 90’s? Probablement à cause de leur singularité musicale : trop lourd pour être simplement alternatif, trop aérien pour se réduire au metal pur, le groupe a bâti un style hybride, viscéral et introspectif, où les guitares massives cohabitent avec des nappes éthérées, et où la brutalité n’exclut jamais la fragilité. Leur univers est tourmenté, introspectif, parfois romantique, explorant l’aliénation, le désir, la perte et la transcendance. Une esthétique émotionnelle qui a profondément influencé le metal moderne.


La setlist de ce soir-là reflète cette identité en clair-obscur, rehaussé par les très poétiques vidéos projetés derrière la scène. L’ouverture sur Be Quiet and Drive (Far Away) donne immédiatement le ton : nostalgie, tension, mouvement. Chino surgit au milieu de la scène et démarre le titre en bondissant. Diamond Eyes et Rocket Skates installent la puissance, tandis que Digital Bath crée une bulle spatio-temporelle ou le temps se serait figé. Moment central du set, Rosemary étire la salle dans une atmosphère quasi hypnotique, confirmant le style de Deftones à faire monter progressivement la tension et les ambiances cinématographiques.
Le public répond avec ferveur, notamment sur Change (In the House of Flies), véritable hymne transgénérationnel, avant un final sans concession porté par My Own Summer (Shove It) et 7 Words. Une conclusion abrasive, fidèle à l’ADN du groupe.

On regrettera l’absence de plusieurs titres majeurs des premiers albums, notamment Bored, Engine No. 9, Around the Fur ou Passenger. Un parti pris assumé, qui privilégie une vision actuelle du groupe plutôt qu’un regard purement rétrospectif.
Côté photo, le management s’est montré particulièrement strict sur la sélection des images, limitant fortement les possibilités de portraits de Chino Moreno. Sur 15 photos envoyées en sélection, seules 6 auront été retenues. C’est à peu près la même tendance que j’ai pu observer auprès de mes autres collègues photographes. Une décision surprenante venant d’un groupe historiquement associé à une culture alternative, libre, marqué par l’esprit skateboard et underground.

Malgré cela, Deftones confirme ce soir pourquoi il reste un groupe majeur grâce à sa capacité d’évoluer sans se renier et de parler à l’intime tout en frappant fort.
texte et photos : François Capdeville
