4/11/2026

Amon Amarth au Zénith de Paris - Sous l'égide du Père-de-Toutes-Choses

Texte : Blandine Marcé (Blandus)

Photos : François Capdeville

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Paris, 13 octobre 2026. Comme toujours, j’arrive après la bataille, les programmateurs ne prenant jamais en compte qu’un metalleux passionné puisse aussi faire des horaires de bureau. Tant pis ! Je me régale du dernier morceau de Soilwork depuis l’intérieur du Zénith. Tout ce qu’on peut dire, c’est que ça tape fort ! La fosse se vide, et je rejoins mes camarades metalleux au bar, pour récupérer non pas un mais deux magnifiques verres Amon Amarth, spécialement produits pour l’occasion.

Après un coup d’oeil furtif au merch’ (c’est trop cher… Trop cher !), je m’installe en gradins et apprécie le concert d’Orbit Culture. C’était incroyable ! Leur dernier album, Death Above Life, est une dinguerie. La fosse est comble, et d’une énergie impeccable. Ca pogote, ça circle pit, ça fend la foule en wall of death, on voit même un mec se mettre au milieu et saluer le public avant de se faire écraser par une horde en délire. Le batteur Christopher Wallerstedt est un monstre absolu, chaque percussion traverse mes muscles de part et d’autre, et le chanteur Niklas Karlsson n’est pas en reste. Un set animal et furieux, qui redonne juste le bon niveau d’énergie avant Amon Amarth. 

Les costumes sont au rendez-vous. C’est l’occasion de sortir ses plus belles tenues, ses casques à corne tricotés, ses haches en plastique, et d’exhiber barbes tressées, torques et très longs cheveux. Les kigurumi, grands favoris des concerts de metal, sont aussi de la fête. Après une bière rafraîchissante et une pause toilette, le public revient dans la salle, sur les starting blocks. Un immense rideau cache la scène, orné de la double rune en miroir Ansuz (rune de la communication, de l’inspiration, et de la parole). 

Un son bien connu s’élève des enceintes, repris en choeur par le public : Run to the Hills d’Iron Maiden, dont les membres d’Amon Amarth sont fans. Une fois la chanson finie, le rideau disparaît, et on entend résonner le cor et les tambours de Gjallarhorn, qui introduit le dernier album The Allfather Awakens. La mise en scène, comme toujours, est spectaculaire : deux piliers couverts de runes encadrent le plateau. La batterie, posée sur une plateforme centrale toute décorée d’entrelacs, est dominée par deux têtes de dragon sculptées. L’arrière de la scène, enfin, est occupé par une grande porte en arc de cercle, gravée de runes, donnant sur un écran géant. Ce dernier projette des images fabuleuses, et notamment un arc-en-ciel sur fond de décor galactique, évoquant le sujet de la chanson (Gjallarhorn étant le cor d’Heimdall, le gardien mythologique du pont arc-en-ciel). On est au même niveau que des grandes mises en scènes d’opéra sur des thèmes similaires (pour les passionnés, googlez “Das Rheingold James Levine 1990 !”). 

Une incarnation d’Odin, superbement vêtue de son casque et d’une immense lance, patch sur son oeil borgne, arrive sur scène sous les acclamations du public. C’est lui qui lance la transition sur la chanson suivante, War to the Gods. Des rayons de flammes s’élèvent de la scène, le fond se transforme en bataille navale, les runes deviennent fluorescentes. Pas de doute, le budget spectacle a été généreusement pourvu pour cette tournée. 

Le groupe nous régale avec son jeu de scène, qui pallie un peu la qualité sonore du concert, qui semble moins nette que celle d’Orbit Culture. Un problème d'ingénierie du son, peut-être ? Cela ne semble pas trop gêner la fosse, qui lève les doigts dans un océan de mains cornues. L’enthousiasme est décuplé lorsqu’apparaît sur scène un avatar de Loki (coiffé de ses célèbres cornes), qui se fait vertement botter le derrière par Johan Hegg, avant de lancer le très apprécié Deceiver of Gods. Sur ce morceau, les musiciens montent au créneau : le solo nous transporte, la batterie enflamme la foule, et Johan lui-même dépote avec des growls impressionnants. Après une série de chansons issues de leurs anciens albums, le quatuor donne le ton avec The Allfather Awakes, qui confirme son statut de chanson taillée pour le live.

Hermod's Ride to Hel - Lokes Treachery Part 1 provoque un embouteillage de crowdsurfers au niveau de la scène, et Put Your Back Into the Oar donne à voir le célèbre drakkar humain dans le public : tout le monde rame, de la fosse jusqu’aux gradins ! We Rule the Waves reste dans la thématique, et le refrain est repris joyeusement en choeur par la salle. Cependant, au bout de cette dixième chanson, je ressens comme un essoufflement : la puissance technique est là, mais quelque chose manque, dans l’énergie. Peut-être est-ce le choix de la setlist, le son “brouillon”, ou la voix de Johan Hegg qui, en dépit de moments spectaculaires, semble différente (abîmée ?), mais il y a quelque chose d’inégal. Mon voisin de siège confirme cette impression. 

Le morceau acoustique Upphaf offre la pause bienvenue, presque intime, d’un conte chanté auprès du feu. J’attends beaucoup de la deuxième partie du concert, que j’espère plus dynamique. Le groupe répond à cette prière quasiment immédiatement, en balançant trois bangers qui réinjectent un peu d’énergie dans la public. Les solos de Guardians of Asgaard et Eight Legs of Thunder requinquent la fosse, qui s’en donne à coeur joie avec un wall of death sur sur Shield Wall. Même la voix de Johan semble revenir au niveau qu’on lui connait d’habitude. 

“You make us feel right at home in Paris”, déclare le chanteur avant de lever sa corne remplie de bière, et de la finir sous les encouragements enthousiastes de la salle. “Raise your horns” ! tonne-t-il avant d’entamer la chanson qui met d’accord tout le monde. Comme toujours, on notera la passion des spectateurs français dès qu’il s’agit de trinquer ensemble. 

For Victory or Death offre un final bien énervé et bien dynamique, qui serait une apothéose parfaite pour le concert. Un circle pit enthousiaste, une grosse caisse qui balance (Jocke Wallgren est un monstre), un solo de fin savoureux : on pourrait s’arrêter là, et être contents. Mais il y a un encore. Et même si on en a jamais assez avec Amon Amarth, je commence à trouver le temps long. Surtout si c’est pour nous offrir un Saxons and Vikings, certes introduit par un duel en costumes sur scène et permettant un feat de Biff Byford de Saxon (via écran), mais pas extrêmement excitant. Twilight of the Thunder God nous en met plein les yeux avec un dragon marin géant gonflable et un Johan-Thor triomphant, Mjöllnir en main, mais à ce stade, je suis un peu déconnectée du concert. Je suis presque soulagée quand une pluie d’étincelles marque la fin du set. 

Je sors de la salle avec une impression étrange : c’est toujours Amon Amarth, une expérience immersive et spectaculaire, pleine de références et de moments de live intenses, mais sans le facteur “wow” j’ai ressenti lors de précédents shows. Est-ce que c’était parce que j’étais en gradins ? Que le choix de la setlist était inégal, ou que le son n’était pas parfait ? Je ne sais pas précisément. Espérons en tout cas que ce passage à Paris aura donné au groupe l'énergie pour assurer sa tournée européenne, pour le plus grand plaisir de ses nombreux fans. Sköll !

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