FauxX avance dans l’ombre, entre tension permanente et brutalité maîtrisée. Avec Anteroom, le duo resserre son propos sans en atténuer la noirceur, transformant l’expérience du live en moteur de composition et affirmant une identité toujours aussi inconfortable.
Bonsoir ! Comment allez-vous ?
Job et Joachim
Bien ! Ça va !
Parfait ! Donc, on y va. Le projet a démarré il y a 8 ans grosso modo, il y a eu un EP, un album, et là on en est au deuxième album. Cet album est décrit comme toujours prog, mais néanmoins plus direct que le précédent, Statistic Ego. Est-ce que c'est une démarche qui a été faite consciemment, volontairement, réfléchie, ou est-ce que c'est juste l'inspiration du moment ?
Joachim
Non, c'était quelque chose d'assez réfléchi. On a commencé à travailler live avec le précédent album, et le fait de jouer en live, ça a donné une autre dimension aux morceaux. Le fait de les jouer, d'avoir de l'interaction, assez rapidement, on s'est dit que ce serait cool de condenser un tout petit peu les morceaux, que ça soit vraiment plus direct. C'était une contrainte de compo aussi, en se disant, pour les prochains, on va essayer d'être un peu plus concis, plus frontal, plus rentre-dedans, avec moins de morceaux à tiroir. Des fois, c'est vrai qu'en live, on voyait bien que sur certains morceaux on perdait un peu les gens, ils ne savaient pas trop quand applaudir ni quand les morceaux s'arrêtaient… [Rires]C'était plein de strates, comme ça. Et ça, quand tu es en studio et que tu composes, tu ne t'en rends pas forcément compte. Et la dimension du live a révélé quand même pas mal ça.
C'est vrai que j'ai vu des live pour le coup, et j'ai trouvé ça super bien, mais effectivement, on n'est pas sur un format « classique », on va dire, avec vraiment des morceaux super définis, super faciles à reconnaître, entre guillemets. Là, vous partez sur un truc un petit peu plus identifiable, c'est ça ?
Job
Après, comme il aime bien dire, vu qu’il a toujours des expressions, il dit « on a un peu rangé la chambre » [Rires généraux]. Mais bon, c'est vrai que là, on travaille avec nos techniciens, ils nous disent quand même que, même c'est plus direct, ça reste toujours aussi touffu et compact. Là-dessus, on est contents aussi.
Joachim
On hésitait à faire une heure de set pour la sortie de l'album, et puis en fait, on a répété la semaine dernière en salle, et Nico et Yannick, qui étaient en régie, au bout de trois quarts d'heure, ils ont dit : « Non, trois quarts d'heure, c'est bien en fait… » Parce que là, on va jouer dans un petit théâtre pour la sortie de l'album, les gens vont être assis, ils vont se prendre le son comme ça, direct dans le front. Et ils nous ont dit : « Non, mais que trois quarts d'heure, c'est bien aussi ! » [Rires].

C'est pour la release party, c'est ça ?
Job
Ouais.
Le 3 décembre ?
Joachim
Ouais, c'est ça.
Job
Dans un théâtre italien, construit en 1884. Il y a des photos, il y a une affiche qui va sortir, ça va être incroyable ! De mélanger notre musique un peu futuriste, entre guillemets, avec un lieu chargé d'histoire comme ça, c'est super. En fait, c'est une idée qu'on a depuis longtemps, mais on n'avait pas pu la réaliser. Et puis là, c'est bon, on peut le faire. Donc, ça va être génial. Théâtre de la Passerelle à Saint-Brieuc, le petit théâtre de la Passerelle.
Saint-Brieuc qui est le lieu de naissance de votre duo, c'est ça ?
Joachim
Ouais, on vit à Saint-Brieuc, on est tous les deux de Saint-Brieuc. C'est comme ça qu'on s'est connus. On se connaît depuis longtemps, sans avoir joué ensemble.
Job
Oui, à la base, de vue, quoi.
Joachim
On se croisait, évidemment, entre les lieux de répèt. C'est comme ça que ça s'est fait, quoi.
Job
Il y a 25 ans, j'étais hardcoreux, pur et dur, et lui était black metal, pur et dur. On se croisait, mais on ne se saluait pas vraiment.
Joachim
Ouais, on ne se parlait pas trop [Rires].
Job
Quand t'es jeune, t'imposes ton style et tu le défends !
Joachim
Ouais, chacun sa paroisse, chacun sa chapelle [Rires].
Job
Alors qu'à l'inverse, FauxX, on l'a créé justement parce qu'on était différents. On s'était dit : « En fait, c'est ça qu'il faut faire dans la musique ». Faire de la musique avec des gens pareils, c'est bien, mais faire de la musique avec des mecs dont les influences ne sont pas les mêmes, créer une espèce d'entrechoc, voir ce que ça peut faire, c'était exactement le but de FauxX, à la base. C'est ça qui est intéressant, je trouve. C'est ça qui nous plaît, nous. Ça nous amène un peu ailleurs.
Oui, forcément... Quand j'écoute de la musique, j'ai toujours beaucoup d'images qui me viennent en tête. Et là, sur cet album, j'avais vraiment une sorte de très gros monstre, un genre de troll, un truc un peu… Et vous, si ça devait vous évoquer quelque chose, ce serait quoi visuellement ?
Job
Une nuit sombre, assez humide. Il ne fait pas très chaud. C'est un peu ça, je trouve.
Joachim
Moi ça serait plutôt… C'est un peu comme le nom de l'album, d'ailleurs, Anteroom, c'est une espèce d'une chambre… Une chambre vide, assez humide. Ça ne serait pas une nuit, mais une pièce assez humide et un peu inconfortable.
Je sais que vous travaillez beaucoup sur la lumière pendant vos spectacles. Est-ce qu'il n'y aura que de l'éclairage, ou est-ce que pour cette tournée vous avez prévu des projections ou des choses comme ça ?
Job
Vas-y, Jo, réponds.
Joachim
Non, pour l'instant, non. Là, pour le 3 décembre, dans ce lieu-là, c'est un peu particulier. Et puis la tournée qu'on va faire, ça va être des lieux quand même intermédiaires. Donc là, pour l'instant, on n'a pas l'occasion de travailler avec de la projection. On aimerait, on a des idées de scénos. Il y a des choses qu'on aimerait bien faire. Vu la particularité du groupe, on est tous les deux fixes déjà. Job est derrière sa batterie, moi, je suis derrière mes claviers. On joue pas en frontal, on est un peu de trois quarts tous les deux. Donc, il y a des choses à faire visuellement. Ça pourrait être bien. Après, la projection, c'est super mais techniquement, ça amène aussi d'autres contraintes, d'autres moyens qu'on n'a pas forcément là pour l'instant. Mais bon, sait-on jamais, d'ici un an ou deux, si ça tourne un peu et qu'on a un peu de moyens, ça serait très cool. C'est vrai que des groupes comme nous, soit des groupes de synthwave ou des trucs un peu indus, dès que tu mets des côtés visuels sur scène, c'est vachement bien.

Job
Mais ça sera une autre étape. Une autre étape de l'album et du live. C'est vrai que la première partie de tournée, c'est axé sur des lieux qui sont assez petits. C'est comme une tournée promo, en fait. Et donc, il n'y a pas encore l'espace et tout ça pour mettre en place un vrai show light et un show visuel. Mais oui, nous, c'est sûr que c'est l'étape d'après.
Et là, tu dis première partie de la tournée, parce que moi, j'ai vu des dates annoncées en décembre notamment. Il y a d'autres choses après qui sont plus ou moins certaines ?
Job
Ah bah tiens, oui, là, il y a une chose de certaine. Tiens, je viens d'avoir la réponse. On va jouer, je peux le dire, de toute façon, je pense… Je sais pas... mais on va jouer au Motocultor !
Oh, c'est bien.
Job
On vient de valider ça à l'instant. Comme ça, tu es au courant, puis Joachim aussi.
Joachim
Je vois le mail en même temps !
Job
Ah bah voilà. On doit faire une première partie aussi de Sierra Veins à Limoges. Après, tu vois, il y a pas mal de mails qui ont été envoyés, des choses comme ça. Est-ce qu'un gros groupe va se manifester et dire « Tiens, FauxX, j'aime bien, pourquoi pas jouer devant nous en première partie ? » On ne sait pas trop. On continue, on cherche, on développe le groupe. Et puis voilà, on va jouer, c'est sûr. On n'a pas encore de vision sur neuf mois.
Oui, forcément.
Job
Mais bon, on ne désespère pas. Moi, ce que je voudrais, avec FauxX, c'est qu'on puisse faire des premières parties. Mais tu vois, c'est assez intéressant parce que nous, on n'est que deux et on joue devant. Donc en fait, quand tu as un gros groupe, souvent ils n'aiment pas déplacer leur matériel et tout. Nous, voilà, on joue devant. En cinq minutes, on est prêts. C'est cool, quoi.
Joachim
Là, on travaille aussi sur cet album-là pour le live, pour justement faire un kit. C'est-à-dire qu'on peut arriver, on se branche et on joue. Et en cinq, dix minutes, on se débranche et on est partis, quoi. On arrive vite et on part vite. [Rires] Donc l'idée, c'est d'avoir un kit clé en main. Et donc du coup, c'est aussi déjà pour que nous, on soit plus confort sur scène, qu'on n'ait pas de surprise. Et puis justement, que ce soit facilement vendable.
Job
Pas contraignant, quoi !
Joachim
Oui, facilement vendable. En disant, on peut jouer pour vous et on ne va pas être chiants. En gros, on a notre kit, on se branche et puis on se casse après.
D'accord. Donc là, en fait, si des groupes vous proposent de jouer, vous êtes plutôt partants, quoi.
Joachim
Oui, grave. Et puis du coup, on pourra argumenter en disant qu'on a bossé pour justement pouvoir faire des premières parties. On peut se mettre devant vous. Vous ne bougez pas votre backline. Nous, on se pose. Et puis voilà. C'est une façon d'argumenter. Ça peut jouer dans la balance, quoi.
Job
Et puis le format musical de groupe est tellement… Enfin, il n'est pas unique, mais bon, il est quand même assez… Je ne sais pas, on ne ressemble pas à beaucoup d'autres trucs. Alors, notre musique, il faut qu'on la montre et qu'on la démontre et qu'on la… Il faut qu'on joue devant les gens, en fait, quoi. Il faut que les gens nous voient, pour comprendre un peu ce que c'est.
Oui. Les premières parties, vous en avez fait déjà quelques-unes…
Job
On a joué avec Front 242 à Strasbourg, à La Laiterie. C'était incroyable. Ouais, c'était cool, ça. Et puis, évidemment, on avait fait aussi la première partie… Enfin, la première partie, on avait ouvert la Main Stage, le jour de Nine Inch Nails. Quand même, ça, c'était un truc un peu fou, ça. Parce qu'en fait, notre participation sur la Main Stage, elle a été validée par le management de Nine Inch Nails. Parce qu'ils avaient leur mot à dire. En fait, ils avaient leur mot à dire sur tout ce qu'il y avait sur la scène. C'est eux qui disaient oui ou non. On a été proposés par la team du Hellfest, pour jouer, pour ouvrir. Mais c'est le management qui a validé, quoi. Il a dit : "OK, on les prend eux". C'est marrant, quoi, comme histoire, quand même.
Est-ce que c'est votre meilleur souvenir de live ? Ou est-ce qu'il y a d'autres trucs encore ?
Joachim
C'était particulier, quand même. On a joué fin de matinée. C'était un peu dingo. La journée en elle-même du Hellfest, c'était dingue, quoi. De se retrouver avec tous ces groupes-là sur cette journée-là.
Job
Une scène aussi grande !
Joachim
Après, en termes de sensations, c'est pas le meilleur des concerts. Jouer à 11h30 du matin, c'est complètement surréaliste. A midi et demi, tu sors, tu es complètement déphasé. Après, tu as tous les groupes qui s'enchaînent, tu as les interviews. Je sais que, justement, Front 242, c'était super. On a ouvert pour eux. Ils avaient leur public. La Laiterie, en plus, c'est une salle qui est mortelle. Moi, j'avais été voir des festivals, à l'époque, ado, là-bas. C'était un kiff de jouer là-bas, quoi, vraiment. Il y en a eu d'autres aussi, mais particulièrement celle-là. Et puis, de jouer avec Front 242, ouvrir pour eux, c'est quand même la classe.

Et quand vous êtes en tête d'affiche, les gens qui jouent avant vous, c'est vous qui les choisissez ou ça vous est proposé ? Vous avez votre mot à dire ou pas ?
Job
Non, nous, on n'a pas grand-chose à dire pour l'instant. On veut jouer le maximum d'endroits. Nous, on joue avec n'importe qui. Je crois qu'on a joué avec des groupes de Stoner. On a joué… Front 242, ça n'a rien à voir. Certaines fois on a des plateaux beaucoup plus logiques, mais on joue avec tout. On n'impose rien du tout, nous. Tu vois, là, la tournée de 10 dates, on la fait avec les potes de 1-Kub. Ces des bons potes. Ils font de l'indus, un peu métal. Ce n'est pas tout à fait pareil que nous, mais on se partage le plateau. En fait, sur les trois quarts des dates, on va jouer en dernier. Mais il y a un quart des dates, c'est eux qui finiront.
C'est un genre de co-headline.
Joachim
La tournée a été montée avec les deux groupes. Comme ça, chacun s'y retrouve. On essaie de partager, de mutualiser les efforts et les soirées.
Job
Il y a des dates dans l'Est et des dates en Bretagne. De toute façon, maintenant, c'est ça qu'il faut faire. Il faut s'allier avec un groupe et faire des échanges. Et puis, aller chez eux. Ils viennent chez toi et tu les invites.
Joachim
C'est un peu comme les split albums. On partage. Déjà, ça partage les frais pour sortir le disque. Et puis, ça fait connaître. L'idée, c'est de partager l'auditoire de chacun. Ça permet d'essayer d'ouvrir petit à petit sur ces fanbases, comme on dit maintenant.
Sur le dernier album, il y a eu le single « Hyperwar ». Qui selon moi est un excellent choix parce que c'est mon préféré de l'album [Rires]. C'est vous qui avez choisi ce single ou ça vous a été plus ou moins suggéré ?
Joachim
Non, celui-là, on l'a choisi. Je crois que c'est même Job qui l'a choisi. Et on est ravi qu’il te plaise…
Job
Pour un premier morceau, il est quand même assez percutant avec l'intro qui monte. Il va droit au but. Il y a un break un peu planant au milieu.
C'est un des trucs que j'ai préféré du morceau. Cette évolution, je trouvais ça super intéressant.
Job
C'est marrant avec Joachim parce que souvent, je peux lui expliquer une idée ou une vision que j'ai. Du coup, il me dit OK, et il va matérialiser ce que je lui ai dit, la vision que j'ai eue, mais ça sera à sa façon. Moi, je lui dis un truc dont lui n'aurait pas eu l'idée. Et quand lui le fait, ce n'est pas l'idée que j'avais…. Et ça donne ce passage-là, par exemple. Mais quand il a fait ça, j'ai trouvé ça génial.
Oui, tu te désolidarises pas pour autant ! [Rires]
Job
Non, pas du tout !
Joachim
Ce passage du milieu qui est très high, ça part d'un riff de batterie de Job. Il me dit qu'il faudrait faire un truc comme ça, où on se met à l'envers. C'est là où la batterie se met à l'envers à un moment. Le temps fort devient le temps faible. C'est ce truc-là. Je pense qu'à l'idée, son idée de base n'était pas ça. C'était de faire une base beaucoup plus agressive. J'en ai fait un truc qui monte.
Job
C'est ça qui fait que ! Tout l'intérêt du groupe, il est là. C'est ça qu'on aime dans ce groupe-là. C'est que chacun surprend l'autre. Ça fait que le groupe va dans une direction qui reste toujours intéressante. Pour nous, en tout cas.
En étant que deux, c'est bien parce que vous pouvez échanger sans qu'il y ait 50 voix qui se mélangent !
Job
Oh là, là, exactement !!! De toute façon, pour ce genre de projet, ça serait le bordel.
Joachim
Ouais, c’est que des allers-retours. C'est vrai que les groupes qui composent de façon très collégiale, il y en a, mais pas beaucoup. Généralement, même dans un groupe de cinq, tu as forcément quelqu'un qui guide dans les compos et dans la façon de faire. Parce que sinon, c'est pas possible. Et nous, c'est sûr qu'à deux, on échange comme ça. J'arrive avec des idées ou des fois même des compos plus ou moins abouties. Mais lui, il ramène ses batteries, donc ça va changer un peu les choses. Il va ramener ses placements à lui. Donc ça va changer un peu les choses. Et inversement, quand c'est ses batteries… Il y a des morceaux où c'est vraiment des idées de batterie de base. C'est ses riffs à lui. Et moi, j'arrive par-dessus. Donc c'est des échanges. Puis après, on répète. Et à force d'aller et de retour, ça donne ça. Mais c'est vrai qu'à deux, c'est plus facile.
Et sur l'album, il y a un featuring de Diego [Jason]. Comment ce morceau est né ? Est-ce que c'est vous qui lui avez proposé ? Comment ça s'est construit ?
Joachim
C'est pareil, c’est un morceau qui a été fait à la base avec que des riffs de batterie. C'est vraiment des riffs de batterie de Job. On a enregistré comme ça. Et moi, je les ai récupérés. Et puis, j'ai proposé ces riffs-là. Et le morceau étant ce qu'il est devenu, un truc assez cash…
Job
Oui, frontal. Très rentre-dedans, quoi.
Joachim
Oui, très rentre-dedans. Du coup, on a pensé à un feat. Et vu qu'on est en contact, et qu'on s'entend très bien avec Diego de Karras, qui est un chic type, avec qui on discute pas mal de musique... Donc, évidemment, on a pensé à lui. Parce qu'on se disait : « Un truc assez agressif, hyper catchy, poser sa voix là-dessus, ça serait cool ». On lui a proposé et il n'a pas réfléchi beaucoup pour nous dire oui. Il a foncé dessus.
Job
Et c'est vrai qu'on s'était dit, pour cet album-là, il faudrait un featuring. Il faudrait peut-être faire une reprise. Après, il faut trouver avec qui faire le featuring et il faut trouver la reprise. Mais c'est bien d'avoir des trucs comme ça aussi. Voilà.
Dans l'ensemble, votre univers est quand même plutôt sombre. Est-ce que vous pensez qu'un jour, vous pouvez vous mettre à faire un morceau qui soit beaucoup plus optimiste ? Ou jamais ?
Job
Je ne crois pas.
Joachim
Je crois pas, mais on peut jamais dire jamais.
Job
Je ne crois pas. Avec le loulou là, dans le groupe, on fera pas un truc positif, je te le dis moi ! [Rires]
Joachim
C'est vrai que FauxX, en plus, c'est vraiment… Bon, après, il ne faut jamais dire jamais. On a vraiment monté ce groupe-là pour faire ça. On a monté le groupe aussi, tous les deux dans une période un peu merdique, sentimentalement, le boulot, plein de choses…
Job
Une remise en question pas mal de choses.
Joachim
Ouais, c'est ça. C'est des caps. Et donc, FauxX a permis aussi de cracher tout ce qu'on pouvait pas faire ailleurs. La musique que je faisais à côté, ce n'était pas du tout ça. Job, il a Tagada [Jones], mais c'est pas du tout ça non plus.
Oui, c’est pas la même ambiance.
Joachim
Ouais, c'est pas du tout la même énergie. Donc, c'était une façon aussi de pouvoir faire évacuer ça. Et donc, pour l'instant, en tout cas, ce n'est pas le cahier des charges. Mais bon, après, sait-on jamais, on verra bien !
Job
Même le groupe, déjà ! Tu vois ? FauxX, déjà c'est pas vrai. Et puis, en plus, il y a une faute. C'est vraiment… C'était ça qu'on voulait, faire un truc sale.

Donc, on a déjà un petit peu parlé tout à l'heure. Mais vous prenez vraiment le temps de construire vos live. Est-ce qu'il y a des fois des idées qui vous viennent et au final, vous ne les réalisez pas, soit par manque de moyens, soit parce que finalement, ce n'est pas une si bonne idée que ça. Ou est-ce que globalement, vous arrivez à construire ça à peu près de manière fluide ?
Job
Là, c'est sûr que si on avait de l'argent pour faire un super show visuel, ça serait plus facile. Mais non, nous, on se creuse la tête et on cherche des idées. On ne va peut-être pas avoir beaucoup de budget pour faire les lights, mais il faut trouver, il faut être…
Joachim
Ce qu'on avait eu pour le précédent… on avait eu du budget pour le faire. Sur le précédent, c'était la période du Covid, et on a été suivis par trois salles. Ça s'appelle les productions mutualisées. En fait, c'est trois salles, qui se mutualisent, et à elles trois, elles font un budget global sur un groupe. Et donc, tu axes… je sais pas, ça peut être de la scéno, travailler le son… Nous, on a travaillé le son, mais surtout, on a travaillé les lumières. Et donc, avec ce budget on a pu bosser avec nos techniciens, et puis surtout avec Romain, qui est un gars… qui a bossé avec Gojira, avec plein de groupes. Il est avec des groupes américains maintenant. C'est un mec qui touche vachement. Il a tourné avec Perturbator aussi, c'est lui qui a fait toute la scéno, l'ancienne scéno, l'espèce de grande chapelle en LED. Donc on a bossé avec lui sur le show précédent. C'était cool. Là, sur cet album-là, on n'est plus DIY. Là, on fait un peu plus au fur et à mesure. On a moins de moyens d'entrée de jeu pour construire tout ça. Ça va prendre un peu plus de temps.
Job
Mais on cherche surtout une idée pertinente. Ce qu'il faut au bout d'un moment, c'est faire ce que les autres ne font pas. Ce n'est pas que l'argent qui fait ça. C’est avoir une idée, chercher un truc, et puis… des fois, tu fais des trucs super avec pas grand-chose.
Joachim
On a quelques idées quand même. On a quelques idées de structures. On aimerait peut-être faire un truc avec une structure. On n'en dit pas trop et surtout, on ne sait pas trop. [Rires] Une structure où on serait tous les deux peut-être à l'intérieur. À voir. Mais il faut quelque chose de facile à installer aussi, quoi. Parce que si c'est pour se tirer des balles dans le pied et ne pas pouvoir jouer, parce que c'est trop compliqué à mettre en place… Il faut voir. En première partie, ça peut être compliqué à faire. En tout cas, c'est bien d'y penser et d'essayer de le faire. Ça peut être une plus-value aussi.
J'ai lu une description sur l’album qui disait que vous aviez composé la BO parfaite pour un Gaspar Noé sous LSD. Si vous deviez effectivement réellement composer une BO, ce serait quel type de film ? Et pour quel réalisateur ?
Joachim
Ben Gaspar Noé, ouais. C'est une bonne référence qu'on a tous les deux.
Job
Ou Michael…. C'est lui qui a fait… Comment il s'appelle ce film-là, qui est mortel. Il y a une version américaine qui est nulle, mais lui, c'est la version vraiment…
Joachim
Oui, je vois, mais mince, j’ai un trou de mémoire…
Job
Oooh ! C'est avec deux mecs qui sont habillés en blanc.
Joachim
Oui, et qui s'introduisent dans une maison de vacances.
Job
C'est violent, c'est taré. Enfin bref. Tu vois, le genre de réalisateur-là.
D'accord. Un truc un petit peu à la fois glauque et décalé.
Joachim
Ouais. Ah, Funny Game ! C’est ça le titre ! Un peu un film d'horreur dans le style de ce qui se fait ces derniers temps. Il y a pas mal de réalisateurs américains qui font des trucs comme Harry Hester. C'est de l'horreur, mais avec des scénarios très chiadés. C'est plus juste des slashers. Il peut y avoir des séquences par moment assez incroyables. C'est vrai que ça pourrait être très bien des films de ce style.
Job
Ouais, ça serait bien !
Vous attendez un coup de fil, c'est ça ? [Rires]
Job
Oui, c'est ça ! Mais de toute façon, c’est business et compagnie… Les BO de films, les éditeurs, les machins. Il y a beaucoup de gens qui se connaissent entre eux. C'est beaucoup de personnes qui bossent en vase clos. Ils se gardent leurs trucs, ils appellent leurs potes, tu vois, quoi !
Et sur un autre sujet, le groupe s'appelle FauxX... Est-ce que quelqu'un vous a déjà fait une interview vrai ou FauxX ?
Joachim
Non. Je ne crois pas ! [Rires]
Parce que j'avoue que ça m'a traversé l'esprit… [Rires généraux]
Job
Mais par contre, je le redis, le groupe ne se prononce pas |fɔːks| [en prononçant les « x » finaux]. Les gens, je vous dis, il ne faut pas dire |fɔːks|. C'est « faux » avec une faute, c’est tout !

Ah, ça, c’est le piège des deux « x », mais le message est passé ! Et si vous pouviez créer votre propre festival et choisir quel groupe vous feriez jouer… Je sais pas, on va dire cinq groupes chacun ?
Job
Waouh ! Chacun, je ne sais pas, mais en tout cas, cinq groupes à deux on va trouver. Ben Nine Inch Nails, forcément, non ?
Joachim
Oui, c'est sûr.
Job
Et le groupe, là… l'anglais qui est tout seul. "Punisher", je ne sais plus quoi.
Joachim
C’est un Américain, Author & Punisher, qui est passé en France la semaine dernière, qui était à Paris.
Job
Igorrr aussi !
Joachim
Igorrr, oui. Il y a un groupe que j'adore qui m'influence un peu indirectement, qui m'a quand même influencé, même si ce n'est pas du tout le même style, un groupe finlandais qui s'appelle Oranssi Pazuzu. C'est du black psyché.
Oui, eux c’est assez particulier !
Oui, j'adore, vraiment. C'est un groupe qui fait partie de mon top five depuis dix ans. Je ne suis jamais déçu de leurs albums. Il y a toujours un truc en plus. Ils sont sans concession, ils vont de plus en plus loin. C'est assez dingue comme groupe. Et justement, tous ces côtés lo-fi qu'ils ont mis en place dans leur musique, ça a influencé un peu mon approche des claviers sur ce groupe-là. C'est toujours dans un coin de mon esprit quand je compose pour FauxX.
Job
Igorrr, je l'ai dit, pour moi en France, c'est le top. Je ne sais pas trop, moi, sinon… Jo ?
Joachim
Oui, j’en ai d’autres !
Job
Ah, on m'a souvent dit aussi qu'on ressemblait à Ministry. Alors moi je trouve pas du tout, mais bon… Les gens disent que c’est à cause de la voix, du traitement de la voix… C'est vrai ça ?
Joachim
Peut-être, ouais.
Il y a peut-être quelques passages qui peuvent évoquer un peu.
Job
Oui, quelques passages, quoi.
Mais c’est pas non plus…
Joachim
Ce n'est pas non plus flagrant.
Job
Déjà, au début, j'avais du mal quand on nous disait : « Vous faites de l’indus ». J'avais du mal parce que moi, de l’indus, j’en n'écoute pas en fait. [Rires] Les trucs d’indus, pour moi, ce n'est pas ce que nous on fait. Mais apparemment, Jo me dit que ouais, y a quand même un côté indus.
Joachim
Oui, ce n'est pas l'indus, le poncif-indus EBM qu’on a l’habitude de voir. Ce n'est pas trop ça. Il y a un groupe, pareil des Américains, c'est un duo, c'est même deux frangins, je crois. Je ne suis même pas sûr, peu importe… C'est un batteur et un mec, il n'a pas de clavier mais c'est beaucoup de machines, beaucoup de pédales de disto, ils s'appellent The Body. Le mec, il a une voix de dingue, d'outre-tombe. Ce n'est pas mal connu, ça tourne pas mal... en Europe, pas trop, mais aux Etats-Unis. Il y a des live KEXP. Et ça, c'est des groupes assez dingues qui explorent, qui repoussent vachement les limites de la distorsion, tout en ayant des trucs que je trouve assez accessibles dans lamusique, mais il y a un mélange des genres. Ces genres de groupes...
Je ne connais pas mais là, tu m'as donné envie !
Joachim
Oui, The Body, écoute. Pareil, ils font des split albums.
Job
Ouais, tout ce qu’il te dit, tu peux y aller les yeux fermés !
Ah oui, mais le reste, je connaissais déjà, donc ça va !
Joachim
Pareil, y a le dernier album d’un groupe qui s'appelle Uniform qui est un peu dans le hardcore, mais qui a des sonorités indus. Ils ont fait un album dernièrement qui est incroyable. Il y a un morceau de 20 minutes dedans avec une montée qui est complètement dingue. Les Américains sont très forts pour ça, pour mélanger… Nous, en France, les courants sont quand même vachement plus balisés. On a moins l’habitude. Pour le coup, je pense qu’avec FauxX, on est un peu des extra-terrestres. Il va falloir du temps pour se faire une petite place, être un peu dans le paysage et qu’on soit… pas « reconnus », parce que c’est un bien grand mot, mais tu vois… Pour l’instant, je pense qu’on est encore très extraterrestres. Alors qu’aux États-Unis ou en Allemagne, c’est un peu moins compliqué. Les auditeurs ou les soirées qui font des programmations ont un peu plus l’habitude de ça qu’en France.
Bon, ben faut aller faire carrière aux États-Unis ! [Rires]
Joachim
On va aller jouer là-bas, ouais ! [Rires] Mais après, c’est à nous aussi de nous faire connaître ici, donc on va faire tout pour !
Orsola G.
