24/2/2026

Raven’s Crew : « Demain n’est pas si loin »

Entre corbeaux, dictocratie assumée et envies de ski subventionnées, Raven’s Crew parle musique, textes et esprit de bande sans langue de bois. Une discussion à la fois sérieuse et joyeusement bordélique, à l’image d’un groupe qui avance soudé et convaincu.

[L’interview se déroule sur Zoom, et les premiers instants il est question de beauté, de flou, et de poêles et casseroles en arrière-plan… On aura bien rigolé, et cela nous aura permis de trouver le nouveau slogan du groupe : Raven’s Crew, ils sont flous !]

Si vous deviez rapidement présenter le groupe à quelqu'un qui non seulement ne vous connaît pas, et qui n'écoute pas spécialement de rock ou de metal, qu'est-ce que vous diriez en quelques mots ?

Arno

Ce n'est pas évident, parce que forcément, avec tous les classements musicaux, etc… Je dirais, nous on fait de la musique qui envoie un peu, mais qui est censée, avec des textes censés, et on raconte des choses. Si tu n'écoutes pas ce genre de musique, si tu n'aimes pas les trucs un peu brutaux, essaie de passer un peu au-delà de ça, et écoute un peu ce qu'on raconte aussi, et ce qu'on essaie de te faire ressentir.

Seb

Je n'aurais pas fait mieux.

Pas mal ! Concernant le nom du groupe, il y a le côté « crew », parce qu'il me semble que c'est important pour vous d'être vraiment une vraie équipe, vraiment soudée. Mais pourquoi ce corbeau, qui est aussi sur la pochette du EP, c'est venu d’où ?

Arno

Pour le nom, ni Seb ni moi ne sommes responsables.

Seb

Je pense que c'est un nom qui a existé à la création, et on a réussi à se raccrocher. Maintenant, il nous plaît, parce qu'on lui a trouvé un sens.

Arno

Ouais, c’était un peu en mode : « Viens avec nous ! Ah ben, t'es deja là ?! » [Rires]

Seb

Je pense qu'il y a un petit peu de ça, parce que quand il a été créé, le groupe, ni Arno ni moi-même étions dans le projet. Je suis arrivé en 2022, et lui en 2018.

Arno

C'est ça, oui.

Seb

Et ça a été créé en 2015, peut-être même un peu avant, mais ce n'était pas du tout les mêmes membres, hormis la batterie et Chris à la guitare. C'était vraiment un projet où ils faisaient du cover, etc. Ils avaient trouvé un nom qui sonnait à leurs oreilles ; et le nom a été gardé, d'une part, par facilité, parce que très vite, ils se sont fait un nom, justement. C'était plus simple, même quand ça a changé de tournure, et je pense que finalement on lui a trouvé une raison d'exister à ce nom.

Arno

Ça, et « crew » oui, t'as raison, on est vraiment dans l'état d'esprit bande, groupe, équipe. Il y a pas mal de monde qui gravite autour. Il y a cette idée de « crew », quoi, qui est sympa. Il y a la Raven’s Crew « crew », en fait, qui est une « crew » [Rires]. Et puis, pour la pochette, c'est presque pas fait exprès, si tu veux, le visuel sur cette pochette. Mais c'est ce qui nous a paru le mieux dans tout ce qu'on a travaillé comme visuel. Ça nous a tout de suite plu. On a essayé de faire le même type de visuel, mais avec autre chose que le corbeau . Et il s'est trouvé qu'il n'y avait rien qui marchait aussi bien que le corbeau. Donc, on a assumé le côté corbeau à fond, quoi, en fait.

Seb

Oui, ce côté de groupe, d'équipe, est vraiment important. Je suis arrivé dans le groupe parce que l'ancien bassiste, Maxime, était un peu obligé d'arrêter pour des priorités professionnelles... Mais il m'a quand même remplacé sur une date ou deux. Il y a eu quelques dates où Chris n'a pas pu assumer. Donc, Maxime aussi, l'ancien bassiste, lui, s'est mis à la gratte. Il a fait deux, trois dates. Il y a un autre pote, FX, qui a fait une date ou deux à la batterie parce que notre batteur est technicien dans un théâtre, donc parfois, les samedis soirs, c'est compliqué. Il y a Yoann, maintenant, qui est beaucoup à la batterie quand Fred, le batteur officiel du groupe, n'est pas dispo. Donc, il y a quand même une équipe autour de ça. Je pense que c'est cohérent, en fait.

Tu parlais tout à l'heure du fait qu'avant, c'était un cover band... C'est quand tu es arrivé, toi, Arno, que ça a changé ?

Arno

En fait, c'est au Covid que ça a changé. Quand je suis arrivé dans le projet, le groupe avait entre 20 et 25 morceaux cover que je connaissais plus ou moins. Pour le coup, je faisais de la musique, mais seul. J'avais joué dans des groupes auparavant, en région lilloise. Et là, je m'étais remis tout seul sur scène. Et puis, le fait d’intégrer un groupe sur le mode cover, ça m’allait, que ce n'était pas n'importe quel type de covers non plus. C'est-à-dire que le répertoire était différent de tout ce qu'on peut voir en général. Il y avait vraiment des morceaux et des groupes qu'on ne connaît pas forcément bien, qu'on ne voit pas partout. Et ça m'a plu. S'il y avait eu… c'est con, mais du cover de certains groupes, je ne serais peut-être pas venu parce que c'est trop vu, trop fait. Et c'était bien rock et bien metal dans l'état d'esprit, avec du Metallica, du Urban Dance Squad, mais aussi du français avec du FFF, ce genre de choses. Donc, c'était varié et je trouvais que ça poussait un peu. Mais très vite, après mon arrivée, s’est posé la question justement d'attaquer les compos. On a beaucoup joué. Quand tu fais ducover, tu joues beaucoup, en fait. Il y a moyen, tu joues facilement partout. C'est plus facile de faire passer un cover dans tous les sens qu'un projet personnel. Et du coup, on avait beaucoup de dates et on n'avait pas trop le temps pour composer. Et là est arrivé le COVID. Et nous, on en a profité justement pour avoir ce temps mort, où on ne pouvait plus se voir, pour commencer à composer. Et puis, sortis du COVID, c'était fini. On a oublié le cover et on est partis sur le projet compo, qui est maintenant hyper bien installé.

Donc, on l’a vu, vous n'êtes pas là depuis le tout début, mais est-ce que  sur la période depuis laquelle vous êtes dans le groupe, vous êtes plutôt contents de la manière dont ça évolue ? Est-ce que vous voudriez que les choses aillent plus vite ?

Arno

Au départ, moi je suis arrivé quand c’était du cover. Donc forcément, quand tu fais du cover, tu ne t'attends pas quelques années plus tard à sortir un premier EP, un deuxième EP, produire du vinyle, du CD, tout ça. Donc forcément, cette tournure, elle est hyper agréable. Et puis, il y avait un petit peu cette peur de passer à la compo, parce que jusqu'alors, je n'avais jamais fait de groupe de cover, j'avais toujours joué dans des groupes où on composait. Et il y avait cette peur de se dire : bon, un cover, c'est… entre guillemets, attention, je le mets bien entre guillemets… c'est un peu facile, parce que quand tu joues les morceaux, ce n'est pas les tiens. Donc quelque part, tu te caches derrière un artiste. Même quand on le faisait et que j'adorais le faire - parce qu'attention, j'adorais le faire - il y avait cette notion de : de toute façon, les gens vont nous juger sur notre qualité musicale évidemment, mais quand même, c'est le morceau d'un autre artiste qu’ils jugent. Donc, le passage à la compo, ça faisait un peu : est-ce qu'on va y arriver ? Est-ce qu'on va y arriver tout de suite ? On a persisté et on n’en doute plus aujourd'hui. On a trouvé le style, on a trouvé ce qu'on voulait faire. Et puis depuis, ça roule quoi.

Seb

Moi, ça me parle aussi, je suis arrivé en début 2022, le premier EP était enregistré. Donc à la base, c'est Max sur le premier EP.

Arno

[à Seb] Mais on savait déjà que c'était toi qui allais jouer.

Seb

En tout cas, je crois que Max a très peu joué. C'est vraiment quand il est sorti qu’on a commencé à jouer le nouvel EP. C'était encore des concerts où il y avait un mix entre cover et compo. Et moi, c'est ce qui m'intéressait, justement, quand on m'a proposé et quand j'ai vu cette opportunité, je me suis dit : c'est cool. J'arrive au moment où on part sur un chemin de compo. Moi, ça me parle carrément. J'ai toujours fait que de la compo dans mes projets depuis que je fais de la musique - hormis depuis 2020, où un copain m'a proposéde le rejoindre sur un projet, un cover Led Zeppelin, dont il rêvait depuis longtemps. Et moi, je faisais plus de musique, donc c'était l'occasion de m'y remettre. C'est un projet qui est toujours en parallèle. Mais c'est récent, pour moi, le cover, j'ai toujours joué dans de la compo, etc. Donc, ça me bottait. Je suis arrivé au bon moment, pour le coup : sortie du premier EP, plein de concerts à jouer. J'ai été dans le bain direct. Des belles dates, des grosses dates. Et puis, toujours un petit peu de covers pour compléter le set qui était encore un petit peu trop petit, on va dire, en termes de durée. Et puis, après, très vite, quand il a fallu commencer à composer le deuxième EP, là, j'étais de la partie à 100%. C'était vraiment cool. C'est vraiment ce qui me plaît.

Arno

On a eu la chance aussi, directement à la sortie du premier EP, de faire plein de belles dates. Alors, certes, très régionales, mais on a de la chance quand même d'être dans une grande région. Les Hauts de France, il y a quand même de la place ! Entre le Nord, le Pas-de-Calais, la Somme, l'Aisne et l'Oise, tu vas de la Belgique à la région parisienne. Donc, on s'occupe pas mal dans la région, mais on a fait quand même la plupart, ou du moins une grosse partie des beaux festoches. Il en reste, évidemment, heureusement. Mais on a fait pas mal déjà de beaux festoches dans la région.

Justement, vous êtes originaire d'Amiens, et je trouve que la scène rock et metal bouge énormément dans toute la partie nord de la France. Selon vous, qu'est-ce qui fait qu'il y a autant un vivier dans ces régions-là ?

Arno

Je crois qu'il y a déjà eu des études là-dessus. J'avais déjà lu quelques trucs. Moi, ce que j'avais vu, c'est qu'il y avait ce côté rugueux de la région, le climat, le froid, les mines. Ce côté très ouvrier, en fait. Cette musique, c'est une musique qui est contestataire, ne serait-ce que par sa sonorité, et encore plus par les textes qu’ils soient en français ou non. Quand ils sont en français, moi je les comprends mieux personnellement. Mais pense qu'il y a vraiment de ça. Après, c'est pas forcément nous les mieux placés pour en parler, parce qu'on y est. Mais les gens, la plupart du temps, ils disent que dans le Nord, il y a plus de chaleur humaine. Mais quand on parle du Nord, on parle souvent du Nord-Pas-de-Calais, pas de la Picardie. Les Picards sont considérés comme des gens froids dans le Nord. [Rires] D'ailleurs, ils ont créé des surgelés, Picard ! [Rires]. Je pense qu'il y a un lien ! Mais oui, je pense que tout ça, c'est un peu lié. C'est quand on avait fait un festival en plein bassin minier, sur Lens... Je crois que c'est là que j'avais lu tout un truc là-dessus. Il y avait ce côté... C'est vrai que le metal, c'est le Nord, l'Est, la Bretagne. Après, dans le Sud, jusqu’à récemment, il n'y avait vraiment que les gros groupes qui arrivaient à bien tourner. En tout cas, c'est l'impression qu'on a. Je pense que c'est les gens. On aime bien quand c’est dur, comme dans le Nord ! [Rires]

Seb

Rock’n’Roll, quoi !

Pour en revenir à Demain, c'est loin, j'ai lu, je ne sais plus dans quel était le magazine, qu'il y avait cette double lecture sur ce petit truc entre le côté des gens qui repoussent l'échéance pour agir et en même temps aussi le côté un petit peu Carpe Diem. Est-ce que vous, c'est vraiment un équilibre constant dans votre musique, dénoncer les choses, agir, et en même temps, quand même profiter et s'amuser ? Est-ce que c'est quelque chose qui est important pour vous, cet équilibre ?

Arno

Pour nous, je pense que oui. Par contre, dans l'EP, on est plutôt sur l'aspect de faire attention à ce que tu fais aujourd'hui parce que demain n'est pas si loin. C'est marrant parce que j'ai réécouté cette semaine le premier EP en voiture, ça me fait un peu travailler pour le concert qui vient samedi, je révise mes textes. En fait, tu les fais machinalement, tu ne réfléchis plus forcément tes textes quand tu les connais par cœur, des fois. J'ai redécouvert que dans le morceau de Memoriae, qui était le titre éponyme aussi de l'EP, à un moment, j'ai une phrase qui disait « parce que demain n'est pas si loin ». En fait, je la chante depuis tout ce temps, mais je ne m'en rendais plus compte. Cette idée de « demain c'est loin », c'est aussi dans un morceau de l'EP qui s'appelle "Askip" où il y a cette phrase qui revient assez souvent. C'est la phrase qui donne ce nom à l'EP, mais quand je l'ai dit, je ne pensais plus l'avoir déjà dit sur l'EP précédent. Donc c'est quand même une idée qui me taraude depuis longtemps. Oui, au jour le jour, c'est important de faire tout ce qu'on peut faire, mais l'aspect de l'EP penche plutôt à 70-30 du côté « attention à ce que tu laisses, attention à ce que tu fais, parce que finalement, demain n'est pas si loin ». C'est un peu ça l'idée de l'EP en général. Donc, un peu plus pessimiste quand même. Après, dans nos vies de tous les jours… [à Seb] Toi, t’es Carpe Diem ! [Rires]

Seb

Oui, même si je pense que globalement, c'est un débat, il y a plein de choses à dire autour de ce sujet-là.

Arno

C'est la notion de temps. Le premier, c'était Memoriae, c'était plutôt basé sur le passé. Là, on est sur le présent, on vit le présent, mais attention par rapport à demain. C'est un peu ce côté-là, j'aime bien cette temporalité.

Seb

Le prochain EP s'appellera « Retour vers le futur » !  [Rires]

Arno

Oui, 4 ! [Rires]. Parce qu'il y en a déjà eu un, deux, trois, alors après, on tape dans le plagiat, sinon ! [Rires]

Perso, sur l'EP, j'ai eu un gros coup de cœur pour "God bless America", notamment sa fin, que je trouve, folle ! Vous, si vous deviez choisir un seul titre, quel est votre préféré ?

Arno

C'est dur. Là, c'est très dur. Ça dépend des jours ! [à Seb] Vas-y !

Seb

Effectivement, "God bless America" est le premier qu'on a composé. Pour nous, il est déjà un peu ancien et, perso, je l'ai redécouvert après l'avoir enregistré parce que ça faisait un petit moment qu'on jouait celui-là. C'est le premier qu'on a composé ensemble. Enfin, où moi j’étais de la partie. Mais je l'ai bien redécouvert. C'est vrai que cette évolution, en live, marche super bien. Il se passe vraiment quelque chose. On a toujours des retours de ouf et c'est cohérent parce que nous, on aime bien cette évolution musicale à la fin. Après, vraiment, pour moi, ce serait, "Génération Pardon", mais je pense aussi pour une raison particulière, parce que c'est vraiment celle où je fais des chœurs, et c’est quelque chose de tout nouveau pour moi sur cet EP.  Du coup, j'apprécie aussi ce nouveau rôle que je découvre encore. C'est un petit défouloir que je maîtrise pas encore toujours, mais je me défoule bien. Donc, "Génération Pardon", et aussi "Mon Essence" qui est bien différente et qui a une importance à jouer, elle est à part. J'ai un peu triché, du coup, je donne trois morceaux…

Arno

Ouais, mais je vais faire pareil… J'aime beaucoup "Dictocratie" pour le côté où on comprend tout de suite ce que je veux dire. J'ai du mal à écrire des textes courts et je trouve que c'est plus facile d'écrire un texte long, parce que dans un texte long, tu peux utiliser plein de mots pour expliquer ce que tu veux, alors que dans un texte court, il faut que ce soit direct, tu peux pas te louper. « Dictocratie », j'aime bien parce que c'est un texte court et ça dit là où on veut aller, et même le titre dit ce qu'il va y avoir derrière. J'aime beaucoup ce titre. "Mon essence", évidemment, parce que l'instru, je le trouve mortel, et j'ai réussi à écrire dessus ce que je voulais écrire dessus. C'était hyper important et je pense que c'est très réussi. Et je rejoins aussi Seb sur "Génération Pardon". J'aime beaucoup "Génération Pardon" aussi. Je serai plutôt là-dessus. "God Bless", comme te disait Seb, je pense que c'est un très bon morceau, mais on l'a déjà beaucoup joué. Il faisait partie de cette transition premier-deuxième EP. Nous, c'est un morceau qu'on a depuis un moment. À un moment, ce n'est pas que tu te lasses, mais les petits nouveaux, tu es content. Il y a plus de challenge à les jouer. "God Bless", c'est un truc qui tourne déjà bien pour nous.

Seb

Oui, effectivement. Et je pense que même au sein du groupe, on est encore en train de se découvrir tous ensemble avec ce changement. Le dernier changement, c'est quand je suis arrivé en 2022, il n’y a rien eu depuis, mais ça peut être long de se découvrir ensemble, à composer, etc. Je pense que c'est là où on commence vraiment à se retrouver. En tout cas, je peux le dire sur Arno et moi-même, on se retrouve actuellement, c'est les morceaux comme "Génération Pardon". C'est un morceau où on se retrouve vraiment dans un virage qui nous plaît beaucoup.

Arno

Oui. Après, "God Bless", c'est un morceau typiquement taillé pour le live. C'est vraiment celui-là, il est typiquement axé live, c'est énergique. Comme tu dis, la deuxième partie, parce qu'il y a presque deux morceaux dans un morceau, elle est aussi longue, voire plus longue que la première, c'est-à-dire à l'aspect instrumental, c'est aussi nouveau. J'avais envie de ça dans l'EP, de parties plus instrumentées et moins chantées, pour laisser un peu d'aération. On l'a un peu plus fait dans cette EP. C'est cool. La fin, elle monte, c'est du crescendo. Je triche, à ce moment-là, je sors de scène, en live. Parce que là, mon job s'arrête, je laisse Seb crier dans un micro, je vais boire un petit coup sur le côté, je m'essuie un peu le front, je change de tee-shirt si j'ai besoin, puis je reviens derrière. C'est un très bon morceau. Si t'aimes bien le morceau, il y aura peut-être une bonne surprise, peut-être une petite vidéo qui va coller à ce morceau…

Parce que là, en singles, il y a eu "Dictocratie", puis "Mon Essence". Qui a fait le choix au niveau des singles ?

Seb

Je ne sais plus [Rires].

Arno

En fait, dans l'idéal, on aimerait bien les clipper tous les six. C'est-à-dire que tous les six sortent à des moments différents. Ça, c'est dans l'idéal. On a un super pote, Voovoo, qui bosse pour nous et qui a bossé sur les deux premières release vidéo, celle de "Dictocratie", celle de "Mon Essence". C'est du boulot, mais ça aboutit à un travail qui nous plaît bien, à coût XS, à coût tranquille. Là, on va clipper pendant les vacances du Toussaint, dans une dizaine de jours, on clippe avec une équipe technique. C'est autre chose, ce ne sera pas une vidéo. C'est un projet qui est un peu plus ambitieux, mais quand je dis ambitieux je parle dans la réalisation. Parce que les deux vidéos qui sont sorties nous plaisent à mort. J'aime bien ce principe de lyric vidéo qui permet assez vite de mettre de l'image sur du son sans aller trop chercher et trop dépenser d'argent. Donc qui choisit ? Je pense que c'est le collectif. Là, pour le coup, on discute beaucoup de tout ça. Bon, à la fin, c'est toujours moi qui ai le dernier mot, mais on discute ! [Rires généraux] On est une espèce de dictocratie !

Ça me rappelle un peu le sketch des Inconnus, la Negra Bouch’ Beat : « Y a pas de leader ! »…

Arno

C’est ça ! [Rires] Non, mais plus sérieusement, je sais pas, ça paraissait un peu évident….

Seb

On avait dû, de toute façon, aborder ce sujet. Depuis longtemps, il y avait quand même l'idée de "God Bless America" pour prendre le temps de faire un clip. Je crois qu'il y a un petit moment qu'on avait cette idée de garder "God Bless America" de côté. Je ne suis même plus sûr…

Arno

Après, on s'est dit aussi, sur les morceaux qu'on fait, on sait qu'à un moment, on va faire un clip avec une équipe technique où là, on sera tous présents dans le clip, tous filmés. Du coup, on se disait, attention, gardons un morceau si on veut faire un vrai clip. Et c'est vrai que là, il restait deux-trois possibilités. On s'est dit là, on fait "God Bless". Moi, je n'aurais pas forcément choisi ça, pas pour des raisons artistiques, parce que je trouve que "God Bless", au niveau du thème, il se rapproche de "Dictocratie". Dans le sens où, si j' ai écris "Dictocratie"  en termes de texte – attention, moi je fais que les textes, hein, le reste c’est les copains – c'est parce que j'avais écrit "God Bless" avant. Je me suis dit, je ne peux pas me permettre de dire qu'aux USA, ça se passe comme ça, et laisser penser que je fais une croix sur ce qui se passe en France et que tout va bien en France. « Aux États-Unis, vous n'êtes pas beaux, vous êtes méchants. Par contre, chez nous en France, on est au top ». Il y avait cette idée de dire : « Attention, nous en France, ça se passe comme ça... » Donc, il y a une liaison entre les deux morceaux. Je crois que "Dictocratie", en termes de sens, était assez proche, même si ce n'est pas dans le même endroit. Elle portait un peu un message similaire par rapport à "God Bless".

Seb

C’est à classer dans la même catégorie…

Arno

Du coup, je voulais clipper autre chose pour aller à autre part. Il n'y a même pas eu beaucoup de discussion là-dessus. On est tombé d'accord sur le fait qu'on clipperait "God Bless" à la fin du mois [de novembre. À ce jour, la vidéo n’est pas encore sortie].

S'il y avait un budget illimité, vraiment illimité…

Arno

Ah, on sent que tu vas nous faire une proposition ! [Rires]

Est-ce que vous auriez des idées… je ne sais pas, de choses un petit peu folles que vous aimeriez faire, pour un clip ou autre ? Un truc vraiment super ambitieux ?

Seb

Acheter un guitariste, puis un autre guitariste, acheter un batteur, puis on continue à deux ! [Rires généraux]

Arno

Passer par un chirurgien esthétique pour nous arranger ! [Rires] Non, en vrai, moi j'ai jamais réfléchi à ça. Disons que si on avait la possibilité d'avoir beaucoup de budget, ce n'est peut-être pas dans un clip que j'irais investir directement.

Seb

Acheter du temps, ça serait pas mal. Parce que pour le coup, on a tous notre boulot la semaine, etc. Donc, c'est vrai que ça prend énormément de temps. Donc, il faut suivre derrière.

Arno

Clairement, si tu avais un budget illimité, tu pourrais peut-être arrêter ton à côté que tu es obligé d'avoir pour vivre normalement. Et permettre ça. Oui, c'est ça. Putain, il est bon ! Je ne sais pas ce que tu en penses, mais il est bon ! [Rires]

Seb

Après, si c'est vraiment un budget illimité pour une seule action, on s'en fout de la musique, on retourne en vacances, on va refaire du ski ! [Rires]

Arno

Si ça nous paye nos forfaits de ski, nous, on est partants.

Ben voilà, ce sera le titre de l’interview : « On s'en fout de la musique, on va faire du ski ! ». [Rires] Bon, revenons aux choses sérieuses, « Mon essence » se termine sur du Victor Hugo. [À Arno] Est-ce qu'il y a un auteur, surtout toi pour les textes, qui t'inspire de manière générale ? Un auteur qui te tient à cœur et qui peut t'inspirer au quotidien ?

Je t'avoue que c'est pas des auteurs littéraires. C'est vraiment plus des chanteurs, des gens qui sont dans la musique, qui écrivent des textes, qui m'inspirent le plus. Hugo, ça me semblait… C'est parce que ce "Demain dès l’Aube", je l'ai appris quand j'étais gamin, au collège, et ça ne m'avait pas touché... Après, la vie fait qu'il se passe des choses, et là, tu redécouvres un truc et tu te dis que c'est fou. Et voilà. En littérature, j'aime bien Rimbaud aussi. Mais cela dit, ce qui m'inspire dans mon écriture, c'est… J'adore un gars qui s'appelle Rockin’ Squad, du groupe Assassin. C'est du hip-hop. J'aime bien sa façon d'écrire, comme j'aime beaucoup l'écriture d'un Reuno, de Lofo [Lofofora]. C'est plus ça. Je t'avoue que je ne suis pas un dingue de littérature. Je ne lis pas beaucoup. Après, je connais des classiques parce que je m'instruis, globalement. Mais c'est vrai que je suis plus touché par ces gens-là. C’est des registres différents ! [Rires] [à Seb] Et toi ?

Seb

Ben moi, je n'écris pas ! [Rires généraux]

Arno

Je ne sais pas si j'ai répondu à ta question.

Si, si, tout à fait !

Arno

C'est vraiment les textes en musique. C'est ce qui m'intéresse. Les beaux textes en musique. Je t'avoue que j’écoute beaucoup de francophones. Des fois, je suis un peu triste parce qu'il y a rien. Mais quand j'ai des bons trucs, je suis content !

Qu'est-ce qu'il y a en projet ? Est-ce qu'il y a un album complet ? Est-ce qu’il y a une grande tournée prévue ? Est-ce que c'est encore un peu flou ?

Arno

Ben, on aimerait bien tout ça, en tout cas ! On en parlait avec Seb, juste avant de commencer l'interview. On a honoré toutes les dates qu'on avait prévues y a longtemps. Et là on s'est mis un peu en pause de recherche de dates. C'est Lény qui s'occupe de ça. C'est un autre membre du crew qui bosse là-dessus. Là, on espère pouvoir défendre au maximum l'EP. Aujourd'hui, on sait pas encore. C’est sortie en physique, et on vient vraiment de commencer depuis la rentrée septembre un petit peu de matraquage médiatique. On n’a pas encore les retombées exactes. On espère jouer et défendre l'EP au maximum. Sur certaines répètes, on a un axe de travail à court terme, mais il y a aussi le fait de recomposer. Un album, sauf s'il y a une commande, moi j'aime bien le format EP, je trouve que c'est sympathique, ça s'écoute facilement, il y a quand même six morceaux. Trois morceaux, ça me semble trop court. Les deux EPs, tu les rassembles, ça fait un album en quelque sorte. C'est flou à ce niveau-là, mais le format EP, c'est bien, parce que dans le contexte actuel, ce qu'on vit musicalement, pour l'enregistrement, on a un temps limité, on a les tafs à côté, donc l'enregistrement est limité en temps, et aussi en argent, c'est un peu plus économique qu'un album. Mais avant tout, jouer sur scène… là entre l'enregistrement, le studio… j'ai hâte de jouer. Il y a cette envie-là. C'est pareil, c'est un petit message, parce qu'il y a certainement des gens qui vont venir organiser des concerts, des festoches : on est là, il n'y a qu'à nous appeler et on voit si c'est jouable !

Le message sera passé en tout cas !

Seb

Et on cherche une remorque aussi, fermée. [Rires]

Ah, et vous avez un frigo à vendre aussi, ou pas ? [Rires généraux]

Seb

Pour transporter tout le matos, c'est pratique.

Arno

Parce qu'on a déjà le minibus, hein, donc on est bien, on a notre petit tourbus à nous, mais quand on prend le matos en plus, ça fait un peu just.

Seb

On est obligé de prendre une bagnole à côté, donc on cherche une remorque.

Arno

Oui, une remorque à pas cher ! [Rires]

Bon, c’était la séquence « Le Bon Coin », ça nous fera une bonne conclusion, vous avez passé votre annonce ! [Rires].

Arno

Oui, n’hésitez pas à nous contacter ! [Rires]

Merci à Roger Wessier pour l'organisation de cet entretien !

Orsola G.

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