1/6/2026

Dystopie et colère : le manifeste d’Ice Chemicals

Formé en région parisienne en 2018 et actifs depuis 2020, Ice Chemicals possède une identité singulière dans le paysage du metal français. Entre metal alternatif, metalcore, influences industrielles et univers dystopique assumé, le sextet développe une musique abrasive. Après un premier album "Alchemy"et un EP "The Pyre", le groupe revient aujourd'hui avec The Lowest Point, un album abrasif, et plusieurs concerts notamment à l'Omega Sound Fest et au Fertois Metal Fest. [échange avec Anais, chanteuse, Jeff, chanteur et Lucas, guitariste par François Capdeville]

Ice Chemicals, 2026

Quand on écoute The Lowest Point, on a l'impression d'entrer dans un univers où le monde est au bord de la rupture. Cette dimension dystopique semble être au cœur de votre identité. D'où vient cette fascination ?

Jeff : J'ai toujours été passionné par les univers de science-fiction, de fantasy sombre, de comics et de cinéma post-apocalyptique. Mais au-delà de ces références, il y a surtout le monde réel. L'actualité, la géopolitique, la santé mentale, les inégalités, l'écologie ou encore le poids du capitalisme sont des sujets qui nous touchent tous. Les dystopies sont une manière de parler du présent sans être frontalement dans le commentaire politique.

Pourtant, malgré ce constat parfois sombre, on sent aussi une forme d'espoir dans plusieurs morceaux...

Jeff : Parce que les dystopies ne sont pas des modes d'emploi. Elles servent d'avertissement. Je reste convaincu que l'humanité est capable du pire comme du meilleur. Dans des titres comme Die & Retry, Lost My Way ou Turn To Dust, il y a toujours cette idée de renaissance, de seconde chance... Cette idée de recommencer à zéro, de se dire, mais en fait, maintenant qu'on connaît les erreurs, comment faire pour éviter que ça merde à nouveau. On peut encore changer les choses.

Revenons au commencement. Comment est née l'aventure Ice Chemicals ?

Jeff : D'une manière très française ! J'ai rencontré le proto-groupe Ice Chemicals chez mon fromager. Tu sais, entre Metalleux, on se reconnait de loin ! On a commencé à parler metal et il m'a expliqué qu'ils cherchaient un chanteur. À l'époque, Ice Chemicals n'était encore qu'un projet instrumental porté par Stéphane, guitariste et Kevin à la basse. Moi je prenais des cours de chant et je me suis greffé au projet. Puis Anais nous a rejoint pour composer et faire des mélodies. Et un jour en faisant des démos, on s'est rendu compte que mêler nos voix masculine et féminine fonctionnaient trop bien... 

Anaïs : J'avais l'impression d'être un peu la nana qui tape l'incruste dans le groupe de metal. Moi, j'étais là pour faire la compo, à l'origine pas pour chanter. Puis en fait, tous les mecs m'ont regardé et m'ont dit « Oh, c'est trop bien, tu veux rester ? »

Jeff: Elle est vraiment devenue chanteuse à part entière. Petit à petit, les choses se sont construites naturellement. On a ensuite recruté Alex, le batteur via Zikinf, à l'ancienne!

Le groupe que vous êtes aujourd'hui ressemble-t-il à celui que vous aviez imaginé au départ ?

Jeff : Pas du tout. À l'origine, nous étions très orientés metalcore moderne, et techniques, très influencés par Periphery. Puis les personnalités, les influences et les envies de chacun ont enrichi le projet. Aujourd'hui, on retrouve du metal alternatif, de l'indus, du néo metal, du rock moderne et même des éléments plus progressifs. Dans notre évolution, le guitariste originel Stéphane a voulu renouer davantage avec le Metalcore et a décidé de renouer avec. Nous avons donc recruté Lucas. Mais nous sommes restés en très bon termes avec Stéphane.

Le Covid est arrivé très tôt dans l'histoire du groupe. Est-ce que cela a freiné votre développement ?

Jeff : Curieusement, pas tant que ça. On compose énormément à distance. Le confinement nous a même permis d'avancer sur plusieurs morceaux supplémentaires. Quand tout a rouvert, nous avions déjà suffisamment de matière pour construire un véritable album.

Vous vous souvenez de votre premier concert ?

Jeff : Oh que oui ! Nos chers amis de Iceland, groupe de trash français myhique des 90's qui sont aussi des voisins, nous ont proposé d'ouvrir pour la release party de la réédition de leur album éponyme.

Anaïs : Très bien ! J'étais terrorisée. On était complètement figés sur scène.

Jeff : Heureusement, qu'ils étaient au premier rang pour nous encourager. Je me souviens de Bernard qui nous coachait en direct. "Bouge ! Souris !" Aujourd'hui, quand on revoit les vidéos, on mesure le chemin parcouru.

Votre univers visuel est particulièrement travaillé. La pochette de The Lowest Point intrigue immédiatement. On y voit comme une basilique inversée...  

Jeff : Nous voulions une image forte. Si tu remarques bien, c’est une basilique inversée qui fusionne avec des structures pétrochimiques. C'est une métaphore des systèmes de pouvoir qui influencent nos sociétés : la religion, le capitalisme, l'industrie. Tout cela dégouline d'une matière noire qui symbolise la corruption et la dégradation progressive des valeurs.

Quelles sont vos principales influences ?

Jeff : Musicalement, je viens beaucoup du metal alternatif des années 2000 : Slipknot, Korn, Marilyn Manson, Rammstein, System Of A Down. Mais sinon en termes d'univers littéraire, je suis très branché fantasy, science-fiction, donc forcément, toutes les dystopies, si on parle de cinéma, je pense à Matrix, par exemple. Du côté des comics, les Marvel DC, et des trucs moins mainstream, on va dire typiquement, le Transmetropolitan.

Anaïs : Moi, je suis très attirée par les univers musicaux plus sombres, aux sons plus crades, plus industriels ou expérimentaux. Nine Inch Nails, Björk, PJ Harvey... La dark fantasy aussi.

Lucas : J'ai grandi avec le metal moderne mais aussi avec les grands classiques du thrash. Slipknot a été une véritable révélation lorsque j'étais adolescent.

Ice Chemicals, 2026

Lucas, Tu es le dernier arrivé dans Ice Chemicals, mais cela fait déjà un an et demi que tu fais partie de l'aventure. Comment as-tu trouvé ta place au sein d'un groupe qui possédait déjà son identité musicale et visuelle ?

Rejoindre Ice Chemicals a été une formidable opportunité. Je suis bassiste à l'origine, mais également guitariste, surtout dans un registre metal. J'avais beaucoup d'idées de compositions que je n'avais jamais vraiment pu développer. En arrivant dans le groupe, j'ai trouvé un collectif ouvert où chacun apporte sa sensibilité. Travailler avec des musiciens plus expérimentés m'a permis de progresser rapidement. J'ai essayé d'apporter ma propre couleur, notamment une approche plus mélodique de la guitare, avec davantage de solos et d'ambiances, ce qui s'entend sur des morceaux comme Inside My Head ou Divinity.

Parlons de la scène. Qu'est-ce que vous ressentez juste avant de monter jouer ?

Jeff : De l'excitation pure. Quand l'intro démarre, tout le stress disparaît.

Geoffrey : Le live, c'est la récompense de tout le travail. C'est là que les morceaux prennent réellement vie.

Ice Chemicals, 2026

Quelle est le prochain rêve à accomplir ?

Jeff : Une vraie tournée. Pas forcément dans des salles immenses. Juste partir deux semaines sur les routes, jouer chaque soir dans une ville différente, vivre cette aventure collectivement. Pour l'instant, on veut voir jusqu'où The Lowest Point peut nous emmener. Cet album est celui qui nous place sur la carte. Le prochain devra nous faire franchir une nouvelle étape.

Quel est le morceau dont vous êtes le plus fier ?

Anaïs : Social Justice. C'est probablement le titre le plus révolté du disque. Je prends énormément de plaisir à l'interpréter.

Jeff : I Am The System. Son final est conçu pour la scène. Mon rêve, c'est de voir une foule entière sauter dessus comme dans les grands concerts qui m'ont fait aimer le metal.

Lucas : Turn To Dust. Il résume parfaitement tout ce qu'est Ice Chemicals : la mélodie, la puissance, les contrastes et cette petite lumière qui subsiste malgré l'obscurité.

J'aime beaucoup votre titre Download Spiral avec notamment cette introduction apocalyptique en intro...

Ce que tu entends au début, c'est un extrait de la dernière conférence du congrès des scientifiques de l'énergie atomique qui maintiennent cette horloge de l'apocalypse. Cette horloge nous indique à quel point on est proche de la fin du monde. On doit être à quatre-vingt-cinq secondes de l'apocalypse.

Un dernier mot pour les lecteurs de Metalleux de France ?

Ice Chemicals : Allez voir des concerts. Soutenez vos salles locales, vos petits festivals, les groupes émergents. Les plus belles découvertes ne se trouvent pas toujours sur les plus grandes scènes. La scène metal vit grâce à ceux qui la font vivre au quotidien.

No items found.
No items found.
No items found.
No items found.
No items found.