9/3/2026

ALTER BRIDGE : SHOW 100% DAD ROCK

Alter Bridge et la France, c’est une belle histoire qui dure depuis près de vingt ans. Du chemin a été parcouru depuis leurs débuts dans la capitale, à la Boule Noire, du temps de One Day Remains. Le quatuor mené par Myles Kennedy a patiemment construit cette relation si particulière avec le public français. Du Trabendo au Transbordeur à Lyon, en passant par les incontournables Hellfest et Download, Alter Bridge a su susciter et entretenir un intérêt grandissant dans l’Hexagone.

Après des escapades en solo pour Myles Kennedy et Mark Tremonti, le groupe a retrouvé le chemin des studios pour offrir, le 9 janvier dernier, son album éponyme, sobrement intitulé Alter Bridge. Un retour aux sources, porté par une approche contemporaine imprégnée d’un héritage riche de huit albums et d’un solide bagage scénique. Le groupe perpétue ainsi son identité tout en cultivant une dynamique résolument moderne, soutenue par une cohésion exemplaire.

Après une affiche de choix en 2022 aux côtés de Mammoth WVH et Halestorm au Palais des Sports, Alter Bridge revient en France avec une mini-tournée en compagnie de Sevendust et Daughtry, en passant par les arenas de Bordeaux et de Lyon. Et oui, il n’y en a pas que pour Paris et c’est tant mieux ! Remplir trois salles de plusieurs milliers de spectateurs reste un succès notable, preuve de l’attachement du public français, fidèle au rendez-vous.

Le 18 février 2026, le Zénith de Paris s'est transformé en temple du rock, malgré la pluie battante qui s'abattait sur la capitale. Les fans, vêtus de leurs plus belles battle jackets, ont bravé les intempéries pour assister à une soirée qui s’annonçait mémorable. En première partie, Sevendust et Daughtry avaient la mission de chauffer la salle.

Sevendust

À 19 h précises, les lumières s’éteignent et Sevendust déboule sur scène. Une apparition attendue : cela faisait quinze ans que les pionniers du nu metal ne s’étaient pas produits en France.

Avec une énergie intacte et une envie évidente d’en découdre, Sevendust investit le Zénith pour déverser son nu metal groovy et explosif. Le leadership et le charisme de Lajon Witherspoon sont imparables. Sa voix rauque et chaleureuse fend l’air tandis que le public, déjà bien échauffé, répond avec enthousiasme. À plusieurs reprises, le chanteur exprimera sa gratitude envers la « metal family ».

Les morceaux emblématiques des albums Animosity et Sevendust, comme « Black » ou « Praise », replongent immédiatement la salle dans les années 90, âge d’or du nu metal. La passion des musiciens est palpable et l’énergie qu’ils dégagent embrase rapidement le Zénith.

Daughtry

Daughtry, figure emblématique du dad rock des années 2000, prend ensuite le relais avec un set plus mélodique. Chris Daughtry, charismatique et sincère, s’adresse au public avec émotion, évoquant les défis de la vie et l’importance de rester fidèle à soi-même : croire en soi, ne pas craindre la différence, vivre selon ses propres choix. Le Zénith lui répond par des applaudissements nourris.

Les hits « It's Not Over » et « Home » font vibrer la salle. Là où l’acoustique du Zénith peut parfois montrer ses limites, le son s’avère ici particulièrement réussi, mettant en valeur la voix puissante et nuancée de Chris Daughtry. Une véritable communion s’installe avec le public.

Ce soir n’était que le troisième concert de Daughtry en France. Le groupe livre une prestation solide, maîtrisée, presque millimétrée ; laissant peu de place à l’improvisation, mais démontrant un professionnalisme sans faille. On espère désormais un retour plus régulier dans l’Hexagone.

Alter Bridge

21 h. Alter Bridge entre en scène, baigné dans un puit de lumière. Les premières notes de « Silent Divide » suffisent à déclencher l’enthousiasme immédiat du Zénith. Les jeux de lumière, parfaitement synchronisés avec les riffs de guitare, offrent un spectacle visuel immersif.

Sourire radieux aux lèvres, Myles Kennedy capte instantanément l’attention du public. La réponse ne se fait pas attendre : la salle entière scande les refrains dans un même élan.

La setlist trouve un équilibre idéal entre classiques et nouveautés. Alter Bridge navigue avec aisance entre riffs puissants et balades émouvantes sans jamais perdre l’attention de la salle. Dans un entre-deux parfaitement maîtrisé, « Addicted to Pain » laisse place à « Open Your Eyes » avec une fluidité remarquable.

Mark Tremonti se distingue également au chant sur « Burn It Down ». Si l’identité vocale d’Alter Bridge repose largement sur Myles Kennedy, la contribution de Tremonti dans les chœurs demeure essentielle. Fort d’une carrière solo déjà riche de cinq albums, le guitariste s’affirme comme un auteur-compositeur-interprète complet dont l’apport vocal apporte une dynamique supplémentaire au live.

« Metalingus » vient confirmer la réputation scénique du groupe. Véritable hymne générationnel, le morceau reste indissociable de l’univers du catch, puisqu’il sert de thème d’entrée au catcheur canadien Edge. Repris à l’unisson par le Zénith, ses paroles résonnent avec une intensité particulière.

Vingt-et-un an après sa sortie, le titre n’a rien perdu de sa capacité à fédérer. Un classique intemporel.

La soirée s’achève avec « Blackbird » et « Isolation ». Malgré un départ manqué sur ce dernier morceau — Myles Kennedy ayant saisi la mauvaise guitare ; le chanteur ne manque pas d’en plaisanter, rappelant qu’il s’agit d’un concert live, joué par des humains, et que rien n’est généré par intelligence artificielle.

Un pied de nez bienvenu à une époque où l’IA envahit peu à peu les plateformes de streaming, au point de brouiller la frontière entre musique organique et productions artificielles.

Mais ce soir, tout est bien réel : chaque note est jouée live, chaque morceau écrit et composé par des musiciens passionnés qui continuent d’évoluer et de repousser leurs limites artistiques.

Alter Bridge prouve une fois de plus qu’il reste une valeur sûre de la scène rock, offrant à chacun de ses passages à Paris une soirée mémorable, entre nostalgie des grands classiques et vitalité de ses nouvelles compositions.

Après plus de vingt ans de collaboration, la complicité entre les membres demeure intacte, nourrie par une véritable fraternité musicale qui maintient le groupe solidement ancré dans le présent. Cette dynamique se traduit par un retour à l’essentiel : une écriture plus épurée, directe et percutante, jusque dans une pochette sobre, dépourvue d’artifices. Tout simplement Alter Bridge.

Texte : Sarah Lachlaoui

Photos : François Capdeville

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