5/3/2026

Arsen (Exil) : « Quand je me donne des règles, ça ne marche pas »

Avec Karga, le groupe Exil transforme l’expérience personnelle de son chanteur, Arsen, en matière artistique. Entre souvenirs des steppes kazakhes, solitude d’une grande ville du nord de la France et influences black metal et post-punk, le groupe livre un album marqué par la nostalgie et l’instinct. Le chanteur revient sur la genèse du disque, le mélange des langues et l’importance du live dans l’identité du projet.

Le groupe s'appelle Exil, et le mot Exil, c'est un terme qui est associé à quelque chose d'assez douloureux. Surtout pour toi, qui a vécu un exil, est-ce que ça reste blessure ou est-ce que c'est quelque chose qui t'apporte, au contraire, une source créative ?

Arsen : Pour moi, personnellement, bien sûr que l'exil, comme je le vis tous les jours un peu à ma manière, ça me différencie un petit peu du côté « artistique ». J'ai un peu une autre vision des choses, forcément, je pense, et donc c'est ça qui est aujourd'hui une force pour moi. Alors, on peut dire ça comme si c'était un peu une blessure du passé, mais aujourd'hui, on regarde tout ça avec un peu plus de nostalgie, forcément, parce que ça fait un moment que je suis en France, maintenant. Et donc, oui, je dirais que c'est plus une force pour moi.

En plus, ça fait  une culture supplémentaire qui permet de puiser aussi des influences musicales.

Tout à fait.

On va revenir, bien sûr, là-dessus, mais pour toi, si le groupe Exil était représenté par un lieu, ce serait quoi ? Ce serait une ville du nord de la France, ce serait une plaine kazakhe, ou ce serait un mélange des deux, ou quelque chose d'autre, quelque chose qui n'existe pas ?

C'est intéressant. Pour moi, je pense que pour l'instant, il y a encore beaucoup de choses qui reviennent du passé, mais en fait, quand le groupe s'est créé, il était très local. J'ai commencé le groupe à Lille, en France, pendant la pandémie. On était tous isolés, on ne voyait personne. Et le groupe a commencé ici, dans une ville triste du nord de la France, où il pleut tout le temps. C'est là où j'ai puisé l'inspiration, au départ. Et c'était le thème du premier EP, Yad. C'était justement la solitude dans une grande ville où on connaît beaucoup de gens, mais en fait, on ne les voit pas. Et au final, c'est de là que s'est créé Exil. Aujourd'hui, avec Karga, c'est un peu un regard vers le passé, avec un peu plus de nostalgie, avec des choses un peu nouvelles qui ont ressurgi en moi pour écrire cet album.

Justement, l'album Karga… "Karga", ça veut dire corbeau. J'ai lu d'autres interviews où tu parlais de toute la mythologie qui est associée au corbeau. Mais c'est une symbolique qui est très ambivalente, puisqu'il peut avoir une image très positive comme très négative en fonction des cultures, en fonction des circonstances. Est-ce que ça, ça a joué aussi sur l'écriture de l'album ? Est-ce que tu dirais que c'est aussi une manière de caractériser la musique d'Exil ?

Oui, je dirais que c'est un peu un truc, je vois le corbeau un peu comme une métaphore aussi. En fait, je pense que le corbeau, c'est une figure universelle au final, qui est présente un peu dans toutes les mythologies. Et je trouvais ça bien de me dire qu'à la fois j'allais exposer quelque chose de très personnel qui vient du Kazakhstan, tout ça. Mais d'un autre côté, quand on regarde cette pochette, cet album, on peut y retrouver quelque chose de similaire, mais à d'autres endroits du monde. Pour moi, c'était ça. Quand j'ai vu la pochette, quand on l'a choisie, je me suis dit : « Cette pochette-là va parler à tout le monde ». Et c'est à partir de ça qu'on s'est dit que le corbeau, ça nous représentait bien nous, mais ça représente quelque chose d'autre pour les autres aussi.

Et justement, quand tu parlais de cette pochette, comment ça s'est passé ? Tu as eu plusieurs propositions d'artwork ? Ou au contraire, tu as été chercher la personne en lui disant : « Tiens, voilà j'aimerais que tu fasses un projet pour nous ? ».

Alors ça s'est passé plutôt de manière spontanée et naturelle. On était en train de composer l'album et on s'est penchés sur des artworks qui existaient jusque-là. Et Alan a eu la très bonne idée de voir ce qui se passait chez Sözo Tozö – j'espère que je le prononce bien, parce qu'il y a des petits trémas... Et en fait, c'est chez elle qu'on a pu voir une œuvre parfaite. On cherchait sur un corbeau, et c'est parfait parce qu'elle avait cette œuvre-là. Et du coup, quand on l'a contactée, elle était toute partante, c'est comme ça que ça s'est fait. Donc c'est assez naturel, on ne l'a pas vraiment cherché ni commandé, on l'a juste trouvé. En fait, on est tombé dessus, du jour au lendemain, et on s'est dit : « Tiens, ça ce serait une pochette parfaite ».

C'est un peu le heureux hasard en fait. Et donc, on l'a dit, c'est cette nature un petit peu à la fois, soit négative, soit positive. Si tu devais donner la tonalité générale de l'album, qu'est-ce qui en ressort le plus ? C'est plus le côté sombre ou c'est plus l'espoir quand même, malgré tout ?

Je dirais un peu les deux, mais je dirais plus que c'est surtout la nostalgie qui ressort. Je ne dirais sombre dans le sens vraiment négatif, mais plutôt il y a une espèce de nostalgie, c'est-à-dire une tristesse lointaine, mais qui aujourd'hui est un peu plus digérée. Et en fait, ça ressort un peu avec les souvenirs qu'il y a dans les passages de certains morceaux. Donc, oui, nostalgique plutôt que sombre.

Les paroles – ou du moins ce que j’en ai compris – ne sont pas d'une gaieté absolue non plus, mais en même temps, c'est vrai que ce n'est pas sombre pour être sombre, c'est très nuancé. Et j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de retenue, aussi bien dans les textes que dans la musique. Il n'y a pas beaucoup de choses qui soient réellement frontales.

Oui, c'est ça. C'était l'idée de faire un album qui, pour moi, était aussi créé dans l'instinct. On l'a vraiment fait sur une période d’un an et demi, deux ans. Avec tous nos concerts et résidences qu'on a pu faire. Et du coup les albums, on les a testés en live. Et comme on les a testés en live, on aime bien ce qui marche sur le moment. C'est comme ça qu'on l'a composé. C'est pour ça que tous les morceaux sont différents les uns des autres. Il y a un fil conducteur, certes, mais il n'y a pas de redondance, il n'y a pas de riff qui revient 12 fois. C'est plutôt une continuité. Pour moi, les morceaux tels qu'ils le sont, avec des styles un peu différents dans chaque morceau, avec un fil conducteur qui est cohérent aussi, on se retrouve à faire un album qui est comme ça et qui, à mon sens, est réussi, parce qu'il n'y a pas trop de longueurs. On n'a pas trop dû ajouter de passages pour que ce soit long, violent ou autre. On a juste voulu que ça sonne bien. Pour moi, c'est réussi dans ce sens-là.

Je suis assez d’accord ! [Rires] Et si je ne dis pas de bêtises, cet album a été composé de manière un peu plus collégiale, contrairement au EP qui était ton travail principalement, c'est ça ?

Ah oui, effectivement. Dans cet album-là, ce qui est différent, c'est qu'on est plusieurs à avoir contribué. Ce n'était pas comme dans le premier EP, que j'ai fait totalement seul dans ma pièce. Alors que là, on a pu faire des concerts, on a pu se voir plusieurs fois, on a pu tourner des riffs, on a pu se dire : « ça, ça marche mieux avec ça, ça fonctionne bien avec ça... » En fait, tout le monde y a contribué. Il y a même un morceau où ce n'est même pas moi qui ai enregistré toutes les guitares, c'est le morceau du milieu qui s'appelle "Tchujoï". Là-dessus, par exemple, c'est mon autre guitariste qui l'a totalement enregistré, parce que c'est lui qui avait les « rênes » du morceau et c'est lui qui voulait que ça sonne comme ça. Du coup, je l'ai complètement laissé faire. Et pour moi, ça me laisse un peu plus de place pour faire autre chose, me concentrer sur les paroles ou autre chose encore.

Pour toi, le fait de déléguer des choses, c'est plutôt facile et agréable, tu n’es pas dans une situation où tu as envie d'avoir forcément le contrôle sur tout ?

Non, ça s'est fait tellement naturellement que c'est très bien. Parce que comme on a tous fait un peu à l'instinct, comme on a tous un peu plus communiqué cette fois-ci pour faire cet album, on a pu se retrouver plus facilement dans cette situation où ce n'était pas moi qui tenais toutes les rênes du truc. Bien sûr, je vais guider le projet jusqu'au bout, mais dans les morceaux, on a laissé de la place à chacun de nous quatre.

Quelque chose qui revient forcément souvent, le fait qu'il y ait plusieurs langues sur l'album. Il y a quatre langues différentes. Si j'ai bien compris, toi, tu écris les textes en russe et Alan écrit les textes en français, c'est ça ?

Souvent. On a beaucoup travaillé avec Alan. Je ne vais pas dire qui a travaillé plus en quelle langue, mais Alan m'a beaucoup aidé. Il est plus dans la littérature, il lit beaucoup de livres. On a pu bosser vraiment à deux les paroles. Sur certains morceaux, ça s'est fait quasi le jour de l'enregistrement. On était encore en train de les écrire en dernière minute. Une fois qu'on les a chantées, on s'est dit, c'est bon, on touche plus, c'est parfait comme ça. On a beaucoup écrit ça avec Alan. Lui, il écrivait principalement en français. Moi, j'écrivais en russe, j'essayais de traduire certains trucs. Parfois, j'écris un truc en français, je le traduis en russe. Je me dis : « Tiens, ça sonne mieux comme ça, je le laisse ainsi ». C'est pareil, c'est comme pour le style des morceaux, qui sont tous différents, les langues aussi varient, tout en gardant une continuité sur le thème avec un espèce de fil conducteur dans chacune des ambiances. Les langues se sont aussi faites assez naturellement comme ça, comme les morceaux.

Justement, tu parlais de choses que tu pouvais écrire en français et puis après finalement traduire. Le switch d'une langue à l'autre se fait complètement à l'instinct ?

Oui, complètement. Moi, par exemple, pour parler de "Poussière", qui est pour moi le meilleur morceau de l'album, en fait, c'est la première fois que je parlais de la divinité des steppes, du Tengri. C'est comme le paganisme en Europe, mais le Tengri, c'était chez les peuples turciques. Je voulais le faire en kazakh d'abord et ensuite en russe, mais je me suis dit que ça ne sonnait pas assez bien. Et quand je l'ai fait en français, je me suis dit que là, ça collait parfaitement au truc. J'ai eu la chance de pouvoir me dire en quelle langue ça pourrait mieux sonner. J'ai fait des traductions un peu par moi-même. Parfois, je me suis fait aider. Mais du coup, dans l'absolu, j'ai bien aimé comment les choses sonnaient parfois de manière naturelle, alors qu'il y avait beaucoup de travail derrière.

Et c'est plus une question de sonorité ou c'est aussi une question de... Il y a peut-être certaines choses que tu aurais plus de facilité, que ce soit émotionnellement ou autre, à exprimer dans une langue que l'autre ?

C'est les deux. Parfois, c'est la sonorité. La sonorité, c'est vrai que j'aime beaucoup... J'ai beaucoup écouté de black metal français depuis que j'étais ado, depuis que j'ai commencé à écouter de la musique, entre guillemets. Et en fait, c'est comme ça que je me suis dit qu'écrire en français et chanter en français, ce serait trop classe. Donc pour moi, chanter en français, c'est vraiment un truc trop bien parce que ce n'est pas ma langue maternelle. Parfois, chanter en russe, c'est bien aussi. Mais chanter en kazakh, cette fois-ci, je me suis dépassé. C'est la première fois que j'ai pu chanter dans ma langue maternelle d'origine, on va dire. La langue de mon peuple, en quelque sorte.

Et pour en finir sur les langues, est-ce que aussi tu as l'impression aussi, sans parler forcément de sonorités cette fois-ci, mais au niveau rythmique, telle ou telle langue va mieux s'adapter à un passage ?

Ah oui, complètement, oui. Pour moi, il y avait le fait de chanter en russe sur le morceau "Rodina", qui se traduit par patrie. Je pense que c'est le morceau qui contient le plus de passages en russe. C'était moi qui l'avais fait. Je trouvais qu'il sonnait très bien ainsi. Il y avait un passage en français parce qu'en fait, quand on était avec Alan dans le studio, on s'est dit, vite, il nous faut des paroles. Qu'est-ce qu'on écrit sur ce couplet-là ? On l'a fait de manière naturelle aussi. Et puis ça a sonné comme ça. En fait, le fait qu'il y ait un gros mélange des deux, pour moi, c'est ce qui fait que c'est réussi.

Et il y a des mélanges aussi, on l’a déjà un peu dit, au niveau des styles. Il y a le côté black metal qui est présent, il y a le côté post punk, mais il y a aussi plein d'autres choses qui sont entre les deux ou pas forcément classifiables au cœur d'un même morceau. Ça aussi, c'est que de l'instinct ? Est-ce que des fois, tu te dis, il faut que je trouve un équilibre, il ne faut pas que je parte trop dans un style ou est-ce que c'est juste comme ça vient naturellement ?

Pour moi, ça vient naturellement. Je ne saurais pas dire à quel moment je me dis: « il faut que ça sonne comme ça, du coup, je le fais comme ça ». En général, quand je me donne des lignes directrices de base, ça ne marche jamais trop bien. C'est d'ailleurs ce qui se passe souvent quand je compose. Je compose souvent à l'instinct. J'ai une idée qui me vient en tête alors que je ne fais pas du tout de musique, et je me dis, ça, c'est intéressant de le faire ainsi et je vais essayer de le chercher. Alors que quand je me dis, il faut donner telle ambiance, il faut donner un peu plus de ça, un peu plus de pêche ou quelque chose, ça marche pas forcément bien. Pour moi, en tout cas, ça marche comme ça. Et après, ce qui marche beaucoup aussi, c'est que souvent, on se voit avec le groupe et on commence juste avec un riff, qu’on développe ensuite. En fait, comme on a tous des influences un peu différentes les uns des autres, on arrive à faire quelque chose un peu unique qui nous plaît. Et au final, sans avoir de ligne directrice, on se retrouve à faire un truc sympa pour nous.

D'après ce que tu as l'air de dire, les paroles viennent à la fin en général ?

Alors, en fait, les paroles viennent souvent à la fin. D'abord, c'est les riffs. D'abord, c'est la structure du morceau qui se pose. Et ensuite, on donne une idée pour les paroles à peu près et on commence à développer.

Et donc, jusqu'à présent, il y avait eu un EP, mais il n'y avait pas eu d'album. Là, c'est venu de quoi ? Du fait que tu avais des musiciens avec toi, donc tu t'es dit, bon, c'est le bon moment ? Ou parce que tu avais plein de compos ? Qu'est-ce qui a fait que...

En fait, j'avais des musiciens avec moi, donc mon groupe. Et comme on faisait des concerts et des résidences, souvent, entre deux fenêtres, entre deux répètes, entre deux fois où on se voyait, je leur disais : « J’ai de nouveaux riffs qui arrivent ». Et plus les riffs arrivaient, plus les idées grandissaient. Après, on avait sorti deux démos nous-mêmes, qu'on avait enregistrées avec nos propres moyens, c'était très bien de faire ainsi, pour voir un peu ce qu'on pouvait représenter. Et du coup, en 2023, on a sorti les démos, et on s'est dit que c’était une bonne idée, qu’il fallait continuer de les développer et ensuite les mettre dans un album. Au final, les démos sont restées intactes, on les a juste très bien réenregistrées dans un très bon studio cette fois-ci. Et après ça, on a pu écrire des nouveaux morceaux qui s'ajoutaient petit à petit au travers de tous nos concerts, de toutes les fois qu'on s'est vus, de toutes les fois qu'on a fait des résidences.

Et le fait que ça ait été écrit sur une période assez étalée, est-ce que tous les morceaux ressemblent encore à ce que tu voudrais composer maintenant, ou est-ce que déjà tu commences à partir sur d'autres choses ?

J'ai déjà des nouvelles idées qui arrivent, parce qu'en fait, comme il y a eu une période creuse depuis l'année dernière où on a fait notre dernier concert, et maintenant l'album où est sorti, j'ai eu de nouvelles idées qui sont arrivées. On a commencé déjà un peu à les tâter, on s'est dit que peut-être dans un futur plus proche, on verrait déjà la suite de ce qui pourrait arriver. On ne sait pas ce que ça va encore donner, est-ce que ce sera un EP, est-ce que ce sera un split avec d'autres groupes, on est encore ouverts à tout, mais on est en train de peaufiner ce qu'on pourrait faire pour la suite. Il y a déjà des petites choses qui sont dans les dossiers. [Rires]

D'accord. Concernant Karga, j'ai accroché direct, et franchement, et si je devais choisir une seul morceau, je ne pourrais pas… mais j'ai trois préférés : "Karga", "Rodina" – surtout la fin, qui est incroyable – et "Poussière", que tu mentionnais tout à l'heure. Je pense qu'aussi, ce qui me parle, c'est que moi, même si j’écoute plein de choses différentes, je viens du black à l'origine, donc c'est peut-être aussi les morceaux où il y a cette accroche-là. Toi, donc, tu as dit ton préféré, c'est "Poussière". Dans les choix de singles qui ont été faits, comment ça s'est passé ?

Dans les choix de singles, l'année dernière, on s'est dit qu'il fallait promouvoir l'album. Il était prêt mais pas encore sorti, donc il fallait faire des clips, c’était un peu la suite logique de ce qu'on voulait faire. On a contacté un ami qui était dans la vidéo, qui est dans le cinéma, et on s'est dit qu'il fallait un morceau, et de préférence le morceau le plus pêchu. Et on a pensé directement à "Rodina" en se disant : « Il faut un morceau comme ça ». Du coup, le premier clip a été sorti pour faire la promotion de cet album ; on s'est dit que c’était parfait de commencer ainsi, parce que ça donne tout de suite le ton de ce qui va arriver pour la suite, avec un visuel qui est complètement différent. Et c'est ça que j'aime bien, à chaque fois changer un peu d'ambiance, le fait qu'on soit dans un fond blanc, c'est parfait pour nous, le garder plus à l'état brut, parce que c'est un morceau qui a été créé en deux heures, sans forcément le retravailler derrière, et on s'est dit que ça c’était un bon challenge, qu’il fallait qu'on clippe celui-là en premier en tout cas. Ensuite, pour le deuxième single, on s'est dit aussi qu'il y avait déjà une promo qui s’était lancée, et moi je ne savais pas quand on pourrait forcément révéler la guest de l'album. Au final, quand on m'a dit qu’il fallait révéler un deuxième titre, vu qu’on avait annoncé la guest, et que le titre représentait la fin de l'album, je me suis dit qu’il fallait le mettre plus en avant. Et c'est un des meilleurs titres sur l'album, du moins je pense. [Rires]

Et puis pour le coup dans un style très différent, donc c'est vrai que ça montre des facettes différentes du groupe.

C'est ça, oui.

Donc il y a eu effectivement cette collaboration, est-ce que dans le futur, tu envisages d'autres collaborations avec d'autres gens ? Est-ce que tu as déjà des idées de personnes avec qui t'aimerais particulièrement faire des collaborations ?

En fait, quand tu regardes, il y a une continuité entre le précédent EP : il y avait Graf von Baphomet de Psychonaut 4, qui était présent. Heureusement que je les avais contactés à l'époque, parce qu'aujourd'hui il n'est plus trop disponible… Et aujourd'hui je l'ai fait avec Amy [Tung Barrysmith] de Year of the Cobra et Amenra. Dans l'avenir, je pense que je vais essayer de garder ça, mais je ne sais pas encore de quoi l'avenir sera fait et qui on aura en guest chez nous. Ça peut être quelqu'un de local, ça peut être quelqu'un de plus international encore, quelqu'un d'un autre style différent. En vrai, j'aime bien le fait de pouvoir varier et inviter des gens qui pourront apporter un plus dans mon projet pour améliorer un peu la sonorité et proposer quelque chose de nouveau. Je le fais comme ça. Ça se fait aussi assez instinctivement. Quand j’ai composé ce morceau – il y a seulement deux accords dans tout le morceau, et je me suis dit : « Comme il y a beaucoup d'espace, il faut le laisser à quelqu'un qui puisse le chanter ». Je réfléchissais à qui je pouvais confier cette lourde tâche, et finalement, j'ai pensé à Amy, je lui ai écrit et elle a accepté. C'était pareil, elle m'a répondu en deux jours, elle m'a dit : « Est-ce que tu penses qu'il faut que j'améliore des choses parce que je ne suis pas sûre de telle ou telle chose ». J'ai écouté, c'était le one shot, c'était exactement ce qu'il fallait. Elle l'a fait chez elle, j'imagine, à deux heures ou trois heures du matin parce qu'elle a une vie de famille et cinquante autres projets en cours. Elle l'a fait en une fois, elle m'a dit : « Si tu veux que je refasse un truc, dis-moi », mais je me suis dit que c'était tellement parfait dès la première prise qu'on a tout gardé comme c'était en fait, que ce soit la voix, que ce soit les chœurs ou la piste principale des voix, elle était juste parfaite depuis le début. Et du coup, voilà.

Et tu disais que t'aimes bien avoir des choses un peu variées. Est-ce que tu pourrais imaginer, pour le coup, un morceau qui soit dans un style vraiment très, très éloigné de ce que vous faites d'habitude ?

Je pense que ça pourrait arriver. En fait, j'aime bien expérimenter dans Exil. C'est comme ça que je marche le mieux. Et quand je trouve un truc qui marche bien et que j'arrive à plutôt bien le faire, je me dis toujours que je pourrais l'inclure d'une manière ou d'une autre dans Exil. Donc, il y aura peut-être parfois des petites étincelles qui vont sortir. On verra bien.

Vous faites pas mal de live. Est-ce que t'as l'impression que ta musique prend une autre dimension en live ? Qu'est-ce que ça t'apporte la scène ?

Alors, pour moi, la scène, c'est vraiment un révélateur de ce que j'aime le plus faire. Dans la musique, je trouve que le studio à côté du live, c'est rien du tout. Moi, j'ai l'impression de me révéler parce que je joue à l'instinct, parce que je connais les parties, parce que j'aime chanter ce que je chante. Pour moi, le live, c'est pour ça que je fais le groupe. Si je pouvais choisir de faire que du live, je ferais que du live. C'est vraiment le moment où je me sens le plus en vie et c'est là où je vibre de ma musique. Quand tu me mets sur une scène avec une guitare, je peux jouer directement mes morceaux. Peu importe comment ça sort, ça va sortir ! [Rires]

Et donc là, à la suite de la sortie de l'album, il y a déjà des dates prévues, une tournée ?

Alors oui, il y a la release party qui aura lieu le 21 mars avec Decline Of The I. On va jouer à la Bulle Café [à Lille] le samedi 21 mars. On a la première date qui est annoncée comme ça. Puis on va voir ce qu'on pourra révéler pour la suite.

D'accord.

Il n'y a pas encore de tout prévu, mais on essaie.

Ah, ok, c’est pas des trucs qui sont prévus mais que t'as pas encore le droit de dire...

C'est ça.

Il y a des envies de faire des festivals ? Je sais que vous avez fait le Tyrant Fest, par exemple.

Oui, c'est ça. En fait, pour tout t’avouer, on cherche un booker en ce moment pour trouver des dates. C'est un peu ce qu'on est en train de faire nous-mêmes. Mais après, s’il y avait quelqu'un qui pouvait le faire, on est très ouverts là-dessus aussi. Le prochain but, c'est d'avoir ça parce que là, on a signé avec le label. On a une directive sur l'image qu'on donne. J'ai recruté quelqu'un dans cette équipe et il faudrait quelqu'un qui pourrait aussi m'aider dans les live. Ce serait un peu le dernier membre dans l'ombre que je cherche. Ce serait un booker.

Idéalement, t’as décidé de quelque chose que tu voudrais faire sur scène en termes de scénographie, de lumières ou est-ce qu’au contraire, tu préfères que ça reste quelque chose de plutôt brut ?

Quelque chose de brut et authentique, je pense que c'est parfait pour nous. Pour l'instant, on s'adapte beaucoup. Par exemple, quand on a joué au Tyrant Fest, tout ce qu'il y avait sur la scène du Tyrant Fest m'allait très bien. Peut-être qu'avec cet album-là, je resterais dans un état d'esprit brut mais peut-être que je ferais... Je penserais en tout cas à une scénographie un peu différente. On va voir de quoi l'avenir sera fait aussi.

Est-ce qu'il y a des groupes avec lesquels tu aimerais particulièrement tourner ? Tourner ou simplement jouer ou faire la première partie ?

Bien sûr, si un jour je fais ce fameux collab que j'ai fait – parce que je pense qu’il n’y a qu'avec elle que je pourrais le faire… Si un jour je joue avec Amenra, forcément, j'inviterais Amy à chanter dans un de mes morceaux. Là, je pense que ce sera révélateur parce que ce sera la première fois où on pourra jouer tout l'album en entier tel quel. Ce serait un peu bien sûr le but sur lequel j'ai envie de travailler mais après, c'est un but. Ça va arriver un jour ou l'autre et ça va être très bien. Je pense que ça va arriver un jour. Après, bien sûr, dans le black metal français, j'aime beaucoup Alcest donc je pense que jouer avec eux un jour, ce serait très bien aussi.

Oui, ça colle plutôt bien comme univers.

Oui, c'est ça.

Certaines fois, on a des affiches avec des groupes diamétralement opposés. Ce qui peut être sympa aussi, d’ailleurs !

Après, moi, j'aime bien le fait que parfois, ça mélange des styles, parce que ça ramène quand même du monde qui est un peu extérieur au style imposé de base, donc ça peut être intéressant aussi je trouve. Mais oui, moi, je n'ai pas vraiment de groupe avec qui j'aimerais bien jouer et tout ça. J'aimerais bien faire le plus de concerts possible et si c'est avec des grands groupes, tant mieux !

En tout cas, j'espère que vous allez repasser du côté de Paris !

Ah oui, bien sûr, à Paris. On est déjà passé combien ? Deux ou trois fois ? On a joué deux fois à Paris, deux fois au Klub. Une fois, on a organisé nous-mêmes et une autre fois, on avait joué quand on avait sorti notre split en 2021 avec des groupes lillois. Donc on a fait un one shot de Lille à Paris, et on a joué un jeudi et c'était très bien !

Après, le Klub, c'est sympa.

Oui, c'est vraiment cool. Moi, j'ai vraiment bien aimé l'endroit. Par contre, c'est dur pour se garer devant ! [Rires] Mais sinon, dans la salle, franchement, l'ambiance du Klub, elle est toujours trop bien, parce qu'à chaque fois c'est bondé, il y a toujours un public qui nous attend. Le public parisien, j'aime beaucoup !

Et donc, pour conclure, si quelqu'un te demandait quel est le meilleur moment et quel est le meilleur état d'esprit pour écouter Karga, qu'est-ce que tu dirais ? Est-ce que c'est en pleine nuit ? Est-ce que c'est le matin pour se mettre en forme ?

Non, je pense à l'aube.

À l'aube ?

Ouais, je pense qu'il faut écouter ça à l'aube pour avoir un état d'esprit, pour commencer sa routine. Je pense que Karga, il faut l'écouter à l'aube.

Ouais, après, ça implique de se réveiller à l’aube, mais…

[Rires] Oui, il faut se réveiller, mais je pense que les couleurs peuvent s’accorder aussi comme ça. C'est comme la pochette. Moi, ça me fait penser un peu à l'aube. Ça peut être le bon moment.

Et pour terminer, est-ce que t'as un message que t'aimerais faire passer ?

Je pense qu'il faut tout simplement rappeler qu'en fait, il faut soutenir les artistes qui sont indépendants. Il faut soutenir l'art authentique créé par les humains. Voilà, c'est bien, ça. Parce que ça peut être l'art avec un grand A, ça peut être des peintures, ça peut être des livres, ça peut être de la musique, des CD, tout ce qu'on veut. Donc, soutenir les artistes, les vrais, les humains, tant qu'on est encore là, je pense que c'est important !

C'est un beau message. Bon, je te remercie beaucoup. Et j'espère te voir sur scène prochainement !

Avec très grand plaisir !

Orsola G.

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