Nous avons rencontré les Three Days Grace lors de leur premier concert à Paris en décembre dernier. Ils sont à l'affiche du Hellfest 2026 pour défendre leur nouvel album Alienation sorti en Août dernier. [Interview avec Brad Walst, bassiste, réalisée par Sara Mahouachi]

C'est votre première fois en France ? On vous attendait depuis longtemps ! Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de venir ?
C'est une bonne question. Je ne sais pas pourquoi ça a pris autant de temps. On est venus en Europe souvent, mais jamais en France. Je ne sais pas pourquoi on a toujours "conduit autour". Je sais qu'il y a beaucoup de fans ici, je ne connais pas la logistique derrière tout ça, mais on est super excités d'être ici. C'est notre tout premier concert à Paris et en France. C'est un gros événement, dans une salle plus petite, un club, mais ça va être génial.
Le Trianon est un club magnifique, comme un vieux théâtre.
Oh, magnifique ! Ça va être fun.
Quelles sont vos attentes vis-à-vis du public français ce soir ?
Je suis sûr que ça va être un concert excitant. J'ai entendu beaucoup d'histoires d'autres groupes sur la qualité des fans ici, donc je n'attends rien de moins. Ça va être génial pour tout le monde, surtout pour les fans.
Vous êtes au milieu d'un cycle de tournée intense. Comment se sent le groupe globalement ?
On se sent plutôt bien. On en est à environ quatre semaines, donc certains commencent à tomber malades. On fait beaucoup de concerts en peu de temps — je crois qu'on vient de faire six concerts en sept jours, un truc fou comme ça. Mais on adore ça, c'est pour ça qu'on continue de jouer en live. On adore être en Europe. Il nous reste sept concerts avant de rentrer à la maison pour Noël.
2025 s'annonce comme une grosse année pour Three Days Grace. Quand vous regardez la dynamique actuelle, qu'est-ce qui vous frappe le plus ?
C'est assez dingue. C'était une idée qu'on a eue il y a quelques années de faire revenir Adam dans le groupe. Voir cette vague devenir de plus en plus grosse est très spécial et nous rend humbles. Les fans ont été géniaux. Certains concerts que nous faisons ici sont les plus gros que nous ayons jamais faits en Europe. Voir autant de gens sortir pour nous soutenir, ils veulent voir Adam, ils veulent voir Matt... c'est un sentiment incroyable.
Vous avez 30 ans de carrière. Quand vous regardez en arrière, de quoi êtes-vous le plus fier, humainement et artistiquement ?
Artistiquement, continuer de faire ça après 20 ans et plus, c'est insensé. Voir tous les chapitres par lesquels on est passés : Adam qui part, mon frère (Matt) qui arrive et qui s'en sort incroyablement bien... Le plus drôle, c'est que je vieillis mais les fans gardent le même âge ! On voit des gens de 13 à 30 ans dans le public alors que je frise la cinquantaine. Il y beaucoup de réussite, mais continuer à écrire de la musique avec mes meilleurs amis, c'en est une grande. Humainement, c'est probablement d'avoir des enfants et une famille qui me soutient.

Est-ce qu'à 18 ans, quand vous jouiez dans un sous-sol, vous imaginiez une telle carrière ?
Pas du tout. On a commencé au lycée, on faisait des reprises, on jouait dans un sous-sol. Notre premier groupe s'appelait Groundswell. On a déménagé à Toronto à 20 ans, on jouait dans des clubs pour le fun. Puis on a rencontré les bonnes personnes, des producteurs, et la fenêtre d'opportunité s'est ouverte.
Quel a été le moment où vous vous êtes dit "ça y est, on a réussi" ?
Je pense que c'est la signature du contrat avec la maison de disques. On vient du Canada et on a choisi un label américain, Jive Records. À l'époque, ils avaient NSYNC et Britney Spears, beaucoup de pop mais pas de rock. Quand on a signé, on a tous quitté nos boulots. J'étais comptable, assis à un bureau à taper des chiffres. Neil, le batteur, était électricien. Dès qu'on a signé, on s'est concentrés sur la musique. Et la magie a opéré avec "I Hate Everything About You". On l'a écrite avec Gavin Brown qui a été notre premier producteur et à partir de là, ça n'a fait qu'accélerer.
Vous avez récemment reçu une nouvelle certification RIAA. Qu'est-ce que ça fait de voir vos chansons résonner sur une telle échelle ?
C'est génial. J'essaie de ne pas trop regarder les récompenses, on va de l'avant. Quand je serai vieux, gris et grincheux dans mon fauteuil, je regarderai sans doute tout ça. Mais être reconnu dans sa profession, c'est incroyable. Donc merci à la personne qui a rendu ça possible !
Qu'est-ce qui fait que Three Days Grace reste aussi pertinent aujourd'hui ? Beaucoup de fans disent que votre musique les aide dans les moments difficiles.
On écrit sur des choses réelles qui se passent dans nos vies. Avant même de prendre une guitare pour un album, on discute beaucoup entre nous. C'est presque une thérapie. On déballe nos sentiments. C'est pour ça que les gens s'identifient, nos paroles sont franches et directes. Et c'est comme ça qu'on aime faire de la musique, et les gens ont l'air d'apprécier !

Avez-vous des rituels quand vous allez en studio ? Est-ce que chacun s'occupe d'une partie spécifique ?
On a toujours écrit ensemble, ça a toujours été nous 4 ou nous 5 dans une pièce, et si l'un de nous sort une mélodie qu'on aime, alors on se lance dedans. Mais on a toujours procédé ensemble, et je crois qu'après 20 ans de carrière ensemble, ça fait une différence. Donc on se moque un peu de qui écrit la mélodie ou les paroles, c'est plus quelque chose que tu ressens, et si tout le monde partage ce sentiment, alors c'est bon.
Comment décririez-vous le son de la basse de Three Days Grace ?
J'essaie de rester simple. Dans les années 90, on était presque un groupe de rock progressif avec plein de parties complexes. Un producteur nous a dit : "C'est cool, mais essaie de frapper cette note quatre fois de suite". On est un groupe très mélodique, donc je laisse de la place à la mélodie et au chant. Côté matos, j'utilise des basses Ernie Ball Music Man Stingray depuis 20 ans.
Aviez-vous un "héros de la basse" quand vous étiez jeune ?
J'ai toujours aimé Mike Inez d'Alice In Chains, j'adore son grain. Dans les années 90, il y avait aussi Flea (RHCP) ou Jeff Ament de Pearl Jam. J'étais un grand fan de grunge. J'ai construit mon jeu autour de ces grands noms.
Et à part le metal, vous écoutez d'autres styles musicaux ?
Quand je rentre chez moi, je n'écoute pas forcément de musique, ou alors du classique. Je crois que c'est un peu comme dans toutes les professions, quand tu rentres chez toi, tu ne veux plus en entendre parler (rires) !
En parlant de styles musicaux, est-ce que vous diriez que la simplicité est une philisophie pour vous ? Less Is More ?
Absolument, et je pense que Gavin Brown nous a beaucoup apporté sur cet aspect. il nous a aidé à construire le son de Three Days Grace, et Less Is More c'était un peu sa devise. Je pense que c'est compliqué d'écrire des choses simples parfois, parce que tu veux toujours faire plus. Mais c'est tout à fait notre philosophie.
J'ai beaucoup écouté votre dernier album, et j'ai adoré "Mayday". Ce titre me rappelle beaucoup l'ancien Three Days Grace, particulièrement "Animal I've Become". Comment est-ce que ce riff vous est venu ?
C'est le premier titre qu'on a écrit (d'Alienation ndlr), donc quand Adam est revenu on s'est tous mis d'accord sur le fait d'essayer de faire quelque chose. On s'est retrouvés chez Barry, il possède un studio dans un chalet dans les bois, et Mayday est le premier titre sur lequel on a travaillé. Je crois que c'est le riff de guitare qui est sorti le premier, et quelqu'un a dit : faisons-en la ligne de basse ! Alors j'ai essayé et ça sonnait vraiment comme Animal. Donc, vous voyez, tout se construit de manière organique et ça continue jusqu'à avoir un morceau.
Votre musique est connue pour son équilibre entre puissance et mélodie. Est-ce que c'est quelque chose que vous recherchez quand vous écrivez ou ça vous vient naturellement quand vous êtes en studio ?
Ca vient naturellement. On n'y va pas trop fort avec le scream ou les parties enervées, mais pour être honnête, sur Alienation on a travaillé avec Zakk Cervini, qui est évidemment un producteur aujourd'hui, mais qui a eu des passages metal très cool. Sur Alienation il y a des beats, des bridges, des parties metal auxquelles on n'aurait jamais pensé, on est très mélodique d'habitude mais il nous proposait des riffs, et c'était top, des riffs plus lourds auxquels on ne pense pas. Donc c'est top, avec cet album on a pu apporter des sons plus puissants, modernes et metal.
Est-ce qu'il y a des nouvelles directions musicales que vous souhaiteriez explorer à l'avenir ?
Oui, bien sûr ! On est en recherche constante de nouvelles saveurs. On ne s'éloigne pas trop de ce qu'est Three Days Grace, mais on travaille sur l'atmosphère, les sons, les parties mélodiques... Collaborer avec des gens nous aide beaucoup là-dessus. On est toujours ouvert aux collaborations parce qu'après avoir travaillé ensemble pendant 30 ans, parfois on s'assoit dans une salle et on se regarde dans le blanc des yeux, donc c'est bon d'avoir des idées fraîches ! Donc à l'avenir, je pense qu'on va chercher à collaborer d'avantage avec des personnalités du rock et du metal pour nous apporter ces nouvelles saveurs.
Si vous ne pouviez n'en citer qu'une ?
Je suis un très grand fan de Deftones, donc quelqu'un comme Chino. Barry est très fan de Dio, Rainbow est son groupe préféré !
Quelle serait la prochaine étape clé pour Three Days Grace ?
Franchement, juste de continuer ! Comme on vieilli, c'est de plus en plus compliqué de partir en tournée. Faire de la musique quand on aura cinquante, soixante ans peut-être serait cool ! Et puis, les shows sont de plus en plus massifs. Avec l'arrivée de Matt, on a travaillé à revenir à notre niveau, et je crois qu'on y est presque, donc pourquoi pas viser une plus grosse tournée avec des plus grosses salles de concert.
Le prochain chapitre du groupe en un mot ?
Legacy (Héritage).
Les questions surprise :
- Le cadeau le plus bizarre d'un fan : Une poupée "vaudou" de Matt avec de vrais cheveux humains reçue en Russie. Ils l'ont appelée Jimmy. On reçoit aussi beaucoup de cadeaux artistiques, certains sont super, d'autres sont vraiment drôles. Parfois on reçoit du chocolat !
- Le plaisir coupable en tournée : Écouter du Electric Callboy à fond avant les concerts.
- Talents cachés : Neil (batterie) est un bon danseur. Matt joue beaucoup à Fortnite. Barry est un pilote de course (il conduit des Porsche). Moi je suis comme la "maman du bus" (Bus Mom) car je veille sur tout le monde. J'imagine que c'est un talent !