Texte : Deborah Marty
Photos : François Capdeville
À quelques jours du Hellfest, beaucoup avaient déjà les yeux tournés vers Clisson. Mais avant de prendre la route du plus grand rendez-vous metal de France, les disciples de Zakk Wylde avaient une autre messe à célébrer. Ce mardi 16 juin, Black Label Society faisait escale au Trianon pour une date parisienne affichant complet, transformant la salle en véritable chaudron et offrant aux fans une mise en jambes idéale avant le marathon hellfestien.

Il ne faut d'ailleurs pas longtemps pour comprendre que cette soirée ne sera pas un concert comme les autres. Dès « Funeral Bell », le public répond présent et la fosse se met immédiatement en mouvement. Au fil des morceaux, l'atmosphère monte encore d'un cran et l'on sent littéralement le sol du Trianon vibrer sous les pieds. Une sensation presque irréelle qui témoigne de l'intensité de la communion entre le groupe et ses fidèles. Poings levés, chœurs repris à l'unisson et sourires sur tous les visages : Paris est venu en nombre pour célébrer la Black Label Family.
Et au centre de cette grand-messe trône bien évidemment Zakk Wylde. Véritable monument du heavy metal, le guitariste et chanteur impressionne par une forme éblouissante. Les années passent, mais sa présence reste intacte. Entre riffs pachydermiques, harmoniques sifflantes et solos à rallonge dont il a le secret, le musicien américain démontre une nouvelle fois pourquoi il demeure l'un des guitar heroes les plus respectés de sa génération.

Comme toujours avec le leader de Black Label Society, le spectacle est autant sonore que visuel. Véritable amoureux des belles guitares, Zakk Wylde régale les passionnés en changeant d'instrument pratiquement à chaque morceau. Ses emblématiques Les Paul Bullseye côtoient d'autres modèles tout aussi impressionnants, dont certaines guitares à double manche qui rappellent les grandes heures du hard rock des années 70. Plus que de simples outils de travail, ces instruments font partie intégrante du personnage et participent pleinement au spectacle. Chaque changement est d'ailleurs scruté avec attention par les connaisseurs présents dans la salle, tant les guitares du maître sont devenues aussi légendaires que ses riffs et ses solos.
Accompagné d'un groupe irréprochable, Black Label Society déroule une setlist particulièrement généreuse. « Name In Blood » et « Destroy & Conquer » rappellent toute la puissance du répertoire le plus lourd du quatuor, tandis que « A Love Unreal » apporte une respiration plus mélodique. Impossible également de rester insensible à « Heart Of Darkness », repris avec ferveur par une salle entièrement acquise à la cause.

Au milieu de cette déferlante de riffs massifs et de groove sudiste, Black Label Society sait également ralentir le tempo lorsque l'émotion l'exige. Trois parenthèses plus intimistes viennent ainsi apporter un équilibre parfait au concert. « In This River », dédiée à Dimebag Darrell et Vinnie Paul Abbott, est reprise avec ferveur par un public qui accompagne chaque parole dans une atmosphère presque recueillie. Quelques instants plus tard, « The Blessed Hellride » offre un autre moment suspendu, mettant en lumière le sens de la mélodie de Zakk Wylde et rappelant que derrière l'image du biker barbu aux riffs dévastateurs se cache également un songwriter capable de composer des morceaux d'une grande sensibilité. Enfin, moment fort du concert, « Ozzy’s song », hommage tiré du dernier album Engines of Demolition, fera office de recueillement collectif.
L'accalmie ne dure cependant qu'un temps. Très vite, Black Label Society repart à l'assaut avec « Set You Free » avant d'entamer une dernière ligne droite dévastatrice. « Fire It Up » déclenche une nouvelle vague de chants et de headbanging, « Suicide Messiah » fait trembler la salle une fois de plus, et l'incontournable « Stillborn » vient conclure la soirée dans une explosion de décibels. À ce moment-là, le Trianon tout entier semble bouger au rythme des sauts du public, comme si la salle elle-même participait à la fête.
Seul véritable bémol de la soirée, la sonorisation s'est révélée parfois trop puissante. Si l'impact était indéniablement au rendez-vous, le volume particulièrement élevé a eu tendance à sacrifier une partie de la précision du mix, certaines nuances se perdant dans ce véritable mur de son. Rien cependant qui puisse ternir l'enthousiasme débordant d'un Trianon entièrement acquis à la cause.


Il faut également saluer la prestation sans faille des hommes qui entourent Zakk Wylde. Fidèle lieutenant depuis plus de vingt ans, le bassiste John « J.D. » DeServio apporte tout le groove nécessaire aux compositions du groupe, tandis que Jeff Fabb se montre impérial derrière les fûts. Quant à Dario Lorina, sa présence discrète mais essentielle contribue à faire de Black Label Society une machine parfaitement rodée.
Après près de deux heures d'un concert généreux et sans temps mort, Black Label Society quitte la scène sous une ovation assourdissante. Plus qu'un simple concert, cette date parisienne aura rappelé pourquoi le gang de Zakk Wylde continue, plus de vingt-cinq ans après sa création, de fédérer une communauté aussi passionnée. Une soirée placée sous le signe du riff, de la fraternité et d'un amour inconditionnel du heavy metal.


La meilleure des mises en bouche avant de rejoindre les terres sacrées de Clisson quelques jours plus tard.