2/10/2026

Dead Poet Society - Monarch : La beauté du malaise

DEAD POET SOCIETY – MONARCH

2 octobre 2026

Spinefarm Records

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Il y a quelque chose d'étrangement trompeur dans Monarch. À la première écoute, Dead Poet Society nous accueille avec des mélodies immédiatement séduisantes, des refrains qui accrochent facilement et cette voix reconnaissable entre mille de Jack Underkofler. Pourtant, derrière cette apparente accessibilité, quelque chose ne tourne pas rond. Une tension sourde, une étrangeté parfois presque imperceptible, comme si le disque dissimulait ses véritables intentions derrière ses mélodies. Pour leur troisième album, les Américains ont choisi de pousser encore plus loin ce qui faisait déjà leur identité, en laissant davantage de place à l'instinct, à la colère, au malaise et aux contrastes.

Et cette impression apparaît dès « Hollywood On Fire ». Difficile de ne pas se laisser happer par son introduction et son refrain, à la fois beaux et légèrement inquiétants. Le morceau évoque une sorte d'Alice au pays des merveilles dont on aurait poussé le versant dystopique jusqu'à l'absurde. Une sensation qui rappelle parfois d'ailleurs « The Streets Fell Into My Window » de The Red Paintings, qui utilise lui directement l'univers de Lewis Carroll pour construire un morceau où l'étrange et le sombre finissent par se confondre. Ici, pourtant, pas besoin de citer le Lapin Blanc : la musique suffit à nous faire sentir que quelque chose nous entraîne de l'autre côté du miroir. Le morceau se fait progressivement plus frénétique, jusqu'à une déflagration finale qui confirme l'impression de cauchemar éveillé. La meilleure entrée en matière possible pour l'album.

Cette dualité entre la beauté de la musique et la noirceur de ce qu'elle raconte constitue d'ailleurs l'un des aspects les plus intéressants de Monarch. On peut écouter certaines mélodies en ressentant presque de la sérénité, avant de prêter attention aux paroles et de réaliser qu'elles racontent quelque chose de beaucoup moins paisible. Dead Poet Society joue constamment sur ce décalage, et c'est probablement là que réside une bonne partie du charme étrange de l'album.

« Roach » matérialise parfaitement cette idée de ressentiment qui traverse l'album, avec une instrumentation lourde et une tension qui ne cesse de s'accumuler. « Die If You Don't » possède une langueur assez particulière, presque solaire dans ses sensations, et évoque curieusement la Floride en plein soleil, alors même que le contenu du morceau est loin de renvoyer à cette image. Encore une fois, le contraste entre ce que raconte le morceau et ce qu'il fait ressentir musicalement est assez fascinant.

« Sinner Systems » replonge dans une ambiance plus sombre et légèrement industrielle. C'est aussi l'un des morceaux où la voix de Jack Underkofler se montre particulièrement transperçante et envoûtante. Son chant reste l'une des signatures les plus immédiatement reconnaissables du groupe, capable de passer d'une fragilité presque aérienne à une intensité qui semble vous traverser physiquement. Les dernières secondes du morceau sont particulièrement intéressantes, avec des distorsions qui viennent progressivement déranger le paysage sonore. Ce genre de petites anomalies revient d'ailleurs à plusieurs endroits sur Monarch. Jamais suffisamment longtemps pour devenir un procédé systématique, mais juste assez pour installer cette sensation de malaise qui accompagne l'album.

Après cela, « Lost » ralentit quelque peu le rythme. Le morceau est plus classique, plus prévisible également, mais il fonctionne bien comme respiration au milieu de cette succession de tensions. « Cold », choisi comme single, est quant à lui d'une efficacité redoutable. Dès les premières secondes, on comprend parfaitement pourquoi il a été retenu pour représenter l'album : le titre est direct, accrocheur, groovy, immédiatement identifiable comme du Dead Poet Society. Il lui manque simplement peut-être ce petit grain d'expérimentation qui fait basculer certains autres morceaux dans quelque chose de plus personnel.

« Psalm 136 » poursuit dans une veine assez efficace, avec une intensité qui monte progressivement. Un bon morceau immédiatement suivi de « Dead On The Inside » qui sort nettement du lot. Les harmonies du refrain sont particulièrement réussies et donnent au titre une couleur à la fois lumineuse et inquiétante. C'est exactement le genre de contraste qui fonctionne particulièrement bien sur Monarch : une mélodie presque entraînante derrière laquelle se cache quelque chose de beaucoup plus sombre. Les chœurs et les effets de voix renforcent encore cette impression, jusqu'à donner au morceau une dimension presque fantomatique.

« Miami For The Weekend » apporte ensuite une énergie plus dansante. Le titre est agréable et efficace, dans la droite lignée de ce que le rock moderne peut offrir de nos jours. « Get Hot » revient à quelque chose de plus rentre-dedans. Dynamique, énergique et plus immédiat, il possède cette capacité à faire repartir la machine après les passages plus contemplatifs. « The Park », lui, retrouve une atmosphère nettement plus inquiétante, avec un refrain qui possède presque un petit air de trip-hop. La ligne de basse et les textures sonores donnent au morceau un caractère particulièrement oppressant, comme si tout ce qui flottait jusque-là en arrière-plan finissait par se rapprocher dangereusement.

Et puis arrive « The Art Of Suffering ». La conclusion est beaucoup plus sobre que ce que l'on pourrait attendre après un album aussi tendu. Le morceau est relativement classique dans sa construction, mais sa nostalgie fonctionne parfaitement comme point final. Après toute la colère, le ressentiment, la violence et les expérimentations sonores qui ont parcouru l'album, Dead Poet Society ne choisit finalement pas l'explosion pour conclure. Il choisit quelque chose de plus calme, presque résigné.

C'est peut-être finalement ce qui résume le mieux Monarch. Le groupe n'a pas cherché à devenir méconnaissable. Au contraire, comme l'explique Jack Underkofler, l'objectif était d'aller plus profondément dans les éléments qui constituent Dead Poet Society et d'en distiller l'essence. Il s'agit plutôt d'un approfondissement que d'une véritable réinvention.

Et cette démarche se ressent. Monarch est un album qui aime les contrastes : lourd sans être constamment brutal, mélodique sans devenir lisse, sombre sans renoncer à la beauté. Il peut donner une impression de sérénité avant de révéler des paroles beaucoup plus torturées, faire surgir une texture légèrement dérangeante au milieu d'une mélodie séduisante ou transformer un refrain presque lumineux en quelque chose de profondément mélancolique.

Tout n'est pas également marquant, et certains titres semblent un peu plus conventionnels que d'autres. Mais lorsque Dead Poet Society accepte de laisser entrer l'étrange, le trouble et l'expérimentation dans ses mélodies, Monarch devient particulièrement intéressant. Et avec « Hollywood On Fire » et « Dead On The Inside », il possède deux morceaux qui incarnent parfaitement cette alchimie entre beauté et malaise.

Bienvenue de l'autre côté du miroir.

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NOTE FINALE : 8/10

Tracklist :

  1. Hollywood on Fire
  2. Roach
  3. Die if you don't
  4. Sinner Systems
  5. Lost
  6. Cold
  7. Psalm 136
  8. Dead on the Inside
  9. Miami for the Weekend
  10. Get Hot
  11. The Park
  12. The Art of Suffering

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Dead Poet Society sera en concert à Paris le 26 janvier 2027 à l'Alhambra.

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Orsola G.

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