C’est dans leur studio – que nous avons eu la chance d’être les premières journalistes à visiter – que Julien et Bruno de Magoyond nous ont accueillies pour parler de Zeppelin. Entre orchestration symphonique, narration fantastique et ambition grandissante, Magoyond poursuit l’aventure entamée avec Necropolis. Julien et Bruno reviennent sur la création de ce projet hors norme : l’écriture de textes toujours plus exigeants, un financement participatif qui a dépassé toutes leurs attentes, l’enregistrement avec orchestre… et l’étrange voyage de leurs monstres vers un avenir incertain.
Bonjour. Merci beaucoup de nous recevoir dans ce lieu si important ! Qu’est-ce qu'il a vu passer, ce studio ? Qu'est-ce qui s'est déroulé, ici ?
Julien Alors, il y a des histoires par rapport au lieu, mais c'était avant nous ! [Rires].
Bruno Ça fait combien de temps qu'on est là, maintenant ?
Julien Un peu plus d'un an.
Bruno Donc, musicalement, il a connu que... Zeppelin. Que Zeppelin, ouais. Parce que tout ce qui est avant Zeppelin a été fait à la maison.
Julien Dans nos apparts à nous. Dans nos apparts respectifs. À la débrouille. Et dans sa cave, quand on a commencé sur notre premier album Pandemia !
Bruno Exact.
Julien Et, en fait, après Necropolis, notre dernier album, c'était tellement le bazar - parce qu'on fait des financements participatifs et qu'on a beaucoup de choses à gérer, en termes de merch et autres - que ce n'était plus possible. On alternait entre la cave et le salon, et c'était infernal. Donc, on s'est dit, il faut qu'on prenne un local. Meilleure idée du monde !!!
Oui, il est déjà bien rempli…
Julien Et encore là, il n'y a plus que la moitié. Il y avait tellement de trucs. Donc, en un an, on a fait pas mal de choses, ici, mine de rien.
Le groupea toujours suivi un chemin, je ne vais pas dire tortueux, mais en tout cas, un chemin pas forcément classique de la plupart des groupes, puisque vous êtes très touche-à-tout. Vous allez piocher dans plein de directions différentes. Est-ce que vous avez encore des idées, sous le coude, où vous pourriez partir dans des choses encore très, très différentes ?
Bruno Il y en a toujours. Ça ne cesse pas, [à Julien] surtout de ton côté, parce qu'en amont, tu as quand même beaucoup d'idées, de textes, en avance. Après, il faut réussir à mettre des choses derrière.
Julien En fait, c'est assez infini, le lore qu'on peut créer. Il faut juste que ça ait du sens. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on a fait Zeppelin, c'est que ça commencait un peu à tourner sur lui-même, parce qu'on était toujours au même endroit et tout ça. Et donc, maintenant qu'on a décidé de partir, de faire cette métaphore du voyage, on fait ce qu'on veut. Je pense que c'est un peu le piège, c'est que du coup, on peut peut-être faire trop, mais on n'est pas bloqués du tout, au contraire.
Bruno Il faut que ça reste maîtrisé, de manière à ne pas trop desservir ce qui est déjà existant et garder cette continuité, en tout cas, qui a été mise en place.
Julien Mais j'ai toujours 40 textes d'avance. Ce ne sont pas vraiment des textes, c'est des synopsis de chansons, de lieux ou d'endroits, que j'ai envie de raconter, et puis après, on va voir en fonction de l'alchimie avec le groupe.
Vous vous mettez des freins, parfois, sur des projets ?
Julien Oui, en fait, on essaie que ça se tienne et surtout, on essaie que ce qu'on propose, déjà, nous plaise à tous. Puisqu'en fait, Magoyond, c'est quatre personnes. Ce n'est pas juste moi qui écris et puis on fait de la musique. Il faut que ça plaise à tout le monde et il faut que dans le scénario qu'on veut mettre - que ce soit sur les EP, les albums ou autre - que ça soit cohérent. Donc, oui, jusqu'à maintenant, on se mettait des freins puisque par rapport au lore qu'on était en train de créer, il y avait plein de trucs qu'on ne pouvait pas aborder, ça serait sorti un peu de nulle part. Là, du coup, on va rebattre un peu les cartes. Je ne sais pas encore à quoi ça va ressembler. J'ai des idées, mais voilà.
Bruno Moi, je sais pas ! [Rires]
Julien C'est vrai, on n'a pas tant parlé.
D'accord. Et par rapport aussi au type de médias ou de formes artistiques à explorer, il y a aussi des choses peut-être que vous n'avez pas encore faites et qui vous font de l’œil.
Julien Ah ouais, il y en a plein !
Bruno Après, on reste quand même à la base un groupe de musique. Certes, on fait beaucoup de choses dérivées à côté qui viennent compléter tout le lore musical qui est mis en place depuis toutes ces années. On essaye quand même de rester concentrés sur la musique. Mais oui, il y a beaucoup de choses en tout cas qu'on aimerait faire et qui sont possibles avec Magoyond. Ça peut être des films d'animation, des BD. Il y a énormément de choses à faire autour. C'est pas encore le moment, je pense, parce que c'est très long à mettre en place.
Julien Ça demande du temps, du budget.
Bruno Du budget, effectivement. Après, il faut quand même rester focalisés encore une fois sur l'aspect principal du groupe.
Julien Parce que sinon, ça dévie trop. Mais c'est vrai que dans le groupe, il y a tellement de créatifs qu'on a envie de faire plein de choses pour étoffer, pour aller un peu à gauche, à droite. Et la seule chose qui nous freine là-dessus, c'est le temps et le budget. Si on avait beaucoup de budget et un peu plus de temps, peut-être que ça partirait.
C'est toujours un peu le nerf de la guerre pour tous les groupes.
Julien Complètement ! Sauf que nous, on a quand même la chance d'avoir déjà un budget qui est parfois un peu plus élevé que la plupart des groupes émergents ou autres. Même si émergent, pour nous, c'est un grand mot parce que ça fait quand même quelques années qu'on est là. Mais en même temps, on est un petit groupe. Et on fait des gros trucs. Donc oui, c'est conditionné par le budget et le temps. Mais le roman graphique, ça fait plus de 10-15 ans qu'on en parle. Bande-dessinée, des trucs comme ça…
Bruno Sachant qu'aujourd'hui, avec le temps, on a fait des rencontres qui font qu'on aurait les gens pour pouvoir faire ce genre de projet. On en reparlera.
Julien Un jour. Peut-être.
Et comment vous présentez Magoyond à quelqu'un qui ne connaît pas du tout, du tout ? Vous partez plus de l'aspect musical ou vous partez plus du lore et de tout ce qu'il y a autour ?
Julien Je pense que ça dépend de qui on a en face de nous. Le true métalleux, le vrai métalleux, on va lui dire que... Déjà, attention, parce qu'on chante en français. [Rires] Il y a une chance sur deux qu’il claque la porte ! Et après, on va lui parler plus des styles musicaux, des choses comme ça. Le... Je ne vais pas dire geek, parce que ça pourrait être péjoratif. Mais la personne qui est passionnée et qui aime bien les cultures de l'imaginaire, on va la topper certes par la musique mais surtout par le lore et par les thématiques des chansons, le côté fin du monde, cinématographique, tout ça.
Bruno C'est par là qu'on est entrés à la base. Au tout début de Magoyond, en tout cas, c'était le cœur du public.
Julien C'était le postulat. On arrivait, on était en convention, on disait bonjour, on fait du rock zombie. Ça ne veut rien dire. Mais du coup, les gens étaient interloqués. Ils se disaient, mais qu'est-ce que c'est le rock zombie ? Et du coup, on sortait notre speech pour présenter le groupe. Ça nous a un peu trop collés à la peau, d'ailleurs, c’est un peu chiant.
Bruno Oui, jusqu'à Kryptshow, Necropolis, ça reste un petit peu... Pour l'anecdote, on arrivait pas à définir le style du groupe, parce que du coup, on nous associait à ça. Et après, on a fait du monster rock, du monster metal. Ça partait un peu dans tous les sens. Et aujourd'hui, encore, on sait toujours pas.
Julien Ben disons qu'on pouvait pas se catégoriser comme metal symphonique. Maintenant, on fait du metal avec orchestre symphonique, mais on n'est pas vraiment dans la case du metal sympho. Donc c'est très compliqué pour nous. Cinématographique, ça passe très bien. [Rires] Mais c'est dur.
Et sur les thématiques, on est parti sur autre chose. Mais on est quand même à la base effectivement sur des zombies, de l'apocalypse, etc., mais toujours avec de la légèreté et de l'humour. C'est difficile à trouver comme équilibre de ne pas partir trop dans un truc vraiment premier degré, ou ça se fait naturellement ?
Bruno Si on reprend les fondations du groupe, quand on écoute Pandemia, notre premier album de 2012, c'est vrai que c'était très humour. Enfin, tous les textes.
Julien Très potache.
Bruno Il y avait beaucoup de blagues, de jeux de mots. Très humour noir. Et plus on évolue, plus ça devient sérieux. Mais toujours avec ce petit côté un peu sarcastique…
Julien Un peu cynique.
Bruno Du coup, via les textes que Julien écrit, il a réussi à garder cette essence tout en la rendant plus sérieuse, tout comme l'est notre musique aujourd'hui. Je pense aussi qu'il y a ce côté-là qui se rejoint.
Julien Mais c'est super dur d'assumer des textes sérieux, pour moi. Parce que je ne sais pas écrire des trucs… je suis pas torturé dans la vie, donc j’ai pas forcément besoin d’écrire ça. Mais j’aime bien écrire des histoires. Et à côté de ça, il ne faut pas que ça fasse trop rigolo sinon on va tomber dans le Ultra Vomit style – bon, c'est poussé à l'extrême mais c'est un peu l'idée – et ce n'est pas ce qu'on veut faire. Ou bien le texte un peu rigolo français. Pareil, c'est pas trop ce qu'on veut faire. Parce qu'il y a plein de groupes comme Les 3 Fromages, les Princesses Leya qui sont déjà dans cette vague-là. Et nous, on veut raconter des histoires où les gens se disent que les méchants, c'est un peu des mecs cool. Mais en même temps, il ne faut pas que ce soit kitsch. C'est super dur d'écrire des textes. Pour que ça nous plaise, ça prend des itérations.
Bruno Il y a beaucoup de réécritures qui sont faites une fois que les paroles sont collées sur la musique. On se rend compte que ça peut être des sonorités, ça peut être le sens... Enfin, plein de choses.
Julien On se casse la tête en fait. Pour éviter que le premier truc qui soit attaqué, ce soit la voix. Bon, c'est toujours la voix, mais on veut éviter le : « c'est de la merde ce que vous chantez ». Et ça, du coup, on se le prend quand même. Mais vu qu'on essaye de faire un truc un peu carré, on se le prend de moins en moins.
En plus, il faut aussi que les textes puissent coller à la musique qui pour le coup est vraiment hyper riche, hyper élaborée.
Julien Ça c'était un postulat sur Necropolis. Je me suis dit : comment je vais chanter sur ces morceaux qui ont orchestre symphonique, qui sont énormes, qui nous dépassent, en fait. Parce que je ne me considérais pas… et c'est encore compliqué, le fait d'être chanteur et d'assumer le côté chanteur. Donc, il fallait que les textes soient carrés, soient ballsy. Parce que sinon ça ne marche pas. Sur Necropolis, j'en ai chié. Sur Zeppelin, c'était beaucoup plus facile. J'ai plus assumé ce rôle. Mais ça a été un processus long et douloureux.
Bruno On s'en souvient !
Et donc Zeppelin est sortie vendredi dernier [le 30 janvier], donc on est encore à chaud. Vous vous sentez comment ? Vous vous sentez soulagés ? Vous vous sentez crevés ? Vous êtes excités ? Vous êtes déjà sur la suite ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Bruno Ça a été tellement continu. Alors, soulagés de la sortie. Il y a eu aussi la première au cinéma qui a été un premier soulagement parce qu'on a eu des premiers retours à chaud de la part des gens, que ce soit sur les clips ou sur les musiques. Mais ce n'est pas fini en fait : on parlait du budget tout à l'heure. Pour le crowdfunding de Zeppelin, il y a eu beaucoup de choses à produire en termes de contrepartie. Et en fait on est encore dedans. Donc on n'arrive pas à...
Julien Vous l'avez constaté !
Bruno Avec tous les cartons qu'il y a dans le couloir… [Les couloirs du studio étaient remplis de colis à expédier aux contributeurs] On profite, on est contents. On a les bons retours des gens. Ou les moins bons, comme parfois il y a des commentaires assez « sympas » à lire.
Julien Y a des commentaires qui sont géniaux [il fait un petit rictus].
Bruno Mais du coup, on n'est pas à 100% focus sur le fait de : ça y est, c'est sorti, on peut profiter.
Julien On profitera vraiment quand le dernier contributeur aura reçu sa contrepartie. Que tout le monde sera content. Parce qu'il y a toujours du SAV, il y a toujours des trucs qu'on renvoie. On se dit, c'est fini. En fait non, parce qu'il y a des problèmes avec des CD, des vinyles, tout ça. Donc on est toujours un peu la tête dedans. Et je pense que ça va durer encore plusieurs semaines. Par contre, dès qu'on va sur nos commentaires Youtube ou sur les réseaux sociaux, là, c'est un déferlement d'amour de la part des gens. Et les gens sont super contents. Donc ça, ça nous rassure beaucoup. Parce que, encore une fois, tous nos morceaux sont un peu uniques. Et à chaque fois, c'est pas facile de montrer de la nouveauté. Donc les commentaires sont dithyrambiques. C'est fou. Ça nous fait tenir. Là, au moins, on est bien !
Le fait que le financement participatif ait super bien marché, quand même, ça met une pression supplémentaire, je suppose. On a encore plus envie de faire plaisir aux gens ?
Bruno Déjà qu'on se la met constamment, la pression. Quand il y a ça, en plus...
Julien En même temps, ça nous a tellement débloqué de trucs, qu'on s'est dit, ça va être cool. Parce qu'en fait, on a pu redébloquer... Je resitue, quand même. À la base, c'était un petit EP avec un budget « honnête » [Rires]. Quand tu vois qu'un EP de 5 titres fait plus que notre dernier album où il y avait 11-12 titres, c'est aberrant, tu vois. Et donc, ça s'est emballé. Mais comme on l'avait déjà fait, et que moi aussi, c'est mon métier d'accompagner des gros projets qui explosent sur les réseaux sociaux, sur les financements participatifs et tout ça, je l'ai pris en mode : OK, c'est bon, là, on a le soutien de la communauté, on va pouvoir faire tout ce qu'on a envie de faire, et on va pouvoir bien le faire. Donc, la pression, parce qu'on a l'habitude de ce genre de gros projet, elle était plus sur est-ce que les nouveaux morceaux vont plaire ? Bon, a priori, ça a l'air OK, mais sinon, tout le reste... Heureusement qu'on a ce studio, tout le reste a coulé de source, et ça a été une année chargée, mais ça a été une année où on était contents.

Et donc, si vous deviez pitcher rapidement, Zeppelin sur l'évolution de l'histoire, sur ce qui se passe ?
Bruno Les troubadours partent...
Julien À l'aventure ! Pitcher rapidement, il faudrait pitcher un peu Necropolis, mais en gros, nous sommes dans une cité-État qui s'appelle Necropolis, cette cité-État est une verrue sur la planète, elle est assiégée par les Titans, qui sont des gardiens de la planète. Et donc, la population de zombies et monstres décide de s'en aller, avant tout simplement de se faire exterminer par ces fameux Titans, et ils décident de partir en Zeppelin. Donc ils partent, mais ils ne savent pas du tout où ils vont arriver. Et donc, Zeppelin traduit ce grand voyage. En quelques morceaux, il y a cinq morceaux et demi, l'intro qui nous rattache à Necropolis, qui s'appelle "Le Départ", "Zeppelin" et "Pavillon Noir", qu'on pourrait considérer comme la montée, on s'en va. "Exil", qui est le voyage, et ensuite "Leviathan" et "We Come In Peace", qui sont le but et l'arrivée. Donc c'est littéralement un voyage. Sauf qu'on ne sait pas où on arrive.
Donc ça c'est pour la suite…
Julien Cliffhanger, exatement ! [Rires]
Et il y a eu quatre morceaux qui ont été clippés, c'est ça ?
Julien Tous, mais c'est pas encore sorti [à la date de l'interview]. Voilà. Et l'intro.
Je suis amusée à regarder un petit peu les commentaires YouTube, qui sont effectivement plutôt dithyrambiques dans l'ensemble. Ce que je comprends tout à fait, parce que j'ai adoré franchement le EP, je l'ai trouvé génial. Un petit coup de cœur pour "We Come In Peace", j'avoue, c'est ma petite chouchoute. Et quand j'ai regardé le clip, j'ai eu un petit moment de bug, je me suis dit : mais ça c'est pas filmé l'escape game Jules Verne, par hasard ?
Julien Nautilus [chez Unleash Escape]. Exactement. On a fait un partenariat à la base au lancement du financement participatif, où en fait je les ai contactés, et je leur ai dit : vous êtes l'endroit de Paris où c'est accessible pour nous, et où vous avez un décor à 360°, où on pourrait faire des choses, parce que… et on leur a pitché notre projet. Par une chance insolente, il y a un gars qui est dans l'équipe, qui écoute nos créations depuis plus de 10 ans, donc ça a renforcé le truc de « c'est sérieux, machin et tout », et ils nous ont laissé faire un petit peu ce qu'on voulait. Principalement dans le couloir, pour pas trop dévoiler l'escape game, mais oui. Et après, ça c'était il y a un an, et quand on a voulu aborder les clips, on s'est rendu compte qu'aucun des clips de l'album n'était clippable ! Enfin, aucun des morceaux n'était clippable facilement. Puisqu'il nous faudrait un vrai Zeppelin, des vrais décors, des trucs de fous, ou des budgets de malades, et donc je les ai rappelés en leur disant : j'ai un projet, on va voir comment ça va se passer. Et ça s'est fait vraiment très rapidement, je les ai contactés, on a contacté le Club de l'Étoile, parce que justement on savait qu'on allait faire l'avant-première là-bas, j'ai demandé à filmer, et puis j'ai élaboré cette histoire de conférence de presse, en en parlant vite fait au gars... en fait ça s'est fait en 10 jours, en une semaine, parce qu'il nous fallait des images.
Bruno Ouais, ça a été validé, et le lendemain t’es allé tourner à l’escape game.
Julien Exactement, on a été bloqués dans la réalisation des clips, parce que c'était trop gros pour nous, et qu'il nous aurait fallu un million d'euros [Rires], il nous aurait fallu un budget d'un épisode de Game of Thrones, ou des clips de Ronnie Radke, de Falling in Reverse, un truc énorme. On n'a pas ça, donc on s'est démerdés, et heureusement que Victor est là, notre guitariste lead, chef opérateur, qui nous a fait des images de fou dans cet escape game, et au cinéma, et grâce à ça, ça permet de faire des trucs.
Et vous l'avez fait l'escape game ou pas ?
Julien Oui ! Moi je l'avais fait avant. Et toi ?
Bruno Moi je l'ai fait aussi, mais à l'époque j’étais nul, on a perdu. [Rires]
Julien Comme on avait fait l'escape game, on savait que ça existait, et moi j'ai bossé pour des escape games, et on aime bien ce truc-là, on a balayé le champ des possibles des décors, et voilà, ça marche bien.
Comment ça s'est passé, les sessions de travail, sur ce EP ? Est-ce qu'il y a eu des nouveautés par rapport à votre méthode habituelle ?
Bruno Ouais, on a pu faire les maquettes de batterie, [Julien tapote sur la batterie] en jouant, réellement.
Julien En fait, le studio nous a apporté tellement de facilité. Avant, on composait le soir chez nous, jusqu'à 23h, minuit, 2h du matin… Laisse tomber nos compagnes !!! Et puis même, c'était compliqué, parce qu'on ne pouvait pas faire trop de bruit, on ne pouvait pas tester des choses et tout. Là, on avait des vraies sessions de travail, on a commencé le matin, à 9h, 10h… 11h pour certains [Rires]. Et on finissait tard quand on voulait, et on ne gêne personne. Nos voisins, c'est des tatoueurs, qu'est-ce que tu veux faire ? On n'a pas la voisine qui vient et qui te dit « Ouais, vous faites du bruit ! ». Ce qui a changé, c'est la capacité qu'on a eue à s'adapter énormément au lieu et à la créa. Il y a des jours, on pouvait pas, et d'autres où on a fait que ça du matin au soir. Le télétravail, pour certains, le fait que d'autres soient à leur compte ou intermittents, ça nous a permis une diversité de création qui était vraiment très cool. Il n'empêche qu'on aurait aimé avoir plus de temps, pour peaufiner encore plus de choses. Mais à un moment, il faut bien que ça sorte, le studio change énormément de choses. [à Bruno] Et donc, tu as enregistré tes pistes de batterie.
Bruno Oui, sur la batterie électronique.
Julien Tu as simulé le truc. Et après, on l'a retravaillé derrière.
Bruno À la différence de Necropolis et Kryptshow, où je faisais ça chez moi sur une batterie silencieuse, je travaillais mes idées et je devais les reporter après uniquement en programmation, là, au moins, on joue, ça sort sur la machine et puis on adapte derrière, s'il y a des choses à changer, on rejoue. C'est beaucoup plus flexible.
Julien Parce que la batterie est le seul instrument qui n'a pas été enregistré en vrai studio. Tous les instruments ont été enregistrés, sauf la batterie, parce qu'aujourd'hui, il y a des VST qui sont incroyables et qui nous économisent plusieurs milliers d'euros de sessions de studio. Donc, on a investi dans une batterie comme ça et on s'y retrouve très bien. Donc voilà, on a préféré mettre le budget sur un orchestre symphonique. C'est plus simple. [Il réalise ce qu’il vient de dire et rigole] Bon, pas plus simple, mais ça rajoute un truc en plus, alors que la plupart des groupes utilisent des plug-ins pour faire leur batterie. C'est le step d'après d'enregistrer la batterie.
Et donc justement, j'allais vous parler de cet orchestre et du chœur, etc. Qui sont ces gens ? [Rires]
Bruno Quelles sont leurs motivations ? [Rires]
Ont-ils été forcés à participer ?
Julien Écoute, on travaille avec Mortylab, qui est le gars qui nous a booké l'orchestre de Necropolis. Je ne sais plus comment on s'était rencontrés. Je crois qu'on avait vu passer des choses. Avant, il travaillait pour une autre société. Bref, il s’est mis à son compte. On a tellement été enchantés de travailler avec lui il y a trois ans, qu'on l'a rappelé tout de suite. Il nous a dit, je continue mon taf, j'adore votre projet, on va y aller, je vais vous mettre des tueurs. Parce qu'en fait, lui, il booke des musiciens. Il propose le projet par rapport à notre effectif et à ce qu'on veut faire, et ensuite il propose à des musiciens. Et on est trop contents, il y a des musiciens qui étaient déjà dans Necropolis, qui ont voulu revenir avec nous, ils avaient même leur t-shirt Necropolis et tout ça, en enregistrement. C'était ouf. Et on a découvert après la session qu'il y avait des musiciens, des tueurs, genre meilleur violoncelliste d'Europe, vraiment dans le top des meilleurs. Et plein d'autres encore de même calibre dans le roster. En plus, il nous a dit : « J'ai un des plus beaux studios de Paris, le studio Ferber. On prend ou on prend pas ? ». Bien sûr qu'on prend ! Et donc, grâce à Thibault Mortegoute, on a fait une session superbe. L'orchestre est plus petit que sur Necropolis, mais sans lui, on n'aurait pas eu tout ça. Puis pareil, tous les techniciens, tout ça... on a pu enregistrer dans le studio, on a pu faire des tas de trucs. Quand tu vois la liste des artistes qui sont passés dans le studio, il y a Aznavour, il y a Ozzy Osbourne, ça va très loin, et puis il y a nous ! [Rires] Ils font de la musique de film, en fait, ils savent faire. Ils savent avoir cette esthétique que nous recherchons.
Bruno C'est vrai qu'il y a eu Whiplash qui a été fait là-bas aussi. Entre autres.
Julien Oui, petite réf ! [Rires]
Et pour les enregistrements, concernant la partie avec l'orchestre et le chœur, ça a pris combien de temps ?
Julien Eh bien, en fait, c'est là où c'est fou, c'est que c'est une journée ! Ils sont tellement bons, c'est des musiciens professionnels. Ils ont eu la partition deux jours avant, ou un jour avant. Aspic, qui est notre bassiste, a fait tous les arrangements et a écrit toutes les partitions pour l'entièreté du chœur et de l'orchestre. Et on a fait une session de matinée avec tout l'orchestre et une session d'après-midi avec tout le chœur, à deux endroits différents. Et voilà, c'était fait. Et ils sont d'une rigueur et tout ça, ils découvrent, ils lisent la partition, bim, Arnaud, les coache… C'est pas le chef d'orchestre qui est là, derrière son truc, il écoute en fait ce que les gens vont réellement avoir dans leurs oreilles. Il affine… Trois prises, c'est fini.
Bruno C'est ce qui est visible dans notre making of.
Julien Oui, on a fait un making of de ça, oui, bien sûr. On va le faire parce que c'est un peu fou comme histoire, et surtout j'ai l'impression que c'est un peu rare pour des groupes de notre niveau... Donc on a tout filmé.
C'est bien, c'est une bonne idée. Donc là, il y a quelques live à venir. Moi j'ai vu que cinq dates pour l'instant annoncées. Mais il y a d'autres choses qui sont en cours d'organisation ?
Julien Il y a d'autres choses qui sont en cours de négociation, il y a des trucs qu'on peut pas encore annoncer, des choses qui vont venir. On a une chance de fou, c'est que depuis la fin de l'année 2025, je crois que tous nos concerts hors festival sont sold out. Ça ne nous était pas vraiment arrivé jusqu'à maintenant, mais il y a un engouement de fou. Donc, ouais. Et puis après, on est toujours à l'affût de nouvelles opportunités. Mais comme on n'a pas de tourneur officiel - enfin on travaille avec des gens, mais on n'a pas non plus de grosse boîte qui nous suit, on n'a pas forcément de label non plus - on est un peu dans notre coin. Donc on va là où on juge que c'est intéressant pour nous.
Et puis pas mal de festivals, vous avez toujours fait pas mal de festivals...
Julien Oui, même si on en fait de moins en moins.
Bruno Pas trop, enfin, si bien sûr, si tu parles de festival un peu dans le sens tout ce qui était conventions et autres…
Oui, c’est à ça que je faisais référence.
Bruno Oui, effectivement, on en a fait beaucoup. C'est vrai qu'on en fait de moins en moins parce que du coup, je pense que la musique s'y prête moins maintenant par rapport à ce qu'on fait.
Julien Oui, puis même, les concerts dans ces conventions, c'est toujours compliqué. Les conditions ne sont pas très bonnes.
Bruno Donc on en fait moins et tant mieux, dans un sens. Par contre, on aime toujours y aller parce que c'est toujours très cool, on y rencontre quand même pas mal de public qui est là depuis le début. Mais ouais, les vrais concerts dans les vraies salles, c'est quand même... Pour nous, en tout cas, tu vis mieux ton moment, c'est quand même quelque chose de plus...
Julien Tu préfères la salle noire, c'est jamais pareil. C'est bien parce que les conventions nous permettent de présenter le projet à d'autres personnes, de rencontrer beaucoup de fans. On fait maintenant des sessions de dédicaces qui durent des heures et des heures et c'est hallucinant. C'est juste fou. Quand on a commencé en 2010, il y avait 3-4 personnes devant notre stand. Et encore, c'était quand même cool.
Bruno On distribuait des cartes de visite !
Julien Et maintenant, en fait, on ne bouge plus du stand et on signe, on signe. Donc, c'est juste fou. Et ça, on garde cette proximité avec les gens là-bas. Mais tu vois, on va à Yggdrasil, la convention de Lyon. Avant, on faisait des concerts là-bas. Mais c'est compliqué pour eux, la scène, tout ça. Donc on s'est dit, on va faire le Rock’n’Eat la veille. Ensuite, on sera disponible tout le week-end sur le truc. Je crois que ça a été rempli en 10 jours, une semaine, un truc comme ça. Donc c'est cool. La convention nous permettait d'avoir un public beaucoup plus grand. Mais bon, les son est moins bons. Voilà.
Bruno Et puis ça embête les exposants aussi ! [Rires]
Julien On n'aime pas se faire détester par les gens. Qui sont nos collègues, en vrai. « Je vous aime beaucoup, mais là, vous m'avez saoulé ! ». Bah oui, un concert d'une heure pendant une convention, tu ne peux pas parler aux gens pendant une heure. Bon, voilà. C'est comme ça. [Rires]
Et pour conclure, une petite question qui n'a rien à voir. Quel est le dernier morceau que vous ayez écouté, hors Magoyond, bien sûr ?
Julien Ah, qu'est-ce que j'ai écouté tout à l'heure ? C'était du Supertramp.
Bruno Qu'est-ce que j'ai écouté récemment ? J'ai fait beaucoup de montage vidéo, donc je n'ai pas pu écouter beaucoup de musique.
Julien De la musique du droit de droit ! [Rires]
Bruno Entre autres ! [Rires] Non, ce que j'ai passé beaucoup en boucle - après on a été au concert aussi il y a quelques jours - mais Landmvrks. Ouais, ça a tourné en boucle, et ça tourne toujours en boucle, parce qu'ils ont fait quand même quelque chose de fou. Le concert a été énorme. Je pense que c’était LE concert de 2026 en groupe de metal français. Et autre truc que j’ai écouté récemment aussi, Novelists.
Julien Ouais, après moi j’aime bien écouter plein de trucs ! Tu vois, quand on fait des colis, soit on écoute du metal, soit on écoute des trucs plus chill, ça dépend de l’ambiance.
Bruno Oui, on n’écoute pas que du metal !
Eh bien merci beaucoup !
Julien & Bruno Merci à toi !
Orsola G.
