Ce soir-là, rien ne s’est passé comme prévu.
Initialement programmé avec une première partie au Café de la Danse, le concert parisien de Jared James Nichols s’est transformé, au dernier moment, en un véritable marathon. L’artiste attendu en ouverture ne s’étant jamais présenté, le guitariste américain a accepté d’assurer, au débotté, un double set — pour le plus grand bonheur du public.
C’est après ce concert intense que nous avons finalement rencontré Jared James Nichols. Pourtant, malgré la fatigue, le musicien s’est montré d’une disponibilité et d’une gentillesse rares, prenant le temps de saluer ses fans, de remercier son public et d’échanger avec une sincérité désarmante.
Entre confidences sur "Ghost", résilience, collaborations rêvées et rapport à la musique, Jared James Nichols s’est livré avec humilité et passion — fidèle à l’image qu’il donne sur scène.
Alors, qu’est-ce qui s’est passé ce soir ? Parce que ce double set n’était clairement pas prévu…
Jared James Nichols : Pas du tout ! J’étais vraiment content au final, parce que… ben déjà, les gens avaient l’air super heureux. Normalement, on devait avoir quelqu’un en première partie, Afrodiziac. Sauf qu’on n’avait plus de nouvelles depuis des semaines. On nous avait juste dit qu’il viendrait « peut-être » sur la tournée. En gros, on naviguait dans le flou total. Hier, je lui envoie un message : “Hey mec, prêt pour demain ?” Pas de réponse. Et aujourd’hui, il finit par dire qu’il est aux Pays-Bas et que sa voiture est en panne.
C’est vraiment bizarre.
Très bizarre.
C’était juste pour ce soir ou pour toute la tournée ?
Apparemment, il ne sait pas s’il pourra faire les autres dates… et on en a vingt-deux. Donc en gros : il ne fera plus partie de la tournée. On a dû trouver une solution, mais on n’a été mis au courant qu’à… 16 h ? Donc une fois arrivés ici, on nous a dit qu’il était trop tard pour trouver une première partie. Alors le staff nous a demandé, un peu gêné : “Est-ce que vous pourriez jouer deux sets ?” Et franchement je suis content qu’ils aient osé demander, parce que c’était vraiment fun. Et je crois que le public a aimé aussi !
En gros il t’as « ghosté »… [un des singles de l’album s’appelle Ghost, Jared voir tout de suite la référence et éclate de rire]
Il m’a complètement ghosté, oui. Totalement.
Justement, parlons de "Ghost". Tu étais fraîchement signé chez ton nouveau label. Comment la chanson est-elle née ?
J’ai un ami à Nashville, Tyler Bryant. Tu dois le connaître ?
Oui, en effet.
C’est un super songwriter. Il a un studio génial. Et à chaque fois qu’on passe du temps ensemble… en cinq minutes on écrit une chanson. Ce jour-là, il se met à la batterie et il me dit : “Vas-y, joue un truc.” Je gratte un riff, il part dessus… et en une demi-heure on a une chanson complète ! À la base, je ne pensais pas du tout qu’on en ferait réellement quelque chose. Mais quand on écoutait les démos de l’album, on s’est dit : “Hé, mais cette idée est vraiment cool.” Je l’ai fait écouter au groupe, on a commencé à la bosser… et on a décidé de l’enregistrer. On l’a finalement enregistrée dans le studio de Dave Grohl, celui des Foo Fighters. C’était dingue. La chanson parle d’un truc que tout le monde connaît : cette petite voix dans ta tête qui te dit que tu n’es jamais assez bien. Que ce soit musicalement, physiquement… n’importe quoi. C’est comme courir après son propre fantôme, une ombre qui te fait douter. Et parfois, c’est dur de ne pas l’écouter. C’est une chanson vraiment fun à jouer. Et je suis super heureux que les gens l’adorent.
Et comme tu l’as dit, tu as enregistré "Ghost" dans le studio de Dave Grohl. Comment était l’expérience ?
Complètement folle. Jay Ruston était à la production, et l’endroit débordait d’histoire. On utilisait du matos ayant servi pour Nirvana, Cheap Trick… il y a tellement d’énergie là-dedans. J’étais comme un gamin. C’était inspirant du début à la fin.
Tu as enregistré une chanson avec Tyler [Bryant], qui a pour point commun avec toi d'avoir bossé avec Mark Morton. On a d’ailleurs parlé de toi il y a quelques mois quand je l’ai interviewé… [Rires]
Ah oui ? J’adore Mark. C’est un mec tellement gentil, et tellement fun.
Tu as l’air d’aimer travailler avec d’autres artistes. Qu’est-ce que ça t’apporte ?
Pour moi, la musique c’est avant tout partager quelque chose avec d’autres gens. C’est une communauté. Chaque fois que je peux jammer ou créer avec des amis, c’est ce que je préfère. Mark m’a appelé un jour : “Hey mec, je fais un album. Tu veux jouer dessus ?”. J’ai dit oui tout de suite. C’était hyper naturel. On a enregistré à Nashville avec Troy [Sanders], de Mastodon, et d’autres musiciens incroyables. C’était fou.
On dit que Nashville tourne un peu au ralenti entre mi-décembre et début février. C’est vrai ?
Honnêtement… oui. C’est le moment où tout le monde rentre à la maison, plus personne n’est sur la route. Moi aussi, je rentre vers le 8 décembre. Je ne fais qu’un concert pour le Nouvel An, sinon je suis chez moi. C’est la pause.
Y a-t-il quelqu’un avec qui tu rêverais de travailler ?
Oh, tellement de gens ! Rival Sons, Blackberry Smoke, Gov’t Mule… Ou alors jammer avec différents musiciens, bosser avec des producteurs comme Dave Cobb… J’espère que j’aurai la chance de collaborer avec eux un jour.
Tu as parlé de mentors qui t’ont aidé à avancer. Est-ce que tu te sens prêt à devenir mentor à ton tour ? Beaucoup de gens t’admirent.
Oui, je pense. La partie la plus difficile, c’est de s’enlever soi-même de son propre chemin, tu vois ? De laisser la place. C’est un rôle spécial. Je trouve ça touchant que des gens me regardent comme une inspiration. J’essaie d’être pro, inspirant, et de garder la magie de la musique vivante — surtout pour les jeunes. Parce que quand on vieillit, on perd parfois ce regard émerveillé. Mais la musique, c’est puissant. Tu peux tout faire si tu t’y mets vraiment.
Tu as connu des moments compliqués : ton label, ton accident… Est-ce que tu sens que ça t’a rendu plus fort ?
À 100 %. Dans la musique, il y a plus d’obstacles que de facilités. Tu dois apprendre à encaisser, t’adapter, rebondir. Sur le moment, j’étais en colère ou perdu. Mais avec le recul, chaque difficulté m’a appris quelque chose et m’a fait aller plus profond en moi-même. Ça m’a rendu plus fort.
Et ton bras ? Comment ça va aujourd’hui ? [Il s’était cassé le bras dans un accident, et il y avait de gros risques qu’il ne parvienne plus jamais à rejouer de la guitare]
Tiens, touche ! Tu sens, là ? Il reste peut-être 10 % qui cliquettent parfois quand je le tourne, mais globalement : tout va bien. Il est solide !
Tu parles souvent d’un « toi version 2.0 ». Qu’est-ce qui a changé ? Tu te sens plus libre ?
Oui, complètement. J’ai appris qui je suis, ce que je veux faire. Et je ne me demande plus : “Est-ce que c’est assez bien ? Est-ce que je devrais faire ça ?” Je fais juste de la musique honnête, la plus vraie possible.
Tu ressens de la pression quand tu écris ?
Avant oui. Maintenant, non. Je me laisse porter et je vois où la musique m’emmène.
Tout le monde parle de ta guitare, mais tu es aussi un très bon chanteur. Tu travailles beaucoup les deux. C’est quoi ta routine ?
J’ai dû tout apprendre par moi-même. Trouver ma voix, apprendre à chanter… ça m’a pris autant de temps que la guitare. Au début, je chantais par nécessité, tout simplement parce que personne d’autre ne chantait. Ça a été un long chemin, mais je suis content d’où je suis arrivé.
Il y a plein de tes chansons que j’adore : "Skin ’n Bones", "Can You Feel It ?", "The Gun"… Mais si je devais en choisir une seule, ce serait "Nails in the Coffin". C’est la première chanson que j’ai découverte de toi, et ça a été le coup de foudre dès la première seconde !
Merci beaucoup. Ça me touche toujours d’entendre que mon travail peut apporter des émotions positives aux gens…
Si toi, tu devais choisir une seule de tes chansons, laquelle retiendrais-tu ?
Je dirais "Nails in the Coffin" aussi. Elle est puissante à plusieurs niveaux — pas seulement musicalement, mais aussi dans son message. Beaucoup de gens me disent qu’elle les touche très profondément. C’est ce qui compte le plus pour moi.
Merci à Roger Wessier (Where the promo is) et Philip Jaurigi qui ont rendu possible cette interview.
Le prochain album de Jared, Louder Than Fate, sortira le 5 juin prochain et est disponible dès maintenant en précommande !
Découvrez ici son nouveau single, "Pretend" :
Orsola G.
