30/8/2026

Judas Priest : 50 ans de metal et toujours l'envie d'avancer

Après plus de cinquante ans de carrière, Judas Priest continue de faire résonner son heavy metal aux quatre coins du monde, et le groupe s'apprête une nouvelle fois à retrouver le public français avec quatre concerts, précédés par leur présence au Motocultor Festival. Seul membre à avoir traversé toutes les époques du groupe depuis ses débuts, le bassiste Ian Hill revient avec nous sur les moments qui ont façonné Judas Priest, l'évolution du metal, sa manière d'aborder son instrument et la relève qui permettra au genre de continuer à vivre. Et lorsqu'on lui demande s'il lui reste encore un rêve à accomplir, sa réponse est aussi lucide que passionnée : continuer à jouer tant que la performance reste à la hauteur.

Bonjour, et merci beaucoup, je suis vraiment très heureuse de pouvoir discuter avec toi aujourd’hui ! Vous avez joué dans pas mal de festivals cet été, y compris Wacken, où vous avez une fois de plus fait un super show. Ce n’est pas la première fois que vous y jouez, est-ce que vous y avez également pris du plaisir cette année ?

Ian Hill : Oui, c’était super. C’est un festival très, très bien organisé, Wacken, et il y a énormément de monde là-bas, ce qui est génial, parce que les festivals en général sont une excellente idée : tu peux jouer devant des gens qui ne sont pas forcément venus pour te voir. Ils viennent voir quelqu’un d’autre, et tu peux faire passer ton message auprès de personnes qui ne viendraient pas forcément à tes propres concerts.

Donc c’est génial pour tout le monde, pas seulement pour nous, mais aussi pour les autres groupes. Ça permet de se présenter devant énormément de personnes.

Vous allez jouer plusieurs concerts en France dans les prochaines semaines, et vous êtes passés cet été par le Motocultor. J'avais interviewé Yann Le Baraillec, le fondateur du Motocultor, quelques temps plus tôt. Je l'avais déjà rencontré plusieurs fois auparavant, et honnêtement, je ne l’ai jamais vu aussi enthousiaste à l’idée de voir un groupe jouer à son festival. La moitié de ses réponses concernant cette édition étaient : Judas Priest, tout le temps ! Ça doit être quelque chose de vraiment spécial d’avoir une telle carrière depuis 50 ans, et de voir que les gens sont toujours aussi enthousiastes à l’idée de vous voir, ou de vous recevoir dans leurs festivals.

Oui, je veux dire, nous continuons à plaire aux jeunes partout, et je pense que c’est parce qu’avec chaque album et chaque tournée que nous faisons, nous essayons de faire un pas en avant et de rester modernes. Nous n’avons pas peur d’utiliser de nouvelles techniques d’enregistrement ou de nouveaux gadgets, ou quoi que ce soit d’autre. Nous essayons.

Si ça ne fonctionne pas, on arrête, mais ça permet de rester dans l’actualité, et ça permet de rester pertinent auprès des jeunes fans, et ça a payé. Je veux dire, on voit énormément de visages jeunes dans nos concerts, pas seulement dans les festivals, et c’est super. C’est une excellente nouvelle pour le metal en général.

Donc vous ne faites partie des gens qui pensent que le metal est bientôt mort ? Vous pensez qu’il y a de nouveaux groupes et de nouveaux fans qui vont le maintenir en vie ?

Oui, eh bien, ce sont les fans qui vont le maintenir en vie, parce qu’ils ont une approche différente de la musique. Je veux dire, quand tu regardes la musique pop, elle est partout, n’est-ce pas ? Elle est énorme.

On en entend sur son lieu de travail, sur la route, quand on fait les courses... On peut pas y échapper. Et c’est génial si tout ce que tu veux, c’est chanter le refrain, ou peut-être danser sur l’une de ces chansons. C’est très bien, et c’est ce que les gens font avec la musique pop. Mais il y a des gens qui sont plus curieux que ça, et ils se soucient de la structure de la chanson, au-delà de son refrain.

Ils se soucient de savoir s’il y a un grand solo, ils se soucient de savoir si le chanteur a une tessiture de deux octaves, ils se soucient de savoir s’il y a une ligne de basse intéressante ou un super motif de batterie. Et ils vont aller plus loin, et ils vont aller discuter de ça, pas juste discuter de ce que le groupe portait sur scène, tu sais, ils vont discuter de la musique elle-même. Et ces gens seront toujours là, que le metal soit là ou non.

Mais le fait est : si le metal meurt, par quoi est-ce qu'on va le remplacer ? Parce que ces types de personnes vont demander quelque chose de très similaire au metal. Donc on va le remplacer par quelque chose qui sonnera très proche, je pense.

Donc tant que ces personnes seront là, le genre continuera.

Judas Priest au Motocultor - Photo : François Capdeville

Vous avez beaucoup joué en France au cours de votre carrière, et vous revenez, comme je le disais, pour quelques dates bientôt. Parmi ces concerts, lequel attendez-vous le plus ?

C’est difficile à dire... On adore le Zénith à Paris, on a toujours adoré cette salle, on y joue depuis des années.

Mais la France en général a simplement ce merveilleux côté… ce côté français dans tout ! Elle a simplement une saveur différente des autres parties de l’Europe. Et on a hâte d’y aller chaque fois qu'on a une date française, on a hâte de venir jouer pour vous.

Et sans te demander de gros spoiler, à quoi est-ce qu'on peut s'attendre pour ces concerts ?

Oh, ce sera du Judas Priest typique, tu sais : tout en grand, de grosses lumières, des motos, des lasers, tout sera là, personne ne repartira déçu, je pense ! Et la setlist, on l'a modifiée, on a une sorte de setlist davantage adaptée aux festivals cette fois-ci. Il y a beaucoup de classiques appréciés des fans, une ou deux nouvelles chansons, quelques morceaux qu'on a pas joués depuis un moment...

Donc encore une fois, une bonne variété de ce que nous avons fait pendant les 50 dernières années.

Donc on aura un petit peu de chaque époque de Judas Priest ?

Ouais, ouais, nous avons des chansons qui remontent aux années 70, 80, 90, on essaie de conserver un large éventail de ce que nous sommes.

Tu es aujourd'hui le seul à avoir toujours été dans le groupe. Quand tu regardes en arrière, selon toi, quels sont les moments qui ont vraiment défini le groupe ?

Je pense qu’il y en a eu plusieurs au fil des années. Je pense que le premier album à nous définir en tant que groupe de heavy metal a probablement été British Steel. C’est là que tout s’est mis en place.

Avant ça, le heavy metal n’existait pas quand nous avons commencé à la fin des années 60, au début des années 70. C’était du heavy rock ou du rock progressif, comme on l’appelait à l’époque. Et ce n’est vraiment qu’à la fin des années 70 que, lorsque quelqu’un disait qu’il était dans un groupe de heavy metal, les gens savaient de quoi on parlait, comme pour un groupe de blues ou un groupe de jazz ou quoi que ce soit.

Donc, vers 1980, avec British Steel, tout s’est mis en place : la direction, l’image, et ce qu'on voulait pour nos albums également. C’était le premier album avec Tom Allom comme producteur, et il est resté jusqu’à... je pense que c’était Ram It Down. Donc ouais, il y a eu ça.

Il y a eu d’autres moments déterminants également. Probablement Defenders of the Faith, qui, je pense, tout bien considéré, est probablement notre meilleur album. C’était la fin d'une époque, si tu vois ce que je veux dire.

Après ça, on a tenté des choses plus expérimentales l'album Turbo sur lequel on a utilisé des synthétiseurs, et on a obtenu des résultats mitigés. Certaines personnes ont adoré, certaines personnes ont détesté ! Mais quoi qu’il en soit, on l'a fait, et le disque existe ! Et il y a de super chansons dessus.

Mais après ça, on est revenus à quelque chose de plus dur avec Ram It Down et avec Painkiller. Et puis il y a eu une pause pendant un certain temps, pendant que Rob faisait des trucs de son côté, on va dire.

Mais ce sont les points marquants, je pense.

Judas Priest au Motocultor - Photo : François Capdeville

Comme tu l'as dit, vous avez toujours essayé d’expérimenter avec de nouveaux styles, de nouvelles choses. Est-ce qu’il y a aujourd’hui de nouveaux genres ou sous-genres de metal qui vous intéressent et dans lesquels vous puisez de l’inspiration ?

Ouais, sans citer de noms, j’ai remarqué qu'à la fin des années 80/début des années 90, le heavy metal s’est fragmenté, tu vois ? Je veux dire, on a toujours essayé d’être polyvalents. On a fait des chansons qui font pleurer et des chansons font peur, et tout ce qu’il y a entre les deux.

Mais à la fin des années 80/début des années 90, ça s’est en quelque sorte fragmenté et vous deveniez soit un groupe de speed metal, soit un groupe de grunge, soit un groupe gothique, etc., tu vois ce que je veux dire ? Plein de groupes sont partis dans une direction et n'ont rien fait d'autre. Rien de mal à ça, bien sûr ! Au final, ça reste du rock et du metal !

Mais ce que j’ai remarqué, c’est que les groupes plus modernes que j’entends occasionnellement à la radio, et bien sûr dans les festivals et des choses comme ça, commencent à redevenir plus polyvalents. Les gens n’ont pas non plus peur de faire même un morceau plus commercial, et c'est important.

Si tu fais un disque "commercial" qui est diffusé sur une radio grand public, tu fais passer ton message auprès d’un nombre de personnes beaucoup plus important. Et j’ai remarqué que ça se produisait ces dernières années et c’est bon signe ! Comme ça, des gens peuvent découvrir non seulement ton groupe mais aussi le metal en général, ça peut être une passerelle.

Et est-ce que tu penses que ton approche de la basse a changé ou est-ce que tu es resté fidèle à ta philosophie ?

Elle a un peu changé sur les deux derniers albums. Les lignes de basse sont devenues beaucoup plus chargées parce que c’est ce que les morceaux ont exigé. J’ai toujours pensé qu’il fallait faire ce qui était bon pour la chanson, pas ce dont on est capable, sinon on finit par jouer du jazz !

C'est vrai que parfois, plus, c’est moins ! Ça enlève quelque chose au feeling de la chanson, si on s'agite trop. Et c’est pareil pour la batterie, tu sais.

Mais cette philosophie reste toujours valable et je fais ce qui est bon pour la chanson. Et, comme je l’ai dit, sur les deux derniers albums, les morceaux étaient plus chargés et c’est ce dont ils avaient besoin. Donc j'ai suivi le mouvement !

Est-ce que tu as l’impression d’être toujours en train d’apprendre, après toutes ces années ?

Oh oui, bien sûr ! On n’arrête jamais d’apprendre. On apprend quelque chose tous les jours.

Même des trucs tout bêtes, du style ne pas mettre une chaussette rouge en machine avec ton linge blanc ! [Rires] Mais oui, on apprend quelque chose tous les jours, pas seulement au point de vue musical, mais de manière générale.

Et est-ce qu’il y a encore un rêve que tu aimerais réaliser avec Judas Priest, quelque chose que vous n’avez pas encore réussi à accomplir ?

Je pense qu'on a réalisé la plupart de ces rêves. On a eu des albums d’or et de platine, on a été intronisés au Rock and Roll Hall of Fame, on a remporté des Grammy Awards... Et maintenant ce serait simplement formidable de partir sur une bonne note, tu vois ?

C’est ça, l’objectif du moment : continuer jusqu’à ce que la performance commence à en souffrir. Et là, il sera temps de penser à raccrocher son tablier.

Vous avez encore beaucoup de temps devant vous avant d'en arriver là !

Je l’espère, ouais ! [Rires]

Merci beaucoup et on vous retrouve bientôt en France !

Oui, on a super hâte !!!

Orsola G.

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