7/8/2025

Entretien avec Frédéric Leclercq pour la sortie d'In Devastation, de Sinsaenum

À l’occasion de la sortie d’In Devastation, le troisième album de Sinsaenum, nous avons eu le bonheur d'échanger avec Frédéric Leclercq. Multi-instrumentiste reconnu, il a notamment officié au sein de DragonForce, Kreator, Loudblast et bien sûr Sinsaenum, projet extrême qu’il a cofondé avec le regrettéJoey Jordison. Avec l’humour qu’on lui connaît et une franchise rafraîchissante, il revient sur la genèse de ce nouvel opus, ses choix artistiques et sa vision sans compromis du metal.

Le groupe existe depuis quand même pas mal de temps, mais il me semble qu'il avait germé dans ton esprit encore bien avant ça. C'est un projet que t'as mis des années à mettre en place…

C'est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps. Je crois qu'on l'a annoncé en 2016, en fait, quand l'album est sorti, le premier album. Mais on en parlait déjà en 2013 et j'en parlais déjà avant, en 2009, 2008. J'avais des morceaux. Le premier morceau a même été écrit en 98. En fait, j'ai toujours voulu jouer ce style de musique et il se trouve que ça ne s'est pas fait pour diverses raisons.

Et pour trouver aussi peut-être des gens...

Oui, et trouver le temps aussi, avoir le déclic, la bonne équipe. Au début, c'était un peu genre : « Ah, j'aimerais bien faire ça, il faudrait un de ces quatre…. ». Puis j'étais occupé avec DragonForce, ça prenait beaucoup de temps. C'est toujours pareil, il faut trouver le temps pour faire les choses.

Oui, tu dois être très occupé, effectivement. Il y a eu DragonForce, Kreator, plein d'autres projets aussi, sur lesquels tu as fait des sessions, des lives, plein de choses. Et parmi tous ces projets, est-ce que là, tu dirais que c'est celui qui tient le plus à cœur, parce que c'est un peu ton bébé ?

Oui, les gens disent toujours, comme pour les morceaux, c'est tous mes enfants. [Rires] Mais oui, celui-là me tient particulièrement à cœur. Là, en plus, cet album-là est particulier. Mais de manière générale, oui, ça me tient à cœur. C'est moi qui suis le maître à bord, qui compose la majorité des choses. Donc, c'est important, c'est une manière vraiment de m'exprimer. Mais c'est aussi important que Kreator est important, ou Loudblast, ou le reste.

J'ai lu que tu avais dit que c'était toi le « boss » mais qu'il n'y avait pas de dissension dans les processus de compo, etc. Est-ce que ça a été le cas encore pour cet album ?

Oui, je suis en train de chercher.... Tu sais, les inconnus, le sketch, Negra Bouch’Beat !

Ah oui, il n'y a pas de leader ! [Rires]

Il n'y a pas de leader ! [Rires] C'est moi qui écris tout et qui compose tout [Rires]. Mais voilà. D'autant plus qu'étant dans Loudblast également, je voulais que Stéphane compose tout pour Loudblast, et je pense que c'était mieux que chacun mettre dans des cases. Donc là, l'album, je l'ai appréhendé seul dans ce sens-là. Et c'est peut-être mieux comme ça. L'album précédent, c'était un effort plus collectif, c'était très bien. Mais là, il se trouve que ça s'est fait comme ça. Mais Negra Bouch’Beat quand même ! [Rires]

Et au niveau du style, je trouve que là, par rapport aux deux premiers, c'est un album avec plus de richesse encore. Une palette beaucoup plus large, mais tout en restant vraiment super cohérent. Il y a des morceaux comme "Last Goodbye" ou "This Wretched World", qui vont explorer des territoires vraiment super différents. Est-ce que c'est l'évolution normale de ce que tu composes, ou est-ce que c'est parce que tu t'es laissé plus de liberté en te disant : « Le groupe est un peu installé ; peut-être que je peux aller voir plus loin » ?

Je pense que c'est ça. Je ne me suis pas posé beaucoup de questions. Les morceaux sont arrivés naturellement. C'est ce que j'ai répété un peu au cours de la journée promo, en analysant. Je n'ai pas préparé mes réponses aux éventuelles questions qu'on allait me poser. C'est un peu au fur et à mesure que j'analyse. Le premier album, c'était une lettre d'amour au style et en même temps, une sorte de justification : « Je connais le style, faites-moi confiance », parce que les autres appartenaient à ce style extrême et moi, je venais de DragonForce. Ça, c'était le premier album. Le deuxième, il a été fait dans la colère. Je n'étais pas content de la manière dont les choses se déroulaient. C'était compliqué. Là, quand j'ai commencé tous les morceaux, il n'y avait rien à prouver. Pas de limite, pas d'agenda... Ça s'est fait comme ça. Je ne me suis pas posé de limites. J'ai laissé venir les choses. Je sais pas si la réponse te convient, sinon je peux la refaire !  [Rires]

Non, c'est très bien ! [Rires] En termes de longueur des morceaux, sur le précédent, il y avait deux morceaux plus longs. Là, il y a juste "Last Goodbye" qui est plus long et du coup qui a une évolution plus marquée au cours du morceau que les autres. Avec DragonForce, c'est des morceaux plutôt longs et pareil avec le côté très changeant. Toi, tu es plus attiré par ce style ou tu as plus envie de faire des choses directes ?

Ça dépend. Je m’impose pas avant de faire un morceau qui est court. Ça vient comme ça vient. J'ai grandi en écoutant des choses comme My Dying Bride. Les morceaux sont super longs, à tiroir. J'aime ça. J'aime également les morceaux super directs, simples. Encore une fois, ça vient naturellement. Je me dis pas… enfin, ça m'est déjà arrivé de me dire que j'allais faire un morceau un peu épique. Mais là, par exemple, "This Wretched World" est long aussi. Parce que ça s'est fait comme ça. Il y a des changements à la partie solo. Je voulais qu'elle évolue, qu'elle raconte une histoire. Et à contrario, il y a des morceaux qui sont courts comme "Cede to Thunder" ou "Destroyer". Parce que pareil, ça s'est fait comme ça.

Ce que j'ai ressenti par rapport aux deux précédents, c'est qu'il y a vraiment une atmosphère qui est très présente. Il y a certains morceaux, c'est même presque plus l'atmosphère que la musique ou les paroles, qui me prend vraiment aux tripes, par exemple, "Obsolete and Broken" ou des morceaux comme ça. Est-ce que quand tu les as composés, tu as ressenti quelque chose de différent par rapport à ce que tu ressens d'habitude ?

Je ne sais pas. Je pense que quand je les ai composés, je me suis dit : « Tiens, c’est des bons morceaux ! » [Rires]. Je pense que c'est ça. Je me suis dit que c'était cool. "Obsolete and Broken", je suis super fier de la partie solo. Je trouve que c'est cool. J'étais vraiment content. C'est bien tombé, parce que j'ai commencé à composer avant... C'était en 2019, où j'ai commencé à composer une grosse partie de l'album. C'est venu naturellement. Après, ça a été plus compliqué à terminer parce qu'il s'est passé tout ce qui s'est passé [Entre autres, le décès du batteur Joey Jordison]. Mais oui. J'ai toujours su que ça ferait un bon album. Il fallait juste... Enfin, c’est pas pour m'envoyer des fleurs, mais je trouve que c'est des super morceaux. C'était compliqué de choisir lesquels ne pas mettre sur l'album, dans quel ordre, etc. Mais j'avais un bon pressentiment.

Tu en as qui sont de côté, que tu penses utiliser plus tard ?

Oui. On verra sous quelle forme. On verra… Il y en a trois de côté.

D'accord. Et là, si tu devais choisir un ou deux titres sur cet album qui te tiennent particulièrement à cœur, ce seraient lesquels ?

Euh… "Last Goodbye". Et... "Obsolete and Broken". Voilà. [Rires]

C'est vrai que moi j'aurais du mal à choisir parce que j'ai vraiment adoré l'album.

Merci !

Je l'ai trouvé exceptionnel, franchement. Mais c'est vrai que les morceaux que tu as cités, c'est ceux qui sont peut-être un peu plus... je ne vais pas dire originaux, mais qui ont vraiment une patte assez différente. Mais après, il y a plein de morceaux aussi qui sont extrêmement efficaces.

Oui, oui.

Rien que le premier single, déjà, c'est droit au but. Et quand on écoute ça, c’est très fort dès la première écoute... Et donc, le choix de celui-ci pour être le premier single, il vient de toi ou c'est le label ?

Non, non, c’est moi. Je trouvais que c'était bien. Je voulais que ce soit... Après divers essais, je voulais que ce soit le premier morceau sur l'album, qui porte le titre de l'album. Et je me suis dit que c'était bien de le sortir. Il est super efficace pour le coup. Et le sortir en clip, c'était bien, c'est une bonne présentation de ce qu'on est maintenant. C'est efficace. Il y a des touches de death, je dirais à l'ancienne, mais ça sonne un peu plus moderne. C'est méchant. C'est "bim" ! Voilà.

Concernant les dates annoncées, il y en a quelques-unes en France, principalement. Le fait d'être un groupe avec des membres qui sont déjà dans plein d'autres groupes et qui en plus vivent dans d'autres pays, je suppose que ça complique le processus quand on doit mettre sur pied des live, des tournées, des choses comme ça ?

Oui, c'est compliqué. Et puis moi, j'ai un emploi du temps vraiment chargé avec Kreator. Donc, on fait comme on peut. Je me laisse porter par les événements. Je m'occupe pas de cette partie-là. J'ai pas l'énergie de m'occuper de ça. Mais oui, on essaie aussi de planifier pour peut-être janvier. On essaie de voir tout ça. Mais je te dis, l'album m'a pris beaucoup d'énergie émotionnellement et je me laisse un peu porter.

D'accord. Bon, moi de mon côté j’espère qu’il y aura quelque chose à Paris ou alentours, parce que pour l'instant, il n'y a rien dans le coin !

Non, il n'y a rien dans le coin. Mais on travaille dessus, mais peut-être, je ne sais pas ! Sinon, il faudra que tu viennes ailleurs !

Je me déplacerai, tant pis. J’ai vu qu’il y avait Lille, c’est pas trop loin !

Eh oui, ben voilà, viens ! [Rires]

Oui, et en termes de festival, cet été, il n'y a pas parce que...

Je reviens de Festosh avec Kreator. Ça fait deux jours que je suis rentré. Et je repars le week-end prochain. Je fais le Copenhell. Après, je ne sais pas quoi, mais je suis occupé tout l'été. Donc, rien pour Sinsaenum. Et puis pas avant la sortie de l'album.

Donc là, tu m'as dit que tu avais déjà des morceaux de côté. Est-ce que si prochain album il y a, ce sera dans un délai un peu plus court qu’entre celui-ci et le précédent ?

Là, il y a eu quoi ? Six ans ?

Oui.

Ouais, je pense. On verra. Je me laisse porter. Là c'était déjà galère de le sortir et d'avoir l'énergie pour le faire. C'était en dents de scie. Comme mon humeur. Donc, ça sortira quand ça sortira. Déjà, il faut que ça sorte ! Mais j'aimerais que ça soit pas dans six ans, effectivement.

Oui, mais bon. C'est vrai que la dernière fois, il y avait des circonstances particulières. Et là, normalement...

Oui ! Quand même….

On touche du bois ! Et est-ce que ça te plairait pour un prochain album de collaborer avec des gens qui seraient pas forcément dans le groupe, mais de faire des genres de featuring ? Et si c'est le cas, est-ce que tu as quelqu'un en particulier avec qui tu aimerais bosser ?

Comme ça ? Non, personne. Je n'ai pas de... J'ai déjà collaboré avec d'autres gens dans d'autres projets, avec Elize, par exemple, d'Amaranthe. J'ai fait un album avec Sigh, un groupe de black japonais. Mais pour Sinsaenum... Sur le premier album, on a eu, justement, Sigh, en invité, et Shmier, de Destruction. C'était sur les chœurs de "Army of Chaos". Sur le deuxième, il y a eu Lauren de Once Human. Là, il n'y a personne. Enfin, je ne crois pas ! [Rires] Mais là, comme ça, non, personne en particulier. Peut-être que ça viendra ! [Rires]

Et en termes de style, est-ce que tu as l'intention d'explorer encore des choses un peu différentes ?

On verra quand ça sortira. On verra ce que ça donne. J'aimerais bien rester dans la même... Je pense que là, il y a une lignée. Ça s'est défini. Il y a un style. Et c'est cool. J'espère que j'aurai encore ça quand il sera temps de composer les morceaux. Dieu seul le sait !

Et si tu pouvais jouer dans un endroit vraiment très surprenant. Mettons que tout soit possible… Je ne sais pas. Un château hanté, un sous-marin, l'ISS, ce que tu veux. Qu'est-ce que tu aimerais faire ? Qu'est-ce qui pourrait être sympa ?

Avec Sinsaenum ou peu importe ?

N’importe !

J'aimerais bien jouer au Super Nintendo World à Osaka. J'y suis allé, c'était vachement cool. J'aimerais bien faire un concert là-bas.

Ah, ça oui !

Alors, je ne sais pas avec quel groupe. Ou juste moi tout seul, j'en sais rien. Mais j'aimerais bien jouer là-bas. C'est le premier truc qui me vient à l'esprit comme ça.

Ouais, ça serait marrant. Tu es fan de Nintendo ou c’est juste...

Oui, fan de jeux vidéo. Mais oui. La NES et la Super NES. J'ai grandi avec ça !

Et tu as déjà composé des musiques pour des jeux ?

J'ai fait des musiques qui étaient inspirées de jeux vidéo. Avec DragonForce, j'avais fait des morceaux qui étaient inspirés de Castlevania. J'ai collaboré avec Pierre Le Pape sur une musique de jeux vidéo. Et c'est tout, pour le moment. Mais j'adorerais faire ça. Voilà. J'adore, oui, j'adore les jeux vidéo.

Si quelqu'un t'appelle et te dis...

Ah oui, oui, oui ! J'en ai déjà parlé avec des gens mais ça ne s'est pas fait. Du moins, de ce que je me souvienne ! Si ça se trouve, j'ai fait un truc et je l'ai oublié ! [Rires] Mais non, je ne crois pas. Mais j'adorerais ça, oui. J'adore les jeux vidéo, même si j’ai plus le temps d'y jouer.

Et pour le cinéma ?

Euh... Je n'ai pas fait mais j'aimerais également. Ça me botterait bien. En fait, j'aime toutes les manières de m'exprimer musicalement. Je suis ouvert à toutes propositions.

Donc il n'y aurait pas un... Par exemple, un style de film ou un réalisateur avec qui t'aimerais vraiment travailler ou...

Euh... Pas particulièrement, mais j'adorerais faire de la musique de films d'horreur. C'est un style qui me parle. Voilà. Donc oui, j'aimerais bien.

Eh bien peut-être qu’on aura l’occasion de se retrouver pour parler de ta première BO une prochaine fois, alors ! [Rires] En tout cas merci infiniment, et bon courage pour cet été chargé !

C’est moi qui te remercie !

Un grand merci à Frédéric, mais aussi à Roman Richez, de l'agence Singularités, pour avoir organisé cet entretien.

Retrouvez toutes les infos sur Sinsaenum sur Facebook et Instagram.

Orsola G.

No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.