Formé en région parisienne en 2020, Ice Chemicals possède une identité singulière dans le paysage du metal français. Entre metal alternatif, metalcore, influences industrielles et univers dystopique assumé, le sextet développe une musique abrasive. Après un premier album et l'EP The Pyre, le groupe revient aujourd'hui avec The Lowest Point, une œuvre qui explore les fractures de notre époque, les dérives du pouvoir et les failles de l'âme humaine. Porté par un univers fort à mi-chemin entre Asimov (père de la SF moderne) et Mad-Max, Ice Chemicals est un groupe taillé pour la scène. On les retrouvera notamment à l'Omega Sound Fest et au Fair2Metal Fest. [échange avec Anais, chanteuse, Jeff, chanteur et Luca, guitariste par François Capdeville]

Quand on écoute The Lowest Point, on a l'impression d'entrer dans un univers où le monde est au bord de la rupture. Cette dimension dystopique semble être au cœur de votre identité. D'où vient cette fascination ?
Jeff : J'ai toujours été passionné par les univers de science-fiction, de fantasy sombre, de comics et de cinéma post-apocalyptique. Mais au-delà de ces références, il y a surtout le monde réel. L'actualité, la géopolitique, la santé mentale, les inégalités, l'écologie ou encore le poids du capitalisme sont des sujets qui nous touchent tous. Les dystopies sont une manière de parler du présent sans être frontalement dans le commentaire politique.
Pourtant, malgré ce constat parfois sombre, on sent aussi une forme d'espoir dans plusieurs morceaux...
Jeff : Parce que les dystopies ne sont pas des modes d'emploi. Elles servent d'avertissement. Je reste convaincu que l'humanité est capable du pire comme du meilleur. Dans des titres comme Dying Retry, Lost My Way ou Time To Dust, il y a toujours cette idée de renaissance, de seconde chance. On peut encore changer les choses.
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Revenons au commencement. Comment est née l'aventure Ice Chemicals ?
Jeff : D'une manière très française ! J'ai rencontré notre futur chanteur chez mon fromager. On a commencé à parler metal et il m'a expliqué qu'il prenait des cours de chant. À l'époque, Ice Chemicals n'était encore qu'un projet instrumental porté par deux musiciens. Petit à petit, les choses se sont construites naturellement.
Le groupe que vous êtes aujourd'hui ressemble-t-il à celui que vous aviez imaginé au départ ?
Jeff : Pas du tout. À l'origine, nous étions très orientés metalcore moderne, très influencés par Periphery. Puis les personnalités, les influences et les envies de chacun ont enrichi le projet. Aujourd'hui, on retrouve du metal alternatif, de l'indus, du néo metal, du rock moderne et même des éléments plus progressifs.
Le Covid est arrivé très tôt dans l'histoire du groupe. Est-ce que cela a freiné votre développement ?
Jeff : Curieusement, pas tant que ça. On compose énormément à distance avec Guitar Pro. Le confinement nous a même permis d'avancer sur plusieurs morceaux supplémentaires. Quand tout a rouvert, nous avions déjà suffisamment de matière pour construire un véritable album.
Vous vous souvenez de votre premier concert ?
Anaïs : Très bien ! J'étais terrorisée. On était complètement figés sur scène.
Jeff : Heureusement, nos amis du groupe Iceland étaient au premier rang et nous coachaient en direct. "Bouge ! Souris !" Aujourd'hui, quand on revoit les vidéos, on mesure le chemin parcouru.

Votre univers visuel est particulièrement travaillé. La pochette de The Lowest Point intrigue immédiatement. On y voit comme une basilique inversée...
Jeff : Nous voulions une image forte. Si tu remarques bien, c’est une basilique inversée qui fusionne avec des structures pétrochimiques. C'est une métaphore des systèmes de pouvoir qui influencent nos sociétés : la religion, le capitalisme, l'industrie. Tout cela dégouline d'une matière noire qui symbolise la corruption et la dégradation progressive des valeurs.
Quelles sont vos principales influences ?
Jeff : Musicalement, je viens beaucoup du metal alternatif des années 2000 : Slipknot, Korn, Marilyn Manson, Rammstein, System Of A Down.
Anaïs : Moi, je suis très attirée par les univers plus sombres, industriels et expérimentaux. Nine Inch Nails, Björk, PJ Harvey...
Lucas : J'ai grandi avec le metal moderne mais aussi avec les grands classiques du thrash. Slipknot a été une véritable révélation lorsque j'étais adolescent.
Parlons de la scène. Qu'est-ce que vous ressentez juste avant de monter jouer ?
Lucas : De l'excitation pure. Quand l'intro démarre, tout le stress disparaît.
Jeff : Le live, c'est la récompense de tout le travail. C'est là que les morceaux prennent réellement vie.

Quelle est le prochain rêve à accomplir ?
Jeff : Une vraie tournée. Pas forcément dans des salles immenses. Juste partir deux semaines sur les routes, jouer chaque soir dans une ville différente, vivre cette aventure collectivement. Pour l'instant, on veut voir jusqu'où The Lowest Point peut nous emmener. Cet album est celui qui nous place sur la carte. Le prochain devra nous faire franchir une nouvelle étape.
Pour terminer, quel est le morceau dont vous êtes le plus fier ?
Anaïs : Social Justice. C'est probablement le titre le plus révolté du disque. Je prends énormément de plaisir à l'interpréter.
Jeff : I Am The System. Son final est conçu pour la scène. Mon rêve, c'est de voir une foule entière sauter dessus comme dans les grands concerts qui m'ont fait aimer le metal.
Lucas : Time To Dust. Il résume parfaitement tout ce qu'est Ice Chemicals : la mélodie, la puissance, les contrastes et cette petite lumière qui subsiste malgré l'obscurité.
Un dernier mot pour les lecteurs de Metalleux de France ?
Ice Chemicals : Allez voir des concerts. Soutenez vos salles locales, vos petits festivals, les groupes émergents. Les plus belles découvertes ne se trouvent pas toujours sur les plus grandes scènes. La scène metal vit grâce à ceux qui la font vivre au quotidien.