Oui, oui, on vous entend : “Muse, ce n’est pas du metal”. Mais, en de rares occasions, Metalleux de France sait aussi s’intéresser aux groupes qui ont marqué l’histoire de la musique, et il est incontestable que Muse fait partie de ceux-là.
Connus aux périodes lycéennes pour la plupart d’entre nous avec les albums mythiques Origin of Symmetry ou Absolution, Muse a, depuis quelques années, opéré une conversion d’un rock pur et plutôt agressif vers une musicalité plus personnelle, aux tendances pop et électro. Si beaucoup de fans ont regretté cette transition, d’autres y ont trouvé leur compte. Reste à savoir si The Wow! Signal sera le clou dans le cercueil de la période “rock” de Muse, ou si il peut faire naître un consensus.
Dans l’ensemble, l’album tient la route, et offre même quelques pépites qui l’élèvent au-dessus des trois - assez oubliables - derniers albums en date : Drones (2015), Simulation Theory (2018) et The Will of the People (2022).
Parmi ces morceaux exceptionnels, Cryogen réjouira les amateurs d’Origin of Symmetry, avec une guitare rappelant les excès jouissifs de Plug in Baby. Même Nightshift Superstar, qui désarçonne par son esthétique synthwave, se distingue par son rythme entraînant qui s’écoute volontiers au volant d’une voiture.
Be With You, chanson romantique au ton optimiste, promet de nombreux téléphones allumés en concert, et confirme le talent de lyriciste de Matthew Bellamy : “I long to fall into the sun, it can’t just be with anyone, it’s got to be with you”. Existant comme sa face sombre, Shimmering Scars est une balade douce, chantée presque dans un murmure, empreinte de mélancolie, qui évoque la chanson de rupture : “All I ever dreamed of has fled to the stars and hides in the dark”.

Pour le reste de l’album, l’avis reste mitigé. La voix de Matthew Bellamy “sauve” une partie des morceaux, en gardant son timbre inimitable et son immense maîtrise vocale. Certains moments plus agressifs, à la guitare et à la batterie, peuvent également réjouir et convaincre, mais restent extrêmement ponctuels, et se perdent dans une masse un peu indigeste de genres et de rythmes.
Comme une girouette musicale, l’opus nous fait naviguer à travers de nombreuses sonorités, hélas pas toujours bien associées. Pour le dire franchement : l’album semble manquer de direction artistique claire, comme si Muse avait voulu tout faire, tout tester, tout tenter en même temps.
The Dark Forest mélange tout à la fois électro, sonorités orientales, choeurs en latin, orchestre symphonique, et guitare agressive. The Sickness in you & I est l’élément chaotique du lot, avec un son groovy, presque dansant, mélangeant à l’envie rock, électro, pop, et passages frôlant le heavy metal. Hexagons reste dans l’esthétique électro des derniers albums, en dépit d’une intro à la guitare électrique et de passages qui rappelleraient presque Knights of Cydonia. Hush assume une esthétique pop avec un featuring d’Ellie Goulding, mais maintient quelques passages plus “rock” qui ne s’intègrent pas bien à l’ensemble. De même pour Unravelling, qui peine à gagner une ligne directrice entre changements de rythmes et de tonalités.
Si on peut admirer le désir du groupe de se diversifier et de se chercher hors d’un genre défini, leur musique gagnerait en force et en profondeur en se choisissant une définition plus claire. On reste face à un opus intéressant, dont certains passages émouvants sauront prendre aux tripes et rester en tête, mais du chemin reste encore à faire pour rendre l’ensemble cohérent et éviter l’effet “jukebox musical”.
Note : 7/10
1. "The Dark Forest" - 5:16
2. "Nightshift Superstar" -4:07
3. "Shimmering Scars" - 4:28
4. "Cryogen” - 5:01
5. "Be with You" - 3:35
6. "Hexagons" - 5:26
7. "The Sickness in You & I" - 4:17
8. "Unravelling" - 3:58
9. "Hush" (with Ellie Goulding) - 3:56
10. "Space Debris” - 5:23