19/5/2026

Rencontre avec Jayler, nouvel espoir du rock.

C’est à l’approche de la sortie de leur premier album Voices Unheard, qui est prévu pour pour le 29 mai, que Metalleux de France a eu l’occasion de rencontrer James et Tyler du groupe Jayler. D’abord surprise par leur jeunesse (ils ont à peine vingts ans), j’ai ensuite reconnu ce mélange entre sagesse et insolence qui caractérise ceux qui sont fait pour la scène. Voici ce qui reste de ce moment suspendu dans le temps. 

Jayler a été fondé en 2022. Pouvez-vous nous ramener aux tout débuts du groupe ? Comment tout a commencé ? 

Tout a commencé fin 2021, lors de scènes ouvertes. James jouait en solo à l’époque, et c’est là que Tyler est venu le voir. Très vite ça a été une évidence : il fallait jouer ensemble.
Tyler était encore au lycée, orienté vers les sciences, mais James l’a poussé à suivre la musique — convaincu de son talent de guitariste. En parallèle, Ricky (basse) et Ed (batterie) étaient déjà à l’université. Le groupe s’est formé presque naturellement, par rencontres successives. Au début, c’était très brut : deux guitares, parfois une basse, pas de batteur… et un public qui improvisait les percussions. Puis Ed a rejoint le projet, et tout a pris forme. Les premiers concerts ont eu lieu dans des pubs, et Jayler est né ainsi.

Quelle est l’histoire derrière le nom « JAYLER » ?

Le nom vient directement des scènes ouvertes. Il fallait écrire quelque chose sur un tableau… et à ce moment-là, James et Tyler étaient souvent appelés “Jay” et “Tyler”. Le déclic est venu du père de James, qui a écrit “Jailor” sur son téléphone. Le nom a été adopté sur le moment. À l’époque, ils y avaient même ajouté un éclair, en clin d’œil à AC/DC.
Avec le temps, on a simplifié le visuel pour affirmer notre propre identité. Et surtout, le nom a évolué dans sa signification : au départ lié à James et Tyler, il représente aujourd’hui tout le groupe… et même une communauté plus large.

Comment fonctionne la dynamique créative au sein du groupe ? Comment chacun d’entre vous apporte-t-il sa propre identité au son de JAYLER ?

Chaque membre vient d’un univers très différent. James puise dans le folk et la country, avec des influences comme Bob Dylan ou John Denver. Tyler est marqué par le hair metal des années 80. Ed navigue entre funk, disco et jazz. Ricky apporte des couleurs reggae, soul et Motown. Ce mélange pourrait sembler chaotique… mais c’est justement ce qui crée notre son. Rien n’est calculé : chaque morceau naît naturellement, parsemé des préférences de chacun. Pour nous, une chanson doit exister avec sincérité. Sinon, elle disparaît.

Votre musique porte clairement l’empreinte du rock britannique classique comme Led Zeppelin et Queen, tout en restant très moderne. Quelles sont vos principales influences musicales et artistiques, et comment mélangez-vous cet héritage avec votre propre voix ?

On ne cherche jamais à reproduire une formule. Une chanson peut naître d’un riff, d’un texte, d’une démo… peu importe. On laisse la musique devenir ce qu’elle doit être. Pas de stratégie, pas de recette — juste de la passion. Mieux vaut une chanson sincère qu’une dizaine forcées.

En tant que jeune groupe, ressentez-vous parfois une pression pour vous adapter aux tendances actuelles, ou rester fidèle à votre son est-il non négociable ?

Les réseaux sociaux sont à la fois une aide et un piège. Aujourd’hui, les groupes doivent produire du contenu — parfois au détriment de la musique. On a essayé de suivre certaines tendances, sans s’y reconnaître. Maintenant, on préfère rester nous-mêmes. On privilégie le réel — des images de scène, des moments en studio, des instants spontanés. Montrer ce qu’on est, sans filtre.

Votre musique donne l’impression d’appartenir à la fois au passé et au futur… Si JAYLER était un moment dans le temps, serait-ce de la nostalgie, ou quelque chose qui n’a pas encore eu lieu ?

Oh, putain… on adore l’idée. C’est une excellente question ! On peut dire les deux ? Oui, clairement. Un peu des deux. C’est comme si notre musique était figée hors du temps. Le côté nostalgique, on pense qu’il parle surtout aux auditeurs plus âgés. Mais en même temps… peut-être qu’on voyage dans le temps, non ? Ouais, voilà, on va dire ça : on voyage dans le temps. Bon, on révèle tout : c’est grâce à une routine skincare incroyable… et un peu de chirurgie esthétique aussi ! Mais oui, plus sérieusement — c’est un mélange des deux. Un pied dans le passé, un autre dans quelque chose qui n’existe pas encore.

Votre prochain album Voices Unheard semble profondément connecté à une génération qui se sent agitée et inaudible. Quels thèmes explorez-vous sur ce disque, et que souhaitez-vous que les auditeurs ressentent ou en retiennent ?

Un sentiment de compassion, avant tout. L’idée que ce que vous avez à dire compte, et que vous n’êtes pas seul. Si vous aspirez à la paix, à l’amour, à l’unité… il y a plus de gens que vous ne le pensez qui ressentent la même chose. Une vraie communauté existe, même si parfois elle semble invisible. Et même si vous êtes là simplement pour la musique, c’est déjà parfait. Vous êtes les bienvenus. On veut que cet espace soit ouvert, que chacun puisse y entrer sans se poser de questions. Il y a aussi cette idée de réconfort. Le réconfort de se dire que ce type de musique n’est pas mort, contrairement à ce que certains peuvent dire. Personne n’a le pouvoir de déclarer un genre terminé. Et surtout on veut transmettre de l’espoir. Quand on était plus jeunes, on écoutait cette musique et on avait parfois l’impression d’être seuls. On en parlait autour de nous, et personne ne comprenait vraiment. Les autres écoutaient autre chose, la radio, la pop… et nous, on se sentait un peu à part. Ce sentiment d’isolement, on ne veut pas que d’autres le vivent. Si vous vous reconnaissez dans cette musique, dans cet état d’esprit, dans cette façon de voir le monde, alors sachez que vous n’êtes pas seul. Cette communauté existe. Elle est là.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la création de Voices Unheard ? Des premières idées aux sessions en studio chez Vada Studios, comment l’album a-t-il pris vie ?

L’album a mis du temps à prendre forme. Certaines chansons existaient déjà depuis un moment — Lovemaker, Over the Mountain, Riverboat Queen — auxquelles se sont ajoutés des morceaux plus récents comme I Hate To See It End.

On a surtout choisi les titres qui mettaient le mieux en valeur chacun d’entre nous. Pas juste des chansons qui sonnent bien, mais celles qui montrent vraiment ce que chaque membre apporte, que ce soit la batterie d’Ed ou les riffs de Tyler. Au final, c’est un mélange assez riche, qui reflète toutes les facettes de Jayler. Et ce premier album, c’est un peu un avant-goût de tout ce qu’on a déjà construit… avant d’aller encore plus loin.

« The Rinsk » est-elle inspirée d’une personne réelle ou d’une légende ?

C’est… je ne sais pas trop. Ce n’est pas inspiré d’une personne réelle. C’est ouvert à l’interprétation, oui, complètement. Je suis un grand passionné d’histoire. J’adore la mythologie grecque, les Vikings, les Anglo-Saxons, l’Armada espagnole… tout ce qui touche à ces périodes-là me fascine. Du coup, The Rinsk s’inspire plutôt d’un personnage qu’on a imaginé. Une sorte de grand prophète, quelqu’un qui a traversé les guerres et qui raconte l’histoire de l’humanité, tout en essayant d’en tirer des leçons.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Les épreuves, les peines de cœur, les histoires d’amour… tout ça nous inspire beaucoup. Des morceaux comme Lovemaker ou Down Below viennent clairement de là. Mais il y a aussi des choses plus symboliques, comme Elektrona, presque une figure mythologique, plus lumineuse. Et en vrai… tout peut devenir une idée. Même un pigeon. L’autre jour j’ai vu un pigeon et j’ai eu envie d’écrire une chanson dessus. 

Ce qui compte, c’est le lien avec les gens. On écrit quelque chose de personnel, mais on laisse toujours de la place pour que chacun s’y retrouve. Par exemple, Down Below, c’est très direct, presque improvisé en live. Et on l’a laissé comme ça. Parce que c’est brut… et c’est ça qui le rend vrai.

Diriez-vous que Riverboat Queen parle de ce moment où l’on se tient au bord de sa propre vie, en sachant qu’un pas en avant pourrait tout changer — sans vraiment savoir si c’est un rêve ou un risque ? Et cela reflète-t-il votre état d’esprit à l’approche de la sortie de votre premier album ?

Cette question est géniale ! Et oui totalement. Quand je l’ai écrite, je pensais surtout à l’industrie musicale. Pour moi, c’est comme une rivière : imprévisible, parfois calme, parfois chaotique. Tu ne sais jamais où elle va t’emmener. Le Riverboat Queen, c’est un peu notre équipe, les gens qui nous accompagnent et nous aident à avancer, à donner une direction à tout ça. Et au fond, il y a cette question : est-ce qu’on se débrouille seuls ou est-ce qu’on se laisse porter ? Où ça nous mène ? Le refrain, “All aboard the Riverboat Queen”, c’est une invitation. Venez avec nous.

Il y a une vraie tension dans Bittersweet entre amour et vocation. Pensez-vous que ce genre de sacrifice est inévitable quand on se consacre pleinement à la musique ?

Oui, complètement et c’est ce dont parle la chanson. C’est un au revoir, pas parce que quelqu’un disparaît, mais parce que la relation ne fonctionne plus. Tu tiens à la personne, tu ne l’oublieras jamais, elle a compté pour toi… mais tu dois avancer.

C’est doux-amer. Tu dis au revoir en sachant que tu vas vers quelque chose de grand, mais ça fait mal quand même. On l’a enregistrée en live, en une seule prise. Il y a des erreurs, je chante parfois un peu faux, mais c’est ça qui la rend vraie. À la fin, j’ai commencé à pleurer. Toute la pression retombait, et on savait que c’était la bonne prise.

On enregistrait en plein milieu d’un champ, près d’une vieille chapelle, avec les oiseaux autour… et parfois des voitures qui passaient en ruinant tout. Mais justement, tout ça fait partie du moment. Et quand on a terminé, on s’est regardés, on était tous hyper émus. Le producteur a juste dit : “C’est celle-là.”

Dans Over the Mountain, vous dites « We are the voices of the unheard », et cette phrase semble centrale dans le morceau. Pour qui parlez-vous à ce moment-là ? Ressentez-vous une responsabilité, en tant que groupe, de donner une voix à ceux qui ne se sentent pas entendus ?

Oui, complètement. On s’est déjà sentis comme ça, surtout au début, quand on essayait de rentrer dans un moule et que d’autres parlaient à notre place. Tu te sens plus vraiment écouté… juste comme un produit, un visage. Du coup, dire qu’on est “we are the voices of the unheard”, c’est autant pour nous que pour les gens qui nous écoutent. C’est comme un écho : eux aussi pourraient dire la même chose.

Parce qu’au fond, c’est ce qu’on veut faire : créer un espace où les gens peuvent se sentir entendus. Surtout aujourd’hui, où tout peut vite devenir faux ou artificiel. Si on peut aider, même un peu, à rassembler les gens et leur donner une voix, alors on a réussi.

Quels sont vos prochains projets ? Que réserve l’avenir pour Jayler ?

On est déjà à mi-chemin du premier album, donc dès qu’on aura terminé la tournée avec Deep Purple, on retournera en studio pour enregistrer le deuxième. Sinon, l’idée, c’est simple : jouer le plus possible, continuer à écrire, avancer. On tourne déjà en Europe, mais on aimerait vraiment faire une tournée en tête d’affiche au Royaume-Uni. On a aussi pas mal de fans aux États-Unis, donc on rêverait d’y aller, et de retourner au Brésil — c’était incroyable. Et puis le Japon aussi… en fait, on veut jouer partout. On est même volontaires pour jouer sur la Lune ! 

Avez-vous des recommandations musicales ? Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Oui, il y a un artiste que j’ai découvert récemment, Avy Kaplan. Il fait une sorte de musique traditionnelle, très minimaliste, juste guitare et voix grave… ça sonne presque comme dans Le Seigneur des Anneaux. J’adore cette ambiance un peu “Terre du Milieu”. Sinon, on écoute aussi des classiques comme Van Halen ou Sammy Hagar. Et en ce moment, je me plonge pas mal dans le folk, surtout britannique. Il y a des artistes comme Ida Mae ou Chris Turpin que j’aime beaucoup. 

Nous arrivons à la fin de cette interview. Avez-vous un message pour les lecteurs de Métalleux de France ?

Découvrez l’album le 29 mai et n’hésitez pas à nous faire part de vos commentaires. On espère qu’il vous plaira. On a passé un super moment à l'enregistrer et on a hâte de vous le jouer en concert. On vous aime !

Interview par Anna Grésillon

No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.