À l'occasion de la sortie de Nous, le Venin, Mourir nous plonge au cœur d'un album où le black metal rencontre le sludge, le post-metal, la noise et bien d'autres influences. Avec Alex, guitariste du groupe, nous revenons sur le sens de ce « nous », la conception d'un disque pensé comme un véritable voyage, le choix de son morceau-titre comme premier single, mais aussi sur les inspirations visuelles et musicales qui nourrissent Mourir. Une conversation où l'on parle de désenchantement, de violence sociale, de Baudelaire, de concerts... et même de reprises de Torch.
Bonjour, à l'heure où on se parle, on est à la veille de la sortie de l'album...
Oui, tout à fait.
Comment est-ce que tu te sens?
Eh bien, écoute, comment je me sens? On a enchaîné plein de festivals, là. On en a enchaîné 4 sur les 4-5 derniers week-ends qui viennent de passer en juin-juillet. Donc, c'était assez intense d'alterner le « taff » « normal » entre guillemets et les week-ends de partir comme ça à l'autre bout de la France ou de l'Espagne pour jouer. Et, en parallèle, on a la promo de l'album qui s'enchaîne pas mal, beaucoup d'interviews et tout ça, donc c'est vraiment cool.
Finalement, je ne sais pas, je crois que j'appréhende. J'espère que demain, ça va marcher. J'espère que les gens vont apprécier l'album dans son intégralité en plus des 3 singles qu'on a déjà sortis. Voilà, je ne sais pas quoi dire. J'espère que ça sera bien reçu. J'ai hâte de voir.
Il n'y a pas de raisons.
Ouais, j'espère, écoute. Tu l'as écouté, toi?
Oui, bien sûr, bien sûr. J'ai adoré, franchement.
Ah bah, trop bien. Merci. Trop bien. Je suis ravi.
Le titre, Nous, le Venin, ça sonne presque comme un constat collectif en plus d'une déclaration individuelle. C'est qui ce "nous", en fait?
Ouais, tout à fait. Alors, en fait, ce nous, c'est vraiment nous tous, y compris le "je", le personnage principal.
C'est Olivier [Lolmède] qui écrit toutes les paroles et il y a une sorte d'évolution depuis notre album Disgrâce, l'album précédent. Il y a eu un EP qui s'appelle Insolence qui est sorti l'an dernier. Et on pourrait dire, d'une certaine manière, que c'est une espèce d'évolution d'un regard sur la société. Avec Disgrâce, c'était un peu un regard accusateur. On pourrait dire une espèce de... C'était un espèce de tu, tu vois? C'était un peu tous ces gens, toute l'extrême droite, la violence sociale, etc., qui rend ce monde de plus en plus difficile à vivre, de plus en plus chaque jour, de moins en moins accueillant, notamment la France. Insolence, c'était un peu le côté "je", "j'ai l'envie d'agir maintenant, j'ai plus envie de me laisser faire". Et en fait, Nous, le Venin, c'est finalement un peu le constat triste, après tout ça, de se dire, mais en fait, je fais partie du problème.
Parce qu'à bien des égards, dans nos vies normales, c'est difficile de s'affranchir totalement de choses comme le capitalisme, etc. On peut essayer, on fait un maximum d'efforts, mais il y a quand même toujours des endroits où ça nous rattrape. Et à ce compte-là, il y a une sensation de désespoir, une sensation de, finalement, c'est pas entre nos mains, et on ne peut rien faire d'autre que faire partie du problème d'une manière ou d'une autre.
C'est un peu comme ça que je le vois, en tout cas. Donc on fait partie du venin qui empoisonne ce monde.
C'est pas très joyeux, mais…
Ouais, c'est pas très joyeux, mais… Je sais pas si t'as vu la pochette, on en parlera peut-être après…
Je veux bien qu'on en parle maintenant.
Ben ouais, la pochette, le regard du personnage… C'est une peinture à l'huile d'un compatriote toulousain qui s'appelle Thomas Davezac, qui est un peintre qui fait beaucoup de choses vraiment dans une thématique… Je sais pas comment décrire ça.
Dans ses peintures, il y a énormément de… J'ai envie de voir ça comme une sorte de Mad Max de la vie normale.
C'est toujours des espèces de friches industrielles ou des friches des parkings désaffectés dans un monde post-apocalyptique avec des gens qui sont là, des gens qui se battent, des gens qui observent et qui savent pas quoi faire, des gens désemparés. C'est un peu étrange. Et on se retrouve vachement là-dedans.
Et quand on est tombé sur son travail, on a dit : « Mais c'est ça, en fait, le constat de Nous, le Venin, c'est le regard de ce personnage un peu vide, comme ça, un peu "je sais pas quoi faire. Et du coup, maintenant, je ne peux rien faire d'autre qu'observer et être un peu spectateur du désespoir."
Je sais pas comment dire ça. Ça nous a frappés. Sachant que la pochette qui est diffusée partout et que tu as vue, c'est la pochette censurée entre guillemets parce qu'au dos du disque, il y a la peinture en entier. Et la peinture complète, c'est cet homme nu chez lui, dans une maison totalement vide, et qui regarde deux chiens en train de se battre. Et donc, ça en dit long, c'est vraiment ce regard désemparé face à la violence de ce monde.
Ça, c'était une œuvre préexistante ?
Tout à fait. Ça, c'était une œuvre préexistante. Et à l'intérieur du disque... c'est un vinyle qui s'ouvre en deux, un gatefold. Donc, à l'intérieur, il y a une autre peinture. Celle-là est une commande de notre part. Il faudra regarder dans le disque ce qu'il y a dedans. Mais c'est dans le même thème.
Nous, le Venin, outre être le titre de l'album, c'est aussi celui du dernier morceau, qui a été choisi comme premier single. Pourquoi vous aviez choisi celui-là spécifiquement? C'était parce que c'est celui qui illustrait le mieux le thème que vous vouliez faire passer?
C'est une bonne question. À vrai dire, on trouvait que c'était un morceau intrigant qui donnait une bonne entrée en matière musicalement sur le disque, pas spécialement sur le message qu'il contient, mais c'était plutôt un choix musical. Donc on s'est dit, c'est un morceau qui est en trois phases, avec une longue intro un peu lente, un peu "doomy", comme ça.
Ensuite, il y a une grosse partie centrale avec une sorte de riff un peu efficace, une espèce de groove un peu hardcore, quelque chose qui fait bouger la tête. Et ensuite, il y a toute une partie jusqu'à la fin du morceau, très épique, un peu à la Wolves in the Throne Room peut-être, un peu ambiant, épique, black metal un peu plus à l'ancienne. Et la première et la dernière partie, c'est vraiment quelque chose qu'on n'avait jamais fait avant dans nos disques.
Musicalement, c'est vraiment innovant pour nous. Et on s'est dit, vas-y, on pousse ça direct en promo pour repousser les gens dans leurs retranchements et pour voir ce que ça dit. Et en même temps, ça reste quand même accrocheur, donc on savait qu'on ne courait pas trop de risques, mais on s'est dit : on ose, on y va direct. Plutôt que garder la surprise à la sortie du disque d'avoir un morceau un peu étrange sur la fin du disque, on s'est dit : non, c'est le premier qu'on va pousser en promo. Donc, voilà. Tu sais tout !
Et quand on écoute l'album, on sent vraiment l'enchaînement d'un titre à l'autre. Est-ce qu'il est conçu comme ça pour être écouté d'une traite?
Alors, ouais, mais on ne l'a pas composé comme ça. En fait, on a vraiment composé chaque morceau indépendamment les uns des autres. À part les tracks 2 et 3. Les tracks 2 et 3 sont deux morceaux qui ont été composés à partir d'idées qui étaient supposées être ensemble dans un même morceau. Donc, en fait, en quelque sorte, de deux idées un peu sœurs, on en a fait finalement deux morceaux qui s'enchaînent totalement. Effectivement, on pourrait les jouer en live en donnant l'impression à tout le monde que c'est un seul et même morceau.
Mis à part ces deux là, le reste a été composé totalement indépendamment. Et c'est une fois qu'on a tout enregistré qu'on a décidé de la tracklist. Sachant que la tracklist, c'est un sacré exercice parce qu'il faut que musicalement ce soit bien. Il faut que ça te fasse voyager. Il faut que tu passes d'un mood à un autre et que ce soit équilibré. Et en même temps, il faut que ce soit épique d'entrée, que le final soit beau...
Et il faut aussi réfléchir vinyle, c'est-à-dire que les faces des vinyles font 20 minutes. Techniquement, tu peux pas trop faire plus. Et donc, il faut voir aussi chaque fin de face comme étant une sorte de fin d'album.
Je sais pas comment dire ça, mais quand t'arrives à la fin d'une face, il faut que ça semble "normal". Il faut pas que t'aies l'impression que ça s'arrête bizarrement. Je sais pas.
Donc, c'est tout un jeu. Je crois qu'on a retourné le truc dans tous les sens. On a enregistré notre album chez Amaury [Sauvé] à Laval, chez qui on a fait tous nos disques jusqu'ici.
On a fait venir son frère, Quentin, qui joue dans Birds in Row, si ça te dit quelque chose. Et Quentin est très fort pour nous. Comme il arrive avec une oreille fraîche, on discute avec lui souvent de la tracklist de nos albums. Il a eu des bonnes idées à chaud comme ça, en écoutant le disque pour la première fois de sa vie. Et ça nous a un peu remis les idées en place sur certains trucs. Voilà, on a discuté, on est tombés sur cet ordre-là, et on trouve qu'il fonctionne bien. Je sais pas, tu t'en décideras mieux que moi, je pense ! [Rires]
Eh ben, comme je t'ai dis, j'ai trouvé que ça fonctionnait bien aussi.
Ok, très bien. Super.
Le morceau "Je est Absent" fait évidemment penser au « Je est un autre » de Rimbaud, mais vous semblez lui donner une signification beaucoup plus contemporaine, presque celle d'un individu qui finit par s'effacer derrière ses mécanismes de défense. Qu'est-ce que représente ce titre pour vous ?
Alors, je saurais pas te répondre précisément. Il faudrait qu'Olivier te réponde là-dessus. Malheureusement, vu que c'est lui qui écrit les paroles, je connais pas le sens qu'il a voulu instiller dans chacun des morceaux. Je connais le sens global de l'album, mais celui-là en particulier, je sais pas. Je sais que l'espèce de tournure un peu étrange comme ça du titre, ça se réfère, comme tu disais, à un détachement ultime.
Au point de se traiter soi-même à la troisième personne. Mais pas dans le sens Alain Delon avec un égo surdimensionné, mais plutôt au contraire, comme étant hors de soi et vraiment ne plus se voir que de loin comme ça, comme une espèce d'être fantomatique qu'on observait hors de son propre corps. Quelque chose comme ça.
Après, honnêtement, je peux pas te répondre sur le sens profond des paroles. Une chose à noter cependant, alors ça répond pas exactement à ta question, mais ça vaut le coup de le préciser... Le morceau "Feu d'un regard" qui commence l'album est en fait une chanson d'amour.
Et le feu dans le regard, c'est l'amour. Je pense que ça vaut le coup de lire les paroles avec cette idée-là. Ça donne une autre tournure, je pense.
Mais pour Je est absent, je suis désolé. Je peux pas vraiment te répondre.
Et quand vous abordez ce morceau sur scène, vous le faites de la même manière que sur l'album, c'est-à-dire avec cette partie centrale un peu "méditative", presque…
C'est une excellente question parce qu'il se trouve qu'on ne l'a jamais joué en live pour le moment. Il faisait pas partie de notre setlist. Mais on veut le rajouter pour la tournée qu'on a annoncée pour septembre-octobre.
Où on part en tournée un peu partout en Europe. Et on voudrait rajouter ce morceau dans le milieu du set, justement pour ce passage central, qui ferait une sorte de pause dans notre set. On travaille nos sets live pour être plutôt très efficaces, avec des enchaînements hyper abrupts et pas de pause.
Et donc là, pour la première fois, on va essayer de poser un morceau central avec une espèce de longue pause, comme t'as remarqué dans le morceau. Et le but, c'est vraiment de le jouer exactement comme t'entends sur le disque. Sachant qu'on ne l'a jamais fait pour le moment. Donc j'espère que ça va marcher.
J'ai pensé à une autre référence littéraire par rapport à la poésie sur "Ennui Ennemi". Qui d'ailleurs est mon titre préféré de l'album. Moi ça m'a fait penser à "Au Lecteur", de Baudelaire.
Je sais pas du tout si Olivier a pensé à ça ou si c'est un hasard. Mais je pense que Baudelaire, ça fait effectivement partie de ses références là-dessus. C'est fort probable.
Et je sais qu'après, il est aussi très fan de Camus. Et de tout ce qui tourne autour de l'absurde. Il y a quelque chose autour de ça qui le fascine beaucoup. Il en parle pas forcément de manière franche et directe. Mais de manière détournée. Mais ça reste un peu dans ses thématiques. C'est un peu ses "marottes" qu'il aime bien explorer dans les paroles.
Et un peu avant, tu parlais de "Feu d'un regard". En disant que c'était une chanson d'amour. J'ai trouvé que c'était celui qui avait le texte le plus positif. Et musicalement, vers le début et le milieu, il y a presque un côté un peu onirique. Mais à la fin, je trouve qu'il y a un basculement avec un côté un peu plus martial, etc. C'est un peu une sorte de shift et quele reste de l'album reste dans un univers un peu plus sombre.
Le choix est avant tout musical, je t'avoue, de commencer l'album comme ça. Parce que ce morceau-là, c'est un morceau qui est très déstabilisant à écouter. Ça ne se ressent pas au premier abord. Mais c'est un morceau, pour te donner un micro détail technique musical, c'est un morceau qui est en cinq temps au lieu de quatre, tout le long. Et donc, il n'y a que des mesures impaires tout le temps. Donc, en fait, c'est difficile de bouger la tête dessus. Il y a un côté où ça ne retombe jamais vraiment comme tu crois que ça va retomber. Et c'est déstabilisant et ça, c'est volontaire.
Le message du morceau, de commencer l'album par ce message-là, c'est un peu un hasard. Mais par contre, commencer par ce morceau-là musicalement, ça, c'est totalement volontaire. Figure-toi que ça ne devait pas être ce morceau qui devait commencer l'album.
Ça devait être « Ennui Ennemi », je crois, de mémoire. Mais au moment d'envoyer au mastering, genre je pense réellement dans l'heure précédente qu'on envoie le disque au mastering et que tout soit terminé, on a décidé de changer pour mettre plutôt "Feu d'un regard" parce qu'on trouvait que c'était plus iconique comme entrée en matière. Même si, "Ennui Ennemi", j'adore ce morceau et d'ailleurs, on va y réfléchir pour le jouer en live aussi.
Il a une entrée en matière un peu plus « metal » entre guillemets. Et on trouvait ça moins intéressant. On trouvait que "Feu d'un regard" pour démarrer le disque, ça démarrait étrangement, de manière plus inquiétante et un peu peut-être étouffante et austère.
Et je crois que ça correspondait bien à ce qu'on voulait.
Le fait d'être deux guitaristes, au niveau de la compo, comment se répartissent les rôles ?
Alors, une majorité du temps, en fait, on fait des maquettes sur ordinateur. Ces maquettes-là, c'est moi qui les fais parce que j'aime bien faire ça.
Donc, souvent, ce qu'on fait, c'est que je maquette des trucs, Olivier vient, on les réécoute ensemble, on les retravaille ensemble à deux. Et ensuite, une fois qu'on a quelque chose d'à peu près convaincant sur l'ordinateur, on l'envoie à tout le monde et on dit « Apprenez les parties et on va en répéter. » Et là, on joue le truc en vrai.
Et généralement, là, on se rend compte de plein de choses. On se rend compte des choses qui ne marchent pas, des choses qui marchent bien, des choses qui sont trop courtes, trop longues, etc. Donc, vraiment jouer en live, c'est vraiment étonnant parce que la maquette sur l'ordinateur, on est convaincu qu'elle est super bien jusqu'à ce qu'on la joue en live.
Et là, ça donne vraiment une totale autre impression de ce qui se passe. Donc, on fait toutes les modifications qui nous semblent nécessaires. On fait des allers-retours comme ça, du coup, ordinateur, répète, ordinateur, répète.
Jusqu'à avoir un morceau qu'on sait jouer en répète parfaitement et qui nous semble très bien. Tout en ayant a maquette sur l'ordinateur associée qui correspond totalement à ce morceau-là et qu'on peut réécouter pour réviser quand on a le temps. Ça nous sert de support audio pour réviser.
Tout ça pour dire qu'on finit la compo à quatre. Ça démarre souvent par des idées de guitare. Mais on finit les compos à 4, on répète systématiquement sachant que le but c'est qu'on enregistre tous nos disques live et donc qu'on sache bien jouer les morceaux tous ensemble. On va pas du tout en studio en se disant : on enregistre chacun notre tour les parties et on recommence autant de fois qu'on veut et tout ça, c'est pas du tout le cas. En fait on va au studio d'Amaury, et on prend quelques jours et on se branche tous dans la même pièce avec tous nos amplis et tout. C'est comme un concert, on joue les morceaux, ce que t'entends sur le disque, on l'a joué en live, donc pour ça il faut être prêt au maximum, et on travaille en répète à fond, voilà.
Et en cas de désaccord sur un morceau, qui a le dernier mot ?
Franchement, je crois qu'on a une très bonne capacité de communication, on arrive à comprendre les points de vue des uns et des autres assez facilement. Le fait de maquetter des idées, c'est un très gros avantage pour se rendre compte des idées des gens. C'est pas des projections mentales sur les idées d'autres gens. Les gens expriment leurs idées avec leurs propres mots qui ont du sens pour eux, et il faut que la personne en face utilise le même vocabulaire et qu'elle transcrive sur ces mots-là,exactement la même idée dans sa tête musicalement, et tout ça. Du coup, le p lus simple c'est juste de se mettre derrière l'ordi, enregistrer l'idée, programmer la batterie, les machin-trucs, faire play et dire voilà, qu'est-ce que tu penses de ça ?
Et la musique devient le langage commun, c'est beaucoup plus simple. Donc les désaccords il y en a, mais on arrive très souvent à discuter, à trouver un compromis et je pense que malgré tout on a quand même une vision commune qui est assez similaire, donc finalement ça va.
En termes d'inspiration, pour les textes on en a déjà un petit peu parlé, mais au niveau musical, est-ce qu'il y a des choses qui vous viennent non pas d'autres groupes mais par exemple de films, de séries ou de tout autre chose ?
Ouais, moi je vais beaucoup à des expos photos, j'aime beaucoup la photographie et j'aime beaucoup les photographies noir et blanc, souvent très sombres et très granuleuses etc. donc c'est pas mal en lien. Comme tu peux voir sur la pochette de Disgrâce, c'est une photo d'un photographe toulousain qui s'appelle David Siodos et lui son univers photographique je trouve qu'il colle parfaitement à notre musique, c'est vraiment génial.
Sinon, on regarde beaucoup de cinéma, je sais qu'un film qui nous a vraiment frappé par son esthétique et que parfois on cite comme référence pour l'ambiance vraiment atroce qu'on cherche à retranscrire sur certains passages, c'est le film qui se déroule à Auschwitz avec où on suit la famille du général dans sa vie normale... J'ai oublié le titre...
La Zone d'intérêt ?
Ah oui ! C'est vraiment une sacrée inspiration par exemple, parce que c'est d'une violence incroyable et d'une banalité incroyable en même temps, et la manière dont c'est monté, je sais pas si tu te souviens dans le film, à un moment donné - parce que tu l'as vu, du coup, je suppose ?
Oui, je l'ai vu.
Je sais pas si tu te souviens à un moment donné, il y a un écran rouge d'un seul coup. On arrive à l'apothéose d'une scène et c'est juste écran rouge avec un Larsen, tu vois. Et des trucs comme ça, on trouve que c'est hyper audacieux en termes d'esthétique et de montage et tout ça, et c'est vraiment le genre de truc qui nous a frappés. Donc ouais, des films comme ça. Après Maël [Pretet], notre batteur, est tatoueur, et donc lui il est énormément inspiré par beaucoup de peintres et beaucoup d'artistes et illustrateurs, il est vraiment dans un univers très visuel.
Olivier, par ailleurs, bosse dans une agence de communication, donc pareil, le côté visuel c'est quelque chose qu'il travaille tous les jours. Voilà quoi, on est inspiré par beaucoup de choses, après notre principale inspiration c'est la musique, évidemment, mais cela dit, c'est pas forcément la musique à laquelle on pourrait penser, parce que finalement on écoute très peu de metal, voire pas du tout ! On est plutôt, enfin en tout cas Maël et moi, dans, je sais pas, la world music ou la musique pop années 80 ou des choses comme ça. Et on a, si tu veux, une histoire un peu marrante sur Mourir, c'est que à l'origine Mourir ça vient d'un one man band qu'Olivier avait, tout seul évidemment, et qui s'appelait Vermine. Il ne faut pas confondre avec le groupe Vermine nazi qui existe aussi en France, c'est pas du tout lui, je tiens à le préciser !!! Donc il avait un projet qui s'appelait Vermine, et Olivier a une grosse culture black metal, il maîtrise vraiment les codes, il sait vraiment de quoi il parle, il connait énormément de groupes, il en a beaucoup écouté, surtout le black metal années 90, norvégien etc. Donc il connait vraiment très bien, et ça a pas mal tourné, et il y a quelques labels qui l'ont poussé à continuer, et c'est grâce à ça qu'il a fini par se dire : "Ok, je vais continuer, mais au format groupe." Et donc il a monté Mourir comme ça, et il a recruté des gens, des amis à lui, dont on fait partie, mais il savait qu'on aurait aucun background black metal, et donc le peu qu'on connaît aujourd'hui du black metal, c'est lui qui nous l'a appris. Il a été un peu notre "instituteur black metal" sur Animal Bouffe Animal, notre premier album. Il nous a dit : "voilà, jouez ça comme ci, comme ça, c'est comme ça que ça marche..." et nous on s'est exécuté, et au passage on a appris les codes et comment ça fonctionne. Aujourd'hui on n'en écoute pas spécialement plus qu'à l'époque mais par contre on a vraiment quand même bien appris grâce à lui comment ça fonctionne, la culture, les groupes phares, les albums phares etc. Nous on vient d'une école beaucoup plus sludge, post-metal, grunge, noise, et notamment Cult of Luna et des choses comme ça, et je pense que ça se ressent dans notre musique aujourd'hui, ces influences-là, ce mélange-là, ce mélange de cultures qui s'est fait un peu comme ça. Musicalement, beaucoup de gens nous demandent quelles sont nos influences en s'attendant à du black metal, mais en fait on n'en cite quasiment jamais parce qu'on n'écoute pas, ou pas vraiment, même si c'est génial et que c'est vraiment incroyablement plaisant comme style à jouer et à composer, mais pour autant nous on reste un peu en seconde, on laisse à Olivier cette caution-là, lui il maîtrise. Mais ouais, on est influencés par plein de choses et surtout plein de choses inattendues, je pense.
Et du coup si tu faisais un genre de side-project, mais un contre-pied un petit peu, un truc au contraire volontairement joyeux, festif et optimiste, il s'appellerait comment ?
Tu veux dire avec les mêmes membres et tout ça ?
Ouais.
Alors sans tomber dans l'auto promo, il existe déjà un side project avec juste Maël et moi, qui s'appelle Toucan, donc tu vois déjà on est sur un truc plus sympa, et c'est une espèce de rock synthwave instrumental, avec beaucoup de synthés, des guitares. C'est vraiment de la musique pour écouter la nuit en roulant, tu vois, en allant à la mer. Donc en vrai ça existe déjà, et c'est plus vieux que Mourir d'ailleurs.
Et en septembre-octobre vous serez en tournée...
Ouais tout à fait, on a une bonne tournée qui se présente, on enchaîne sur quasiment trois semaines de date avec France, Allemagne, Belgique, Hollande, Danemark, je crois, de mémoire.
Qu'est-ce qui te chauffe le plus dans ces dates, il y a un endroit en particulier ?
Alors, ouais, moi, il y a deux trucs qui me chauffent, c'est jouer au Danemark, parce que j'ai jamais joué dans un pays scandinave de ma vie, et aussi, on fait une date à Bruxelles, au Magasin 4, une salle dont j'ai toujours vu passer le nom, et qui me semble mythique. C'est toujours cool de jouer à Bruxelles, les dates au Danemark, ça a l'air vraiment cool aussi, l'Allemagne, je sais qu'on fait une salle qui s'appelle le Schokoladen, je crois, à Berlin, qui est visiblement une institution, je ne connais pas, mais apparemment, c'est une institution très ancienne, un des premiers squats berlinois encore en vie, je crois. Et aussi, on est super contents, même si pour le coup c'est dans longtemps, fin mai 2027, on a annoncé le Fortress Festival en Angleterre. C'est un petit festival purement black metal, avec toujours des groupes super actuels, super cool, le lieu a l'air incroyablement beau, au bord de l'eau, ça a l'air fou, donc vraiment, et c'est une exclue UK. Notre première date en Angleterre, et c'est une exclue, on ne va pas y jouer d'ici là, et on n'y jouera peut-être pas tout de suite après non plus. Voilà, c'est un bon programme, j'ai bien hâte de tout ça, après, on a d'autres choses dans les tuyaux, mais pour l'instant, il n'y a rien de confirmé. Mais on a tout ça, et c'est déjà énorme !
Eh bien merci beaucoup et profite bien de la tournée !
Merci à toi, à bientôt.
Orsola G.
