25/10/2026

Deep Purple : entre derniers feux et souvenirs éternels

Texte : Olivier Carle

Photos : François Capdeville

Après mes derniers concerts du Pourpre Profond, j'avais juré qu'on ne m'y reprendrait plus tant les prestations n'étaient plus du tout à la hauteur de la légende. Pourtant me revoilà, fidèle au poste, pour mon 17ème rendez-vous live en 40 ans de bons et loyaux services à l'égard des Anglais. Ma principale motivation pour aller à l'Adidas Arena c'est qu'il s'agit sans doute de l'ultime tournée de Ian Gillan et de ses sbires... On sait que le chanteur n'a plus beaucoup de voix depuis bien longtemps et que sa vue est fortement affectée par l'âge. J'ai déjà pu m'en rendre compte au Hellfest en juin dernier et surtout au Heavy Weekend il y a 2 ans. Je n'attends pas de miracle en me rendant à la salle de la Porte de la Chapelle d'autant que le dernier album « Splat! » ne m'a guère convaincu. Ceux qui me suivent savent que je ne suis pas un grand fan du « nouveau » guitariste Simon McBride auquel je préférais Steve Morse qui demeure le gratteux ayant joué le plus longtemps avec Purple, près de 30 ans depuis « Purpendicular »... Contrairement à beaucoup de fans j'aime énormément les albums plus « prog' » du quintet comme « Now What?! » ou « Whoosh! ». Alors au final une fausse bonne idée d'avoir rempilé pour ce 17ème concert ? On va voir ça...

Jayler

Les lumières de l'AA s'éteignent à 20h00 pile pour la 1ère partie assurée par les autres Britanniques du jour : Jayler. On m'avait dit que c'était un énième groupe fortement inspiré par ses aînés des 70's. Je m'attendais là aussi au pire avec encore un « Canada Dry » à la Blues Pills, The Damned Truth ou Greta Van Fleet. Que nenni ! J'ai pris une grosse claque totalement inattendue avec les 4 Anglais. Le chanteur a tout d'un nouveau Robert Plant que ce soit vocalement ou physiquement. Le guitariste, le bassiste et le batteur ont tout compris de la musique de Led Zeppelin sans pour autant la copier servilement. Les compos sont tout bonnement exceptionnelles. J'en veux pour preuve l'excellent « The Getaway » et son riff de guitare à la fois classique et redoutablement accrocheur. Il est issu du premier album studio du combo, « Voices Unheard », dont celui-ci va nous présenter de larges extraits ainsi qu'un « No Woman » issu de son EP de 2023. 8 titres donc pour 45 minutes d'un show percutant et très prometteur.

Notre vocaliste se permettra même de se mettre torse nu à la manière du Plant des grandes année et se lancera en fin de set dans un « War Pigs », de qui vous savez, tout à fait dantesque. Jayler sera de retour le 28 février 2027 à La Maroquinerie parisienne, ne les manquez pas car on va en entendre parler dans les mois et les années à venir...

Deep Purple

Beaucoup d'attente entre Jayler et Purple et le public commence depuis un moment à s'énerver lorsque les lumières s'éteignent de nouveau après 45 longues minutes pour l'arrivée des légendes des 70's. On découvre sur l'écran géant de fond de scène les éléments des visuels des nombreux albums qui ont jalonné leurs quasi 60 ans de carrière avant que leur nom apparaisse en lettres de feu. C'est parti pour « Highway Star » qui ouvre l'opus « Machine Head » de 1972 et traditionnellement leur set de nos jours. Ian Gillan a déjà un peu de mal et tape souvent la note à côté mais bon il faut bien qu'il s'échauffe la voix. Ca ira mieux par la suite. Paice est toujours aussi concentré sur son jeu et Glover paraît toujours le plus fringant même s'il vient de franchir comme Gillan les 80 printemps. Je mets de côté le « petit jeune » de la bande, Simon, qui n'a pas encore franchi le demi-siècle. Quant à Don il est toujours aussi souriant et heureux d'être derrière ses claviers. Petite baisse d'intérêt avec le premier extrait de l'album de 2024 (le premier avec Simon) « =1 » : « A Bit On The Side ». Gillan sera plutôt loquace pour présenter les morceaux mais j'avoue ne pas avoir toujours compris la teneur de ses propos tant c'est souvent confus. Retour aux choses sérieuses avec le fabuleux « Into The Fire » de « In Rock » (1970) qui fut l'un de mes tout premiers vinyles avec « Atom Heart Mother » du Floyd et « Get Yer... » des Stones quand j'avais 11 ans. Ian a encore un peu de mal sur le refrain pour pousser dans les aigus mais ça passe. Solo de guitare tout à fait dispensable de Simon pour permettre au chanteur de récupérer puis, promo oblige, passage par « Splat ! », pour un ennuyeux « Arrogant Boy » suivi d'un plus intéressant « Diablo » avec son duo guitare/claviers. Et des claviers on va y avoir droit avec un interminable solo de Don qui meuble comme il peut.

Heureusement on retourne en 1972 avec le grandiose « Lazy » qui obtient un certain succès même si le public restera terriblement calme tout au long de la soirée, la faute sans doute à cette fosse assise qui ne prête guère à une ambiance débridée ! Mon coup de cœur de la soirée ce sera « Sometimes I Feel Like Screaming » qui déboule maintenant sans crier gare. Je revois alors l'espace d'un instant ma rencontre avec Steve Morse et les autres musiciens dans le hall de RCA, place de la Bourse, où je bossais en 1996. Ils étaient là pour la promo de l'album « Purpendicular » que je vénère jusqu'à ce jour et en particulier ce titre fabuleux avec le solo de Steve à la fin. Et puis les concerts de la tournée correspondante au Zénith et surtout à l'Olympia avec la section de cuivres. Que de souvenirs grâce à ce titre qui m'émeut toujours autant et que le groupe n'avait pas joué depuis un bon moment. Ce moment de grâce ne durera pas car on revient à la promo avec le très moyen « Sacred Land » du dernier album suivi du guère plus excitant « Lazy Sod » du précédent. Et c'est reparti pour un nouveau solo de Don, guère plus court que le précédent avec l'inévitable extrait de « La Marseillaise » qu'il nous sort à chaque fois que le groupe joue dans l'hexagone. Cela débouche malicieusement sur l'intro du phénoménal « Perfect Strangers » de la reformation de 1984. Là encore les souvenirs refont surface et je me revois découvrant le vinyle dans une enveloppe cartonnée à mon nom. Je l'avais probablement gagné à un concours organisé par Polydor dans Enfer Magazine ou Metal Attack que j'achetais assidûment à l'époque. Et puis ce premier rendez-vous avec les Anglais qui fut aussi mon tout premier Bercy en 1985 avec Ritchie et Jon et les effets laser totalement précurseurs pour l'époque avec le logo DP qui tournait en boucle. Je n'oublierai jamais cette soirée même si elle avait fort mal commencé avec un Mountain pathétique et un Leslie West aux fraises. La suite ira crescendo avec un « Space Truckin' » d'anthologie, un « Smoke On The Water » qui verra une partie de la salle se lever enfin ! On oublie le très dispensable instrumental « Guinnesis » pour ne retenir que le feu d'artifice final (habituel) de « Hush » repris en choeur par la foule et de « Black Night » qui clôt ces 90 minutes précises du Pourpre Profond.

Malgré quelques réserves je ne regrette absolument pas cette soirée à l'Adidas Arena, d'une part grâce à Jayler mais aussi pour avoir pu dire adieu à ce pilier de ma vie musicale qu'est Deep Purple. Bonne retraite Messieurs !

Merci à Matthieu D. et Olivier G.

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