Side project né presque par hasard, Moonball est devenu bien plus qu’un simple terrain d’expérimentation pour Nicolas, guitariste de Landmvrks. Entre influences 90-2000, apprentissage du chant, liberté créative et approche sans pression, il revient avec sincérité sur la genèse du projet, l’évolution entre les deux EP et sa vision d’une musique avant tout faite pour le plaisir — le sien comme celui du public.
Salut, tout d’abord, merci de nous accorder cette interview !
Nicolas Exposito : Ben merci à vous de vous intéresser au projet, surtout !
On va commencer simple. Pour toi, Moonball, qu'est-ce que ça représente ?
En vrai, ça représente un side project d'un style qui est totalement différent de Landmvrks. En gros, moi j'ai toujours été fan de metal, de rock, de grunge et même de punk rock. C'est pour ça que j'avais décidé il y a quelques années de monter un projet en parallèle pour pouvoir faire l'autre musique que j'aime. J'aime pas que le metal, j'aime aussi ce style-là. Et du coup, ça a donné naissance à ce petit bébé, on va dire.
Est-ce que tu as en mémoire un genre de moment précis où tu étais en train de composer de la musique, de bosser sur de la musique et où tu t'es dit : « Ça, de toute façon, ça peut pas être pour Landmvrks, donc il faut que je fasse quelque chose à côté ? »
Alors en vrai, dans mon temps libre, j'ai tendance à toujours composer, que ce soit pour Landmvrks ou autre. Par exemple, je me dis : « Ok, aujourd'hui j'ai envie de faire une chanson punk-rock, aujourd'hui j'ai envie de faire une chanson type film avec des violons, des tambours, des trucs comme ça ». Donc j'ai souvent des phases d'écriture, d'inspiration qui parfois ne sont pas pour le metal, ni pour autre chose. Et en fait, j'ai eu une période où j'ai composé pas mal de compos dans le même style, qui ont ensuite consituté le premier EP de Moonball. Je me suis dit : « Putain, ça serait dommage que ces compos-là restent dans mon Dropbox parmi toutes les autres que j'ai pu faire dans ma vie. Je vais aller au bout du projet et les sortir avec un autre nom ». Je me suis dit que ce serait dommage de gâcher des compos qui pourraient plaire à certaines personnes. Et en fait, le projet est né comme ça. J'avais plusieurs compos un peu dans le même registre et je me suis dit : « Bon, ça serait bien de pouvoir les sortir, même si j'en fais rien derrière ». Et c'est ça qui a donné la naissance au projet.
Et du coup, si t'as de côté encore d'autres compos, dans d'autres styles, mais qui se rapprochent, est-ce que tu vas partir sur plusieurs side projects ? [Rires]
[Rires] En vrai, si j'avais le temps, je le ferais ! J'ai beaucoup de compos. À l'époque, j'avais monté un projet qui s'appelait Bliss Sigh, avec Camille, qui joue maintenant dans Novelists. Donc pareil, j'avais beaucoup de compos qui étaient un peu plus aériennes, avec des guitares clean, avec beaucoup de delay et tout ça. Et je cherchais quelqu'un qui chantait bien pour mettre du chant sur ses compos. Et à l'époque, j'avais demandé à Camille de faire ce projet-là avec moi. Alors, c'était bien avant Novelists. Je connais Camille depuis des années, donc c'était peut-être il y a dix ans. Et on n'est pas à l'abri que je monte un projet de punk rock, parce que des compos… je ne pourrais peut-être pas les chiffrer, mais j'en ai une centaine dans des styles avec lesquels je pourrais faire des side project ! Mais bon, déjà, ça demande pas mal de temps de gérer Landmvrks. Là, je me suis rajouté Moonball. Si je m'en rajoute encore quatre, cinq, il faut que je puisse trouver une façon de pouvoir me dédoubler ou de me cloner ou quelque chose comme ça [Rires].
C'est sûr ! Entre Mysteryland et Parallel Frame, est-ce qu'il y a des choses qui ont changé dans ta façon de composer, dans ton état d'esprit ou dans ta confiance dans le projet ?
Ouais, déjà, entre les deux EPs, il s'est écoulé deux ans, si je ne dis pas de bêtises. Mysteryland, c'est plutôt un test, on va dire. Comme je disais, il s'agissait de regrouper un peu toutes ces compos-là que j'avais fait de mon côté, et je l'ai sorti comme ça, pour le sortir. Et sur ce deuxième EP, j'ai quand même eu une approche un peu plus sérieuse, où je me suis dit : « Bon, là, on va prendre le temps. Moi, avant d'aller en studio pour enregistrer mon chant, je vais m'entraîner ». Sur le premier EP, j'avais quasiment pas écrit les paroles, c'était le bassiste qui avait écrit parce que je n'avais pas trop le temps, je n'étais pas trop inspiré. Donc, c'était des chansons qui me parlaient moins parce que je ne les avais pas écrites. En tout cas, tout ce qui était le chant. Et là, sur l'EP, du coup, c'est différent. Je me suis plus focalisé sur l'exercice de l'écriture des paroles. On a enregistré une vraie batterie qui n'est pas une vraie batterie sur le premier EP, encore faute de temps. Donc, on est allés en studio avec Kevin. On a eu une approche plus de groupe dans le deuxième EP que dans le premier, qui était vraiment plus un truc fait à la va vite. Et là, on a pris le temps pour enregistrer le chant. Je savais exactement ce que je voulais faire sur les prods quand je suis arrivé en studio. On était plus préparé en tout cas. Je pense qu'il y a eu de l'évolution aussi. Le fait de sortir un premier EP, tu vois un peu les retombées. Donc, je pense que ça a évolué dans le bon sens. Dans la suite logique que prendrait n’importe quel groupe, où au début, le premier EP, le premier album, c'est un condensé de démos et d'essais. Et après, tu l'essayes sur scène, tu répètes. Tu vois ce qui marche, ce qui ne marche pas. Donc, c'est censé aller de mieux en mieux logiquement.
À la base, te mettre au chant, ce n'était pas forcément un truc que tu avais prévu, on va dire. Est-ce que maintenant, tu arrives à te sentir chanteur ou est-ce que quelque part, tu te sens encore guitariste qui chante ?
Ah, je me sens complètement guitariste qui chante ! [Rires] En vrai, le chant, je n'ai jamais vraiment été très intéressé… Enfin, disons que je n'ai jamais voulu être chanteur ou chanteur dans un groupe. Je me suis un peu retrouvé au chant par hasard. C'est-à-dire que je voulais que les compos aillent vite et j'avais un peu la flemme de démarcher, de trouver un chanteur, de répéter. Donc, je me suis dit : « Bon, pour que ça aille plus vite, je vais faire le chant. Il en sortira ce qu'il en sortira, mais au moins, je sais que je peux trouver une entente avec moi-même pour sortir quelque chose qui n'est pas trop mal ». [Rires] Et en vrai, du coup, ça marche plutôt bien comme ça. Après, moi, en effet, sur scène, je préfère jouer que de la guitare. Donc, l'exercice d'être guitariste-chanteur en live, ce n'est vraiment pas la même approche que si je compare avec Landmvrks. C'est un exercice beaucoup plus compliqué pour moi. Je trouve que le chant, c'est un peu l'instrument le plus horrible et le plus aléatoire parce qu'on parle avec notre instrument. Mais c'est pour ça que je dis toujours que je salue tous les chanteurs de la terre entière parce que c'est le pire instrument du monde. Clairement, je pèse mes mots, ça demande trop de rigueur.
T’as partiellement répondu à la question que j'allais te poser après : ce qui est le plus dur pour toi dans le chant, c'était vraiment l’aspect technique « d'apprendre à chanter », ou la manière dont tu t'exposes, parce que forcément, quand tu es sur scène, le chanteur est en plein devant. Non pas que les autres musiciens ne soient pas importants, mais je veux dire, c'est lui qui capte quand même une grosse partie de l’attention.
Oui, il y a ce rôle de frontman. Alors, le rôle de frontman, je trouvais l'exercice assez amusant et assez cool. Après, je n'aimerais pas le faire dans Landmvrks, clairement, parce que Moonball, c'est une approche un peu différente où on va être… Je sais pas, je vais sortir une blague ou deux… J'ai été éduqué à la Blink [182]. Du coup, mes références, c'est Blink en live qui racontent des blagues sur le pipi et le caca. Ça me faisait rire à l'époque. Je dis pas que je fais ça dans Moonball, mais du coup, c'est une approche différente ! Par contre, l'exercice de jouer de la guitare et de chanter en même temps, je pense que je manque d'entraînement. J'ai pas pris de cours de chant, donc du coup, j'ai toutes mes lacunes qui arrivent en temps réel. Je fais un peu ce que je peux, quoi ! [Rires] Après, dans ce style-là, on est un peu… Je veux dire, le public, il n'est pas très exigeant. Sans le dénigrer, hein, mais c'est OK de chanter un peu faux quand tu fais du grunge ou du rock, alors que peut-être pas quand tu es Beyoncé ou Taylor Swift… Après, je kiffe quand même sur scène ! J'apprends, en tout cas, des difficultés que je peux rencontrer sur scène, aussi bien dans Landmvrks que dans Moonball. Mais c'est vrai que faire le chant et la guitare en même temps, c'est un exercice qui demande, je pense, de l’entraînement et d'être très rigoureux.
C'est marrant que tu n'aies pas spécialement pensé à chanter à la base parce que moi, je trouve ta voix géniale, j’adore ta voix !
Merci !
Tu chantais même pas sous la douche ?
Même pas. Enfin, je chantais par-dessus les chansons que je connaissais, mais après, je fais de plus en plus de back dans Landmvrks. Donc, du coup, je commence à y prendre goût. Enfin, je commence à y prendre goût parce que j'arrive à contrôler ma voix. Parce qu'au début, quand je commençais à chanter dans Landmvrks, je sentais que je manquais tellement de technique que je n'étais pas forcément à l'aise. Donc, du coup, plus tu fais de concerts, plus tu deviens à l'aise. Et forcément, l'exercice de Landmvrks m'a aidé dans Moonball à faire cette transition, ça a été moins compliqué qu'une personne qui commence totalement et qui arrive pour faire sa première scène. Donc, je dis toujours que mes deux projets s'alimentent l'un de l'autre. Mon expérience dans l'un me sert pour l'autre et mon expérience dans Moonball me sert pour Landmvrks. C'est une chance que j'ai et que je suis conscient d'avoir, en tout cas.
Et est-ce que le fait d'endosser ce double rôle, ça a aussi changé des choses dans ta manière de composer, dans ta manière de percevoir la musique en général ? Pas forcément dans tes groupes, mais en général. Est-ce que ça te donne un œil différent ?
Oui et non, parce que j'ai toujours fait ça, même à côté, où je fais beaucoup de studio où on fait de la production pour des groupes. Donc, j'arrive quand même à avoir un œil assez extérieur qu'importe le style de musique, que soit du rock ou du métal ou de la pop ou un autre style. Je sais pas si ça m'a apporté des trucs personnellement mais je pense que oui, parce que le fait de t'entraîner dans un domaine t'apporte de l'expérience dans un autre, comme je disais. Mais je pense que ça se fait naturellement et je ne me dis pas genre : « Ah ouais, là, c'est grâce à ça… ». Je pense que c'est quelque chose que j'ai acquis naturellement et que je le fais sans m'en rendre compte peut-être.
Parallel Frame est sorti il y a quelques mois maintenant. Avec le recul, est-ce que t'es aussi satisfait qu'au départ ? Est-ce que t'es plus satisfait qu'au départ ? Est-ce que ta perception du EP a un petit peu changé ?
C'est une bonne question. En vrai, j'ai vraiment pris plaisir à composer et faire cet EP et je l'écoute encore. Donc ça, c'est… quand un artiste écoute encore ses chansons, une fois que c'est sorti, ça veut dire qu'il n'est pas déçu. Franchement, je suis très satisfait. Par exemple, on a joué la semaine dernière au Molotov, il y avait des gens qui connaissaient les paroles et tout. Donc en vrai, c'est gratifiant. Tu te dis : « Ah ok, les chansons, elles plaisent, donc c'est cool ». Donc non, pas de regrets, au contraire. Je trouve que les chansons, elles ont plutôt bien vieilli dans ma tête. Parce que moi, les chansons, elles datent d'il y a… Il y a des chansons qui ont été écrites il y a plus d'un an. Et si je les écoute après un an, je trouve que ça veut dire que tu ne t'en lasses pas et ça, c'est cool. On verra si j'écoute encore les chansons d'ici un an ou deux, peut-être pas. Si tu me reposes la question dans deux ans, peut-être que je vais te dire : « Pas du tout, je ne les écoute plus jamais. Je suis dégoûté ». [Rires] Mais là, en tout cas, après deux mois de sortie, non, je suis très content. Et ça m'arrive de les réécouter et je redécouvre moi-même des trucs que j'avais faits dont je ne me souvenais plus.
Et est-ce que tu as eu un retour, que ce soit de fans ou dans des chroniques, qui t'aurait particulièrement marqué, soit en bien, soit en mal ?
Alors, je ne sais pas. Les trucs que j'ai lus, c'était les quelques interviews que j'avais faites. Après, je crois que je n'ai pas trop regardé en vrai des chroniques, ou alors on ne me les a pas envoyées. Mais généralement, je les lis sans trop les lire, histoire d'être assez détaché du truc. Mais je n'ai pas vu de mauvais trucs, en tout cas. Généralement, même s'il y a des mauvais avis, je me dis qu'il y a toujours du bon à prendre dans des avis, même s'ils sont négatifs, dès lors qu'ils sont constructifs. Mais je n'ai rien vu de... Oui, j'ai vu quoi ? J'ai vu sur YouTube, il y a un commentaire, je crois, qui disait : « Le retour de Weezer ». Du coup, ça m'a fait rire. Parce que déjà de une, je n'ai jamais écouté Weezer. Et de deux, je comprends le commentaire puisque c'est une chanson qui peut faire penser aux années 2000, ou des trucs comme ça. Mais c'est totalement l'esprit du single "Seahaven", donc ça veut dire que je ne me suis pas trop trompé sur la DA du morceau, en général. Mais je n'ai pas vu de trucs trop... Je n'ai pas vu de commentaires négatifs, en tout cas, ou alors ils l'ont gardé pour eux. Je vous invite à commenter mes réseaux. S'il y a des trucs négatifs, j'écouterai ou je lirai avec attention, en tout cas !
Alors en ce qui me concerne, je n'ai pas un ressenti négatif, au contraire, parce que j'ai vraiment surkiffé le EP.
Merci.
Je trouve que pour les personnes d'un grand âge, comme moi, [Rires] ce côté fin 90, début 2000, ça apporte une familiarité, pas dans le sens « c'est du déjà entendu », pas du tout dans le sens négatif, mais au contraire, un côté naturel. Ça me sonne à l'oreille directement. Il y a un côté nostalgique qui fait vraiment du bien, tout en étant super moderne.
Merci beaucoup ! Surtout que je n'ai pas voulu faire un side project pour réinventer la musique. Moi, je fais de la musique que j'aime et qui repose sur mes influences. Du coup, je pense que les personnes qui ont grandi dans les années 90 et les années 2000, ressentent inconsciemment toutes les influences que moi, j'ai pu avoir... Ça, par contre, c'est une remarque que j'ai entendue. Je crois qu'il y a quelqu'un qui disait : « Merci d'avoir sorti l’EP parce que ça me rappelle pourquoi je suis tombé amoureux de ce style-là, et de la musique en général ». Et ça, j'ai trouvé que c'était un beau compliment. Je me suis dit que c’était cool, parce que c'est un peu comme si ce EP-là, ou même dans Landmvrks où on a beaucoup d'influences, on se disait qu’en gros, nos groupes, c'est un best-of de toutes nos influences et de tout ce qu'on peut kiffer. Donc, si les gens, ils le ressentent à l'écoute, c'est que c'est réussi. Je ne me dis pas : « Moi, je monte un groupe, ça s'est jamais fait, écoutez mon truc ! ». Au contraire, tout s'est déjà fait dans la musique, ou quasiment tout. Donc, si j'arrive à faire véhiculer des émotions quelconques avec la musique, c'est mission réussie.
Et dans le même temps, il y a quand même tout un concept sur le EP, autour du syndrome d’Alice au Pays des Merveilles, Est-ce que ça t'est venu naturellement d'écrire là-dessus ? Ou est-ce que tu t'es posé la question de savoir si c’était pas un peu trop abstrait pour les gens ou un peu trop personnel ?
Alors, oui et non. En gros, quand j'ai composé les chansons instrumentales, il a fallu que je me donne à l'exercice d'écrire des paroles. Et j'étais vraiment pas inspiré. Je me suis dit : « Putain, de quoi je vais parler ? Je sais pas du tout ! ». C'est un exercice que moi, par exemple, dans Landmark, je ne fais pas, parce que c'est Flo qui écrit les paroles. Donc là, j'étais en mode : « Bon, je vais quand même essayer d'écrire des chansons, de parler de quelque chose qui me touche ». Et il se trouve que je suis atteint de ce syndrome, dont je ne connaissais pas l'existence avant de tomber sur un TikTok d'un mec qui en parle. Et en fait, quand je tombe sur cette vidéo, je découvre que mon syndrome a un nom. J’étais en train d’écrire cet EP-là et ça m'a donné l'idée de parler de ça parce que du coup, je trouvais que le nom du syndrome d'Alice au Pays des Merveilles était très imagé et il y avait pas mal de trucs à faire au niveau de la DA. Par exemple, la pochette de l'artwork, elle parle de ça ; on voit une espèce de bonhomme avec des membres distordus, avec des trucs pas très rationnels. Et du coup, c'est très personnel. Et je me suis dit : « Moi, je n'ai jamais eu la connaissance de ce syndrome avant mes 35 ans. Donc, si je peux en parler et s'il y a des personnes qui sont atteintes de ce syndrome et que je peux donner un nom à quelque chose pour les gens, du coup, je le fais volontiers ». Donc voilà, ça m'a donné un thème sans vraiment le vouloir. Il m'est tombé comme ça par hasard. Vraiment genre, tiens, tu vas parler de ça, tu vas faire ça. J'ai eu un peu de chance pour le coup. Ça m'a donné l'idée, direct !
Il y a eu une vidéo pour "Seahaven" inspirée du Truman Show. L'idée de cette vidéo, elle est venue de toi ou elle est venue de quelqu'un d'autre ?
Alors en fait, du coup, "Seahaven", quand je l'ai écrite, j'étais en mode : « Bon, je ne vais pas forcément parler du syndrome d'Alice au Pays des Merveilles sur les cinq chansons parce que ça risque d'en gonfler plus d'un ». [Rires] Et quand j'ai cherché un thème à cette chanson, je me suis dit : « J'adore le Truman Show, j'adore Jim Carrey, je vais faire en sorte d’écrire cette chanson comme si j'étais Jim Carrey dans le Truman Show ». Donc, ça m'a donné toutes ces paroles-là où je me suis vraiment mis à sa place comme si j'étais dans le film. Et j'ai contacté Aurélien Mariat, qui est réalisateur de clip. Et je lui ai dit : « Bon, j'ai eu une idée, je viens d'écrire une chanson qui parle du Truman Show, j'aimerais bien faire un clip qui soit un hommage à ce film-là ». Et du coup, j'avais quelques idées en tête avec des plans qui existent dans le film, que je voulais refaire dans le clip. Et en fait, lui, il a réussi à tout recréer, puisqu'on a tout filmé sur fond vert. Et il a pu refaire à l'identique, entre guillemets, des scènes du film qui sont clairement un rip-off du film. Je me rappelle, je tournais quelques scènes et je regardais la vidéo sur YouTube pour essayer de faire le même geste que Jim Carrey. Par exemple, à la fin, quand il monte les marches, moi, je monte les marches sur un escabeau, tu vois. Donc, Aurélien a fait un montage comme si je montais sur les marches. Et à la fin, j'arrive en haut comme Jim Carrey arrive sur la fin du film où il tire sa révérence. Et du coup, j'ai essayé de coller à la mimique près de comment il se baissait. En tout cas, c'était fun. C'était plus fun à regarder parce que quand tu tournes sur un fond vert, c'est dur de s'imaginer. Mais quand il m'a envoyé la V1, j'ai dit « Waouh, putain, c'est très drôle ».
Ce n'est pas le projet de vidéo le plus simple à mettre en place, quoi. Tu vois, t'aurais pu faire une lyric vidéo, mais là, t'es parti direct sur un truc un peu…
Ouais, c’est clair ! [Rires] Après, en vrai, c'était facile pour moi et pour les autres gars et les figurants parce que nous, c'était que en fond vert. Et ensuite, c'était lui qui se démerdait à tout monter en after effects. En fait, lui, il a tout fait a posteriori, ce qui était du travail sacrément bien exécuté. Quand il a envoyé le clip, j'ai fait : « Waouh, t'es vraiment doué ! ». Ce que j'avais en tête, il l'a exécuté à perfection. Donc, bravo Aurélien, voilà ! Je n'arrête pas de lui dire à chaque fois que je le vois, de toute façon, il me dit : « Moi aussi, j'aime bien le clip, je suis content ». Donc, tout le monde est content.
Ben c’est vrai que le résultat est vraiment cool !
Et d'ailleurs, pour la petite histoire dans ce clip-là, il y a trois figurants. Donc, il y a Ju, qui est notre ingé son avec Landmvrks, il y a Rudy, le bassiste, et ensuite, il y a Flo. Il y a Flo qui apparaît dans le clip, mais je ne sais pas si les gens l'ont capté. Je crois que c'est à la première minute du clip, il y a quelqu'un qui est de dos et qui regarde les écrans, qui est censé représenter le mec dans le Truman Show qui observe tous les écrans. Et en fait, c'est Flo qui est de dos avec un bonnet. Et ça, il n'y a personne qui l'a vu.
Moi, je n'avais pas repéré, déjà ! [Rires]
Si tu as l'occasion, tu remates le clip, et quand tu vois la personne de dos qui regarde l'écran, c'est Flo !
Ah, d'accord !
Voilà. Je ne lui ai pas laissé le choix. Il passait dans le couloir, j'ai fait « Viens, on a besoin de quelqu'un ». Il a dit « Ah, ok ». « Tu te mets-là, tu regardes le fond vert, tu bouges plus et tu pars ! ». Et voilà. Et du coup, il est dans le clip.
Sur scène, Moonball est souvent dans des lieux un petit peu plus intimistes, on va dire, que Landmvrks. Est-ce que c'est quelque chose qui, pour toi, apporte une plus-value au niveau du lien avec le public ou est-ce qu'au contraire, tu aimes bien les grosses scènes ?
Alors, j'aime les deux. Mais j'avoue que même avec Landmvrks, je préfère les concerts plus intimistes. C'est pour ça qu'il y a un an, on a fêté nos dix ans au Molotov, qui est une salle à Marseille qui nous a vu naître avec Landmvrks. La capacité, c'est 200 places. Même si on joue dans des grosses salles, là on va faire le Zénith et tout, on aime bien aussi faire des petites salles. Le fait de retourner dans des petites salles avec Moonball, moi, ça me rappelle comment j'ai commencé la musique. Et en fait, un groupe, dans la logique des choses, commence toujours par des petites salles, donc c'est toujours cool. En plus, il y a toute une espèce d'écosystème qui existe dans les groupes « amateurs ». Il y a des concerts qui sont produits par Live Nation dans des grosses salles… Dans les concerts un peu plus amateurs, il y a plein d'associations dans les villes. Il y a plein de gens qui se bougent pour les groupes locaux et moi, je suis attaché à ce genre de démarche. Et du coup, ça fait plaisir de parler avec des groupes locaux, avec des assos, avec les gens qui essayent de faire bouger des trucs dans leurs villes parce qu'il n'y a jamais rien qui se passe. En fait, moi, j'aime bien les deux. Je suis quelqu'un qui s'adapte assez facilement. Je peux très bien faire un Zénith. D'ailleurs, c'est ce qui s'est passé là. Il y a une semaine, j'ai joué au Molotov, c'est mon premier concert de l'année. Et je finis le mois [de janvier] au Zénith, qui est complet. Et j'aime autant les deux. Je ne pourrais pas te dire que je préfère jouer au Zénith qu'au Molotov. C'est deux expériences totalement différentes, mais elles sont aussi riches l’une que l’autre.
Au début, Moonball, c'était sans pression. Tu l'as dit, c'était un petit peu… pas un hasard, mais un rapprochement de titres, comme ça. Est-ce que, pour toi, déjà sur le deuxième EP et sur le futur que tu envisages, l'idée de continuer sans se mettre de pression, c'est un truc important ?
Oui, c'est important à n'importe quel niveau. Je trouve que quand il y a trop de pression qui rentre en jeu, l'aspect créatif est un peu biaisé. Donc, le mieux, mentalement, pour n'importe qui qui est dans un projet, c'est de le prendre à la cool, parce qu'il n'y a que comme ça qu'on arrivera à bien faire avancer les choses. Quand on arrive à se mettre trop la pression, où on se dit : « là, il faut absolument que je fasse ça », du coup, ton mindset commence à changer. Et ça peut bloquer artistiquement de se mettre une grosse pression. Donc moi, le plus possible, dans tous mes projets, je suis quelqu'un qui n'est pas stressé de nature, j'ai rarement la pression, donc tant mieux pour moi ! Mais en tout cas, le but, c'est de rester comme ça, même si le projet évolue encore plus. Mon but, c'est de le faire toujours sans pression, parce que sinon, au bout d'un moment, tu peux devenir fou. Tu vas te dire « Putain, ouais, mais là, il y a ça, il y a ça… ». Tu peux le faire, mais pour moi, c'est un peu moins sain pour ton esprit. En tout cas, il faut que tu aies un esprit plutôt focus. Et du coup, la pression… Après, il y a la bonne pression, mais pour moi, la bonne pression, c'est plus de l'adrénaline. L'adrénaline, ça me caractérise mieux : ça m'arrive d'avoir des moments un peu de « stress », entre guillemets, mais c'est plus de l'adrénaline que de la pression.
Et là, dans le futur, tu as peut-être déjà des compos de côté, je ne sais pas. T'envisages quoi ? T'envisages encore d'autres EP ? Peut-être des albums complets ? Plus de live ?
Alors, j'ai déjà commencé à écrire. J'aimerais bien faire les deux. J'aimerais faire un album et j'aimerais faire plus de live, mais du coup, priorité à Landmvrks, donc je ferai plus de live quand on sera un peu plus libre avec Landmvrks. Du coup, je fais surtout mon agenda en fonction de nos tournées avec Landmvrks. C'est pour ça que j'essaie souvent quand on est off ou quand j'ai le temps, je prends la guitare et j'essaie de composer pour Moonball. En tout cas, le fait de concrétiser de plus en plus, de sortir un deuxième EP, de faire des concerts, ça donne toujours envie d'en faire plus. Tu te dis : « Ah, qu'est-ce que je pourrais faire encore pour topper ma sortie d'avant ? ». De toute façon, un groupe, ça marche toujours comme ça. On veut toujours faire mieux, des meilleures compos, des meilleurs designs, des meilleures salles, des trucs plus qualitatifs, quoi. Donc forcément, ça motive. De toute façon, comme je disais, j'ai tendance à vouloir entreprendre plein de projets. J'aime bien entreprendre tout ça, donc je ne le laisserai pas de côté. Même si ça prend le temps que ça prendra, je le ferai quand même toujours en parallèle.
Je pense connaître ta réponse, mais je crois que pour toi, garder la liberté et la sincérité du projet, ça passe avant le fait de le faire grossir.
Ce n'est pas forcément mon but de le faire grossir. Comme je disais, j'ai la chance d'avoir Landmvrks qui est quand même assez établi et où je suis très épanoui. Est-ce que si Moonball arrive au niveau de Landmvrks, j'arriverai à gérer les deux ? Je ne pense pas, parce que Landmvrks occupe 20 heures dans ma journée. Il faudrait juste que j'arrive à trouver le juste milieu. Ça m'est déjà arrivé avec Moonball de dire non à des bonnes premières parties parce que je sais que je ne peux pas le faire. Je pense que ça sera toujours bridé, par ma volonté, par rapport à Landmvrks. J'essaie toujours de faire quelques trucs pour montrer que le projet existe. Le mieux serait que je puisse me dédoubler. [Rires] Que j’aie un double qui se mette sur Moonball et que je reste dans Landmarks. Après, c'est la volonté que chaque projet évolue. Tant que ça évolue un petit peu comme ça, ça me va et ça reste gérable. Parce que si ça devient trop gros, je ne pourrais pas le gérer. Au pire, je me vire de Moonball et j'embauche quelqu'un qui joue et qui chante à ma place.
Tu préférais quitter Moonball plutôt que quitter Landmvrks ?
Ah oui, 100%. Bien sûr ! Mais je trouverai une solution pour me cloner dans quelques années, comme ça, je pourrai faire les deux. [Rires]
Bon courage ! Tu es bien parti ? Tu as déjà avancé dans tes recherches ? [Rires]
Ouais, je suis en train de monter un labo juste derrière ! [Rires] J’ai fait mes premiers tests sur mon chat, ça a pas marché ! On verra ce que l'avenir me réserve pour Moonball mais en tout cas, je fais mon maximum pour essayer de faire le plus !
Bon, eh bien on va conclure là-dessus, en espérant vous voir sur scène prochainement !
Retrouvez Moonball au Badfest, qui aura lieu les 20 et 21 mars à Cercy-Pontoise.
Pour suivre l’actualité de Moonball :
Merci à Romain Richez de l'Agence Singularités.
Orsola G.
