Entre rêves lucides, cauchemars cycliques et atmosphères suspendues, Toward the Throne continue de déployer l’univers dense et introspectif de Midnight. Nous les avons rencontrés quelques semaines après la sortie de l’album et avant leur passage parisien avec Thy Catafalque, pour évoquer la réception du disque, la place du live dans leur musique, les cycles qui hantent leurs compositions et cette volonté constante de construire des morceaux qui respirent autant qu’ils frappent. Une conversation passionnée, où l’on parle autant d’émotions que de structures musicales, de Molière que de black metal atmosphérique.
Bonjour, merci de nous accorder cette interview.
Gauthier : Avec plaisir !
On va parler évidemment de Midnight principalement. L'album est sorti il y a deux mois à peu près [le 27 février]. Il y a eu la release party le 26 février. Pour l'instant, entre la release party, les live que vous avez faits aussi avec Der Weg [Einer Freiheit] notamment, et la réception de l'album, est-ce que vous êtes contents de la trajectoire suivie jusqu’à maintenant ?
Gauthier : Très très contents. C'est un plaisir d'avoir cette opportunité de partir en tournée directement dès la sortie de l'album. Et puis en plus, avec Der Weg, c'était une expérience géniale. Ils sont géniaux, super sympas, on adore leur musique. On a eu des retours de fous parce qu'on est arrivés en live sans avoir jamais vraiment testé ces morceaux sur scène. On ne connaît pas vraiment la réception du public. Est-ce que les morceaux vont aussi passer l'épreuve du live ? Comment ils rendent ? Et en fait, on est très très content de tous les morceaux, de comment on avait imaginé tout ça aussi en termes de nouveaux décors de scènes, de setlist, de cohérence, de logique globale. On est super contents, on a des super retours, ça fait super plaisir.
L'album parle beaucoup de sommeil paradoxal, d'inconscient, de rêves, etc. L'inspiration, est-ce qu'elle vous est venue de vos propres rêves aussi ? C'est des choses totalement inventées ?
Gauthier : Je peux parler de la partie lyrics, effectivement. Le concept qui en ressort d'un point de vue visuel et en termes de mots, c'est inspiré d'expériences personnelles, de ressentis personnels. L'idée, c'est de mettre tout ça à l'écrit. La musique, c'est une forme d'exutoire qui permet d'aller creuser certains sujets, de poser des mots aussi sur certains ressentis, etc. Tout est basé sur beaucoup d'expériences personnelles et de feeling persos. Mais il y a aussi et surtout la partie musicale, parce que nous on commence toujours par la partie musicale quand on compose, et ensuite seulement viennent les paroles et le concept. Peut-être que Jérémy pourra te parler plus de la partie composition.
Jérémy : Merci Gauthier. Effectivement, le sujet du sommeil et tout ce qui tourne autour des lyrics de Midnight, quand on a commencé la composition, ce n'était pas forcément quelque chose qui était sur la table. Par contre, ce qui était déjà une idée générale, et c'est ce qu'on a fait sur le premier album, c'était d'avoir une musique qui nous permette de poser une atmosphère, de transmettre des émotions par rapport à la musique qu'on joue, en jouant sur les contrastes, en jouant sur les orchestrations, en jouant sur des passages plus calmes, plus rythmés, plus metal. Même si ce n'est pas forcément le premier titre qui a été composé, le premier titre qu'on a sur notre album qui s'appelle "The Void: Road From Chaos", c'est un morceau qui illustre bien ce que je viens de dire là, parce qu'on a un vrai contraste entre les différentes choses qu'on fait, entre des passages qui sont beaucoup plus atmosphériques, beaucoup plus vaporeux, et des passages qui sont presque black metal.
Oui, effectivement. D'ailleurs, sur ce morceau en particulier, il y a vraiment une progression, qui est assez inattendue. La première fois qu'on écoute l'album, on ne s'attend pas forcément à ce que le morceau prenne cette direction. Dans d'autres morceaux aussi, on sent que votre musique prend le temps d'installer les choses, pour arriver dans des directions qu'on n'attend pas forcément, ce n'est pas rushé, il y a vraiment une installation de tout un tas d'ambiances, d'atmosphères différentes. Quand vous composez un morceau, vous savez déjà dès le départ quelle direction vous voulez prendre, ou ça se fait au feeling au fur et à mesure ?
Jérémy : C'est une bonne question. Ça dépend des morceaux, mais c'est vrai que pour qu'une atmosphère ou une ambiance soit efficace, il faut prendre le temps de l'installer. Je pense que ce ne serait même pas possible d'imaginer certains de nos morceaux sans une intro ou sans un couplet qui va prendre le temps de s'installer avant que le chant commence. Pour revenir à ta question, ce n'est pas forcément pensé au départ, ça se fait assez naturellement. Si on estime qu'il y a un passage dans le morceau qui doit durer 40 secondes pour être efficace, il dure 40 secondes, même si derrière le morceau il fait 8 minutes et que c'est peut-être un peu long. On ne se pose pas forcément ces questions-là. L'objectif, c'est vraiment de faire ce qu'il faut pour que la musique ressemble à ce qu'on souhaite et qu'elle ait l'efficacité en termes d'atmosphère qu'on veut poser et aussi en termes de rendu et d'efficacité pour l'auditeur.
Gauthier : L'inverse fonctionne aussi, il y a des titres qu'on a raccourcis par rapport à leur version originale pour aller chercher le cœur de l'émotion qu'on veut transmettre. On est vraiment entre l'immédiateté, quelque chose d'intense, et parfois quelque chose de plus planant et trouver le bon équilibre entre tout ça. Ce n'est pas vraiment pour respecter ni des codes ni des critères, c'est plus pour nous, comment on le ressent et qu'est-ce qui nous semble le plus abouti et ce qui nous semble aussi superflu, qui n'est pas utile et qui ne vient rien apporter de plus au propos sur tel ou tel titre.
L'album, franchement, je l'ai adoré, je l'ai écouté je ne sais pas combien de fois, avec un petit coup de cœur pour "Midnight", si je devais choisir un titre particulier. Vous de votre côté, si vous pouviez chacun choisir un titre en particulier, ce serait lequel ?
Gauthier : Fabrice, tu veux commencer ?
Fabrice : C'est une bonne question. Les morceaux ont tous été construits dans la même veine mais au final ils sont tous assez différents. Je ne pense pas que je suis capable de choisir entre "Malice [in Veins]" qui est à la fois hyper rentre-dedans et à la fois avec un côté planant qui prend son temps. Choisir entre "Malice" et "[A] Poisonous [Flower in the Desert]", par exemple, parce que l'acoustique ça apporte vraiment un vrai cachet au morceau, le morceau prend vraiment le temps de se construire, il y a des passages un peu inattendus et un morceau comme "Caught [Between Breaths]" qui est vraiment… on pourrait dire assez simple, efficace mais avec quand même, je trouve, pas mal de subtilité. Donc, ça serait quelque part entre "Caught Between Breaths", "A Poisonous Flower in the Desert" et "Malice in Veins", mais choisir entre les trois, c'est dur.
Jérémy : En fait, je trouve que c'est vachement difficile comme question parce qu'entre le moment où on a sorti l'album où on n'avait pas encore fait de concert, on avait peut-être chacun notre idée et puis en fait, quand tu commences à faire des concerts et que tu as l'échange avec le public et la réaction des gens, sur scène, il y a des chansons qui, du coup, marchent tellement bien que ça en fait notre petite favorite. Mais bon, si je dois répondre à la question, même si je les aime toutes, je ferais un choix sur "Malice in Veins" parce qu'il y a cette première partie du morceau qui est vraiment hyper rentre-dedans, comme tu disais, Fabrice. Et après, le break, c'est un des passages que j'ai préféré composer de tout l'album et qui a été d'ailleurs, j'en profite pour le souligner, aussi réarrangé par Gwen Kerjan. Donc Gwen Kerjan, avec qui on a travaillé pour le mix et le mastering, en a fait quelque chose d'encore mieux que ce qu'on avait fait au départ, donc c'est mon morceau préféré, je dirais.
Gauthier : Ouais, pour rebondir sur ce que tu viens de dire, Jérémy, même avant qu'on sorte l'album, les phases de compo, de démo, de préprod, d'arrangements, tous les morceaux ont bougé au fil du temps et on avait des intuitions sur certains, des passages préférés, etc. Et tout ça bouge énormément, en fait, et effectivement, l'épreuve du live a encore une fois fait bouger les lignes, là où un titre comme "A Poisonous Flower in the Desert", presque on n'y croyait pas trop en live, on ne l'a pas composé pour le live du tout, pourtant on s'est rendu compte que la réaction des gens est incroyable sur ce titre, donc ça devient quasi un titre indispensable en live. On s'est rendu compte aussi de l'impact de "The Void: Road From Chaos", qui installe vraiment une atmosphère, etc. Après, s'il fallait en choisir un, en fait, ce qui est cool, c'est qu'on a atteint cet objectif qu'on cherchait à atteindre : qu'on ait un album où chaque titre a vraiment sa personnalité, ses spécificités, mais que tout l'album soit cohérent ensemble et qu'il se tienne ensemble. Et ça, c'était vraiment un objectif important pour cet album, on voulait aller plus loin que Vowed to Decline, le premier album, sur cet aspect-là, et donc c'est vrai que c'est difficile, parce que pour moi, aujourd'hui, il n'y a rien à jeter dans cet album, tout se répond et tout a du sens, autant juste d'un point de vue de la musicalité que du concept lui-même. Après, c'est sûr, on est tombés tous d'accord, en quelque sorte, sur "Caught Between Breaths", pour en faire un peu le titre phare de l'album, parce qu'il nous parlait, on va dire, un petit peu plus émotionnellement que les autres, mais c'était difficile à définir. Et puis aussi, il y a des titres qui, naturellement, peuvent, en guillemets, ne pas être des singles, même si on ne cherche pas à coller un format de 3 minutes 30 ou moins, etc. Mais "The Void" est quand même un titre très particulier, "Poisonous" est longue et aussi très particulière... Donc c'est toujours ces questions-là. Après, je les aime toutes, c'est vrai que "Malice in Veins" a une place particulière, je crois, pour tout le monde, mais en vrai, "Caught Between Breaths" aussi. Après, c'est une question aussi du nombre de fois où on les a écoutés en boucle, moi qui ai monté les clips, par exemple. "Caught Between Breaths", je ne sais pas, je l'ai entendu peut-être 2 000 ou 3 000 fois. Donc, c'est aussi un moment où il n'y a plus de surprise du tout, évidemment, pour nous, on sait tout, on s'attend à tout, il n'y a aucun élément qui est laissé au hasard dans tous ces titres de leur production et tout. Donc, c'est aussi difficile aujourd'hui de prendre du recul sur ces titres et de se rendre compte de se dire par exemple : ce passage, il est vraiment bien senti ou quoi. En fait, on le connaît tellement par cœur. Donc voilà, et mention spéciale quand même pour "A Poisonous Flower in the Desert", parce que vraiment, elle a fait un impact vraiment particulier sur les gens et elle s'est vraiment révélée en live.
Donc là, vous avez déjà un peu répondu, mais effectivement, il y a des morceaux peut-être que vous considérez comme des piliers de l'album, on va dire, quand vous composez, puis après, le live vous permet de vous apercevoir que le public, parfois, réagit plus que vous ne le pensiez sur certains morceaux, peut-être moins sur certains autres.
Gauthier : Oui, et au-delà des morceaux même, dans la manière dont on fabrique le set live, la manière de transitionner entre les titres, etc., en fait, quand on compose au départ, globalement, on ne pense pas au live. C'est-à-dire qu'avant de réfléchir à si un titre sera bien en live, il faut déjà qu'il soit bien sur CD. Et c'est sûr que "Poisonous", c'est quand même un titre pour lequel en live, si on veut le jouer correctement, il y a des contraintes, ça prend de la place dans la setlist. Une fois que tu lances le morceau, tu en as pour 7 minutes, ça veut dire que tu n'as pas la place pour d'autres titres, etc. Donc, oui, il y a toute une réflexion autour de ça, et puis c'est une autre expérience, entre l'écoute sur album à la maison, où tu peux régler le volume, faire pause et te coucher dans le canapé pour te plonger dedans, ou à l'inverse, travailler à côté et l'écouter en fond... c'est une toute autre expérience qu'on propose sur le CD que sur le live. Donc, c'est vraiment deux choses différentes, mais pour moi, c'est quand même un aboutissement, le live. Après des années de travail, c'est vraiment au moment du live qu'on peut livrer tout ce travail, l'interpréter. Donc, c'est l'aboutissement du projet Midnight et de chaque album.
L'album se conclut sur un morceau qui est quand même un peu particulier, "Noir", avec l'extrait de Tartuffe. D'où est venue cette idée ?
Gauthier : Alors, peut-être que Jérémy, tu voudras parler plus de la compo ? D'ailleurs, tu peux peut-être en parler en premier, comment tu as construit "Noir".
Jérémy : Effectivement, je peux parler de la partie, instrumentale, mais sans la partie Tartuffe. L'objectif, c'était de conclure l'album. Quand je l'ai composé, j’avais cela en tête. C'est-à-dire avec une guitare sur les genoux, comme la plupart du temps, et en essayant de trouver quelque chose qui permette de poser une ambiance et qui permette, dans la thématique globale de l'album et dans la continuité, de clôturer l'album en gardant l'état d'esprit, quelque chose d'assez atmosphérique, d'assez planant, de très progressif, parce que finalement, je ne sais plus exactement, mais je crois qu'il n'y a pas plus de 8 ou 10 notes de guitare différentes. Donc c'est assez light, finalement, en termes de nombre de notes de guitare, et pourtant, cette répétition, le bon délai, la bonne reverb, les bons effets sur les instruments, plus les nappes qu'il y a en fond, et cette progressivité, parce que l'intensité va de manière croissante jusqu'à un paroxysme de l'intensité, puis ensuite ça redescend...tout ça se fait, je ne sais plus, en une minute trente ou deux minutes, et l'idée c'était vraiment d'avoir quelque chose qui permette, en gardant l'esprit de l'album, de le clôturer de manière assez douce, et d'avoir cette continuité-là. Après, je pense que tu en reparleras aussi Gauthier, de cette histoire de volonté de reboucler avec "The Void", d'avoir une idée de cycle aussi sur l'album. C'était un peu ça l'idée, au niveau de l'instrumental, et après, si je ne me trompe pas, c'était toi Gauthier qui avais apporté cette idée de Tartuffe, je te laisse en parler peut-être ?
Gauthier : Oui, comment Tartuffe s'est retrouvé dans l'album, en fait, pour faire court, on compose toujours d'abord la musique, et à partir du moment où on a de la matière, suffisamment de titres déjà, et de quoi avoir une vision qui commence à être globale, moi je commence à me pencher sur la relation entre ces différents titres, les émotions qu'ils vont me procurer, et je commence à penser aux textes, et à la cohérence de tout ça. Au fil de l'écriture, tout ça a commencé à se mettre en place, j'ai eu ce concept d'une nuit de rêves et de cauchemars, avec le concept de Midnight, qui a commencé à se dessiner tout doucement, et il était clair à un moment qu'il y avait une notion de cycle. Parce que déjà la notion du temps est une notion assez récurrente dans le groupe, dans les textes que j'écris, et dans les concepts. En fin de processus d'écriture, j'ai eu une sorte de tilt sur le texte, en tout cas l'histoire que raconte Tartuffe, et notamment ce passage-là, vers la fin de l'œuvre, qui a vraiment fait écho à la fois à la véracité de ce qu'on peut vivre dans nos rêves, dans nos cauchemars, mais aussi qui faisait écho aux différents sujets que j'évoquais, et notamment dans la société dans laquelle on vit aujourd'hui, dans tout le contexte autour de nous, avec les réseaux sociaux, la politique, où finalement on ne sait plus quoi croire, qui croire… Tout le monde a une parole, peut écrire sur les réseaux sociaux, et on ne cherche plus à trouver vraiment ce qu'est la vérité, même si la vérité c'est un bien grand mot, mais on cherche plutôt à croire ce qu'on a envie de croire. Avec les bulles sur les réseaux sociaux, avec le fait d'être entouré, d'être toujours rassuré autour de nous, dès qu'on like un post, on va en avoir 10 après qui vont aller dans exactement le même sens, donc on est très enfermés dans nos bulles individuellement. Donc c’est cette question de la véracité des choses, qu’on pourrait étendre sur tout ce qui est les fake news, l'IA, etc., tout ça a fait écho entre une vieille pièce, Tartuffe, ou l'imposteur, et la situation actuelle, et tout ce concept des rêves qui sont basés sur des expériences réelles, mais qui sont néanmoins eux-mêmes irréels, reconstruits, etc. Tout ça fait écho, et je trouvais ça pertinent en termes de paroles prononcées, d'orientation et d'ouverture aussi à la fin de l'album, à la fois qui vient reboucler avec le premier titre, et qui forme lui-même un cycle, puisque l'album en plus raconte un cycle de 24 heures, concentré évidemment sur la partie rêves et cauchemars en pleine nuit. En plus de ça, ça ouvre une réflexion sur ces sujets complémentaires à l'album.
Tu le disais, il y a un cycle, mais est-ce que c'est une boucle qui recommence sans cesse, ou est-ce qu'il y a quand même une progression ?
Gauthier : Le point central de l'album, c'est vraiment le recommencement perpétuel des cycles. Le plus visible dans cet album, c'est le cycle d'une journée qui se répète sans cesse avec ce marqueur qui est minuit, et qui nous impose de replonger dans les rêves et les cauchemars, et toujours les mêmes. Mais au fil de l'album, on a différents cycles qui se répètent aussi, à l'échelle d'une seconde, d'un instant suspendu, avec "Caught Between Breaths", ou à l'échelle d'une vie, le questionnement du sens de la vie, la trace qu'on peut y laisser, le sens qu'on peut donner individuellement et collectivement à notre passage sur Terre. C'est plutôt cette répétition de cycles, là où Vowed to Decline parlait de temps aussi, mais plutôt du côté impalpable du temps qui s'enfuit et qui ne cesse de s'écouler, et sur lequel on n'a aucune emprise. Midnight, c'est plutôt basé sur ces cycles-là, et c’est assez… comment dire, pas péjoratif, mais il y a forcément un regard assez sombre, assez noir, sur les sujets qui sont abordés dans le groupe, comme c’était déjà le cas avec Vowed to Decline. Comme son nom l'indiquait, voué à décliner, on est dans la même veine, même s'il y a quelques lueurs d'espoir, de positif dans l'album, avec notamment "Caught Between Breaths", il reste un peu un petit goût amer. Et « Forge Ahead », propose quand même un élan de positivité et de combativité.
Pour l'instant, si je ne me trompe pas, il y a eu trois vidéos sorties sur l'album [au moment de l’interveiw], une chaque mois à peu près, il y en a avoir d'autres ou pas ?
Gauthier : On avait prévu effectivement de sortir pas mal de vidéos, pour être totalement honnêtes, on avait prévu encore deux à trois vidéos, ce qui couvrait beaucoup de l'album, avec l'idée de pouvoir rendre disponible une majorité de titres de l'album sur YouTube et en format vidéo. On a un peu ralenti le rythme, parce qu'on s'est rendu compte qu'on avait beaucoup de choses à communiquer, entre les tournées, les chroniques, nos actus, etc. Et puis aussi, c'est énormément d'investissement en termes de temps, je n'ai pas compté le temps que j'ai passé sur "Caught Between Breaths", mais je pense qu'on est proche de 150 heures de travail, juste pour le montage, sans parler du tournage, et de toute la réflexion qu'il y a eu avant, des idées et de la logistique, comment on a fait tout ça. Donc on a un peu repoussé ça, on a plusieurs projets vidéo dans les cartons, de différents formats, on aimerait bien sortir des choses un peu différentes. On y réfléchit, on regarde aussi ce qu'on a en termes de sources, est-ce que c'est exploitable, est-ce que c'est suffisamment propre, est-ce qu’on a envie de sortir ça… Donc voilà, on y réfléchit. Là d'abord, on va partir en tournée avec Thy Catafalque, on est concentrés là-dessus dans l'immédiat, et à notre retour, les dates sont un peu plus dispersées, donc on va commencer à se poser à nouveau sur ces sujets, et ce qui est sûr, c'est qu'on va forcément sortir 2-3 choses d'ici maximum juin de cette année. Et puis évidemment, on réfléchit déjà à la suite, on réfléchit à septembre-octobre, et puis à l'année 2027 qui arrive très vite.
Pour aller sur des questions un peu plus décalées, ce serait quoi la meilleure heure pour écouter Midnight ? Est-ce que c'est à minuit ou pas du tout ?
Gauthier : Je vous laisse répondre.
Fabrice : Pour moi, peut-être pas minuit, mais quand même plus le soir. C'est quand même un album avec des sonorités, des thématiques assez sombres... Je dirais 21h ou 22h.
Jérémy : Je suis assez d'accord avec Fabrice. On nous a dit plusieurs fois aussi, que ce soit dans les chroniques ou même à l'oral, que c'était un album qu'il était intéressant d'écouter plusieurs fois pour en mesurer tous les détails. Donc je pense qu'au-delà de l'heure, c'est un album plus qui s'écoute de manière concentrée et avec une écoute active plus qu'en fond, même si ça peut sans doute être très bien en fond aussi. Donc je pense que oui, en dehors des heures de travail, le soir, c'est un très bon créneau, selon moi.
Et s'il y avait une personne dans toute l'histoire de l'humanité, vivante ou morte, à qui vous voudriez absolument faire écouter votre album, ce serait qui ?
Gauthier : Moi, honnêtement, ça m'a traversé l'esprit de dire que cette personne, potentiellement, on la croise vendredi, cette semaine. Tamás Kátai [le leader de Thy Catafalque], qui pour moi est vraiment un artiste incroyable que j'admire beaucoup. Mais ce serait pas totalement honnête parce que je crois que le plus important quand on fait de la musique, c'est d'être les premiers fans de notre propre musique. Si ça ne nous plaît pas à nous-mêmes, alors pourquoi on le ferait, pourquoi on le sortirait, pourquoi on le proposerait à d'autres personnes ? Donc... quand je dis nous, c'est peut-être aussi notre entourage. La musique, c'est assez personnel, presque intime. Et ce qu'on livre aussi, en tant que personnes qui écoutent aussi de la musique, c'est quand même assez émotionnel. On cherche une certaine intensité dans ce que peut ressentir l'auditeur. Et donc, franchement, si la musique, déjà, captive le reste du groupe, ça, c'est mon premier objectif quand je compose quelque chose ou quand je travaille avec Jérémy pour vraiment peaufiner un titre dans les arrangements, etc. Mon objectif premier, c'est, moi-même, de ressentir quelque chose et que le reste du groupe me dise : « Waouh, ouais, ça déchire, je suis tellement content de faire ça, de jouer ça, etc. » Et puis, éventuellement, dans notre entourage proche, je sais que forcément, les gens qui sont les plus proches de nous sont aussi attachés à ce qu'on fait, à la réussite musicale. Enfin, la réussite, ce n'est pas le bon mot… l'impact que ça peut avoir. Ils sont impactés eux-mêmes par la musique qu'on peut sortir, par les paroles, par ces choses-là. Si, eux, on peut les toucher, je crois que c'est, en tout cas pour moi, ça qui va peut-être le plus me toucher. Après, on a reçu des retours incroyables à différents degrés. Il y a des fois où on se dit : « Waouh, j'ai écouté une interview d'un Américain qui disait qu'il avait été presque bouleversé par l'album et que ça avait vraiment fait un écho dans sa vie récente, dans la phase qu'il traverse actuellement. » C'est assez incroyable d'entendre des choses comme ça. Nous, dans notre coin, on fait notre musique, on essaie de faire du mieux possible, on se professionnalise au maximum. Et qu'aux États-Unis, il y ait un gars qui ressente ça, c'est notre objectif. Mais notre objectif, un peu presque inespéré dans le sens où, oui, on fait de la musique parce qu'on trouve que la musique est un vecteur d'émotions et on veut pousser ça, mais de là à se vanter que les gens en ressentent des choses aussi fortes, on n'a pas la prétention non plus de ça.
Tu l'as déjà un petit peu évoqué, mais là, il y a des dates qui arrivent avec Thy Catafalque. Nous on se voi le 31 [mars] à Paris. Je suis très heureuse parce que j’y serai, et j'ai vraiment hâte de savoir ce que vous allez faire par rapport aux titres de l'album, lesquels vous allez jouer, et tout ça. Dans quel état d'esprit vous êtes avant de commencer ?
Gauthier : Fabrice, qui gère une grosse part de logistique chez nous, peut peut-être répondre.
Fabrice : On est hyper impatients, évidemment. On a passé un très bon moment avec Der Weg Einer Freiheit. Je pense qu'avec Thy Catafalque, ça va rouler aussi. On a énormément d'aide et de support de la part de Laura, qui gère notre merch et qui gère énormément de choses en amont pour notre confort sur le trajet. D'ailleurs, elle va conduire le van tout le long de la tournée. Ça nous permet d'arriver plus relax, d'être plus reposés. Je dirais qu'on est impatients, on est bien préparés et on est chill.
Gauthier : Il y a des années d'expérience depuis 2009 ou 2012 qui nous permettent de progresser beaucoup sur des choses assez bêtes. Effectivement, être dans les meilleures conditions possibles pour arriver à une date de concert, pour donner le meilleur de nous-mêmes, c'est essentiel. On fait attention à des choses toutes bêtes, l'excès d'alcool, les heures de sommeil, les conditions de transport, toutes ces choses-là. Au-delà de ça, quel bonheur, quel honneur de partager la scène avec Thy Catafalque. Je sais que c'est des crèmes déjà, parce que j'ai participé à les faire venir en France pour la première fois à Colmar pour leur première date française. J'ai eu l'occasion d'échanger avec eux et ils sont ultra sympas, très accessibles. C'est des crèmes, on a vraiment hâte. Je voulais aussi préciser qu'on a la chance d'aller jouer dans des salles vraiment géniales. Au Backstage à Paris, on sera à l'Autre Canal à Nancy, au Ferrailleur à Nantes. Ce sont des salles mythiques, des salles pro où on peut déployer le spectacle. On peut assurer, on est dans les conditions idéales pour jouer, présenter notre album et nous-mêmes prendre du plaisir et espérer donner du plaisir au public.
Vous serez sur des sets de combien de temps ?
Gauthier : On va jouer 35 minutes par soir. On est trois groupes, on est le groupe qui ouvre, donc forcément le temps est limité. Ça pose la question de comment on arrive à faire la setlist la plus satisfaisante possible. On a très peu de titres de 3 ou 4 minutes, donc ce sera la surprise. Mais le set est prêt et on est prêts.
Eh bien je vous remercie beaucoup.
Fabrice : Merci à toi.
On se voit bientôt, j’ai vraiment hâte ! Et encore une fois, l'album est incroyable !
Fabrice : Ben merci beaucoup, ça fait très plaisir.
Gauthier : Oui, merci. On se revoit à Paris ! Ciao.
Orsola G.
