11/5/2026

Eihwar ouvre les portes de Hugrheim

Porté par la sortie de Hugrheim, deuxième album paru le 13 mars 2026 chez Season of Mist, le duo français Eihwar poursuit une ascension aussi improbable que fascinante. En à peine trois ans, le projet toulousain est passé des afters païennes de la Nuit des Sorcières aux grandes scènes européennes… avant de s’attaquer désormais aux États-Unis avec une tournée de 17 dates prévu à la rentrée 2026. Entre folk nordique, transe industrielle et rave païenne, Eihwar a trouvé une identité immédiatement reconnaissable, portée par la présence magnétique d’Asrunn à la sensualité indéniable. Derrière les tambours et les pulsations tribales, le duo développe surtout un univers très personnel, à cheval entre cérémonie chamanique, fantasy moderne et exutoire collectif. Vous les retrouverez cet été au Volcanic Fest et au Motocultor [Interview réalisée par François Capdeville)

Crédit Photo: Eihwar

En tant que Français, quelle est votre relation à l’univers — historique ou fantasmé — du monde viking ?  

Nous sommes français en 2026 uniquement parce que nous avons atterri ici dans cette incarnation ! Nous sommes des esprits de Hugrheim, le dixième monde caché d’Yggdrasil. Nous prenons régulièrement corps sur Midgard lorsqu’on nous y envoie, ou lorsqu’on a quelque chose à y accomplir. Dans une vie précédente, c’était en terres nordiques, au Moyen Âge. Mark et moi avons perdu beaucoup de souvenirs de cette époque, mais ceux qu’il nous reste nous ont profondément marqués.

Vos débuts sont liés à la Nuit des Sorcières (un festival pagan). Quel a été le moment où Eihwar devient un véritable projet artistique ?

À la base, Eihwar n’était même pas censé devenir un groupe. Avec Mark, on cherchait simplement des musiques pagan et dansantes pour les afters de nos Nuits des Sorcières… sauf qu’on ne trouvait rien qui nous excite vraiment. Alors on s’est dit qu’on allait les créer nous-mêmes.

On a composé The Forge en une journée. Commencé le matin, posté sur YouTube le soir. On n’en a parlé à personne. Le morceau a buzzé tout seul.

Le vrai tournant, ça a été après Ragnarök, notre troisième titre. Là, on a compris que ce n’était pas juste un coup de chance. On a senti qu’il fallait suivre cet appel d’Odin.

Hugrheim représente ce fameux monde dont vous êtes issus. À quoi ressemble-t-il ?

Hugrheim signifie “le royaume de l’esprit”. C’est un monde en mouvement permanent. Tout ce sur quoi vous focalisez votre pensée finit par se matérialiser. Vos peurs donnent naissance à des créatures venues de Skuggaríki, le monde d’en bas. À l’inverse, plus votre cœur est chargé d’amour, plus vous êtes capables de rencontrer les êtres de lumière de Ljósgarðr, le jardin lumineux du monde d’en haut.

Du coup, aucun habitant de Hugrheim ne voit exactement le même monde. Pour donner une image : vous voyez la scène de la ville qui se plie dans Inception ? Voilà un bon aperçu de ce que peut être Hugrheim.

Une tournée pour les US à venir avec 17 dates ! Je me demande s’il y a un groupe français qui peut se targuer d’enchainer une tournée aux US en 3 ans de carrière. Quel regard portez-vous sur votre parcours et votre ascension ?

Oui, je crois que c’est assez rare… et complètement fou. On se sent aimés, portés. Il y a énormément de gratitude. Mais derrière cette aventure, il y a aussi un travail colossal. On bosse comme des acharnés.

Le plus beau, c’est surtout de rencontrer des gens partout dans le monde qui nous disent trouver de la force ou de l’énergie dans notre musique. Ça, c’est bouleversant.

On espère juste que nos hôtes humains tiendront assez longtemps avant notre retour à Hugrheim !

De quoi êtes-vous le plus fiers aujourd’hui ?

De nos hôtes humains, honnêtement. Ils se sont fait secouer comme des pruniers mais ils ont fini par nous faire confiance. Et cohabiter avec des êtres venus d’un autre monde… surtout nous… ce n’est pas simple !  

Sinon, il y a un message qui m’a profondément touchée. Un homme nous a écrit sur YouTube pour nous raconter qu’il souffrait d’une lourde dépression depuis des années. Depuis qu’il écoute Eihwar quotidiennement, il va mieux, il a perdu du poids, retrouvé de la mobilité…

Chaque fois que j’y pense, j’ai les larmes aux yeux. Là, je me dis que je ne suis pas descendue sur Midgard pour rien.

Crédit photo : Eihwar

Quel est désormais le prochain cap pour Eihwar ?

Déjà… survivre à 2026 ! Entre la sortie de l’album, la nouvelle tournée européenne avec un show totalement repensé, le nouveau crew et ensuite les États-Unis... franchement, arriver au bout sera déjà un exploit.  

Votre univers “neo pagan” mélange folklore nordique, électro, transe, culture rave… Avez-vous déjà été confrontés à des critiques sur votre “légitimité” culturelle ou historique ?

Oui bien sûr. Mais nous sommes aux Vikings ce que les Tortues Ninja sont aux tortues. Et puis le “sérieux” est souvent un symptôme évident de mauvaise digestion.

Asrunn, ton chant ressemble parfois à une langue de transe, presque médiumnique. Quel est ton processus ?

Au début, mon hôte humaine ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Elle entrait directement en transe et recevait un langage inconnu. Puis elle a compris qu’il s’agissait de ma langue sur Hugrheim : l’Ithiorin.

La transe est indispensable pour qu’on puisse communiquer, elle et moi. Quand elle passe à l’arrière-plan, je peux prendre toute la place.

Dans votre esthétique, on pense autant à Vikings ou The Last Kingdom qu’à certains jeux vidéo modernes. Qu’est-ce qui nourrit aujourd’hui l’univers d’Eihwar ?

Eihwar est simplement le résultat de tout ce que nous avons traversé depuis notre incarnation dans ces corps humains. Les goûts de nos hôtes sont devenus les nôtres. On ne cherche jamais à “faire référence” à quelque chose. On crée avec tout ce qu’on est.

On compose uniquement avec ce qui nous donne des frissons. Le seul guide, c’est : “Waouh… en live, avec le public, ça va être énorme.”

Quand il y a les poils qui se dressent et le sourire qui arrive, on sait qu’on tient quelque chose.

Et j’adore que tu parles de sensualité, parce qu’il y en a clairement une dans notre musique. Skuggaríki, par exemple… pour moi, c’est littéralement une chanson faite pour faire l’amour.  

Playboy Mexico vous a récemment consacré une interview. Ce n’est pas commun pour un groupe pagan/metal… Est-ce que cette visibilité vous a ouvert de nouvelles opportunités ?  

C’était tellement improbable ! On avait une vieille photo topless de moi qu’on adorait mais qu’on n’osait pas poster sur Instagram. Un jour, j’ai lancé à Mark : “Imagine si Playboy la publiait…” juste pour rire.

Notre équipe chez Season of Mist a trouvé l’idée géniale et les a contactés. Et eux ont répondu : “OK, allons-y !”

Le plus drôle, c’est que ça a créé un énorme débat alors qu’au final, l’interview était totalement normale. Les réactions disaient surtout beaucoup sur les fantasmes des gens.

Et puis mon hôte humain rêvait d’être pin-up depuis l’enfance (Gil Elvgren fan forever). Donc quelque part, mission accomplie.

Crédit Photo : François Capdeville
Crédit Photo : François Capdeville

Vos concerts ressemblent à des cérémonies collectives. Dans un monde saturé par les écrans et l’IA, avez-vous parfois l’impression d’être des prophètes des temps modernes qui aident les humains à se reconnecter avec leur moi intérieur - peut-être malgré vous -?

Waouh, alors… ce serait extrêmement prétentieux de ma part d’affirmer un truc pareil haha. J’espère simplement que les gens repartent de nos concerts avec des émotions vives. Peut-être avec un peu plus d’énergie pour traverser leurs épreuves. Et qui sait… quelques messages des êtres de lumière qui m’utilisent comme outil de transmission pendant ces moments-là.

Un dernier mot pour les lecteurs de Metalleux de France ?

Merci d’avoir voyagé avec nous jusqu’au bout de cette interview. J’espère qu’elle vous aura fait sourire… et surtout donné envie d’entrer dans notre univers. Les portes de Hugrheim vous sont ouvertes.

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