20/4/2026

“Choices” : Queen(Ares) choisit l’intensité

Avec Choices, Queen(Ares) avance sur une ligne de crête : plus brut, plus instinctif, mais toujours profondément habité. Né d’un croisement d’univers, d’âges et d’influences, le groupe affine ici une identité où riffs physiques, dualité vocale et tension émotionnelle s’entremêlent sans jamais chercher la facilité. Entre catharsis collective, lucidité sur le monde et plaisir presque viscéral de jouer ensemble, Queen(Ares) livre un album à la fois frontal et introspectif — un disque qui se vit autant qu’il s’écoute.

Bonjour. On est à quelques jours de la sortie de Choices. Vous êtes dans quel état d'esprit ? Vous êtes enthousiastes ? Vous êtes stressés ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Alex : Un peu de tout ça, j'ai envie de dire. Très enthousiastes parce que ça fait un moment qu'on est sur le projet et que l'album ça fait quelques temps qu'il est enregistré. Et c'est l'aboutissement de ce travail-là. Stressés parce qu'il y a toujours des petits détails. Tu te rappelles toujours au dernier moment de choses à faire et après le temps manque. Donc non, on est vraiment super contents de la sortie et enfin de pouvoir le présenter. Et plus simplement garder pour nous.

Il n'y a pas déjà des choses où vous vous dites peut-être qu'on aurait dû faire ça différemment ?

Alex : Musicalement non, je ne pense pas. Après, tu as toujours un peu de regrets, une prise de son, un enregistrement de guitare, une mélodie. Là, il est figé et puis c'est tout. Ça ne sert à rien d'avoir des regrets.

Charly : De toute façon, un album c'est un témoignage de quelque chose qui se passe à un moment T. On sait ce que c'est avec ses défauts. De toute façon, je ne réécoute pas les albums que j'ai sortis une fois qu'ils sont sortis. C'est vrai, je déteste faire ça. Il est ce qu'il est et on l'aime bien comme ça.

Et est-ce que vous le trouvez encore mieux que le premier ? Ou vous pensez qu'il est juste différent ? Vous pensez que c'est la suite logique ?

Charly : Moi je m'y retrouve plus je pense. Je ne sais pas, après mieux, ça c'est pas forcément à moi de décider.

Alex : Tu peux donner ton propre avis.

Charly : Je ne sais pas. Je pense que je me retrouve plus dans ce disque-là en termes d'intensité.

Alex : Je suis un peu d'accord avec toi. D'un point de vue son je le trouve un peu plus brut, un peu plus rentre dedans que le précédent. Après, il y avait un parti pris sur le premier et qu'on a un peu moins sur le deuxième. Et puis le premier, c'est toujours apprendre à se connaître aussi. Tous les quatre on vient d'horizons complètement différents. On a d’autres projets, et à la base c'était entre guillemets un side project. C'était une rencontre avec Nico le batteur. On s'était rejoint tous les deux dans un groupe en remplacement. Et puis on a super matché. On s'est dit : « On va faire un peu de musique ensemble ». Et puis après y a les deux gus qui sont arrivés derrière et avec qui ça a matché aussi .Y a des différences d'âge, de culture, d'univers musicaux. Et quand on mélange le tout ça donne ça. C'est vrai que sur le premier, on tâtonne un peu plus. L'idée de base, c’était de faire un album un peu plus doom. Finalement, ça n'est plus du tout le cas sur le deuxième ou quasiment plus. Donc voilà.

L'idée de l'album est venue pendant votre résidence au Métaphone d’Oignies. L'influence de la zone, du bassin minier, tout ça, c'est quelque chose que vous aviez déjà pensé en amont ? Ou c'est vraiment le lieu qui vous a amené à ça ?

Charly : On avait déjà commencé à écrire. On était sur les maquettes de nouveaux morceaux depuis un petit moment. Là, on a beaucoup travaillé au Métaphone, sur les deux années pendant lesquelles on a écrit et enregistré l'album, parce que le Métaphone nous a accompagnés aussi. Ils nous ont apporté un soutien artistique, sur la résidence. Un soutien financier aussi pour le clip de "Black Corridors". C'est vraiment le morceau de l'album qui aborde cette thématique-là. Il y a eu de la programmation. On a enregistré une partie de l'album dans les studios qui sont au Métaphone. L'album est assez lié à cet endroit qui se retrouve au milieu d'un site minier. C'est une partie du disque. Après il y a beaucoup de thématiques qui sont abordées dedans. Qui ne sont pas nécessairement liées à Oignies et au bassin minier. Mais l'album y est un peu lié, quand même, parce qu'on a pas mal vécu là-bas pendant qu'on écrivait.

L’album s’appelle Choices : vous diriez que la réflexion est plus sur les choix collectifs de l'humanité ? Ou sur les choix individuels ?

Charly : Je vais me permettre...

Alex : Mzis je t'en prie !

Charly : Allez, j'y vais ! [Rires] C'est Max, le bassiste chanteur du groupe - parce qu'on a deux chanteurs - qui a trouvé ce titre-là. Dans les textes et les thématiques qu'on aborde, ça s'applique aux deux. Ce qui nous intéresse dans ce nom, c'est que le concept du choix est hyper simple. On en fait tout le temps, au quotidien, que ce soit pour nous ou en collectif. Mais c'est quand même des moments cruciaux à chaque fois. Que ce soit dans des relations personnelles, dans des choix politiques, écologiques. C'est un mot simple mais qui est lourd de sens quand même. Je pense que ça collait bien avec les thématiques qu'on aborde dans les textes. Et aussi parce qu'il y a eu des choix peut-être plus tranchés, artistiquement, musicalement, sur cet album, par rapport au précédent. Je sais pas si ça répond à la question...

Si, tout à fait. Et vous parlez beaucoup de la relation de l'homme avec son environnement, de la responsabilité collective. Est-ce que vous pensez que la musique, ça peut vraiment faire bouger les choses ? Ou c'est simplement un moyen de faire réfléchir ?

Alex : J'ai presque envie de dire que tu as donné les deux réponses. [Rires] Quand tu écoutes de la musique, à travers des paroles, tu peux ouvrir une conscience de quelqu'un. Ça peut donner des choix pour la culture, l'environnement, toutes ces choses-là. Et qui peuvent t'aider à choisir aussi, finalement, quand t'es un peu paumé aussi.

Charly : Oui, oui, oui. Il y a un peu... C'est que la réponse est un peu dans la question. Je pense que la musique peut sensibiliser à certaines questions. Après, parler des choses et être militant actif, c'est pas exactement la même chose. J'ai des fois un peu de mal avec les artistes qui...

Alex : Trop militants ?

Charly : Non, c'est pas trop militant. Justement, c'est bien de parler de certaines choses dans ses chansons mais c'est mieux d'être acteur des choses dont on parle. Il y a des exemples que je ne vais pas citer, mais c'est très facile d'aborder des causes dans des chansons et de ne pas traduire ça en actes dans sa vie. Je pense que la musique peut être une porte d'entrée vers la sensibilisation à certaines thématiques. Mais la musique, c'est la musique, avec tout ce que l'art a de bénéfique dans la vie, mais ça ne remplace pas du combat politique ou du militantisme concret.

Et vos textes sont quand même un petit peu sombres dans l'ensemble [Rires généraux]... Est-ce que ça veut dire que vous êtes pessimistes ou c'est juste dans la musique ?

Alex : C'est plus dans la musique. Je ne suis pas trop pessimiste. Le terme est un peu... Moi, personnellement, je suis assez pessimiste dans la vie. Mais je suis plutôt quelqu'un d'heureux, bien accompagné avec les gens qui m'entourent. Et je ne suis pas pessimiste avec eux. C'est pour ça que le thème pessimiste... Après, les thèmes abordés... [à Charly] Je te laisse répondre sur les choix de paroles. Et puis moi, je  compose de la mélodie. J'ai besoin de mélodies, j'ai besoin d'écrire des trucs... Des riffs de grat' et de la musique qui m'évoquent quelque chose. Un son, une ambiance, une mélodie. Et peut-être qu'en fin de compte, je suis un petit peu pessimiste [Rires]. Bon, mélancolique. On va dire mélancolique !

Charly : En même temps, c'est... En fait, c'est peut-être de la musique triste qui est jouée joyeusement. On a plusieurs projets à côté, mais... Disons que le côté un peu cathartique de la musique, je le ressens surtout avec Queen(Ares). Je pense que ça aide aussi à évacuer tout ce qu'on peut accumuler de choses un peu négatives... En général. Je pense que cette musique-là, ça aide à l'évacuer d'une manière plutôt saine. Du coup, ça ne crée pas une musique qui est particulièrement festive. Cela dit, quand on joue ensemble sur scène, on fait un truc hyper libérateur, on s'amuse. C'est un truc qu'on nous a souvent dit. Les gens trouvent ça marrant qu'on soit souvent en train de sourire sur scène, alors que la musique n'est pas spécialement joyeuse en elle-même. Je pense qu'il y a un truc de partage aussi entre nous. En tout cas, ça me rend heureux de jouer cette musique triste...

Ça se comprend tout à fait. C'est ce que m'avait dit le chanteur de Soen aussi. Lui, ça le rendait heureux de faire des morceaux tristes.

Alex : Un grand monsieur !

Là, entre le premier album et celui-ci, il y a eu quand même pas mal d'évolutions musicales, des petites touches de styles différents qui se sont ajoutées. Je suppose que ça vient de vos goûts à chacun, de ce que vous faites en dehors. Comment ça se passe ? Est-ce qu'il va y avoir un d'entre vous qui arrive avec une petite idée, et après c'est débattu par le collectif ?

Alex : C'est un peu ça. Il y en a un qui arrive avec une bribe d'idée, et finalement qui va repartir de la répète avec son idée complètement transformée !Mais non, concrètement, ça part souvent d'un riff de guitare, qui est proposé, réagencé, entre guillemets. Il est remanié aussi par les trois autres, ou tous les quatre. Je parlais tout à l'heure d'un riff de guitare, à la base c'était un arpège un peu doux, un peu triste, en son clair. Finalement il s'est transformé en riff black metal, et plus du tout clean.

C'est sur quel morceau ça ?

Alex : Sur "Darker [than Before"] Mais ça part toujours d'un truc en son clair. Le riff d'intro, à la base, quand je vous ai présenté cet arpège à l'intro, c'était un truc en son clair. Et puis ils m'ont détruit mon riff. [Rires généraux] Moi je voulais un truc beau qui puisse plaire à un grand nombre de personnes et voilà, on va mettre du bourrin derrière ! [Rires] Il y a une idée de base, après on a tous des goûts différents. On a tous des personnalités complètement différentes. Ce qui fait que ça mûrit d'une façon complètement différente. Un peu plus new wave, un peu plus country... Pour reprendre des termes de chacun, des goûts musicaux de tout le monde. Ça peut être un peu plus black. Et puis voilà, si ça se trouve le morceau d'après, je vais me dire, tiens j'ai une idée... Je voulais une intro... Ah, ben tiens, d'ailleurs, j'ai un contre-exemple : sur "An Upward Trail", le riff principal pour moi c'était un riff de black metal. On a gardé le riff, sauf que maintenant il sonne plus à la Type-O Negative. Ce qui n'a rien à voir. Mais les notes sont les mêmes.

Charly : C'est lequel ça ?

Alex : "Upward"

Charly : C'est quel moment ?

Alex : Ben le riff principal...

Donc, en fait, le fonctionnement c'est que toi t'amènes des trucs et eux ils détruisent ce que t'as fait !

Charly : C'est ça ! [Rires]

Alex : Vis ma vie ! [Rires] On garde les notes mais l'intention est pourrie ! Dégage ça ! C'est pas complètement vrai, mais il y a des contre-exemples un peu comme ça.

Charly : En tout cas j'ai l'impression que par rapport au premier, où c'était beaucoup plus nous quatre dans une pièce en train de réagir en direct, de composer en direct, c'était plus jammé, on va dire... Avec celui-là, j'ai l'impression qu'on a plus un fonctionnement par étage. C'est souvent toi qui amènes une base, et ensuite on vient se poser par-dessus les uns après les autres. Je pense par exemple à Max, y a des parties de basse qui sont devenues des moments clés des morceaux, mais qui ont été écrites comme ça sur les sessions d'enregistrement vraiment en toute fin, on était même plus dans le processus d'écriture. C'est ça qui est chouette.

Alex : Oui, la base a été faite plus derrière un ordi, mais avant d'enregistrer il était impératif de répéter les morceaux. Moi perso, j'ai besoin d'avoir ce feeling d'intention de ce que ça va donner en live. Composer derrière un ordi c'est très bien, ceux qui y arrivent tant mieux pour eux, mais moi je n'y arrive pas complètement, et j'ai besoin d'avoir ce ressenti d'intention. Cette intention va peut-être déboucher sur un autre truc, qui va peut-être rajouter ou sublimer le morceau. Et ça, c'est une part vraiment importante pour moi, et c'est une chose qu'on a encore faite sur cet album. Et je tiens à le faire sur les prochaines compo, il faut continuer à faire ça, ramener une idée sur l'ordi, ok ça c'est une chose, mais le côté humain, le côté ressenti de chacun, les erreurs de chacun, qui peuvent donner des éléments bénéfiques pour le morceau, ça j'en ai vraiment besoin, à titre perso.

Et vous avez un line-up qui est quand même assez particulier, avec deux chanteurs, deux basses, c'est quoi le futur, deux guitares, deux batteries ? [Rires]

Alex : Je resterai tout seul ! [Rires] Non, en fait, à la base, on était cinq, on était avec un chanteur, et finalement lors des prises, les intentions, les idées, n'étaient pas forcément celles que nous on attendait. Et après les morceaux étaient déjà faits, parce que quasi terminés d'enregistrer, et puis comme ça n'a pas matché, entre lui et nous, Charly et Max se sont dit : tiens, on va essayer de faire des chants. Ouais, mais il faut voir le résultat, quoi. Et puis le résultat, ça se trouve que ces deux petits pères, ils chantent divinement bien, et que le résultat est hyper complémentaire entre les deux. J'en profite pour le brosser un petit peu. [Rires] Et puis voilà, c'est comme ça que ça s'est fait. Mais je ne pense pas demain qu'il y aura un instrument supplémentaire, un zicos supplémentaire dans le groupe. J'imagine pas du tout. Un feat, peut-être. Et encore que, on est assez exclusifs entre nous dans la composition, dans l'enregistrement.

Charly : Je pense qu'en fait, comme au début, on a un peu tâtonné, il y a un moment où c'est l'instant béchamel ! Il y a un moment où c'est bon, c'est la bonne texture, ça fonctionne comme ça, on va pas tout cramer. On a eu des idées de changements, de choses à rajouter, du synthé, que je passe sur une guitare traditionnelle, on va dire. Et puis finalement, c'était il y a peut-être 4 ans, l'album s'est fait sans ça. Je pense que là... Voilà, ça a été abordé. En tout cas, là on a une formule qu'on aime bien, donc je pense qu'on a pas envie de changer immédiatement. Dans cet album-là, j'ai l'impression qu'on a réussi à renouveler et améliorer les choses qu'on voulait changer du premier, sans avoir à changer l'instrumentation, ni les gens.

Alex : Bon, toi, tu seras pas sur le deuxième album. Paf, ça dégage ! [Rires]

Si quelqu'un découvrait simplement vos textes sans avoir du tout entendu votre musique, d'après vous, quelle représentation mentale il se ferait de la musique qui accompagne ces textes ? Est-ce que vous pensez que ce serait quelque chose assez proche de ce que vous faites ou il pourrait partir sur toute autre chose ?

Alex : Ça c'est une question pour toi ! [Rires]

Charly : Ah, mais c'est une question béton, ça ! Je sais pas trop. C'est pas facile. J'ai beaucoup de contre-exemples de textes qui marchent absolument pas seuls et qui, une fois en musique... Par exemple, je pense à des textes... Enfin, je vais me faire insulter... Mais je pense à des textes de Nirvana. Si on lit juste « Rape me », tout seul, c'est pas très intéressant. Et le contexte musical, en fait, il développe tellement les paroles, ça donne tellement la couleur de tout ce qui est contenu dans des mots qui sont hyper crus de base que c'est pas évident à délier. Et on en parlait tout à l'heure, mais pour ma façon d'écrire… On a écrit tous les deux, du coup, avec Max. Mais moi, c'est surtout la musique qui me renvoie des images, qui me donnent le texte à la fin. Donc, en fait, essayer de faire le cheminement de pensée inverse, c'est pas évident. Je me dis que ça pourrait être très bien plus un scénario de film qu'un texte d'un groupe de metal. Ou une balade médiévale. J'en sais rien. Là, je pense à "Heir"... Si tu prends les paroles en tant que telles, ma foi, je vois un barde au fond d'un château, pourquoi pas. Je sais pas ce que c'est, un texte de metal, mais en tout cas, je sais que j'ai pas envie d'écrire quelque chose qui ait l'air metal, nécessairement. Donnez-moi une heure et je vous ferai une vraie réponse ! [Rires]

Oh, c'est très bien comme ça ! [Rires] Moi, sur l'album, mes deux morceaux vraiment coup de cœur, c'est "For Rice and Flowers" et "Darker Than Before". Si vous deviez choisir un ou deux morceaux qui vous parlent personnellement le plus à chacun, ça serait quel?

Alex : Moi, ce serait "For Rice [and Flowers"]. [à Charly] À toi !

Charly : Ben, celui-là, je pense qu'on a tous...

Alex : Les rythmes sont différents, les mélodies sont un peu différentes, c'est un seul bloc et en même temps, c'est un morceau qui pourrait être découpé. Il y a cette intro qui est... Paf ! Je pense, dans la gueule, entre guillemets, ça commence direct. Et après, il y a un côté un peu respiratoire. Tu respires, il y a des passages un peu clean, des mélodies. Et puis, cette fin un peu déstructurée, un peu décomposée, où ça va de plus en plus sombre, de plus en plus grave. Moi, je pense - mais ce n'est que mon avis, ça n'engage que moi - que c'est le morceau qui représenterait le plus cet album. Après, c'est quand même 8 minutes !

C'est ça qui est bien ! [Rires]

Alex : Ouais, certains le diront comme ça !

Charly : Pour reparler des textes, en plus, ce morceau-là était vraiment inspiré d'un bouquin. Quand on le joue, j'ai vraiment les images aussi de ce livre-là qui me reviennent en tête. Et du coup, j'aime beaucoup le jouer aussi pour ça.

Et tu parlais justement d'images qui viennent en tête. Moi, c'est vrai qu'à chaque fois que j'écoute votre musique, j'ai plein, plein d'images. Est-ce que votre musique vous évoque des paysages, des choses visuelles ?

Alex : Ben c'est marrant, je vais peut-être dire une énorme connerie... Après, tant pis, je me lance ! En fait, quand on parle des textes, on parle de la musique et tout ça, il y a un film, d'un point de vue images, qui me revient, depuis tout à l'heure, c'est le film Dune. Pourquoi je n'en ai pas la moindre idée, mais c'est... J'ai des images de déserts, apocalyptiques, qui me reviennent un peu en tête. Ça va peut-être être hors contexte, je n'en sais rien, mais c'est ça qui me parle. Quand on compose un riff, je ne suis pas quelqu'un de littéraire, donc je n'arrive pas à imager tout ça, je n'arrive pas à mettre des... J'ai besoin de ressentis. Pour moi, le riff, c'est un ressenti humain, une émotion, par une mélodie. Par une mélodie, par une intention. Donc, "For Rice and Flowers", ça engage, il y a des mélodies derrière, il y a le truc un peu plus, "patapôuf" entre guillemets, bien posé dans le riff et tout ça. Le truc qui tasse un peu. Et en même temps, tu as une partie mélodique, tu as une partie qui monte. J'arrive pas à mettre une vraie image, un tableau dessus.

Charly : En fait, je suis assez d'accord. C'est aussi ce qu'on disait sur le fait de tester les morceaux en mode groupe, dans une pièce, pas forcément en condition live, mais dans l'idée de jouer ensemble. Parce que le rapport à l'écriture, la rythmique, etc., en tout cas sur le point de vue musical, il est quand même hyper physique. Donc si on ne le ressent pas... En fait, on ne parle qu'en termes de sensation. On dit que c'est un riff qui est tassé, qui est aérien, qui est nerveux, etc. Et je pense que même notre langage corporel, quand on joue certaines parties, il correspond à comment on le ressent, à cet échange-là. Je parle toujours des Melvins parce que je suis un fan absolu et que c'est ma philosophie de vie, mais Buzz Osborne dit un truc, il dit que le riff vient du pelvis, en anglais. Nous on dirait plutôt que c'est dicté par le bassin. Il y a un groove, là, qui se fait, et c'est ça qui fait l'effet du riff. Bon, lui, il a un os, mais je pense que c'est ce truc-là. C'est d'abord une réponse physique qui commence le truc, et je pense que ça, ça développe des images mentales qui donnent les textes en fin de course. Le début, s'il n'y a pas un petit rush, quand il y a un riff qui tape comme il faut, je pense que ça ne peut pas marcher. C'est la petite brique du Tetris qui tombe bien, quoi ! [Rires]

Vous avez fait pas mal de live, des live assez importants. Quand vous vous préparez pour un live, vous êtes dans quel état d'esprit ?

Alex : Anxieux, stressés ! [Rires généraux] Non, mais après, c'est un peu normal. Tout le monde avant de monter sur scène a un petit peu de stress. Je pense qu'il y a une vraie complicité qui se fait avant de monter sur scène. C'est pas juste quatre bonshommes, c'est un vrai groupe qui monte sur scène. Dans quel état d'esprit ? C'est faire ressentir une émotion. Je pense qu'on est quatre bonshommes très humains, très sensibles aussi. Et on a envie de faire ressentir ça. Et d'essayer de rentrer dans un univers, de voir des gens qui sont dans le public, qui sont presque les yeux fermés à écouter et à planer sur une musique qui est à la fois bourrin et à la fois planante, parce qu'il y a quand même des passages qui sont un peu comme ça.Tu te dis : ben, là, j'ai réussi à capter quelqu'un. Je trouve ça génial. T'as des concerts où tu peux avoir 50 personnes devant toi, ou même 10 personnes et t'en as un qui est comme ça [il ferme les yeux] en train de vivre le truc et de bouger. Ça te donne le sourire... intérieur, parce qu'il faut rester metalleux ! [Rires] On a l'air méchants, mais en fait pas du tout !Tu regardes la pochette de l'album, ils se font des câlins ! [Rires] Moi, c'est cet esprit-là. J'ai envie de donner du plaisir et surtout aussi d'en ressentir. Je me dis que si je prends mon pied à jouer, j'espère qu'il y a des gens qui prennent leur pied à écouter et à comprendre un peu cette histoire.

Charly : Quand tu mets autant de trucs... C'est un peu le risque d'ailleurs, mais quand tu mets autant de choses hyper personnelles dedans, quand il y a des gens qui y répondent, c'est hyper touchant.

Alex : T'es en train de dire que ma réponse est bateau ? [Rires]

Charly : Non, je suis en train de dire que je suis complètement d'accord. Peut-être que je suis d'accord avec des trucs bateaux ! Sur l'avant de monter sur scène, j'ai l'impression qu'à chaque fois, tous les quatre, on se retrouve vraiment. Il y a un truc de reconnexion qui se fait parce que la vie fait que... Il n'y a pas forcément cette énergie de groupe de rock de quand on avait 15-16 ans, où on pouvait se voir tous les dimanches aprem pour répéter. C'était le truc rituel. Là, on a des vies qui permettent pas ça. J'aime beaucoup cet instant de retrouvailles. C'est pour ça qu'on est là. Là, on monte sur scène dans 3 minutes et on est comme ça [il joint ses mains].

Alex : Oui, c'est ça. On oublie tout. Que ce soit les galères avec tes potes, ta famille, ton groupe, c'est le moment où tout s'efface. Tu te dis : tiens, l'autre batteur qui m'a cassé les couilles la semaine dernière... Là, tu as complètement zappé. Tu as une grosse remise à zéro de nos intentions. Il y a juste de l'amour de quatre mecs qui montent sur scène et qui vont faire de la zik. Tu oublies tous les petits tracas d'à côté. [Ils me racontent une autre anecdote qui restera en off, histoire de ne vexer personne !]

Charly : Pour moi, il y a un autre truc qui est important. Avant de monter sur scène, il y a un sentiment que j'ai à chaque fois. C'est un truc qui est arrivé avec les années. C'est un peu plus récent. J'ai traversé des années qui n'étaient pas très rigolotes et il y a un truc de gratitude aussi. Il y a la chance d'être avec les gens avec qui je vais monter sur scène. La chance de partager ça avec des gens. Que ce soit une partie de ma vie, de pouvoir faire ça. Quand tu fais de la musique depuis que tu es gamin, tu te dis... Il y a des gens qu'on voit régulièrement... Dès qu'on joue dans notre région, il y a des têtes qu'on voit à chaque fois. Ils anticipent, ils prennent leur place, ils se bougent. Tu te dis que les gens viennent faire ça pour partager ce moment avec toi. Je trouve que la gratitude, c'est un truc qui prend de plus en plus de place dans ma relation à la scène. Je trouve que c'est important d'en parler.

Il y a des dates qui vont arriver avec l'album ?

Alex : Il y a la release à la Malterie 27 mars, qui est un lieu de cœur pour nous. C'est là où on répète, c'est là où on travaille aussi. C'est un lieu qui est très culturel aussi, avec beaucoup d'artistes, pas que musicaux d'ailleurs. Il y a Amiens, [à Charly] tu parlais tout à l'heure d'un autre festival aussi. Ça se met en place tout doucement. Ça se met en place tout doucement parce qu'il y a eu pas mal de temps entre les deux albums, il y a eu pas mal de dates qui ont été faites aussi sur la sortie du premier album. Il y a aussi beaucoup de groupes qui sont là, qui ont sorti aussi des albums et qui ont des dates aussi. Les emplois du temps de chacun. Et là il faut défendre cet album. Il faut le défendre déjà d'un point de vue communication, d'un point de vue... Il faut que les gens se l'approprient. Après, il y aura des dates qui vont se produire. Sur septembre, je pense qu'il y aura beaucoup plus de choses qui vont se produire.

Charly : De toute façon, après, il y a aussi nos vies pros à côté qui font que... Là, on a des dates qui tombent avant l'été, mais le cœur de la tournée, ça va surtout être sur l'automne. Mais il y a plein d'options qui sont en train de se concrétiser, donc on ne peut pas encore annoncer. Ça se fait pour l'automne plutôt.

Quand vous êtes sur des sessions de répètes, que ce soit pour composer un album ou pour répéter pour un live, dans le groupe, qui est le plus sérieux et qui met le bazar ?

Alex : [Rires] Ça ne marche pas tout à fait comme ça.

Charly : Je crois qu'on prend chacun notre tour pour ça.

Alex : Ouais, je crois qu'on a chacun notre tour. Il y a des fois où je vais être hyper sérieux et il y a des fois où je ne vais pas en foutre une. Il y a des fois où ça va être toi, il y a des fois où ça va être Max. C'est assez cyclique, en fait, même dans la façon de travailler ! C'est vachement cyclique aussi. En fonction des emplois du temps... Je suis peut-être le plus sérieux avec Nico.

Charly : Tu es peut-être le plus sérieux.

Alex : Je suis un mec sérieux, moi ?

Ça saute pas aux yeux ! Sans vouloir être désobligeante ! [Rires] C'était en bien, hein !

Alex : En fait, dans ma façon de voir, c'est que les instants sont assez rares entre nous et qu'il faut profiter de ces instants pour bûcher sur les morceaux, sur un truc précis. Après, les autres, tous les trois, ils ont un autre projet en parallèle. Du coup, ils se voient très régulièrement aussi. Ils ont un peu plus de communication entre eux aussi. Mais moi, j'aime bien arriver et savoir ce qu'on va faire et pas que ça dévie.

Charly : Comme je disais, les emplois du temps sont assez complexes. Et du coup, c'est des moments qui sont assez étalés. Mais c'est des moments où on a vraiment besoin de bosser. Et du coup, on peut pas vraiment tirer aux flancs. Mais c'est quand même des moments qu'on apprécie parce qu'on passe du temps ensemble.

Alex : Globalement, les répétitions sont assez solides.

Charly : Oui, c'est ça.

Alex : On fait pas des répètes où se dit qu'elle servait à rien. Je pense que c'est ça.

Charly : On n'a pas le temps, en fait. On n'a pas le temps de faire des répétitions qui servent à rien.

Alex : Oui, c'est ça. Les instants sont précieux. Le temps est précieux. Du coup, tu y vas en mode un peu fun, mais en même temps, tu sais que tu dois bosser. Il n'y a pas trop de tire-au-flanc.

Charly : Je pense qu'on est de plus en plus sérieux, d'ailleurs. Je me souviens de vieilles répétitions dans nos anciens locaux où des fois, c'était un peu un petit apéro. Tout ça, ça n'existe plus du tout. On arrive, on se branche. Un set, pause, un set.

Alex : Je vais peut-être ramener des bières… Merci !

Et pour conclure, si vous deviez décrire Queen(Ares) mais d'une manière complètement absurde à quelqu'un, qu'est-ce que vous diriez ?

Charly : C'est pas ce qu'on vient de faire ? [Rires]

Alex : Présenter Queen(Ares) mais de façon absurde ? Tu parles de la musique ?

Le groupe, la musique, le projet en général.

Charly : Ils ont presque tous des cheveux. [Rires]

[Alex, qui est loin d'être le plus chevelu, lui lance un regard qui en dit long]

Oh, l'attaque personnelle !!!

Alex : On ne peut pas avoir des cheveux et une barbe !

Charly : Ben non, tu vois bien ! [Rires généraux, Charly étant très glabre]

Alex : Comment je décrirais Queen(Ares) ? C'est des métalleux qui ne se prennent pas au sérieux. Qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui font de la musique qui est un peu sérieuse.

Charly : Je ne sais pas. Il y a des formules que j'aime bien. Colin Marston, qui est un musicien que j'adore, qui a masterisé notre album, la formule qu'il utilisait, c'est que... Oui, je crois qu'il disait ça : « Le truc le plus sérieux, c'est la musique, et c'est le truc qu'il faut faire le moins sérieusement ». Je crois que c'est à peu près ça, la formule. Quelque chose dans ce genre. Il corrigera quand il lira l’interview ! [Rires]

Alex : C'est un américain, en plus, non ?

Charly : Oui, il est à New York.

Oui, mais il la lira quand même, t'inquiète !

Alex : Oui, je suis confiant.

Charly : Entre deux albums d'Imperial Triomphant qu'il produit, il lira notre interview [Rires].

Merci beaucoup !

Alex et Charly : Merci à toi.

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Orsola G.

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