28/3/2026

Sevendust : l’exception qui confirme la règle

Trente ans, cinq membres, zéro plan B pour certains… et toujours cette même étincelle. Sevendust n’est pas seulement un groupe qui dure : c’est une histoire de fidélité, d’instinct et de moments qui donnent encore des frissons. John Connolly, que nous avons rencontré au Zénith avant leur concert en première partie d'Alter Bridge, nous parle d'un groupe qui n’a jamais cessé d’y croire, de créer ensemble et de partager une amitié solide.

Bonjour, merci pour cette interview. Donc, le groupe est ensemble depuis 30 ans. Le 15e album arrive. Est-ce que c’est toujours aussi stressant de sortir un nouvel album ?

John : Je pense que j’ai dépassé ce stade-là. Je crois que j’ai stressé pour les dix premiers et… Le dernier album, par exemple, était un peu plus axé "prog" que ce qu’on avait l’habitude de faire. Donc on a un peu poussé les choses dans cette direction. Et il y a d’autres albums qu’on a faits qui sont un peu plus orientés rock, ce genre de trucs. Mais je pense que celui-ci, c’était un album où… on a essayé de ne pas trop réfléchir. On a juste essayé d’enregistrer et de voir ce qui se passait. Et puis, tu vois, au lieu que ce soit nous qui donnions notre avis, on a un peu laissé ça à d’autres personnes, on leur a fait écouter. Nos managers, nos familles. Et on les a laissés s’assurer qu’on restait fidèles au son de Sevendust. Mais je ne sais pas… je pense que le fait de trop réfléchir, ce n’est pas forcément une bonne chose. Et on a tendance à trop réfléchir. Parce qu’on est cinq personnes très créatives dans le groupe, qui ont toujours des idées, et parfois elles s’alignent, parfois non. Mais là, sur cet album, c’était plus une question de laisser faire les choses. Je ne veux pas dire que c’était plus organique ou quoi. Mais ça semblait juste un peu plus naturel. Moins réfléchi. Moins… prémédité. Je déteste utiliser le mot “forcé” parce que rien dans Sevendust n'est jamais forcé. Mais même la chanson qui a été nommée aux Grammy, elle a traîné trois ans avant qu’on la termine. Et ironiquement, c’est celle-là qui est nommée. Parce que tout le monde dit : “les chansons doivent venir naturellement”. Mais parfois, ce n’est pas le cas. Parfois, ça prend longtemps de développer des idées. Mais là, aucune de ces idées n’a mis longtemps à se développer, sauf le morceau-titre. C’était en fait la première chanson qu’on avait écrite pour l’album précédent. Et elle a été mise de côté. On ne sait même pas vraiment pourquoi. Je pense qu’on avait tellement d’autres choses en tête qu’on l’a un peu oubliée. Parce que je me souviens que quand Clint [Lowery] a rejoué le riff, je me suis dit : “Mais pourquoi on ne l’a jamais terminée, celle-là ?” Et Elvis [Baskette] l’avait aussi sur sa liste. Donc je me suis dit : “Ok, si Elvis l’a sur sa liste, alors nous aussi.” On s’est dit : allons-y encore une fois et voyons ce qui se passe. Et au final, c’est devenu le morceau-titre de l’album. Dans la plus pure tradition de Sevendust.

Et la formation est restée quasiment la même tout le temps, ce qui est assez rare.

Très rare aujourd’hui, oui.

Tu penses que c’est quelque chose qui vous donne une vraie force créative, parce que vous vous connaissez tellement bien, vous savez ce que les autres vont penser ?

On peut finir les phrases des autres. C’est presque flippant. Surtout avec la musique, où je sais que je peux aller jusqu’à un certain point. Et dans le pire des cas, je l’envoie à Clint. En général, au moment où je commence à détester ce que je fais, je lui envoie et il me dit : “Arrête tout, j’ai une idée.” Et lui me renvoie son idée. Et c’est souvent ces moments-là où je me dis : “Ok, c’est ça qui est spécial dans ce groupe.” Parce que moi, je suis prêt à tout jeter à la poubelle. Et eux sont là : “Non, non, non, on va trouver quelque chose.” Par contre, les moments où j’arrive et je dis : “Ça, c’est LE morceau”, et que je leur fais écouter, et qu’ils disent tous : “Ouais, c’est cool...”Si on te dit “c’est cool”, ça veut dire que ce n’est pas très bon. Ils sont juste gentils.

L'album s’appelle One, qui est un symbole d’unité, mais aussi le chiffre de la solitude. Est-ce que c’est de ça dont parle l’album ? Des individus qui se réunissent pour créer quelque chose ?

Oui. On a traversé beaucoup de hauts et de bas, que ce soit avec le management, ou simplement des choses liées à l’industrie, ou des épreuves qu’on a vécues. Et d’une manière ou d’une autre, nous cinq, on a réussi à traverser tout ça ensemble, en étant un. C’était l’objectif ultime. Mais c’est intéressant que tu soulignes que “one” est aussi quelque chose de très individuel. Moi, je suis plutôt quelqu’un de solitaire. Certains dans le groupe adorent être dans la même pièce pour écrire ensemble, mais moi j’ai besoin d’avoir mon temps seul, parce que mon processus d’écriture est très différent quand je suis entouré. Si j’arrive avec quelque chose sur lequel on travaille, là je peux avancer naturellement. Mais si Morgan [Rose] me dit : “Vas-y, invente quelque chose là, tout de suite”, je bloque un peu. Je le regarde et je me fige, parce que je me dis : “Et si je me plante ?” Quand je suis seul, je me plante tout le temps. Ma fille peut en témoigner, elle me sort : “Bon sang, tu peux arrêter de jouer ce truc en boucle ?” Et moi : “Attends, dès que j’aurai trouvé.” Mais oui, pour moi, cette dimension solitaire dans l’écriture est très importante. Mais le thème global, c’était vraiment le fait qu’on ait traversé tout ça ensemble, tous les cinq. Et ça, c’est différent. Ce n’est pas courant aujourd’hui. Tu regardes les groupes qui existent depuis 30 ans, il y a presque toujours au moins un ou deux membres qui ont changé. Parfois, c’est carrément tous les membres sauf un. Tu te retrouves avec juste le batteur et un tout nouveau groupe. Chacun fait ce qu’il veut, mais oui, c’est assez fou qu’on soit restés tous ensemble.

C’est rare, mais c’est bien.

Oui, clairement, je ne vais pas me plaindre. Je préfère largement ça. La formule originale, il y a quelque chose là-dedans… Je sais que même dans mes pires jours, on peut être créatifs et avancer. Même si moi je n’ai pas d’inspiration, je peux regarder les autres et je sais qu’ils auront plein d’idées, plein d’apports créatifs. Que ce soit mes idées, celles de Clint, ou des choses qui sortent de nulle part. C’est ça la beauté de ce groupe : on comble les manques des autres. On n’a pas besoin que les cinq soient à fond en permanence. Parce qu'il y a les choses de la vie. Parfois, certains sont préoccupés par des choses personnelles. On a des enfants, des remises de diplômes, des événements sportifs… ça demande du temps. Donc on peut se répartir : deux vont bosser ensemble à un moment, deux autres à un autre moment. Et ensuite on met tout dans un dossier, et par élimination, avec le producteur, on choisit ce qu’on garde. Et d’une certaine manière, c’est devenu plus facile de construire un album. En général, on a trop de chansons. Avant, c’était l’inverse : “ok, on en a 4 ou 5 de bien, et le reste c’est nul, qu’est-ce qui se passe ?” Maintenant, on a du surplus.

Que vous utilisez plus tard ?

Oui, c’est ça. Je disais à Morgan : “Je n’arrive pas à croire que celle-ci ne sera pas sur l’album, ni celle-là.” Je lui ai dit : “On va faire un autre album.” Et on ressent la même chose pour ces morceaux. On y reviendra. Et souvent, ce sont ceux-là qui finissent par remonter en tête, et qui auront leur moment en studio.

Il y a le single "Is This the Real You?". Je crois que tu as dit que cette chanson était honnête et pure. Comment on reste honnête après toutes ces années ? Qu’est-ce qu’il faut éviter ? La nostalgie ? Les attentes du public ?

Celle-là est un peu particulière, parce que c’était le dernier morceau qu’on avait pour l’album. On avait besoin de quelque chose de différent. On a joué plusieurs choses… j’en ai joué quelques-unes… j’ai un premier dossier, puis un second, puis un dossier “urgence”. Et j’ai joué ce morceau, et tout le monde a réagi : “C’est quoi ça ?” Bon, au moins ça a attiré leur attention. Mais il n’y avait pas de paroles, pas de chant, pas de thème, rien du tout. On l’a travaillée en pré-production, on l’a arrangée… Toutes les autres chansons avaient déjà des idées, et LJ [Lajon Witherspoon] avait déjà posé des démos vocales dessus. Mais celle-ci n’avait absolument rien. Et je ne sais pas pourquoi, je n’avais pas envie de m’y mettre. Même si c’était mon morceau, je le repoussais. Et LJ est venu me voir : “Allez, on bosse dessus.” J’ai dit ok. On est retournés en studio, j’ai installé le micro. Il me regarde : “Tu as quoi ?” Je dis : “Rien.” “Rien ?” “Non. Aucune idée de ce que ça doit être.” Mais j’avais une image en tête : “Imagine que tu es à La Nouvelle-Orléans pendant Mardi Gras, une fanfare qui arrive.” Je lui dis : “Chante quelque chose.” Il dit : “Comment ça ?” Normalement, il a toujours quelques paroles pour démarrer. Et moi je dis : “Peu importe. Du yaourt, n’importe quoi. Chante.” J’appuie sur REC. La musique démarre… il me regarde genre “ok…” Et la première chose qu’il chante, c’est exactement la structure de la chanson. On a juste ajouté quelques répétitions de “ooh” et “aah”, et retravaillé très légèrement les paroles après. Mais quand on a réécouté… j’ai eu tous les poils du bras qui se sont dressés. Je me suis dit : “C'est ça.” Il m’a dit : “On bosse les paroles ?” Et moi : “Non. Attends.” Parce que je savais qu’il y avait quelque chose de très sincère dans ce qu’il venait de faire. Une réaction à chaud. J’ai fait écouter à Elvis ensuite. Même réaction. Les poils hérissés. Je me suis dit : “On tient quelque chose de spécial.” Et évidemment, c’est devenu le premier extrait. C’est souvent comme ça chez Sevendust : le chemin le plus simple. C’était juste lui, avec une direction minimale, qui faisait ce qu’il fait naturellement. Et il y a une pureté là-dedans. Parce que moi, quand j’ai écrit le riff, c’était pareil : très naturel. Pas de lutte. Juste une idée, un truc un peu groovy… que tu pousses à 60–70 %… Et après tu ne sais plus quoi en faire. Et ça reste dans un dossier pendant un an. Jusqu’à ce que tu le fasses écouter. Et maintenant, on la joue tous les soirs en live. Parfois, les morceaux tombent comme ça. D’autres fois, on galère sur un couplet, un refrain… On retravaille avec Elvis, on modifie… Parfois c’est mieux, parfois non. Mais celui-là, on a su immédiatement. Je me souviens, Clint était parti chez lui. Quand il est revenu, j’avais presque oublié le morceau. Je l’ai relancé un jour, à fond. Il est descendu en courant et il a dit : “Chante comme si ta vie en dépendait.” Et c’est exactement ce qui est sorti. Quand tout le monde réagit comme ça, à des moments différents… tu sais que c’est spécial. Et je ne sais toujours pas pourquoi ça l’est, ni comment c’est sorti comme ça. Mais c’est arrivé. Et tant mieux. Ils ne sortent pas tous comme ça. J’aimerais bien.

Et il y a un clip pour ce morceau, il est génial. Qui a eu l’idée ?

C’est Tim [Tournier]. Il avait tout le concept visuel, avec l’idée de s’enfoncer de plus en plus dans quelque chose. Je me souviens qu’il avait parlé de Needful Things [Bazaar]. C’est de Stephen King, je crois, une nouvelle. Et moi, je suis un grand fan de Stephen King, donc je me suis dit : “Ok, je vois où tu veux en venir.” Il a développé un peu plus, et je me suis dit que ça allait être cool. Parce que j’avais dit à Tim : “Je ne veux pas faire un truc classique.” Je ne veux pas faire une lyrics video que les gens ont déjà vu mille fois. Ou une simple performance live avec le groupe sur scène : “voilà, ils ont un peu vieilli mais ils assurent toujours.” Je voulais quelque chose de différent. Quelque chose d’un peu plus profond. Et petit à petit, on s’est tous dit : “Ok, voilà l’idée.” C’est un clip qui te fait réfléchir, qui te donne envie de le revoir pour capter tous les détails. Les contrastes, les références à “six dust”, “seven dust”, tout ça. Mais oui, toute l’idée vient de Tim. Je ne peux pas m’attribuer le moindre mérite.

C’est un peu comme si certains groupes restaient bloqués dans la nostalgie, ou au contraire changeaient complètement… Mais vous, vous avez gardé votre son tout en le faisant évoluer naturellement. Comment vous gardez cet équilibre ?

Je pense que c’est parce que quand on était jeunes, on n’avait pas peur d’expérimenter. On a essayé plein de choses. On a fait Southside Double-Wide, qui était un gros virage, parce que faire un album acoustique en étant un groupe de metal… tout le monde se disait : soit ça passe, soit ça casse. Et ça a plutôt bien marché. On est revenus à ça plus tard avec Time Travelers [& Bonfires]. Je pense qu’on a compris qu’on pouvait tourner avec Slayer, mais aussi avec Alter Bridge. Et aussi avec des groupes plus soft quand on fait de l’acoustique. Donc on a plusieurs facettes qu’on peut explorer. Mais il y a quelque chose de très pur dans notre identité centrale. On est du “soul metal”. LJ est un chanteur R&B, et nous on est un groupe de metal. C’est aussi simple que ça. Quand les gens entendent, ils disent : “Ce n’est pas un chanteur metal classique.” Et justement, c’est pour ça que ça marche. Si on avait un chanteur typique metal, je ne sais pas si on aurait cette identité. Et à l’inverse, s’il chantait dans un groupe R&B pur, ce ne serait pas pareil non plus. C’est le mélange avec les riffs lourds, la batterie intense… C’est ça qui fait notre identité. À l’époque, on ne pensait pas être uniques. Mais les gens nous ont dit : “Il n’y a pas beaucoup de groupes qui font ça.” Et aujourd’hui encore, il n’y en a pas beaucoup. On entend aussi des groupes qu’on a influencés, et j’espère qu’ils entendent aussi ceux qui nous ont influencés. Sans Pantera, sans James Brown, on n’existerait pas. Mais c’est étrange, quand j’écoute le nouvel album et que je compare avec le premier… Une partie de moi se dit : “On n’a pas changé du tout.” Et une autre se dit : “Ah si, on a progressé sur certains points.” Mais au fond, on fait toujours ce qu’on faisait en 1997–98. Juste une version différente.

Vous jouez au Zénith ce soir. Ce n’est pas la plus grande salle que vous ayez faite, mais ça reste une grosse salle. Comment tu te sens avant un concert comme ça ? Excité ? Stressé ? Différent d’avant ?

C’est particulier ici. Parce qu’on est un groupe de 30 ans… mais c'est un peu comme si on étaient tout nouveaux. Dans beaucoup d’endroits où on joue, les gens ne nous ont jamais vus. On a tourné en Europe, mais très peu. Paris une ou deux fois, l’Allemagne quelques fois… On n’a jamais joué en Europe de l’Est, et je n’avais jamais été en Irlande alors que je suis irlandais d'origine. Donc je suis super excité de jouer à Dublin. C’est notre première vraie tournée européenne. Et ce qui est génial, c’est de voir le visage du public changer entre la première et la dernière chanson. Au début, ils sont là : “Ok… combien de temps ça va durer ? On est là pour Alter Bridge.” Puis LJ parle un peu, on enchaîne sur le deuxième morceau… Et là tu vois les sourires apparaître. Puis les applaudissements, l’interaction… Mais pour eux, on est un nouveau groupe. On est comme le monstre du Loch Ness. Pas vraiment nouveaux… mais jamais vus en chair et en os. Ils ont peut-être entendu la musique, mais jamais vu le show. Et pour nous, c’est excitant. On a l’impression d’être en 1997, à devoir prouver ce qu’on vaut. Parfois ça marchait, parfois non. Mais on y allait à fond. Et c’est exactement cette sensation. Aux États-Unis, c’est plus stressant. À New York, ils nous ont vus 180 fois. Donc ils jugent. Ici, ils n’ont rien à comparer. Donc c’est super excitant. On monte sur scène, l’intro démarre… et on se dit : “Ok, pourvu qu’ils ne nous détestent pas.”

Qu’est-ce qu’on peut attendre ce soir ?

"Black", obligé. On ne peut pas ne pas la jouer. C’est la première chanson que j’ai écrite, et on la joue encore. Même si j’essaie de la faire disparaître. Tout le monde dit : “Non, il faut la jouer.” On va jouer des morceaux connus : "Denial", "Praise", "Enemy"… "Crucified" aussi, parce que Tim voulait la jouer. "Face to Face", "Rumble Fish" parfois… Beaucoup de morceaux des débuts, quelques-uns de la période album 4–5, et le nouveau single. Mais on n’a pas assez de temps pour creuser plus. C’est un set court. Donc il faut être efficaces. Le but, c’est qu’ils reconnaissent des choses : “Ah oui, ça je connais.”


Si tu devais choisir un seul moment de toute ta carrière à retenir, quand tu seras vieux, ce serait lequel ?


Un seul moment… Probablement voir la tête de ma famille quand on a été nommés aux Grammy. Les Grammy, ça ne représente pas autant pour nous que pour notre entourage et nos familles. Je ne sais pas si c’est parce qu’on est un peu blasés avec le temps, à force d’être dans le milieu, de voir comment ça fonctionne… Tu te rends compte que les récompenses et la reconnaissance, c’est cool, c’est super à recevoir… Mais le voir à travers leurs yeux à eux, c’est complètement différent. Et au début, on pensait que c’était une blague. Je me souviens que quelqu’un m’a dit : “Hé, vous avez été nommés aux Grammy.” Et moi j’ai répondu : “Non, pas du tout.” Et puis ma mère est arrivée en courant en disant : “Vous avez vraiment été nommés aux Grammy !” Et évidemment, elle était au téléphone avec tout le monde. Ma femme appelait tout le monde. La mère de Morgan appelait tout le monde. Et au final, tout le monde parlait avec tout le monde. Et voir toute cette excitation, cette effervescence…
Je me suis dit : “Ok, ça compte pour bien plus que juste nous cinq.” Parce qu’ils ont traversé tout ça avec nous. Même si c’est nous qui partons en tournée, qui faisons tout ça… c’est leur vie aussi. Ça a été toute leur vie pendant 30 ans. C’est comme ça qu’on fait vivre nos familles.
C’est comme ça que nos familles ont grandi ensemble. Donc les voir vivre ça, c’était vraiment incroyable. Sinon, en live… peut-être le Madison Square Garden. Le fait d’avoir joué là-bas. Parce que là aussi, nos familles étaient présentes. Elles ont pu vivre ça avec nous. Et tu te pinces encore en te disant : “Ok… on a joué au Garden.”


Tu penses que le jeune homme que tu étais en 1997 serait fier de ce que vous avez accompli ?


Oh oui, je pense qu’il serait complètement bluffé. Il se dirait : “Impossible que vous ayez fait tout ça en 30 ans.” Il faut être réaliste, on n’était pas si jeunes que ça. Aux États-Unis, en général, ce sont les groupes de 18 à 24 ans qui décrochent des contrats et partent en tournée. Nous, on était un peu plus vieux. Morgan et moi, on avait genre 27 ans. Je crois que Vinnie [Hornsby] en avait 28 quand on a signé. Donc on pensait déjà à un plan B. On se disait : si ça ne marche pas, il va falloir payer les factures. La version 1997 de nous serait très surprise, parce qu’on n’avait pas de grandes attentes. On adorait ce qu’on faisait… mais tu ne veux pas tout miser là-dessus sans filet. Moi, j’étais toujours celui qui se demandait : “Si ça ne marche pas, je fais quoi ?” Mais Morgan, lui, disait : “Je ne veux rien faire d’autre. Je n’ai pas de plan B. Donc ça DOIT marcher.” Et il avait raison.


Il y a toujours un mec comme ça dans un groupe.


Exactement. “C’est ça ou rien.” LJ est comme ça aussi. Lui, il disait : “Je ne veux même pas penser à autre chose.” Moi, je suis le réaliste. Celui qui dit : “Ok, si ça ne marche pas, on aura quand même vécu une super expérience.” Mais 30 ans plus tard, on vit toujours une super expérience. Donc oui, je suis extrêmement reconnaissant pour ça.


Tu penses qu’il y a des groupes aujourd’hui qui dureront aussi longtemps que vous ?


J’espère. Mais c’est difficile. Le plus dur pour un groupe, c’est de rester ensemble. Et pour plein de raisons… Par exemple, Three Doors Down, ce sont des amis proches, et on a perdu Brad [Arnold] récemment. Tu ne sais jamais quand la vie va te balancer ce genre de truc. Donc ce n’est pas seulement une question de bien s’entendre. Parfois, il y a des tragédies. Nous, on se regarde souvent en se disant : “Ça va ? On va bien ?” Parce que ce sont des choses que tu ne peux pas prévoir. C’est la vie. J’espère pour des groupes comme Gojira, que j’adore. Mais je n’arrive pas à faire écouter ça à ma mère. Même si elle a adoré leur passage aux JO, leur nomination aux Grammy… Elle ne comprend toujours pas. Elle me dit : “C’est quand qu’ils font un album acoustique ?” Je lui dis : “Je ne pense pas que ce soit leur truc.” Elle me répond : “Mais si vous pouvez le faire, et Metallica aussi…” Mais bon. Je pense que le fait d’avoir plusieurs facettes, ça aide à durer. Tu peux faire des pauses, changer de style. Les promoteurs verront toujours le même groupe, mais les fans savent que l’expérience électrique et l’expérience acoustique sont complètement différentes. Et ça leur donne envie de revenir. Donc peut-être qu’à 80 ans, on sera juste assis à jouer de la guitare acoustique. Je ne sais pas si on sautera encore des plateformes de batterie à cet âge-là ! [Rires]


Peut-être, qui sait !


Peut-être, je ne sais pas.


Si tu rencontrais les membres du groupe aujourd’hui, sans les connaître, vous seriez quand même devenus amis ?


Je pense que oui. Je ne crois pas que nos personnalités aient tant changé que ça. On est un peu plus âgés, un peu plus sages… Mais il y a toujours ces choses attachantes chez chacun de nous qui n’ont pas bougé. Surtout dans ce groupe. Je connais des groupes où le business a changé les gens, parfois en bien, parfois en mal. Mais nous, on est restés assez équilibrés. Très lucides sur le fait que tout peut s’arrêter très vite. Donc on essaie de ne pas prendre ça pour acquis. On essaie de profiter de chaque moment. Même dans les parties difficiles des tournées. Les gens disent souvent : “Ça doit être horrible de tourner.” Mais les concerts, ce n’est jamais dur. Les VIP, ce n’est pas dur. Rencontrer les gens, ce n’est pas dur. Ce qui est dur, c’est les 15 heures de bus, la neige, les pauses chauffeur, changer un pneu de remorque… Ça, ça s’accumule. Mais les concerts, jamais. Les concerts, c’est… On est encore excités. Quand l’intro démarre, tout le monde saute partout. Dès que ça disparaîtra, là je saurai qu’il est temps d’arrêter. Mais pour l’instant, chaque soir, avant de monter sur scène… Les papillons sont toujours là. Ce n’est même pas du stress, c’est de l’excitation. Et je vois la même chose chez les autres. On se regarde tous en mode : “Allez, on y va.” Donc oui, si je les rencontrais aujourd’hui… Ce seraient les mêmes personnes. Juste un peu plus vieux… et un peu plus grisonnants. [Rires]


On vieillit tous… Et pour quelqu’un qui ne vous a jamais écoutés, qui tomberait sur vous à la sortie de l’album, quelle impression tu voudrais lui laisser ?


Qu’on est toujours un groupe de metal. Et que LJ reste la “soul”. On fait du “soul metal”. Si tu prends Pantera et James Brown et que tu mélanges les deux, c’est nous. C’est la façon la plus simple de l’expliquer. Beaucoup de gens pensent que LJ va crier, hurler… Mais ce n’est pas un chanteur metal classique. Lui, il veut chanter, quoi qu’il arrive. Même sur les riffs les plus lourds, il va poser du R&B. Et c’est ça, notre pureté. On ne cherche pas à être autre chose. Et si les gens comprennent ça, alors on a réussi.

Merci beaucoup !

Merci à toi !

Orsola G.

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