29/3/2026

Zakk Wylde, la rage d’avancer sans compromis

Rencontrer Zakk Wylde, c’est d’abord un grand moment d’émotion pour l’auteur de ces lignes, Zakk m’accompagnant quotidiennement depuis la sortie de son projet solo Book of Shadows I en 1996. Et le voilà face à moi pour un échange de 30 minutes à l’occasion de la sortie de Engine of Demolitions, le nouvel album de Black Label Society. Zakk sera sans filtre, droit dans ses bottes. Il me déroulera une philosophie de vie implacable : encaisser, avancer et ne jamais céder. Une vision forgée dans les tempêtes, nourrie par des décennies de scène, et portée ici par un album qui fait la part belle à la résilience et à la quête de sens... dans un contexte où la disparition du grand Ozzy continuer d’affecter le monde du rock et peut-être son plus fidèle lieutenant : Zakk Wylde. [Interview réalisée par François Capdeville]

Ton nouvel album Engine of Demolitions est massif, sombre… mais paradoxalement porteur d’espoir. Est-ce que tu partages cette lecture ?

Yeah, totally. La vie, ce n’est pas un long fleuve tranquille. Tu prends des coups, tu te relèves. Tu ne peux pas rester à terre. L’album parle de ça : encaisser, avancer, continuer. Nous sommes des conquérants. Les vikings n’abandonnent pas ! Même dans les moments les plus sombres, il y a toujours une lumière quelque part. Faut juste continuer à marcher. C’est une question d’état d’esprit

Il y a des morceaux très lourds… et d’autres plus apaisés. C’est important pour toi cet équilibre ?

Toujours. C’est comme la vie. T’as la tempête, puis t’as le calme. Un morceau peut être ultra heavy, puis t’emmener ailleurs. Si ça peut aider quelqu’un à respirer, à tenir le coup, alors mission accomplie.

C’est ton 12e album avec Black Label Society. Comment tu le décrirais au regard de ta discographie ?

Engine of Demolitions est juste un medium de plus pour partager des chansons. Tout revient toujours à la même chose : écrire des chansons et les faire vivre en espérant qu’elles touchent les gens. Peu importe le groupe, que ce soit The Beatles, The Rolling Stones, Elton John ou Black Sabbath, si tu as les bonnes chansons, tu as tout gagné. Les Stones ont eu leur Let It Bleed qui est incroyable et revienne avec Exile on the Main Street. Les Guns ont eu leur Sweet Child O’Mine et sont revenus avec Patience et plus tard November Rain... En tant que compositeur, on chercher inlassablement à écrire LA chanson ultime. C’est notre job.

En tout cas, je n’écris pas pour imposer une seule lecture. Si quelqu’un écoute une chanson et pense à un proche disparu, à sa femme, ses grands-parents ou son chien, … parfait. C’est ça la beauté des paroles : chacun y ressent ce qu’il veut. Et je trouve ça génial quand quelqu’un s’approprie une de mes chansons.

Qu'est- ce que la musique t’a apporté avant que tu ne deviennes Zakk Wylde?

Tom Petty disait que la forme la plus proche de la magie est la musique. Un titre peut te ramener 20 ans en arrière, te reconnecter à quelqu’un, à un moment, à une émotion. C’est puissant. C’est universel. Et ça marche pour tout le monde. La musique m'a permis de m'évader quand j'étais même. Mais aussi de me projeter dans le futur.

Quand tu étais gamin, tu savais déjà que tu voulais faire ça ?

Immédiatement. Dès que j’ai touché une guitare, j'ai su que c’était ma vie. Quand quelque chose te passionne, vis-le à fond. Car cela te procurera du bonheur. Si tu passes à côté, tu risques de te morfondre et d’avoir une version amoindrie de toie même. Même quand je bossais à côté pour gagner ma vie, eh bien l’argent partait dans mes guitares et mon matériel. Je savais pourquoi je travaillais : pour pouvoir jouer, progresser, avancer et vivre de ma guitare.

Zakk Wylde lors d'un showcase organisé par Qobuz. DR: François Capdeville

Tu parles beaucoup de résilience...

La résilience est ce qui nous permet d'avancer. Tu tombes ? Tu te relèves. Encore et encore. Regarde la vie comme un combat. Tu peux faire deux pas en avant, puis trois en arrière… mais tu dois te relever et avancer. L’adversité est partout. Et les challenges te forcent à t’élever. Comme je te le disais, les vikings n’abandonnent pas. Ils n’ont pas le temps de se plaindre.

Tu n’as jamais douté ? Même aujourd’hui ?

Bien sûr que si. On est humains. Le courage, ce n’est pas de ne pas avoir peur. C’est d’avoir peur… et d’y aller quand même.

Parlons cinéma. Un des titres de l’album est un hommage au super méchant Lord Humungus. Est-ce que tu te souviens de ton premier Mad Max?

Le premier est évidemment le meilleur. J’ai bien aimé aussi Thunder Dome avec Tina Turner. Bref... Lord Humungus! Je parlais avec des amis du catcheur Sid Vicious qui a démarré en endossant le rôle de Humungus dans ses shows. Et j’ai fini par écrire ce titre qui nous transporte dans l’univers post-apocalyptique de Mad Max.  

Tu as influencé toute une génération de guitaristes. Mais qui a influencé le jeune Zakk Wylde ?

De manière générale, les “role models” te donnent une direction, un focus. Jimmy Page s’est nourri de King Elvis et de Chuck Berry. Mais oui, Eddie Van Halen, Randy Rhoads… Tu vois ce qu’ils font, et tu te dis : “OK, c’est ça que je veux faire de ma vie.”

A l’origine, je voulais évoluer dans le sport professionnel quand j’étais adolescent – football, baseball... Mais je me souviens quand mon prof de gratte m’a montré ce que l’on pouvait faire avec une gratte que j’avais déniché- il m'a montré quelques gimmick de slide guitar– j'ai tout de suite été fasciné par tout ce qu’une guitare pouvait offrir... et là je me suis dit que je voulais devenir musicien.

Zakk Wylde lors d'un showcase organsé par Qobuz. DR: François Capdeville

Avec 40 ans de carrière au compteur, quel est ton prochain objectif ?

Continuer. Chaque jour. Tu te lèves, tu as une nouvelle journée : tu la prends, tu la vis, tu la défonces. C’est aussi simple que ça.

Tu incarnes une forme de liberté totale. Si tu pouvais parler au Zakk Wylde de 10 ans, tu lui dirais quoi ?

Fais ce que t’aimes. C’est ça la vraie liberté : vivre de ta passion, être ton propre boss, pas faire de compromis.

Dernière question : dans un monde anxiogène — tensions, crise, réseaux sociaux — quel message tu envoies aux jeunes ?

Coupe le bruit. Tu ne peux pas contrôler ce qui se passe dehors. Mais tu peux contrôler ce que tu fais, toi. Fais ce que t’aimes, sois quelqu’un de bien, avance. La vie est simple, mec. C’est nous qui la compliquons.

Photo officielle de couverture: Justin H. Reich

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