Né en 2020 de l’élan du groupe nantais Kervegans et de plusieurs musiciens de la scène locale, B.R.E.T.O.N.S s’est imposé comme un collectif à part, au croisement des héritages et des élans contemporains. Dès ses premiers pas, le projet s’est dessiné comme un territoire partagé : celui d’une Bretagne réinventée, où la mémoire des terres anciennes ne se contemple pas à distance mais se remet en mouvement.
Chez B.R.E.T.O.N.S., la tradition n’est jamais un musée. Elle respire, circule, se transforme au contact du présent. Les chants, les récits et les mélodies d’hier y trouvent une seconde vie, portés par la fougue des guitares électriques et la densité d’un rock assumé. Entre les souffles des instruments celtiques et la tension des sonorités modernes, le groupe tisse une matière sonore en perpétuelle mutation, comme si les paysages bretons eux-mêmes continuaient de vibrer sous une nouvelle lumière.
Ce qui se joue ici dépasse la simple fusion musicale : c’est une traversée, un mouvement continu où les racines ne retiennent pas, mais propulsent. B.R.E.T.O.N.S avance ainsi sur une ligne de crête, là où la tradition cesse d’être un point d’ancrage pour devenir une force d’élan, collective, vivante, et résolument tournée vers la scène.
Pour commencer, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous ouvrir les portes de votre univers musical ?
B.R.E.T.O.N.S. est un collectif né en 2020, porté par l’élan du groupe nantais Kervegans et de plusieurs musiciens de la scène locale. Dès les premiers instants, nous avons rêvé d’un projet rassembleur, capable de faire dialoguer la mémoire des terres bretonnes avec l’énergie du présent. Notre musique est née de cette rencontre entre les vents celtiques et les guitares électriques, entre les chants hérités des anciens et la puissance fédératrice du rock. Nous avançons sur cette ligne d’horizon où les racines continuent de nourrir l’élan, où la tradition devient une matière vivante que l’on réinvente sans jamais la trahir.

Il y a quelques semaines, vous fouliez la scène du Café de la Danse. Que représentait cette date parisienne dans votre parcours ?
Revenir au Café de la Danse pour la deuxième fois avait quelque chose de profondément symbolique. Paris demeure une étape importante dans notre aventure, un lieu où les chemins se croisent et où les émotions prennent souvent une autre ampleur. Cette date comptait parmi les plus belles de notre tournée. Nous y retrouvons un public fidèle, et notamment de nombreux Bretons qui portent leur terre natale dans leur cœur malgré la distance. Ces retrouvailles donnent aux concerts une saveur particulière, presque celle d’un retour au pays, comme si, l’espace d’une soirée, les embruns de l’Atlantique venaient souffler jusqu’aux rives de la capitale.
Vous avez choisi de reprendre Brest, ce titre emblématique de Christophe Miossec. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous l’approprier, et quel lien entretenez-vous avec cet artiste ?
Étonnamment, Brest ne s’est pas imposé d’emblée. Certaines chansons attendent leur heure avant de révéler leur évidence. En construisant notre répertoire, nous cherchions un titre capable de faire vibrer immédiatement une salle, de réveiller une mémoire commune. Peu à peu, Brest s’est avancé comme une évidence silencieuse, portée par sa force évocatrice et son attachement à une terre que nous connaissons intimement.
Dans un collectif aussi vaste que le nôtre, les sensibilités musicales se répondent et se complètent. Certains membres sont très attachés à l’univers de Miossec, d’autres l’ont découvert à travers cette aventure. Cette diversité nourrit nos choix et permet à chaque reprise de trouver une couleur nouvelle, à la croisée de plusieurs regards.
Votre nouvel album, Daou, paru le 10 avril dernier, porte un titre chargé de résonances bretonnes. Que signifie-t-il et quelles complicités artistiques ont accompagné sa création ?
Daou signifie simplement « deux » en breton. Un mot simple, presque évident, pour ce deuxième chapitre de notre histoire. B.R.E.T.O.N.S. est né de la scène, du partage immédiat avec le public. Mais l’accueil réservé à notre premier album nous a donné envie de prolonger cette aventure et d’en écrire une nouvelle page.
Cet album a pris forme à Nantes aux côtés de Lionel Rogodi, qui en a assuré la réalisation et la production avec une grande sensibilité. Nous avons également pu compter sur le soutien précieux du label Astique Music, qui accompagne nos ambitions artistiques avec confiance. Enfin, plusieurs artistes sont venus enrichir cette traversée, notamment le duo EMEZI, dont les sonorités pop-électro apportent un souffle contemporain à cet ensemble profondément enraciné dans la culture bretonne.
Violon, bombarde, cornemuse, biniou, accordéon, banjo, bouzouki ou encore percussions celtiques composent votre palette sonore. Dans un univers rock souvent marqué par une certaine épure, cette richesse instrumentale est-elle une manière d’affirmer votre singularité ?
Absolument. Cette richesse instrumentale est l’une des signatures de B.R.E.T.O.N.S. Chaque instrument apporte sa couleur, son souffle, sa mémoire. Ensemble, ils composent un paysage sonore foisonnant où se croisent la force des vents marins, la chaleur des fêtes populaires et l’énergie du rock.
Sur scène, cette diversité devient une véritable matière vivante. Elle nous permet de créer des reliefs, des contrastes, des émotions multiples tout en conservant cette puissance collective qui nous anime. C’est dans cet équilibre entre abondance et cohésion que se dessine notre identité, une identité immédiatement reconnaissable et profondément tournée vers le partage.

Daou résonne comme une célébration du partage et de la fête, traversée d’une énergie communicative. Était-il essentiel pour vous de retranscrire l’intensité du live sur disque ?
C’était même le cœur du projet. B.R.E.T.O.N.S. est avant tout une aventure de scène, un espace où les regards se croisent, où les voix se mêlent et où l’énergie circule librement. Nous voulions que cet élan survive à l’enregistrement.
Nous avons donc privilégié des prises très organiques, souvent réalisées ensemble, afin de conserver cette vibration collective. L’objectif était simple : que l’auditeur puisse ressentir, même à distance, la chaleur d’un concert, entendre presque les battements du public et retrouver cette sensation de communion qui naît lorsque la musique rassemble.
Votre musique puise dans la culture bretonne tout en s’inscrivant pleinement dans une modernité sonore. Comment parvenez-vous à concilier ces deux dimensions et quelles sont vos principales influences ?
Pour nous, il n’y a pas de frontière entre tradition et modernité. Les chants, les mélodies et les récits bretons constituent une matière vivante qui continue d’évoluer au fil du temps. Nous ne cherchons pas à les figer, mais à leur offrir de nouveaux horizons.
La modernité s’invite naturellement à travers nos arrangements, notre rapport au son et les influences qui nous traversent. Nous sommes nourris par les grandes figures de la scène celtique, mais aussi par tous ceux qui ont osé faire dialoguer héritage et création contemporaine. Cette liberté, ce mouvement permanent entre passé et présent, est au cœur de notre démarche artistique.

Dans cet album, cohabitent des chansons en breton comme Mil Nozvezh Karantez et des titres plus incisifs tels qu’Idiocratie ou Jamais Assez. Peut-on y voir une volonté d’engagement ?
Oui, assurément. Chanter en breton est déjà une manière de prendre position. C’est faire vivre une langue, lui permettre de continuer à résonner dans le présent, de trouver sa place dans les musiques d’aujourd’hui.
Mais notre engagement ne s’arrête pas là. Certains morceaux regardent le monde avec lucidité et interrogent les dérives de notre époque. Idiocratie, notamment, dessine les contours d’un avenir inquiétant qui semble parfois déjà émerger sous nos yeux. D’autres chansons abordent les fractures sociales ou les enjeux environnementaux. Nous croyons que la musique peut être une fête, mais aussi une parole, un miroir tendu à notre temps et une invitation à réfléchir ensemble.
Parmi vos prochains rendez-vous, y a-t-il une date que vous souhaitez particulièrement mettre en lumière ?
Le 11 septembre, nous aurons la joie de jouer à La Flûte Enchantée. Cette date occupe une place particulière dans notre calendrier. Elle s’inscrit dans le cadre d’un festival qui nous tient à cœur et représente l’un des grands rendez-vous de notre année. Nous avons hâte de partager ce moment avec le public et de faire résonner notre univers dans ce cadre que nous apprécions tout particulièrement.
Enfin, des artistes issus de la scène metal ont-ils marqué votre parcours ?
Sans hésitation, Eluveitie figure parmi les formations qui nous ont inspirés. Leur capacité à faire cohabiter les instruments traditionnels avec la puissance du métal a ouvert de nombreuses perspectives et démontré qu’il était possible de conjuguer héritage culturel et énergie contemporaine sans renoncer à l’un ou à l’autre.
Plus largement, plusieurs membres du collectif ont grandi avec des univers allant du folk metal au black metal. Ces influences, parfois discrètes mais toujours présentes, nourrissent notre rapport à l’intensité, à la tension dramatique et à cette énergie presque tellurique que nous cherchons à insuffler à notre musique.

Texte : Emma Forrestier
Photos : Adrien Painchaud et Adrien Guypry
