Après avoir fait découvrir le Hunnu Rock au monde entier, joué dans les plus grands festivals et partagé la scène avec des groupes comme Iron Maiden, The HU abordent une nouvelle étape de leur aventure avec Hun, leur troisième album. Plus intime, plus introspectif, mais toujours profondément enraciné dans la culture mongole, le disque explore notamment la famille, la figure paternelle et les zones plus sombres de l'être humain. Nous avons discuté avec Enkhsaikhan de cette nouvelle facette du groupe, de leur volonté de faire évoluer le Hunnu Rock sans jamais perdre leur identité, de leur relation avec le public français... et même de ce qu'ils feraient avec un budget de scène illimité.
Merci beaucoup de m’accorder cette interview. On va entrer directement dans le vif du sujet. Il y a dix ans, lorsque vous avez commencé, les gens ont été attirés par votre musique parce qu’elle était nouvelle et différente, et qu’elle suscitait leur curiosité. Mais aujourd’hui, vous avez prouvé à maintes reprises que vous n’étiez pas juste un phénomène de buzz et que vous aviez toute votre place parmi les plus grands groupes de metal. Est-ce que cette réussite vous satisfait ou, au contraire, est-ce qu’elle vous met une certaine pression ?
Je me souviens que des gens faisaient effectivement ce genre de commentaires lorsque nous avons sorti les deux premières chansons de l’album The Gereg. Très honnêtement, j’ai oublié tout ça parce que j’essaie de ne pas penser à ce genre de choses, aux commentaires ou aux réactions, consciemment.
Principalement parce que nous avons une idée plus large de ce que nous voulons être et de qui nous sommes. Nous savons tous que la Mongolie possède une histoire très ancienne et que nous avons énormément de culture à partager avec le monde.
En tant qu’artistes, nous avons des qualités qui nous rendent très uniques dans l’industrie musicale. Donc, de notre point de vue, l’introduction de notre genre, que nous essayons de faire découvrir au monde, nous allons encore beaucoup la développer.
Nous allons essayer de faire en sorte qu’elle aille plus loin que ce qu’elle est aujourd’hui. Nous essayons simplement de regarder vers l’avenir et d’avancer à notre propre rythme pour accomplir les choses. Nous allons donc continuer à développer ce que nous avons déjà construit.
Bien sûr, votre musique est profondément ancrée dans la culture mongole, mais elle fonctionne très bien à l’international. Est-ce que vous comptez toujours sur le fait que la musique puisse transmettre des émotions universelles ? Ou est-ce que vous essayez aussi, d’une certaine manière, de vous adapter à votre public international sans perdre vos racines mongoles ?
Nous essayons, non pas de nous adapter, mais d'expérimenter aussi avec de nouvelles sonorités. Effectivement, le rapport à la musique ou du moins au rythme est quelque chose de très universel, et on peut être touché par des styles même très éloignés de la musique avec laquelle on a grandi.
Bien sûr, notre musique est vraiment enracinée dans notre culture, et nous en sommes fiers.
La création du rock et du metal vient incontestablement du monde occidental. Mais ce que nous faisons, c’est mélanger les instruments traditionnels mongols avec les instruments modernes, et nous essayons également de créer notre propre rythme, notre propre manière de délivrer ce genre musical.
C’est ce que nous appelons le Hunnu Rock. Nous pensons que les instruments traditionnels que nous utilisons possèdent une dimension très spirituelle. Nous pensons qu’ils sont vivants et que, pour cette raison, ce que nous créons devient en quelque sorte un nouveau genre de rock de style nomade.
Nous allons donc continuer à explorer cette voie et à voir où elle nous mène.
Ce serait une erreur de dire que toutes les chansons que nous créons sont inspirées par certains artistes ou par un type de musique en particulier. En fait, nous transposons simplement tout dans un style nomade, si ça a du sens.
Et donc, votre dernier album, Hun, qui est sorti en juillet, me semble beaucoup plus intime que les précédents. Vous y évoquez notamment la figure paternelle, ou encore les ténèbres présentes dans l’être humain. Qu’est-ce qui vous a amenés à parler de ces thèmes aussi intimes sur cet album ?
Concernant les ténèbres, nous avons une idée très floue de ce qui est bien et de ce qui est mal. Même si nous savons que la vie elle-même n’est pas toute noire ou toute blanche, il y a néanmoins des conséquences au bien et au mal.
Nous avons donc voulu rappeler aux gens l’importance des valeurs de la vie du point de vue de notre culture et leur rappeler l’importance de l’introspection.
En tant qu’artiste, nous avons des responsabilités... on pourrait presque dire des responsabilités humaines, au sein de cette société humaine. Et c’est à travers cela que nous exprimons notre opinion.
La raison derrière le fait d’avoir ces chansons très, très sombres est d'arriver à exprimer ces notions de bien et de mal pour essayer de comprendre comment nous pouvons nous améliorer.
Ensuite, nous avons également inclus des chansons comme « Echoes of My Father ». Ce sont des choses qui servent à rappeler aux gens qu’il faut remettre en question cette façon de penser, ces idéaux très flous que nous semblons avoir, et la confusion que nous avions concernant ce qui est important.
Nous avons donc voulu montrer, rappeler l’importance de la dynamique familiale et le rôle que notre père joue dans la famille, et pourquoi c’est important.
Et souvent, nous pensons simplement que le rôle du père dans la famille est très invisible, et que les responsabilités et l’amour d’un bon père sont également très cachés à nos yeux.
Nous voulions donc rappeler l’importance d’un bon père de famille. J'avais envie de rendre hommage à mes parents et à tous les parents.
J’ai vraiment beaucoup aimé l’album, dans son ensemble. Vous avez mentionné « Echoes of My Father ». Je l’ai trouvée vraiment touchante, même sans comprendre les paroles. Il y a également « Horsemen », que j’adore, et beaucoup d'autres. Et sur les précédents albums, vous avez toujours eu des morceaux plus émotionnels et d'autres plus énergiques, mais je trouve que sur celui-ci, l’équilibre est parfait. Est-ce que c’est quelque chose que vous cherchez consciemment à obtenir, cet équilibre parfait entre émotion et énergie ?
Nous avions en quelque sorte compris dès le départ que, sur cet album, il y aurait davantage de chansons reposant sur l'émotion, mais aussi bien sûr des chansons énergiques.
Mais on ne peut pas vraiment décider quelles compositions on va avoir avant même de commencer l’album, alors qu’on est encore en train de définir le concept. Donc la réponse est à la fois oui et non.
Ce n’est pas comme si nous nous disions : « Oh, là, on va faire un morceau plus lent parce qu'on veut faire traverser aux fans toutes sortes de tourbillons émotionnels. » Non, ce n’est pas ça.
D'un certain côté, oui, c’était planifié parce que nous voulions que les concepts ressortent, que les idées ressortent et que les fans ressentent l’album d’une certaine manière. Mais, dans le même temps, les chansons prennent ensuite vie un peu par elles-mêmes et on ne sait jamais vraiment en avance ce qui va naître.
Il y a également un titre qui se démarque sur l’album, la collaboration avec Nothing More, « Lost Soul ». Vous avez déjà eu différentes collaborations auparavant. Lorsque vous décidez de faire une chanson avec quelqu’un, qu’est-ce que vous recherchez ? Est-ce la voix, la personnalité, une vision commune ?
Nous avons décidé que nous voulions faire une chanson qui serait un peu différente, alors nous avons contacté le management du label. C’est eux qui nous ont suggéré cette collaboration et nous avons adoré la faire.
Si vous disposiez d'un budget illimité, qu'est-ce que vous aimeriez faire sur scène ?
Je n’ai jamais vraiment réfléchi au fait de ne pas avoir de budget, parce que le budget est toujours un problème. Mais maintenant que tu m'en parles, si le budget était illimité, chaque chanson aurait un thème différent.
Par exemple, sur "Horsemen", nous pourrions avoir quelques douzaines de chevaux sur scène. On le ferait sans hésiter si c'était possible.
Vraiment, chaque morceau aurait un thème différent, avec une production différente, si le budget était illimité.
Ce serait génial. J’espère que cela deviendra un jour une réalité, que nous pourrons être libres créativement et faire tout ce que nous voulons.
J’étais à Paris il y a quelques années lorsque vous êtes venus à l'Ambassade de Mongolie à Paris, et je sais que c'était prévu nue fois de plus pour cette année, même si malheureusement cela n’a pas pu se faire. Et vous jouez aussi assez régulièrement en France. Quel est votre lien particulier avec la France et le public français ?
Oh, nous adorons la France, car le public est toujours incroyable !
Je me souviens de notre dernier show, où il y avait tellement de monde, c’était vraiment bondé, plein à craquer ! Et lorsque nous sommes arrivés, lorsque nous avons joué, nous avons vu ce sentiment sincère que le public français partageait avec nous.
Et en tant qu’artiste, bien sûr, quand on est fatigué, quand est sur une longue tournée, certains soirs sont plus difficiles que d'autres. Et parfois, la réaction du public devient vraiment notre bouée de sauvetage.
Et j’ai toujours pensé que le public français était très sincère dans ses émotions, dans sa manière de ressentir la musique, et de se laisser emporter par ses émotions lorsqu’il ressent une bonne énergie.
Nos fans français chantent avec nous à tue-tête. Ils scandent nos noms. Et ils font des mosh pits au milieu de tout ça. Et nous voyons cette réaction en temps réel.
Et en tant qu’artiste, c’est une véritable bénédiction et une sensation formidable de voir cette réaction brute de nos fans.
Et j’adore jouer à Paris et en France pour cette raison.
Et pour finir, vous décrivez souvent The HU comme une aventure plutôt que simplement comme un groupe. Si on se retrouve dans dix ans, quelles nouvelles étapes tu aimerais avoir franchies au cours de cette aventure ?
C’est une question très intéressante. On ne me l'avait jamais posé, honnêtement.
Et je pense que... dans dix ans, j’espère pouvoir regarder en arrière et constater que nous sommes restés fidèles à nous-mêmes.
Je veux voir que nous sommes restés cohérents tout au long de notre carrière. Je veux voir que nous sommes toujours aussi unis.
Donc, en regardant en arrière et en regardant vers l’avenir, je pense que les étapes les plus importantes pour n’importe quel groupe sont la découverte de soi. Bien sûr, il faut d’abord se comprendre soi-même.
Et ensuite, l’unité qui porte le but, ou le but qui porte l’unité.
Ce but lui-même doit être renforcé et compris par tous les membres du groupe et toutes les personnes qui travaillent en coulisses.
Et ce sont donc des étapes qui doivent être renforcées encore et encore pour parvenir à n'importe quel objectif, finalement.
Donc, musicalement parlant, nous voulons rester authentiques envers nous-mêmes tout en explorant ce que nous pouvons ajouter au genre Hunnu Rock.
Voilà, c’est tout ce que j’ai à dire. Et c’est une question très intéressante.
Et bien à très bientôt sur scène et "Маш их баярлалаа" ! (mach ikh bayarlalaa, qui signifie merci en mongol)
[Il sourit en entendant ma tentative de prononciation] Merci, à toi, passe une bonne journée. Au revoir !

Orsola G.
