Trente ans de carrière, un best-of, des concerts aux quatre coins de l'Europe et une évolution musicale qui semble ne jamais vouloir s'arrêter : Dirty Shirt a largement de quoi regarder derrière lui. Pourtant, le groupe roumain préfère manifestement regarder devant. À l'occasion de la sortie de Dirty Thirty Live, Mihai revient sur les débuts presque artisanaux du groupe, le chemin parcouru depuis la Roumanie post-communiste, la naissance de leur identité musicale, leur incroyable collectif de musiciens et les projets déjà bien avancés pour la suite. Avec, au passage, quelques histoires de vans, de pizzas, de cuivres, de danseurs et de niveau de QI dangereusement bas.
30 ans de Dirty Shirt, presque sans interruption. Un être humain, quand il a autour de 30 ans, en général, il reste à la fois jeune et énergique, mais il est en même temps plus mature. Est-ce que tu dirais que, pour Dirty Shirt, c'est plus la maturité qui prime ou plutôt l'énergie ?
Ah, c'est les deux. Si on ne garde pas l'énergie... Je pense que l'énergie, musicale mais humaine aussi, définit beaucoup le groupe. Donc on garde toujours l'énergie, mais évidemment, il y a aussi un côté expérience qui est devenu une maturité. Bien sûr, il y a un mélange des deux, je pense.
Quand on prépare un best-of comme Dirty Thirty et qu'on doit se replonger dans tous les morceaux du passé, quel regard on porte sur ces morceaux ? C'est plutôt un côté archiviste, un peu détaché, ou c'est plutôt la nostalgie qui prédomine ?
Ni l'un ni l'autre. On a sélectionné les morceaux qu'on considère comme les meilleurs, les plus représentatifs, ceux qui ont le plus de succès, parce que finalement, le succès et la qualité des chansons sont donnés par le public. Même si tu considères que c'est un super morceau, si les gens ne l'aiment pas, c'est que ce n'est pas vraiment ça.
On a essayé quand même d'avoir au moins une chanson de chaque album, pour avoir une certaine représentativité, mais évidemment, le gros de la playlist, ce sont les trois derniers albums, qui sont les meilleurs albums, ceux qui ont eu le plus de succès, etc. Par exemple, de Very Dirty, le premier album de 2000, on n'a gardé aucun enregistrement original, mais on a gardé un morceau qui a été refait 25 ans après.
Ça a été difficile de vous mettre d'accord sur le choix des morceaux ? Parce qu'il y en a beaucoup !
Oui. Après, il y a eu des discussions dans le groupe : « Pourquoi il n'y a pas ce morceau-là ? Moi, je l'aime bien. Pourquoi il n'y a pas celui-ci ? » Je pense que l'idée aurait été d'avoir 35 morceaux. Peut-être pas cinq, mais trois ou quatre morceaux de chaque album auraient pu faire partie de la sélection.
Il y a donc eu des discussions dans le groupe là-dessus. Ce qu'on va faire aussi, c'est un Best of Live, qui devrait sortir bientôt. Cette fois-ci, il y aura de petites différences dans la playlist.
Il y a certains morceaux qui ne sont pas passés sur l'album, mais qui ont bien fonctionné en live et qui sont inclus dans la version Best of Live.
Et quand il y a des désaccords, ça se passe comment ? Vous votez à la majorité ou il y a quelqu'un qui arrive davantage à imposer son point de vue ?
Les décisions importantes, ce sont des votes chez nous. Donc voilà, c'est démocratique. Comme on est huit, si c'est 50-50, c'est grave ! Mais d'habitude, c'est au vote.
Après, pour les décisions courantes, comme on fait beaucoup de do-it-yourself dans le groupe, généralement, si c'est une question liée au travail de quelqu'un du groupe, on ne va pas voter. Il va demander l'avis des autres, mais c'est lui qui décide.
Par exemple, Rini, le chanteur, s'occupe du merch. Parfois, il demande : « Tu préfères ce design ou celui-là ? », mais finalement, c'est lui qui prend la décision.
Pour les morceaux, comme c'est moi qui gère la partie artistique du groupe, le dernier mot, c'est généralement moi qui l'ai. Mais bon, il y a eu des discussions et des votes.
Donc tu dis que c'est démocratique parce que c'est toi qui as le dernier mot, c'est ça ? [Rires]
[Rires] Quand c'est 50-50, il faut bien que quelqu'un le fasse… Il y a eu un morceau ou deux morceaux sur lesquels on n'arrivait pas à décider. Comme je me suis occupé du projet et que j'ai produit l'album, j'ai pris la décision.
C'est quel morceau ?
Je ne me rappelle pas. Je pense que "Mental Csardas" n'est pas inclus sur le Best Of. Il aurait pu en faire partie, mais on l'a inclus dans le live. Et après, il y en avait un autre, c'était "East West".
En plus, c'était une collaboration avec des chanteurs français, parce qu'on avait la bande de Marseille avec qui on avait fait ce morceau en 2010. C'était Candice d'Eths. Il y avait aussi les gars de Tripod et de Babylone Pression.
Mais finalement, ce morceau, on ne l'a pas inclus parce qu'on a considéré qu'il y avait de nouveaux morceaux. Là, c'était une décision difficile : est-ce qu'on allait inclure ou non les deux morceaux, les deux singles du prochain album ?
Parce qu'ils ne sont pas encore sur un album précédent. Finalement, on a décidé de les inclure parce que c'est dans la période précédente, même s'ils ne sont pas encore sur un album. C'est pour cette raison que deux anciens morceaux ont fait de la place pour les deux nouveaux.
D'accord. Alors, on va faire une petite séquence « 30 ans, 30 secondes ». Je vais te donner des propositions et tu dois répondre vraiment du tac au tac, sans prendre le temps de réfléchir. Quel a été le concert le plus chaotique de Dirty Shirt ?
Le plus chaotique ? Un des concerts les plus chaotiques, c'était le Hellfest en 2020. Parce qu'on a eu de sérieux problèmes techniques avant de commencer le concert.
En résumé, pour les retours, pour notre monitoring, il y avait un canal qui était décalé. On s'en est rendu compte deux minutes avant de commencer. Et donc on s'est dit : « Qu'est-ce qu'on fait ? On perd 20 minutes du live ? On commence sans rien entendre ? » C'était chaotique.
C'était difficile parce qu'on entendait dans les retours que ce n'était pas bien du tout. Mais le PA, le son devant, était très bien.
Le concert le plus émouvant ?
Le plus émouvant ? Pour moi, je pense que c'était en 2015. Tu sais, il y a eu la tragédie au club Colectiv à Bucarest, il y a 11 ans.
C'était un club où on avait joué. On devait jouer une semaine après les faits, et il y a eu beaucoup de victimes. Après, on a organisé un concert pour aider les victimes de cette tragédie.
Et c'était émouvant. C'était très dur de jouer.
Le pays le plus accueillant ?
Je vais dire la France, non ? À part la Roumanie, qui est la maison, c'est la France et la Pologne. Ce sont les deux pays où, personnellement, je trouve que ça se passe très bien.
La Pologne, c'est un pays où les gens sont dans le même esprit Europe de l'Est. Donc je pense que ça aide. Et la France, parce que c'est un public très ouvert et qui écoute une musique très hétérogène.
Et ça colle bien avec nous parce qu'on fait aussi une musique très mélangée. Tous les concerts en France, c'est la folie. Par exemple, la dernière fois qu'on a joué à Grenoble, il y avait des membres d'un autre groupe qui venaient pour la première fois en France et ils n'en croyaient pas leurs yeux quand ils ont vu la folie qu'il y avait dans la salle. C'était incroyable.
La plus grande surprise de votre carrière ?
La plus grande surprise ? Bon, je pense que quand on a gagné le deuxième prix de la Wacken Metal Battle en 2014, quand même, c'était une surprise.
Le meilleur repas après un concert ?
Après le concert ? D'habitude, c'est des pizzas. Ce n'est pas très bon pour la santé, mais c'est des pizzas. C'est très difficile de manger. Ça dépend beaucoup des horaires. Si on joue tard, par exemple, on va quand même manger le soir avant. Si on joue plus tôt, on ne peut pas manger avant, donc on va manger après. Mais je ne sais pas, on n'a pas vraiment de repas préféré... À part la bière ! [Rires]
Et donc, en 30 ans, vous avez quand même expérimenté plein de choses, essayé plein de styles. Est-ce qu'il y a encore certaines choses que vous n'avez jamais faites, soit par manque de moyens, soit parce que vous n'avez pas osé, soit parce que ça ne s'est pas présenté ?
Notre musique a été dans une constante évolution. On a commencé comme un groupe de musique progressive alternative, donc avec des morceaux de neuf minutes, des solos interminables, des mesures complexes. On est donc partis de quelque chose de très différent de ce qu'on fait aujourd'hui.
Mais après, en 2000, quand je suis venu en France, on a eu un break de quatre ou cinq ans. Et c'était une période où on ne savait pas dans quelle direction on allait partir.
Après, pendant quatre ou cinq ans, on a sorti plusieurs démos, on a expérimenté, on a cherché notre son. Et c'est à partir de 2010 qu'on a commencé vraiment à construire le son qui est spécifique de maintenant, mais qui continue d'évoluer énormément.
Là, on travaille sur un nouvel album. Il va sortir en fin d'année/début de l'année prochaine. Ça sera probablement un double album, avec un volume 1 et un volume 2 quelques mois après.
Et cette fois-ci, par exemple, il y aura des nouveautés. Une des nouveautés, c'est l'utilisation des cuivres beaucoup plus intense qu'avant. Ça sera un album plus balkanique, avec beaucoup plus de cuivres.
On a déjà enregistré les pistes de saxophone et partiellement de la trompette, ainsi que du trombone.
En plus, on a travaillé avec deux musiciens qui habitent en France, qui sont français. On a eu la chance de travailler avec Mihai Pirvan, saxophoniste et Nizar Ali, qui est trompettiste. Ce sont les musiciens d'Ibrahim Maalouf, si tu connais. Voilà, c'est du top niveau.
Bon, j'ai hâte d'entendre ça ! Mais c'est l'année prochaine, c'est ça que tu as dit ?
Ouais.
Il y a encore un petit peu de temps... À quel moment, toi qui es là depuis le début, as-tu réalisé qu'en fait, ce n'était plus juste un petit projet entre amis, mais que ça prenait vraiment une ampleur importante ?
C'était, on va dire, une décision qu'on a prise en 2009.
Avant, il y avait eu le premier album après la pause, donc après quelques années d'expérimentation. Ce qui s'est passé, c'est que, d'une part, on a pris beaucoup de musiciens et d'équipes techniques français parce que j'habitais à Lille à l'époque. J'ai organisé un festival en France et en Roumanie, avec des échanges, etc. Donc on a connu des groupes français avec qui on a tourné en Roumanie et on a fait des échanges en France. Après cette période, on avait énormément appris.
On s'est dit, en 2009 : « Est-ce qu'on essaierait pas de faire, nous aussi, le meilleur possible ? ». Essayer de faire la meilleure qualité possible et s'investir d'une manière plus intense.
Mais on avait toujours aussi cette discussion : « Est-ce qu'on veut faire uniquement de la musique ou est-ce qu'on veut garder quand même notre boulot ? ». Et nous, on a décidé de faire de la musique en plus du travail.
Donc, on va dire que c'est semi-pro. Parce que quand même, il y a un désavantage : tu as moins de temps disponible et c'était difficile de trouver l'équilibre entre le job, la famille et la musique, surtout avec beaucoup d'activités comme on en fait.
Mais en même temps, ça te donne une liberté que tu ne peux pas avoir si tu ne fais que de la musique. La contrainte financière est beaucoup plus grande. Tu dois ramener de l'argent à la maison et tu es obligé de jouer beaucoup plus, etc.
Nous, on joue le temps qu'on veut, on fait ce qu'on veut. Donc ça nous donne une liberté. En plus, il y a eu une période où on finançait le groupe avec l'argent gagné dans nos métiers. C'est évident...
Et quand tu étais tout jeune, dès que tu commençais à peine dans Dirty Shirt, est-ce que tu aurais imaginé que ça allait prendre cette tournure ?
Non. Non, non. Imagine que moi, j'ai commencé la musique très jeune. À l'âge de 7 ans, j'ai commencé le piano, avec le classique, tout ça. J'ai monté mon premier groupe de musique quand j'avais 10 ou 11 ans, avec des groupes d'enfants. Mais ça, c'était pendant l'époque communiste.
Et après la chute du communisme, en Roumanie, il n'y avait rien. Donc, quand on a lancé le groupe, on n'aurait jamais pu imaginer qu'on allait jouer sur de grandes scènes, qu'on allait arriver à l'étranger, etc.
Pour voir un petit peu le contexte, dans les années 90, en Roumanie, on jouait à trois ou quatre festivals. Il y en avait dans tous les pays, mais c'étaient des anciens festivals de l'époque communiste, avec des concours, des diplômes, etc.
Il n'y avait pas de salles, il n'y avait pas de festivals, pas d'agence de booking, il n'y avait pas encore Internet, il n'y avait rien. On avait quoi ? Cinq, six concerts par an. C'était toute l'activité du groupe. On n'aurait jamais pensé qu'on allait arriver à ce niveau-là. Mais déjà, c'était beau.
Depuis dix ans, tout est au-delà de ce qu'on a rêvé. À partir de Wacken en 2014, tout est au-delà, vraiment au-delà, de nos attentes et de nos rêves.
Donc, le petit enfant et l'adolescent, si quelqu'un lui avait prédit l'avenir et lui avait dit ça, peut-être qu'il aurait rigolé. J'aurais rigolé. J'aurais été… [rires]
Toutefois, on est partis de très, très loin. Imagine, la Roumanie post-communiste. En plus, en Roumanie, on vient d'une petite ville qui est au nord-ouest du pays, le plus loin possible de Bucarest.
À l'époque - maintenant un peu moins - mais à l'époque, il y avait une très grosse différence entre la capitale et le reste du pays, même en termes d'exposition, en termes d'opportunités musicales.
Imagine qu'on avait des instruments russes, avec des pédales faites maison. On circulait en train, tout ça. C'était vraiment rude à l'époque. Très, très rude.
Si le groupe était comparé à un plat traditionnel roumain, ce serait quel genre de plat ? Un Letcho en référence à votre album Letchology ?
Exactement, un letcho, qui est un plat spécifique à la Transylvanie. Le letcho, c'est un mélange de légumes et de plein de choses. Letcho, ça veut dire "mélange", c'est une sorte de ragoût. Donc, c'est un mélange.
C'est pour ça qu'on a un album qui s'appelle Letchology. Ça veut dire la science de mélanger les choses.
Quel est le souvenir d'un fan qui a été le plus touchant ou alors le plus improbable ? Est-ce que certains fans vont ont particulièrement marqués ?
Oui, oui, oui. Moi, je pense qu'une de nos plus grandes réalisations, c'est qu'on a créé une sorte de famille autour du groupe avec les fans.
Ce sont des gens maintenant qui nous suivent, qui se voient très souvent, qui nous voient par exemple cinq, dix fois dans l'année.
En plus, on a un groupe sur Facebook. Ce qui est génial, c'est qu'ils ont commencé à discuter, à devenir amis entre eux, indépendamment du groupe. Ils partent en vacances ensemble, ils vont voir des concerts de grands groupes.
Par exemple, ils sont allés à Budapest ensemble, etc. Donc, c'est comme une famille et ça, je trouve que c'est exceptionnel.
Et c'est touchant pour moi comme artiste quand il y a, par exemple, des fans qui disent qu'ils ont eu des moments très difficiles dans leur vie et que notre musique les a aidés à s'en sortir. Donc oui, c'est vraiment important.
Est-ce que ce qui te fait le plus plaisir quand tu regardes le public, c'est de revoir justement des visages qui sont là depuis des années et des années, ou de voir de nouvelles générations qui arrivent ?
C'est les deux. Et pour l'instant, à nos concerts, c'est un peu ce mélange-là. Tous les ans, il y a de nouveaux visages qui apparaissent à nos concerts.
Mais après, ça fait aussi plaisir de revoir des fans qui sont devenus de vrais amis. Donc ça mélange les deux.
Moi, je suis arrivée un petit peu en cours de route. Je vous ai découverts justement avec la Wacken Metal Battle. Donc ce n'est pas tout depuis le début, mais ça fait quand même des années...
Oui, ça fait douze ans déjà.
Et vous avez rejoué cette année à Wacken...
Oui, pour la troisième fois. C'est génial parce qu'en 2014, c'était la Battle. On est arrivés en gagnant la finale en Roumanie et après, en 2019, on a joué sur la Wackinger Stage.
Donc ce n'est pas une main stage, c'est le deuxième niveau, on va dire. Mais ça va, ce n'est pas mal.
À l'époque, on avait joué à 14 heures. Et cette fois-ci, on était programmés à 21 heures.

Donc là, c'est le best-of des 30 ans. Si jamais on se retrouve dans dix ans pour un best-of des 40 ans, qu'est-ce que tu aimerais pouvoir me raconter de nouveau ? Qu'est-ce que tu aimerais ajouter à l'histoire du groupe ?
Ben, que ça continue comme ça, que ça ne s'arrête pas. Tous les ans, c'est mieux. Tous les ans, on s'amuse, on s'entend bien.
Je pense qu'il y a deux aspects qui sont très importants dans l'activité d'un groupe. D'une part, il faut que, sur le long terme, les choses soient saines, qu'on s'amuse, qu'on passe du bon temps ensemble. Et ça, c'est bon.
Chaque fois qu'on rentre dans le van, le niveau de QI baisse à un certain pourcentage. Ils commencent les blagues pourries, etc. On fait beaucoup de blagues.
Voilà, pour les gens de l'extérieur du groupe, des fois, ils disent : vous êtes bizarres, ce n'est pas normal, les blagues que vous faites entre vous... parce que des fois, c'est hardcore.
Voilà, ça, c'est important. Et après, c'est aussi important du point de vue de la carrière musicale parce que si ça va mal, si tu perds du public et qu'il n'y a pas de gens qui viennent, qui permettent de financer l'activité du groupe, forcément, à un certain moment, tu dois arrêter.
Pour nous, les deux avancent très bien. Donc continuons comme ça et espérons que dans dix ans, on sera toujours là.
Est-ce qu'il y a un morceau que vous jouez depuis des années, des années, mais dont vous ne vous lassez jamais et que vous aimez toujours autant jouer sur scène ?
Parmi les plus anciens morceaux qu'on joue tout le temps, ce sera "Săracă Inima Me". Mais celui-ci, à l'étranger, on le joue parfois moins. En Roumanie, c'est une chanson obligatoire et donc, on la joue depuis 2011.
Mon préféré !
Je pense que c'est le plus ancien du genre, oui.
Et après, "Bad Apples", de Freak Show, c'est aussi un des plus anciens, de 2013, qu'on joue tout le temps, vraiment tout le temps.
C'est un morceau très énergique qui, à la fois, réussit à prendre en compte toutes les facettes du groupe. Il y a des passages folkloriques, des passages dynamiques, des passages un peu plus ambiants.
Voilà, c'est les deux, je pense, les plus anciens qu'on joue très souvent.
Et là, tu as parlé d'un morceau ancien qui avait été un petit peu remanié, etc. Est-ce qu'un jour, vous pourriez reprendre carrément un des premiers albums et le réenregistrer, mais en le faisant totalement différemment ?
Non, on n'a pas le temps, on a trop de nouvelles idées. Même là, on a une vingtaine de morceaux en démo, d'autres sont déjà sortis.
Donc ça serait dommage de ne pas avancer, de continuer.
Même le morceau qu'on a refait, c'était "Don't Care", de l'album Very Dirty, donc de 2000. On l'a fait pendant la pandémie. On était enfermés à la maison et on faisait un web show tous les vendredis, #StayatHome with Dirty Shirt.
C'était un web show de 20 à 25 minutes et toutes les semaines, on venait avec de nouveaux morceaux, de nouveaux clips, des lives inédits, des titres-sketch pour rigoler, etc.
Et c'est à ce moment-là qu'on a fait "Don't Care", parce qu'on s'est dit : « Voilà, ça serait sympa de réorchestrer, de refaire un morceau qu'on avait fait dans la période des années 90. »
On a choisi celui qu'on trouvait le meilleur et c'était une opportunité de le remettre au goût du jour… Maintenant, on est beaucoup plus nombreux dans le groupe, donc avec des violons, avec des cellos, avec quasiment une version orchestrale.
Et justement, tu parles d'une version orchestrale. Est-ce qu'un jour, tu pourrais envisager de faire un concert avec un orchestre symphonique, comme le font certains groupes ?
Oui. Ce qui se passe, c'est que nous, on a déjà fait des tournées avec un orchestre traditionnel, pas un orchestre classique. On a fait des tournées, des lives comme ça.
Donc le maximum qu'on ait été sur scène, je pense, c'était 28 ou une petite trentaine. Pas un orchestre à 50 ou 60 musiciens, mais à 30.
Et après, on se dit aussi que ça serait cool de le faire avec un orchestre symphonique, pas un orchestre traditionnel. Mais, à chaque fois qu'on a eu l'opportunité de faire un truc, on a préféré quand même que ce soit plus authentique et de le faire avec un ensemble traditionnel plutôt qu'avec un orchestre symphonique.
Parce qu'on a les violons, on a les altos, on a les clarinettes, donc on a quasiment tous les instruments nécessaires.
Ce serait sympa aussi d'avoir des danseurs...
On y a pensé, on a failli le faire pendant une tournée, mais logistiquement, c'est compliqué. Il faut des scènes énormes pour mettre des danseurs parce que, déjà, si tu as 28-30 musiciens sur scène, pour mettre aussi des danseurs, il faut une super grosse scène.
On en a parlé, on y a pensé, mais finalement, ça ne s'est pas concrétisé.
Il faut le faire sur un show particulier, dans un festival, voilà.
Et en termes d'influences musicales, il y a beaucoup de choses différentes. Est-ce qu'il y a des styles que vous n'avez jamais abordés jusque-là, mais que vous envisagez pour le futur, ou ne serait-ce qu'avec une collaboration sur un morceau en passant ?
Chez nous, comment dirais-je... il n'y a pas vraiment une direction artistique très claire. On est arrivés naturellement à avoir notre son, notre façon de faire, mais après, on est très ouverts.
Ça part dans tous les sens. Même sur le prochain album, il y aura des influences très différentes. Comme je disais, un peu plus balkanique, mais aussi un peu plus jazzy sur certaines parties, comme on a des musiciens qui font du jazz à la base.
Donc je ne sais pas s'il y a un style où je vais me dire : « Je veux faire ça » ou « Je ne l'ai pas fait ».
Jusqu'à présent, chaque fois, on va dans tous les styles, donc on est open. Ça peut partir dans tous les sens…
Après, comme collaboration, c'est sûr que pour le prochain album, le double album, là, ça sera pour nous le plus grand projet de studio qu'on ait jamais fait. Il y aura déjà, si j'ai bien compté, presque une cinquantaine de musiciens sur l'album.
C'est énorme, mais pas sur tous les morceaux. Et comme je le disais, c'est un double album, donc voilà.
Mais ce qui se passe, c'est que sur cet album, on veut réaliser un petit rêve aussi : faire des collaborations avec plein de musiciens qu'on a connus ou qu'on aime beaucoup.
C'est confirmé. Je ne peux pas encore dire, mais on a des super gros trucs sur le prochain album.
Par exemple, on a déjà eu une collaboration avec Ian Anderson de Jethro Tull. Donc voilà, ça, c'est immense.
Et après, on a fait aussi le featuring avec Besh O'Drum. Et après, il y en aura plein d'autres. Je ne peux pas dire, mais des Américains, quelqu'un qui habite au Japon, quelqu'un qui habite en Israël, quelqu'un d'Ukraine, quelqu'un d'Autriche, de France, d'Angleterre… Voilà, il y a de tout, de tout.
En termes de groupes avec qui vous avez partagé vos affiches, est-ce qu'il y en a certains avec qui vous avez noué des liens vraiment plus forts ?
Oui, oui, bien sûr. Ça, c'est une stratégie qu'on a pratiquée assez souvent et je trouve que c'est une des meilleures stratégies pour les groupes pour aller jouer à l'étranger : faire des échanges.
Parce que voilà, pour arriver à un grand festival, c'est difficile d'avoir une audience. Si tu vas tout seul, tu risques d'avoir très peu de public parce que tu n'es pas assez connu encore. Donc c'est une très bonne solution de faire des échanges.
Par exemple, on a fait des échanges avec des groupes français, avec des groupes polonais, slovaques... L'idée, c'est de faire un week-end chez nous et un week-end chez eux, et c'est gagnant-gagnant : ils viennent chez nous, nous, on ramène du public, donc ils ont une bonne audience ; on va chez eux et ils ramènent du public.
Et c'est comme ça qu'on a fait des liens très forts, par exemple avec Łydka Grubasa de Pologne, avec Heľenine Oči de Slovaquie ou d'autres.
Ce sont des groupes avec lesquels on est devenus de très, très bons amis. Je ne peux pas le dire, évidemment, mais ils seront invités sur l'album parce qu'on a beaucoup tourné ensemble.
On a même monté avec le groupe polonais et le groupe slovaque un projet européen l'année dernière, avec une tournée ensemble, un festival, etc.
Mais après, pour créer des liens, il y a la partie musicale qui compte et aussi, à nouveau, la partie humaine.
Ce sont des groupes qui ont un peu notre âge et qui ont eu quasiment le même développement. Beaucoup de do-it-yourself, sérieux mais en même temps aio aiment rigoler.
C'est une musique qui est très proche, compatible avec ce qu'on fait. La différence, c'est qu'ils utilisent plus de cuivres et nous plus de violons et de clarinettes.
C'est une raison aussi pour laquelle, sur le prochain album, il y a beaucoup plus de cuivres : comme on a fait des tournées avec des groupes qui ont des cuivres, ça nous a donné envie aussi de faire ça.
Si on faisait un petit musée de Dirty Shirt pour les 30 ans, quels seraient les objets incontournables qu'il y aurait à exposer ?
Oh là là, je ne sais pas, c'est une question surprenante ! Bon, si on y va dans le classique, des photos, es albums, tout ça… Peut-être les plaques de la Wacken Battle quand on a gagné le deuxième prix.
Des instruments, peut-être ?
Oui, des instruments, oui. Même si, souvent, les instruments, on fait des ventes aux enchères quand on n'en a plus besoin. Et après, l'argent récolté va souvent à des causes, soit pour le social, soit pour soutenir les causes animales. Parce qu'en Roumanie, il y a un problème avec les chiens et les chats et du coup, on s'implique dans ce genre de choses aussi.
Et toi qui es multi-instrumentiste, quel est l'instrument dont tu préfères jouer ?
Le synthé. Je suis pianiste à la base. Mon instrument de base, c'est le clavier, le piano, les touches.
Mais après, comme la musique a beaucoup évolué, on a des morceaux ou des passages live où il n'y a pas de synthé et où il y a besoin d'une troisième guitare. Donc je prends la guitare sur certains passages ou morceaux.
Mais, par exemple, ce qui se passe dans notre groupe, c'est que comme on n'est pas des pros, on a tous une famille, un boulot à côté, pour la plupart, on a des remplaçants.
Donc ça veut dire qu'on a deux batteurs, le bassiste et un remplaçant, et donc les deux guitaristes, on a un troisième guitariste quand il y en a un qui ne peut pas venir.
Mais si jamais il y en a deux qui ne peuvent pas venir, à ce moment-là, je prends la guitare pour le concert.
Et tu parlais de la cause animale justement, juste avant. Est-ce que vous avez des idées d'initiatives que vous pourriez faire en plus de ce que vous faites déjà pour défendre cette cause ? Vous avez déjà pensé à organiser des événements spécifiques là-dessus ?
Ce qu'on fait, c'est qu'on essaie de combiner les deux parce que finalement, si on fait uniquement des événements spécifiques, ça risque de ne pas avoir assez de public. Donc ça fait déjà deux ou trois ans.
Tout a commencé avec le crowdfunding qu'on a fait quand on a changé le van. Avant, on avait un van tout pourri qui nous lâchait tout le temps. Après le Hellfest, par exemple, il nous a lâchés en France juste avant Lyon. Il nous a lâchés en Pologne, il nous a lâchés en Allemagne et chaque fois, ça nous coûtait des milliers d'euros pour le rapatrier, le réparer, ramener les gens par avion.
Et du coup, après ce crowdfunding, ça marchait très bien. On a collecté plus de 15 000 euros. Donc on s'est dit : « Il faut faire quelque chose pour redonner aux gens. »
Et c'est à partir de ce moment-là qu'on a décidé d'essayer de soutenir des causes à chaque concert qu'on organise nous-mêmes.
Et comme Cristi, le guitariste, est très impliqué avec les animaux et la cause animale, au fur et à mesure, c'est devenu la partie la plus importante de nos activités cartatives.
Et donc, on a créé Fur-Ever Friends, et d'autres actions.
Donc, d'une part, on invite des associations à nos concerts, qui ont un stand. Elles peuvent vendre des trucs, recueillir des dons. Elles montent sur scène, elles présentent leurs activités, leurs besoins.
Et nous, on considère que c'est un grand succès, tout ça. Au-dessus de ce qu'on s'attendait. Même les associations sont après très reconnaissantes parce que comme ça, elles arrivent à trouver des bénévoles. Et ça, c'est très important.
En plus, on sait maintenant davantage ce qu'elles font, leurs activités. Donc ça, ça marche bien.
Et après, ce qu'on a fait aussi lors de cette campagne, à un certain moment, c'est qu'on a invité des stars, des personnalités très connues en Roumanie, des musiciens, mais aussi des acteurs et des gens de la télé.
Chacun a choisi une association, il a fait une vidéo de présentation, etc. Même Ian Anderson en a fait une pour les chats. Il y a maintenant un site, des pages sur les réseaux sociaux.
Et en plus, au Rockstad Extreme Fest l'année dernière, on a réussi à obtenir une belle guitare qu'on a mise aux enchères pour une association. On a récolté 3 000 euros. Donc ce n'est pas mal.
Une petite question un petit peu bizarre pour terminer. Si Dirty Shirt devait composer une musique pour un parc d'attractions, ce serait pour quel genre de manège ? Un manège pour enfants ou plutôt une attraction grands frissons ?
Je pense un manège bizarre, un truc qui mélange des choses qui n'existent pas. Je ne sais pas. Un manège qui, à un certain moment, est assez fort, mais avec des passages plus calmes, et après ça repart.
Tu vois, un truc très varié. Une montagne russe qui part dans tous les sens.
Est-ce que tu dirais, pour conclure, que c'est un peu votre force justement, ce fait de partir un petit peu dans tous les sens, qu'on ne sait pas à quoi s'attendre et qu'il y a toujours des surprises ?
Oui, je pense. Et ça, c'est le résultat du fait qu'on est très nombreux.
Déjà, dans le groupe de base, on est huit, mais on collabore dans la version Big Band, avec laquelle on fait des tournées aussi.
On est un collectif de plus de 20 musiciens, ce qui fait que chacun rapporte sa touche, tu vois. Même quand j'ai une idée de base, j'enregistre les démos à la maison, le résultat final est différent de ce que j'ai commencé.
Parce que là, chacun a une idée : « Moi, je veux changer ici », « Moi, je veux mettre une ligne de voix comme ça », etc.
Et ça rajoute beaucoup de richesse. C'est très important parce que si je fais tout seul tout le temps, ça reste assez limité finalement.
Tu peux être le plus génial compositeur du monde, mais c'est très difficile d'aller dans plein de choses différentes. Donc comme ça la musique devient beaucoup plus riche. Ajouté à nos collaborations live ou studio, ça fait que notre musique part dans tous les sens. Mais en même temps c'est un chaos organisé, parce que c'est très important que tout soit cohérent musicalement. Je pars du principe, en studio, que chacun enregistre ce qu'il a envie, on se retrouve avec des tonnes de choses, mais au moment des arrangements il faut faire des choix. Parce qu'il faut que ce soit cohérent, qu'il y ait une évolution de la chanson, qu'il n'y ait pas de contradiction entre deux instruments, etc.
Donc, un chaos organisé !
Mais même en live c'est un peu comme ça, on ne sait pas où regarder, quand on est 15, 26, 17 sur scène, ça part dans tous les sens, c'est difficile à suivre comme concert ! [Rires]
Oui, c'est très intense ! [Rires] Bon, on a hâte de découvrir ce best of live et de vous retrouver sur scène pour profiter de tout ça !
Oui, on se retrouve très bientôt !
Retrouvez Dirty Shirt :
Orsola G.
